lundi 24 décembre 2018

L'autre anniversaire

Il en est ainsi des hasards de la vie, de sa beauté, de ces bizarreries, de ces accidents, qu'elle nous apporte ce qu'il y a dix ans elle nous ôtait, l'amour d'une vie, je me souviendrai toute ma vie du souffle qui quitta la bouche de mon Il, dans trois heures, cela fera dix ans, comme je me souviendrai toute ma vie du souffle qui entra dans la bouche de ma fille quand, il y a eu trois ans hier, elle m'est apparue.

Elle est encore un peu petite pour gravir la côte qui mène à la falaise, un peu petite encore pour grimper sur le banc, je m'y suis assise tranquille, il était vide ce matin, c'est normal, l'Il n'est mort qu'en fin d'après-midi, ce n'était pas l'heure, je suppose qu'il a dû s'absenter.

Alors vois-tu, aujourd'hui c'est un autre anniversaire que je célèbre sur ce banc, façon de parler, c'est l'anniversaire de la mort de mon Il, et sur ce banc, j'ai envie de rendre hommage à cette autre famille, la famille qu'on se construit au fil d'une vie, en l'espace de dix ans ou bien de dix secondes, la galerie des visages aimés depuis de longues années ou depuis quelques jours, depuis la mort de mon Il ou depuis la naissance de ma fille.

Le bestiaire aimé de ceux qui s'asseyent avec moi sur le banc, en l'absence de mon cher vieux, sinon il ne pourrait contenir tout le monde, les bisons, les canards, les poules, les loups, les dindons, les poussins, les oiseaux, les biches, les ours, tout ça fait un paquet de monde et j'aime cette bestialité qui caractérise la famille que j'ai choisie, j'y accueille cependant un papillon de sang, ma propre mère que souvent je néglige, les rivalités sont fortes entre les familles choisies et les familles de sang, rivalités bâties à partir de l'opposition entre le choix et la nature, entre la génétique et le désir, l'amour pour un frère, une sœur, une mère ne va pas toujours de soi, l'amour pour un ami, pour un complice est total et souvent éternel. 

Assise sur ce banc, le papillon posé sur mon épaule, je me suis souvenue que mon Il était aussi le père choisi de ma mère et que cet amour non plus n'est pas simple. 
J'ai roulé une cigarette et j'ai fumé en silence pour rendre hommage à mon Il et pour sourire au Limaçon endormi. 

Mon cœur est vaste comme un banc depuis dix ans.


