lundi 12 mars 2018

Une occas' pareille

Je m'étais demandé ce qui ce serait passé si elle était finalement venue ce soir là. Je ne sais pas si elle serait venue. Une occas' pareille, c'était presque trop beau pour être vrai. Et puis elle n'est pas venue, on a pas évoqué la question d'ailleurs. Elle était disponible mais trop loin de toutes façons. Je me suis demandé ce qui ce serait passé. Rien. Elle ne serait pas venue parce que je ne lui aurait rien dit du tout. On aurait parlé de nos enfants.On se serait consenti une bise malvenue. On aurait baigné dans une eau pas assez trouble et en même temps trop instable pour faire advenir la moindre lueur. On se serait teint de glauque et de triste. On aurait pu baiser certes. 


Je me suis demandée ce qui se serait passé si il m'avait finalement rejointe. 
J'avais mon scénar tout prêt, tout emballé, prête j'étais. Et s'il m'avait rejointe. 
J'aurais laissé ma panoplie de mother et de compagne dans le coffre de la bagnole, 
bien pliée avec la photo de mes enfants et mon téléphone éteint.
Une occas' pareille, ça se prend pas à la légère.  
On aurait baisé c'est sûr, et je me serais oubliée ça c'est certain, parce que j'en avais envie.
De retrouver avec toi les paradis perdus.


Je m'étais demandé ce qu'elle cherchait, à retirer sur le fil, à me cueillir au moment où je m'y attendais le moins, avec son impudeur, et sa retenue en même temps, à mi-chemin entre la timorée et la garce à tendance allumeuse intello. Je m'étais demandé si elle m'aimait. 


Je me suis demandée ce que je cherchais, à retirer le fil. 
Je me suis demandée ce que j'avais à lui larguer des trucs aussi engagés et 
aussi prudents en même temps, comme une chorégraphie de tango,la volonté 
en suspension au dessus du parquet, en caresse du bout de la chaussure.
Je me suis demandée si je l'aimais.


Une occas' pareille, ça ne s'était pas présenté très souvent. Je me suis demandé comment on aurait baisé, si nous nous étions trouvés. Je me suis demandé si elle serait chiante une fois qu'on aurait terminé, si elle voudrait qu'on se revoie, si elle me dirait des grands mots, si elle me laisserait reprendre mon cours. Je me suis demandé si j'aurais envie de la revoir. Moi.

Une occas' pareille ne se présente pas tous les jours. 
Je m'étais demandée s'il m'aurait encore plu, si le voir m'aurait autant excitée que l'attendre,
 si ma mémoire de son corps était bonne. Si mes sensations ne m'auraient pas joué de tours. 
Je me suis demandée qui aurait baisé l'autre dans cette histoire. Si nous aurions pu, à nous deux, faire autre chose que de baiser chacun pour soi, dans ses souvenirs. 
Je me suis demandé s'il serait distant, fuyant,mal à l'aise et malheureux
Je me suis demandée si j'avais envie de le revoir. Lui.





La vérité c'est que j'aurais bien baisé avec lui mais que je ne me serais pas laissée baiser, ça c'est certain, la vérité c'est que j'avais presque envie de me baiser moi-même à travers lui, de me servir de son corps inoublié pour réparer le mien, la vérité c'est que j'aurais bien eu envie de lui donner une envie de moi irrépressible, la vérité c'est que je n'ai toujours pas confiance en ce corps, en cette personnalité qui est la mienne, et dont je connais le pouvoir, oui oui le pouvoir je déconne pas, la vérité c'est que si un jour je décide de lâcher les chiens, il y aura de la viande aux murs et que je me retiens depuis tant d'années, et la vérité c'est qu'à ce moment là l'occas' était trop belle et que c'est vrai que pour moi ç'avait été flamboyant comme jamais, enfin vu de ma fenêtre, tellement flamboyant que je m'étais sentie pouvoir lâcher un peu les chiens et que c'est ma propre viande que j'avais retrouvée dégoulinant sur les murs, et qu'à compter de ce moment je m’étais plus jamais laissée baiser, jamais, et qu'à dire vrai ça me manque un peu quand même et que là l'occas' était parfaite, parce que cette osmose avec moi même, je la connais, je la recherche, je la piste, je me serais sentie moi-même, je me serais ré-agrégée en quelque sorte par la bite même de l'homme par lequel je m'étais désagrégée et j'ai conscience que c'est tordu comme conception d'une séance de baise, mais bon c'est parce que là l'occas' de digression est trop belle et que c'est pas si courant que ça, la vérité c'est que tout ce que je te raconte, tu ne t'en serais même pas rendu compte, parce que mon chéri je t'aurais baisé comme je n'ai jamais baisé personne à part toi, parce que chacun est spécial et que ce qui t'appartient est à toi et à personne d'autre, y compris mes gestes à ton endroit, même ma voix change quand je lâche les chiens, même mon imagination ne m'appartient plus et je m'abandonne sans retenue à celui qui se trouve alors entre mes bras et mes jambes, la vérité c'est que j'aurais souhaité retrouver avec toi mes paradis perdus.


Je me suis demandé si je ne m'embarquais pas dans un truc compliqué et destructeur, si l'occas' en valait la peine. Je me demandais si j'arriverais à rester tranquille.


Je m'étais demandée si l'occas' en valait la peine. J'hésite. Parce qu'une occas' pareille...

 
 


Moi, les femmes

Et que si j'ouvre la bouche au maximum, elle m'engloutira et me fabriquera un nouveau visage.
Je voudrais parler de tout ce qui s'ouvre.

Les portes
Les frontières
Les jambes
Les yeux
Les cœurs
Les consciences
Je voudrais parler de l'excitation
Rythme qui s'emballe
Mains qui tremblent
Et ça gonfle,
Le clitoris

J'en ai vu un en vrai il n' y a pas si longtemps et merci l'imprimante 3D
Dire les droits des femmes sur ce petit bout de machin avec sa double paire de couilles
Merci l'imprimante 3D
Je voudrais parler de cette soirée entre femmes
Un centre social, une cité, la nuit
L'assemblée des mamans.
Je voudrais parler de leurs cheveux, de leurs belles tenues, de la lumière dans leurs yeux, de leur douceur, de leurs rires étouffés à la vue du clitoris
Merci l'imprimante 3D
Je voudrais parler de leurs yeux ronds, de leurs éclats de rire à la vue de Maria Pacôme
"Moi, ta mère, je m'en fous comme de l'an 40"
La complicité et ma propre découverte. L'excitation du moment. La joie. La connivence.
Je voudrais parler des hommes.

J'ai compris ce soir-là que la frontière entre nous était bien plus mince que je ne le pensais. Parce que le fonctionnement est le même
Physiologiquement

Et que si j'ouvre la conscience au maximum, elle m'engloutira et me fabriquera un nouvel être, une nouvelle ère.