dimanche 19 août 2018

Obscur objet de mon désir

Tu sais c'est pas complètement pour rien que j'écris sur cette musique un peu niaise, ça convient parfaitement à mon état d'esprit, cette espèce de joie mélancolique contenue dans tous les "et si", et j'ai déjà écrit là-dessus, mais avec les "et si" il y a toujours des lignes à ajouter au fur et à mesure, et je suis à la fois heureuse et triste que tu deviennes une de ces lignes, parce que l'aventure était belle -joie-,  mais fragile -tristesse.
Et j'ai déjà écrit là-dessus mais je ne cesse de m'étonner sur le fait que les émotions sont en perpétuelle révolution, du genre qui fait un tour complet tu vois, et j'aime bien ces papillons au creux de mon estomac, et cette légère insomnie, et en même temps j'aime pas ça, j'ai plus 15 ans merde et à 15 ans je ne m'aimais pas, et pourtant j'aimais déjà follement l'amour, du genre à pleurer devant un beau paysage que j'aurais pu contempler main dans la main avec l'amoureux du moment, et l'Amoureux, en ce moment me paraît moins objet de mon désir, ça n'aura qu'un temps je sais bien, mais je n'aime pas quand l'Amoureux est dévalorisé à mes yeux, remplacé par un obscur objet du désir, pour un temps que je ne peux déterminer, et en même temps c'est chouette, ça me rappelle la valeur des choses, la fragilité des relations et la force des liens à maintenir, alors tu vois, c'est compliqué, parce qu'en ce moment je l'aime sans être amoureuse de lui et je suis amoureuse de toi sans t'aimer, mais rien de bien grave en réalité, ce sont de beaux sentiments dans tous les cas, et il est clair que la Camargue exerce sur moi une sorte de magie sensuelle qui m'engloutit à chaque fois que j'y traîne mes guêtres, comme un délicieux filtre d'amour, et que ton accent circonflexe n'y est pas non plus pour rien, ni ton regard d'eau profonde, ni ta voix, ni ton odeur que j'ai capté subrepticement.
Alors les "et si" de ce jour... 
Et si dans le silence du soir contre la voiture...
Et si ma main prenant tes babouches les avaient lâchées pour saisir la tienne...
Et si ton ombre derrière moi dans le soleil...
Et si la crypte déserte...
Et si une panne de bac...
Et si le coup de l'hôtel et moins de pudeur...
Et si le feu de camp aux Alyscamps...
Et si, obscur objet de mon désir...
Alors les "et si" à venir...
Je tremble de t'approcher plus sans pouvoir m'en empêcher et ne m'en veux pas si je reste sur la défensive mais je te désirais, obscur objet de mon désir, avant de te connaître, à cause de tes mots, à cause de cet obscur objet de ton désir que je sentais déjà, affleurant dans un rêve que tu m'as raconté et dont j'étais l'objet, l'obscur objet.
Et pourtant je sais parler, mais ce genre de choses reste souvent coincé au fond de ma gorge, Dieu merci, me restent les contes, les romans et les récits pour me faire entendre à travers l'espace et à travers le temps, pour laisser fondre sous ma langue cet obscur objet de mon désir, pour le sucer et jouer avec entre mes dents à l'infini, afin qu'il ne disparaisse jamais, comme jamais rien ne disparaît jamais chez moi et surtout pas les obscurs objets de mon désir.

"Qu'importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu'importe ce qu'il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n'est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants.
(...)
Ce qui restera est une certaine qualité d'amitié, architecturée par l'estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu'on aura su s'offrir les uns aux autres. Pour tout ça (...) je vous dis merci. Merci."
La Horde du Contrevent, Alain Damasio