lundi 17 décembre 2018

L'amer noir

Elle me bouffe à pleines dents, cette agressivité, sous ses morsures je fonds comme ce cœur de brioche, comme s'il allait en sortir du lait frais ou du beurre, comme si de beurre j'étais faite. 
Qu'elle est pleine cette agressivité, dans quel recoin, ou cachette ou grotte se réfugie-t-elle tandis que le temps passe à me pétrir comme de la pâte à brioche, à fondre sous la langue, une douceur à pleurer, pendant ce temps là, se toucher doucement à la faveur de la nuit et des engueulades homériques des deux du dessus, mais comment on peut avoir envie de vivre ça, comment on eut avoir envie de passer sa nuit à hurler "Mais pourquoi tu me fais ça?"... 
Je la bouffe à pleines dents, la brioche fondante et j'y mêle l'amer noir de ces débris de chocolat, très noir et l'âpreté d'un thé, l’astringence nécessaire pendant que s'effiloche dans ma gorge la matière molle et beurrée de la brioche enveloppée de l'amer noir.
Ça se passait dans la nuit ou tôt très tôt le matin, ils ont fait tomber des trucs, elle criait sa colère, très fort, me faisant vaguement émerger du sommeil, puis la porte a claqué, elle lui criait "Pars pas putain!" pendant qu'il dévalait l'escalier, elle est sortie sur le palier, puis sur le balcon, elle criait, elle pleurait et le nombre de mots qui sortaient de sa bouche puaient la colère, le désespoir et la grossièreté, les mots le suivaient s'enfuyant dans le parc assombri, le pourchassant comme une malédiction tandis qu'elle pleurait en hurlant "Pourquoi tu me fais ça..."
Elle me bouffe à pleines dents, notre folie d'amour, comment ça peut être possible qu'on reste en criant "pourquoi tu me fais ça...", comment c'est possible que l'amie ne puisse pas partir tant qu'il est là, comment c'est possible de renoncer à ce qu'on est, par habitude, par paresse, par terreur ou par peur du vide, comment c'est possible de ne plus goûter la saveur beurrée du cœur de brioche, comment ça peut être possible d'oublier tout de ses jambes, de son sexe, de ses yeux, de son cul, de son cou, comment ça peut être possible de ne se cogner qu'à l'amer noir?
Pour conjurer ses cris, j'ai tenté de me fondre dans la mollesse tiède et douce de mes cuisses, j'oubliais pas mais je pouvais pas, ça fait déjà un moment qu'elle m'occupe l'anesthésie, je m'en occupe, pour pas me demander à moi-même "pourquoi tu me fais ça...", j'ai convoqué tous ceux qui m'ont fait tomber amoureuse pour une pour deux pour trois, ils se sont relayés à mon chevet, étouffant de leurs voix souffleuses et de mes caresses l'amer noir du dessus.
J'ai pensé aux deux du dessus, à leur rencontre comment ça a pu être possible, je me doute en même temps, c'est si beau l'amour, on est beau dans les yeux de l'autre, il nous fait bander ou suinter mortel, on se découvre une valeur nouvelle, on passe de la terre à la lune et un battement de cils et on tutoie Dieu le temps d'un baiser; lui, je l'ai toujours connu au-dessus, elle je ne l'ai jamais vue. Lui jouait tard le soir avec ses potes sur la play ou quoi que ce soit d'autre, en fumant des pétards comme des sapeurs, il faisait des karaokés aussi, c'était rigolo de les entendre en pleine nuit, parfait, pas amer du tout, même si voyou. 
Ils font l'amour comme ils s'engueulent, dans une sorte de passion triste et coléreuse. 
Je n'ai pas pu me rendormir, il est revenu et tout a recommencé, elle cassait des trucs en lui criant dessus et en pleurant. Ils n'ont pas fait l'amour.
Les débris de l'amer noir ont fondu sous ma langue.
Je crois qu'elle est enceinte.


jeudi 13 décembre 2018

Rêver, Dialogue in

Le rythme rapide, la voix sûre, c'était très différent de l'original.
Let it be
Avoir prévu de danser dans les bras de ce monsieur de maison de retraite
Clin d'oeil
Et la chevelure lourde et bouclée du berger, un signe de la main
Let it be
La danse hésitante
Je lui ai pris la main, mon dieu
Qu'il était grand, ou moi si petite peut être
Let it be
Ma voix qui chante toujours et
J'ai la bouche fermée
Les fringues pas raccord
Let it be
Tous les vieux de la maison de retraite
Une main dans mon dos
Nous regardaient en dansant
Let it be 
Souffle sur mon front
Si grand putain!
Merci pour
Cette soirée 
Mon sexe de femme
La joie
Les mots
Le rêve qui s'efface dans mes plis
La chevelure du berger
Les vieux de la maison de retraite
Le signe de la main, l'invitation
Les fringues pas raccords
La danse
J'avais jamais chanté aussi bien...





Mon prince au coeur brisé

Je ne sais pas comment je survivrai
Je ne sais pas non plus mon prince adoré, mon ami si loin mais toujours là, depuis presque vingt ans déjà, en ce temps, nous mations les culs des serveurs ensemble, nous dormions ensemble, histoire de tenir nos timidités au chaud de la tendresse de l'autre.
Nous n'avons jamais dit du mal de nos mères, quoiqu'elles puissent parfois nous taper sur le système.
Je ne sais pas comment je survivrai
Mais tu survivras mon chéri, je ne sais pas comment, mais je le sais.
Hémorragie et lentement ça s'arrête.
Fuck la vie.
Oui, fuck la vie quand elle quitte le corps des mères, et qu'elle laisse en rade le cœur des fils.
Je ne sais pas comment je survivrai.
Mon prince, si tu t'enfermes dans la tour sombre avec ton chagrin et le chat de ta mère, d'un baiser tu sais, je viendrai tenir ta peine au chaud de ma tendresse et j'emporterai de la colle dans mes poches et quelques photos de culs de serveurs...
Je t'aime.

mercredi 12 décembre 2018

Sous les pavés, il y a quoi?

