mardi 2 janvier 2018

Lettre à l'Au.

Il m'est apparu que cette douce obsession, une fois réveillée, ne se rendormait pas. Et puis après avoir écouté attentivement l'ogre chanter les mots de la dame en noir, ma douce obsession m'est apparue dans sa démesure, sa vacuité, sa douceur enfantine, son éphémère éternité, sa répétition interminable. Comme les étoiles aux marins d'autrefois, elle a illuminé de son opaque obscurité les nuits de ma vie, sans que je n'arrête une seule fois mes pas sur la route.
Les saisons, les années passent et je reste, dans ton ombre, éternellement jeune, un peu bourrée dans ces ruelles noircies, à refaire ce chemin sinueux pour retrouver ma mezzanine et mes rêves de toi, éternellement entre ces parenthèses enchantées, assise sur ces marches à observer des fragments de ton dos. Le temps perdu ne se rattrape plus, et qu'importe, si tu savais le nombre de chansons qui me parlent de ces instants suspendus dans l'existence. Grâce à toi, je marche éternellement jeune, mes cheveux longs se raccourcissent à la mesure de mes souvenirs. Ne se rattrape guère. Ton image me hante, je te parle tout bas. J'ai repris la route, le monde m'émerveille, je me suis réchauffée à plein d'autres soleils. Tout est bien. Elle est belle cette chanson, elle me parle de nous, ce nous si petit qu'il tient dans une poche de pantalon, elle palpite au creux des reins ou du ventre selon la poche qu'elle choisit pour se cacher. Je suis sûre qu'elle te pince parfois gentiment, qu'elle t'agace, que tu ne sais pas quoi en faire. Pourquoi pas rien? Oui, pourquoi pas. Il m'apparait que tu laisses un interstice exister. La place laissée à ce pull, à cet orage, à ces caresses, le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, qu'importe le temps passé dans cette vie, dans la réalité, le printemps c'est joli pour se parler d'amour, mais nous déambulions en automne, ceci devant donc expliquer cela.  Une histoire de saison. Et tu restes, dans mes ombres, éternellement jeune, éternellement beau, un peu interdit et audacieux, me suivant en souriant dans ce dédale obscurci des rues arlésiennes, ton odeur éternellement accrochée aux mailles de ce pull, au duvet de ta nuque. J'ai oublié ta voix par contre. Craquent les feuilles mortes, brulent les feux de bois. Dans la poussière, éternellement tu te tiens en haut sur cette terrasse, dans la fumée, éternellement, je garde ton pull. 
Au moins le sais-tu?