vendredi 27 juillet 2018

A base de poh poh poh

Poh! Poh! Poh!
C'est comme ça qu'a résonné le tonnerre quand, enfin, après des jours des heures de supplication des corps écrasés, en cet état de stupeur que seules peuvent en produire des canicules millésimées, quand disais-je un salvateur grondement s'est fait entendre et suivre de gouttes grosses comme, je te mens pas, des balles de tennis.
Et puisqu'on parle de nuances, laisse moi te dire que ces derniers jours en ont cruellement manqué question température. Et la réponse noire des nuages également. Des balles de tennis sans blague, puis un rideau, non un double rideau occultant. La pluie. Voilà. Un truc sans nuances. 
Mais elles se cachent, toujours. Dans les fissures d'asphalte, sous les feuilles cramées, sur les capots empoussiérés des bagnoles, dans les mirages ondoyants des routes alors qu'il n'est même pas 11h du matin. Alors, d'un coup, quasiment sans préavis...
Poh! Poh! Poh!
J'ai cru avec frayeur que les balles de tennis étaient de plomb fondu tant la texture de l'air à leur contact est restée brûlante. De l'air à découper au couteau. Un air à mâcher tant il est dense. Et puis la fraîcheur, une bulle de champagne, une gifle aux feuilles des arbres, la poussière des trottoirs remise à sa place, et du monde aux balcons, t'imagines même pas, hommes femmes enfants vieillards, installés zarma, comme si on jouait la première de Rigolleto. Tous volets et fenêtres ouvertes pour chasser, enfin, chasser cet écrasement. Depuis les rues s'emplissent de bruits humains, la vie renaît dans les quartiers, à la faveur de l'orage. Sur mon balcon, l'air a pris le goût de la menthe et l'odeur du thym citron, les pélargoniums, relèvent la tête et défient à nouveau crânement les vieux arbres du parc d'en face. Le vent fou s'est calmé. Fin du sprint. Course de récupération. Respire...
Tu sens?
L'odeur de foin mouillé des maigres touffes d'herbe qui nous restent, celle du goudron brusquement refroidi, des fleurs d'arbres tombées au vent d'honneur...
Tu vois?
Les traînées de poussière sur les vitres arrières des voitures comme des trainées de larmes sur un visage crasseux, les feuilles rutilantes des arbres comme un brushing tout neuf, les visages plus ouverts, les marches alenties nez en l'air, sa fraîcheur retrouvée est meilleure qu'une première gorgée de bière...
Evoquer ces nuances à la tombée du soir et faire rêver un rêveur. 
Un de ces trucs qui n'ont pas prix.
Fin du sprint. Un regret cependant.Un souhait formulé timidement aux nuages qui m'ont abreuvée ce soir...
J'aurais aimé la voir cette éclipse...