J'avais envie de m'extraire de sous le tas de pavés empilés dans mon esprit, de presser les raisins de la colère et toute rage bue, me retrouver avec la gueule de bois, contemplant les ruines fumantes de l'ancien monde, une utopie, pourquoi pas, deux trois mecs qui courent encore vers je ne sais quoi, et penser à Philippe Lançon, que je lis, là tout de suite, il y a une chose qui me tient, ces détails de rien du tout et c'est vraiment ça, les détails de rien du tout qui comptent, on s'en fout de l'ambiance générale, moi ce qui me ferait bander si j'étais un mec, ce serait une mèche de cheveux ramenée derrière une oreille, des lèvres qui se pincent quand la langue passe dessus, j'ai envie de sortir du tas de gravats du monde en jaune ou en rouge, et c'est étrange, ces moments où l'on cherche à s'extraire du monde, se mettre en off et penser au contraire, à l'inverse, l'amour ou la révolution, qu'est-ce que c'est con cette opposition mais la révolution épuise et l'amour rassasie et parfois c'est le contraire, mais là, j'avais envie de penser à autre chose et il n'y a rien d'autre entre l'amour et la révolution, parce que l'un provoque l'autre, immanquablement.

L'amour sort des tas de gravats à la manière des herbes sauvages et rustiques, le pissenlit ou le plantain par exemple, il se faufile dans tous les trous qu'il croise et envoie la révolution silencieuse de ses promesses d'envol, de poésie, de sensualité maladroite, ce sentiment de chance contenu dans un regard, dans un geste imprécis, une hésitation, tirer des plans sur Jupiter, et faire l'amour sous les éclairs.*

J'avais envie de parler deux minutes de cet état de flottement... 
Est-ce qu'on pourrait pas juste tirer des plans sur la comète, et faire l'amour les fenêtres ouvertes?*

*

Dans la brume bleutée d'un matin clair

Ils n'en auront jamais assez tu comprends bien ça vieux frère, même quand tu seras étalé par terre, la peau parcheminée et les veines sèches d'avoir tant perdu leur sang, même quand tu seras vieux et impotent, à te chier dessus, ils n'en auront rien à foutre.

Ils n'en ont aucune conscience, tu comprends bien ça vieux frère, de ton regard qui se décille, dans la brume bleutée d'un matin clair, parce que dans leur monde, même la brume est à eux, à toi la crasse et les vieux tunnels qui puent la pisse des milliers de tes semblables et tant pis si tes enfants, à peine éclos, tombent dans un tas de fange, après tout dans leur monde, c'est là notre place.
 
Ils n'en ont rien à foutre, tu comprends bien ça vieux frère, de nos amours, de nos rêves d'une vie meilleure, parce que vraiment, si on s'additionne, nous tous, ça pourrait être difficilement pire, j'aime vraiment pas ça, me dire qu'un jour il faudra entrer de force dans leurs hôtels particuliers, qu'un jour il faudra prendre dans nos bras, les enfants de la fange et les coller sur nos épaules et aller chercher un cours d'eau non polluée en espérant qu'ils ne soient pas morts du voyage et je sais même pas si on en trouvera un parce que de ça non plus, vieux frère ils n'ont rien à foutre, ils n'ont rien à foutre de rien. 

J'aime pas ça, tu comprends bien vieux frère, l'idée d'aller au carton, et d'en bouffer, de la violence à bras raccourcis, du désespoir qui se transforme en émeute, tout ça me fait peur vieux frère tu comprends, j'ai peur pour moi, j'ai peur pour mon corps et mon âme, j'ai peur de la violence crue, mais je sens que la violence symbolique est encore pire, j'ai compris ça vieux frère, en voyant des enfants en plein hiver, les lèvres bleues dans des bras mendiants aux feux rouges de ma route, vieux frère, j'ai honte de ma condition, et c'est ce sentiment qui me rend humaine encore, mais on ne devrait pas se sentir humain par la honte ou la peur.

