mardi 21 août 2018

Moustiques et marc de café, Dialogue in

Je les ai compté ces saloperies. J'en ai 17  
(+2)
Absolument partout. Et elles m'ont niqué mon sommeil, parole, je me gratte je me gratte et c'est pas les hectolitres de lavande aspic dont je me badigeonne qui changent quoi que ce soit à la donne. 
Elles m'ont niqué mon sommeil ces garces.
Ah vraiment?
C'est affolant comment une si petite saloperie s'insinue aussi loin dans la psyché par la simple force d'une petite piqure de rien du tout.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je les ai compté, 17
(+2).
Il y a celle, anodine de la cuisse gauche, rien de bien méchant, juste un peu agaçant, mais vu que je me trimballe les jambes à l'air, elle respire et, en remerciement, me fout une paix royale.
Il y a celle, plus pernicieuse sur la tranche de la main droite, une coriace celle-là, je l'aime pas du tout. 
Il y a celle du coup de pied. Il y a celle du dos, à la hauteur de la bande du soutif, si les moustiques avaient la capacité de mesurer leur degré d'emmerdement maximum,
Et pourquoi pas?
 Ils choperaient à cet endroit toutes les nanas qui portent un soutif. 
Je les ai compté ces saloperies, 17
(+2)
Y en a que j'ai été obligée d'abandonner tant leur infériorité qualitative était flagrante. Celles-là je les ai eues au marc de café.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je n'ai retenu que les plus garces, notamment la pire de toutes, face interne de la cuisse droite, la première de cordée, celle qui voit le sommet avant tout le monde. 
On y arrive
A quoi?
Aux deux autres...
...

 Oui, tu sais bien, les deux autres piqures, celles que même avec des tonnes de marc de café à frotter sur ta peau humide, tu ne pourrais soulager, parce qu'elles sont internes et d'une et que l'odeur du marc du café sur ta peau séchée t'y fait invariablement revenir et de deux, parce que l'odeur du marc de café sur la peau est une odeur du genre comme une piqure de moustique, on y revient toujours, ça intrigue, ça obsède et ça excite, ça donne envie de manger ce corps odorant et tu as remarqué que ça fait déjà deux fois que tu te fais piquer le cœur et le sexe pendant une année à moustiques? Et aussi, pratiquement toujours au même endroit? Tu dois avoir une sensibilité particulière aux marais salants, aux étendues désertiques du sud, traversées par les chevaux blancs et les flamants roses, royaume de ces moustiques qui te harcèlent et niquent ton sommeil (ouais c'est ça mon œil ma poule). Crois-moi chérie, ils ont bon dos les moustiques. Leurs pauvres petites piqures ne sont rien, absolument rien, hormis peut-être un moyen supplémentaire de te gratter l'intérieur du cœur et l'intérieur du sexe, pour le plaisir douloureux du rappel des étendues désertiques, des yeux des chevaux blancs et des balancement des hamacs, de tout ce qui a été et de tout ce qui aurait pu être, parce que le fait de te gratter et de pester te fait penser à autre chose tout en te maintenant enchaînée à la piqure, la piqure que tu ne veux surtout pas faire disparaître sous des tonnes de marc de café (même si l'odeur...). 

Bref. 

Je les ai compté, j'en ai deux
(+17)
Au sexe et d'une! Au cœur et de deux!
Je les fais partir sous la douche, au marc de café
C'est ça ouais.
Ça me gratte putain
Je sais