mercredi 25 juillet 2018

Tout ce qui sort de terre

Dans le jardin de Gilles, j'ai vu plein d'abeilles, mais aucune guêpe. 
Dans le jardin de Gilles, Khadija entre, s'assoit pour reprendre son souffle sur un banc vermoulu, c'est que le trajet en bus était éprouvant, la chaleur accablante et ses sacs bien lourds. 
A l'ombre de la caravane repeinte en bleu nuit dans le jardin de Gilles, les discussions vont bon train, les enfants se disputent les jouets abimés et laissés là pour qu'ils les prennent, les cloches tintent aux cous des chèvres. 
Ceux qui jamais ne s'arrêtent dans le jardin de Gilles s'étonnent toujours de la taille du troupeau. Comment? Tant que ça? Au pied des immeubles?
Dans le jardin de Gilles, le bouquet de menthe est gratuit et Khadija en coupe de généreuses branches, elle est plus parfumée quand il fait très chaud nous explique-t-elle. 
Dans la jardin de Gilles, les enfants se piquent les pattes aux orties et soulagent leurs piqures en y frottant du plantain. 
A l'ombre de la caravane repeinte en bleu nuit dans le jardin de Gilles, on peut se perdre dans la contemplation des dessins d'Emmanuela, de subtiles touches blanches, étoiles piquetant la tôle bleu nuit de la caravane. 
Dans la jardin de Gilles, on est libre. Tout simplement parce qu'il est libre lui-même. Tout simplement comme tout ce qui sort de terre sans aide, sans attention particulière, qu'on laisse pousser, monter en graine, se disperser au gré des vents. 
La bergerie des Malassis est une graine qui s'est plu au pieds des immeubles des Malassis, qui s'est profondément enracinée et dont les rhizomes s'étendent bien au-delà de ces bâtiments qui l'enserrent.
Le jardin de Gilles ne fait pas rêver les prédateurs du béton, à moins qu'on ne parle que de sa surface exploitable. Les étoiles sur la caravane bleu nuit non plus. Ni les orties, la lavande, les poules ou les chèvres. 
Le jardin de Gilles est aussi mon jardin, celui de mes enfants, celui de toutes les Khadija qui en connaissent un rayon sur le moment où la menthe doit être cueillie, celui de tous les vieux bergers échoués sur le bitume brûlant de la cité, celui de tout ce qui, librement sort de terre.