jeudi 28 juin 2018

les corbeaux crient la nuit

Seule la nuit tombe dans ses bras. 
C'est le titre d'un livre qui sortira dans quelques semaines. 
Et se remémorer la nuit et le tourbillon des corbeaux et leur chant, au cœur du rêve. Je me serais crue dans un film de Miyazaki, une espèce de grande Chihiro, une sorte de Mei adulte, endormie au fond d'un trou ou dans une clairière. 
Il y a des promesses dans le chant des corbeaux, ça ira, ça ira, ça ira...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
La nuit c'est déjà pas si mal à retenir entre ses bras, à entourer de ses jambes. 
La nuit, j'ai l'impression que la houle se fait plus profonde, le vent plus fort, le cri des oiseaux plus rauque et son haleine plus chaude et chargée d'un parfum d'intime. Et la tête nichée au creux de son ventre, le corps s'est senti soulevé par la vague du bassin de l'Au.
Quelle force! quel envol...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
Les oiseaux en cercle dérivent et encouragent la grande Chihiro de leur chant inquiétant. 
Mei me fait penser à ma propre fille. 
Comme je me souviens d'avoir laissé flotter mes pensées dans la forêt, au bord de la mer, sur le rail qui traverse la lagune pour rejoindre Venise, sur le fil des montagnes, du bout des yeux, du bout des doigts, du bout des lèvres, enfin pas tout le temps c'est vrai. J'aime écrire la nuit. La nuit chaude comme le souffle de l'Au me rapporte sur les ailes des oiseaux de retour au nid, des chants du bout de la ville, du bord de mer. Peut-être y avait-il un ou deux corbeaux sur un toit alors que j'attendais l'heure de tomber dans les bras...
C'est étrange de se sentir des émotions d'enfant à certains moments importants. S'émerveiller pour un rien autant que s'effrayer, vouloir rester là jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que son corps entier vibre de toutes les fibres de l'instant, et en soit saturé, à ne plus jamais l'oublier. 
Les enfants font cela, quand elle niche sa petite tête dans ma jupe, mais oui, dans les jupes de sa mère, en la serrant de toute la force de son poing minuscule, quand elle s'accroche à mes cheveux au moment de dormir en émettant ce tout petit miaulement lancinant qui accompagne son sommeil. 
J'ai fait cela à la nuit moi aussi, je me suis remplie de son odeur, inchangée, j'ai reniflé son cou, ses clavicules, ses doigts, ses cheveux, ses aisselles, j'ai bu sa sueur et enfoui ma tête dans son bassin, ce soir où l'Au. m'attendait...
 
Seule la nuit tombe dans ses bras, je n'y suis pas restée.
Dans mes bras, la caresse d'une plume, une sensation de houle puissante et l'écho d'un cri rauque dans l'air, ça ira, ça ira, ça ira...