Ils n'ont honte de rien, tu comprends bien ça vieux frère, les lèvres bleues des petits, les cris enflammés au fond de nos gorges et notre indignation, ils n'ont honte de rien, ils n'ont même pas peur, enfin si, ça commence, mais ça ne les rend pas plus humains pour autant, car ils n'ont ni honte ni peur d'eux-mêmes et avec combien de vieux frères ai-je pu parler de cette peur de  ce qu'il y a enfoui en nous, de la violence crue que nous portons tous et que nous employons une vie à contenir, à transcender dans la brume bleutée d'un matin clair.

Ils tentent d'éteindre toutes nos lumières, vieux frères, ils essaient de nous plonger dans un bain de boue , mais on a le cœur soulevé par la sauvagerie de leur monde, alors on se débat et ils serrent plus fort, alors on s'additionne et nos corps craquent et se soulèvent, à devenir fous, et même ça ils n'en ont rien à foutre, ils n'en ont aucune conscience.

On réclame en pleurant un naissance nouvelle, dans la brume bleutée d'un matin clair. 
Vieux frère, ils n'ont pas compris que le jour se lève.





mardi 11 décembre 2018

Choisir est-ce renoncer? Dialogue in

Il faudrait que je l'écrive,
Ce texte de mariage
Il faudrait que je desserre
Les nœuds
Il faudrait que je regarde plus loin
Que le bout de son accent circonflexe
Il faudrait que je vérifie
Un truc
Il faudrait que je trie
Ma paperasse
Les machins qui
M’embarrassent
Il faudrait que je le dise
Une bonne fois pour toutes
Il faudrait que je la prenne
La complexité de mon âme
Il faudrait que je me laisse
Tomber dans ses bras
Il faudrait que je les écrive
Ces mots de renoncements

Il ne faut pas avoir besoin de lunettes pour comprendre que mon cœur s'est taillé, en vol au dessus des marais et pas qu'une fois, il faut que tu comprennes qu'une fois déjà, il y a longtemps et une autre fois, il n'y a pas longtemps, la tentation de l'escapade, du grand plongeon, c'est comme si c'était pareil, ont accosté sur mon rivage tranquille et simple, apportant le désordre délicieux de l'intranquillité, et l'infernale possibilité d'une autre vie que la mienne. 
Il faut que tu comprennes qu'un cœur humain, le mien, souffre d’arythmie sentimentale, que les 50 pulsations minute qui m'oxygènent peuvent, par la grâce d'une après-midi venteuse, d'une soirée de déambulation toute en courbes ou d'une partie de cache-cache dans la neige, passer du simple au triple et me décoller les 20 mètres carrés de peau qui m'entourent. 
Il faut que tu comprennes, Amoureux, que c'est toi que j'aime, dans ton mutisme de taureau blessé au cœur, dans ton corps, cette terre qui n'a plus de secret pour moi, dans tes éclats, de rire, de colère, de mensonges et d'émoi enterré, il faut que tu comprennes.
La perplexité qui fut la mienne de retrouver le corps de l'Au. après 13 ans, l'incrédulité de redécouvrir un corps connu qu'on ne connait plus. Il faut que tu comprennes ce que ça provoque de ne plus être habituée qu'à toi, de ne plus être habitée dans l'amour que par toi, de ne plus enserrer en moi que toi, au point de ne plus voir, entendre, sentir que toi, comme les filtres dorés d'un verre éternellement posé devant les yeux. 
Il faut que tu comprennes qu'en allant voler au-dessus des marais, je ne t'ai pas quitté d'une semelle, même si l'envie s'est faite sentir, la tentation d'aller voir ailleurs si j'y étais, et sans doute que oui j'y étais, mais pas totalement, est-ce qu'un jour, je serai totalement, entièrement quelque part? 
Dans tes bras peut-être? 
A tes côtés j'espère.
Il faut que tu comprennes l'Au., combien j'ai aimé rêver de toi, une fois ton envol arraché à ma peau, combien j'ai aimé me savoir dans tes pensées, même complexes et gênantes, j'en suis sûre, caillou dans ta chaussure, il faut que tu comprennes combien j'ai été touchée par ton corps retrouvé, même si l'éloignement de tant d'années m'a imposé une distance de sauvegarde, rognant mon désir de toi, que j'avais satisfait dans mon coin. 
Il faut que tu comprennes Loup, que si tu ne veux ou peux plus y être, je comprends, mais que tu y es quoi qu'il puisse en être, tu es suspendu dans ce hamac avec tes babouches et tes yeux tournés vers les chevaux blancs. 
Il faut que tu comprennes, qu'après avoir été un plein en moi, tu deviens un vide, l'ombre d'un oiseau en vol au dessus du sol que je regarde, que dans mon monde, une vie peut être changée en une journée et que c'est si délicieusement cinématographique que je n'y résiste pas, et qu'à travers toi j'ai rêvé à un autre possible, tout aussi excitant qu'insupportable et que j'ai choisi, mais sans renoncer, je sais désormais que c'est possible, de garder en soi ce rêve d'un autre possible sans souffrir, et de continuer à marcher sur mes deux jambes, l'une sans cesse à la poursuite de l'autre, d'aimer l'Amoureux, de l'épouser, d'élever nos enfants, de redécouvrir nos corps après mes vagabondages et d'aimer inconditionnellement ce film osé et joli qui se joue dans mon âme.


