mercredi 22 août 2018

Un jour peut-être, je te dirai que je t'aime. Un jour peut-être, je retournerai dans la crypte et je demanderai quelque chose à Sara Kali. Un jour peut-être, j'arpenterai nu-pieds les ruelles dans la nuit. Un jour peut-être j'apprendrai à me taire. Un jour peut-être  je serai la femme phénoménale. Un jour peut-être, je ne lirai plus rien. Un jour peut-être, je n'aurai besoin de personne. Un jour peut-être mes enfants me liront. Un jour peut-être, j'irai en voyage. Un jour peut-être j'apprendrai ton corps. Un jour peut-être, je te ferai parcourir le mien. Un jour peut-être, je regarderai le soleil dans les yeux et toute ma vie dans son éclat. Un jour peut-être, j'oublierai tout. Un jour peut-être, j'apprendrai à tisser. Un jour peut-être, je te dirai que ton fil est aussi ténu que le bracelet que tu portes, mais qu'aussi fin soit-il, il fait désormais partie de mon ouvrage. Un jour peut-être je grimperai à l'arbre pour contempler le vol des oiseaux de passage.

L'oiseau et la branche

Bientôt le temps de la migration va reprendre et les oiseaux partir vers le sud, en s'envolant, souvent ils arrachent un petit très petit morceau d'écorce de l'arbre sur lequel ils avaient fait une halte et crac, un tout petit morceau d'écorce tombe au pied de l'arbre dont il est issu.
L'homme aux babouches fait partie de la race des oiseaux, il est mouvant, un peu malgré lui sans doute mais la fluidité est son langage et son chant est beau quand il résonne dans les feuilles au matin naissant. Il a parcouru des centaines de milliers de kilomètres et lu des centaines de milliers d'histoires, toujours avide, ogre insatiable de mots, de paysages, en un mot de beauté, c'est un migrateur taillé pour les longues routes aériennes et l'amplitude de ses ailes, la profondeur de ses yeux et la saveur de son parfum racontent les vies qu'il contient à l'abri de ses plumes.
La femme sans soutien gorge fait partie de la race des arbres, son mouvement est interne et imperceptible derrière l'épaisseur de son écorce, les animaux de la forêt, petits et grands viennent s'étendre à l'ombre de ses branches et s'endorment paisiblement pour échapper à la pluie ou à la brûlure du soleil, ses feuilles chantent les histoires oubliées des oiseaux, quand le vent les caressent, ses racines plongent profond et loin à travers le sol et, parfois ressortent de terre pour mieux y retourner, l'arbre voyage grâce aux récits des animaux, il vit leurs aventures et accueille leur repos, les animaux aiment s'accoupler sous sa ramure, contre son tronc, dans ses branches, l'arbre est un abri imperturbable et permanent, avide de mots, de vent, en un mot de beauté, il est de ce bois dont on fait les pages des livres si chers à l'oiseau migrateur, et l'oiseau, un jour a eu l'idée de faire voyager l'arbre immobile, et son chant était beau, ensemble ils se sont balancés au rythme lent du vent du sud, inquiets et éperdus. Et leur chant disait alors : prête moi tes racines, accueille moi dans tes branches, prête moi tes ailes, raconte moi tes histoires.