Il faudrait que je le dise que je les désire tous
Autant qu'ils sont
Il faudrait que je leur dise que je les aime tous
Chacun à leur place
Que j'en choisis un
Sans renoncer aux autres..
Ce texte de mariage
Je vais l'écrire

lundi 10 décembre 2018

Bouffer les lions, dialogue in

Il y a dans mon air comme une énergie, pas comme les autres, un relent de souffre jaune et acre, un air de lacrymo libidinal, paupières qui craquent et pantalon qui se déchire, un air tribal et nu dans l'air raréfié de l'année qui se meurt, un air de veines en feu et de lourdeur des membres, un air bondissant en sous-sol.
Il y a dans l'air comme une énergie de rébellion et vaut mieux être belle et rebelle que moche et remoche et je la trouve belle cette énergie un peu crasse, un peu frustre, bien que je ne sache pas encore comment lui parler.
Et ben parle pas
Il y a dans mon esprit des questions troubles, des envies tout autant, des schémas qui se dézinguent, des murs qui se lézardent.
Elle lui avait demandé de la faire jouir avec la langue, il lui a lu un poème
Des trucs dans le genre, une énergie à bouffer du lion, une énergie à mettre à bas tous les fins de race, tous les machos, tous les connards qui n'auraient pas digéré d'être sorti d'une chatte, qui n'auraient pas digéré d'en être le fruit
De quoi?
Du désir, du plaisir, de l'envie, d'une envie, d'une énergie à bouffer du lion, d'être né de la douceur d'une caresse, de la rudesse des souffles, de la bite gonflée à exploser et de la chatte exponentielle, tu la connaissais pas celle-là, la chatte exponentielle, la chatte câline à te damner, et la teub des nanas, tu la connaissais pas celle-là, un jour on en fera des dessins, ça commence, ça vient oui ça vient, et les connards qui pensent encore qu'avec leur crinière de lion, ils peuvent se les baiser toutes les gazelles, c'est à dire toutes les dominer, les mettre à bas, tous ceux là vivent la fin de leur monde de dégénérés, vivent la fin de leur domination, il y a dans notre air comme une énergie, pas comme les autres, un relent de souffre acre et jaune, un réflexe de honte qui craque, un air de joie rageuse qui flotte dans leur air, et qui leur coince la gorge, réflexe imbécile des dominants devant la rébellion.
Il y a dans mon air, un parfum de femmes, au-dessus des fumigènes, des parfums de femme, piquante et douce, il y a dans l'air, une promesse, pas comme les autres, de celles qui affolent les pouvoirs, parce qu'elle contient le pouvoir, celui de plaire, de vivre, de jouir, de s'embrasser, de s'affronter, de s'aimer, il y a dans notre air cette odeur de souffre et de fleur, une énergie à bouffer les lions, tête queue crinière incluse et dents pour finir, avant de mettre bas sous les pavés, une place neutre, à explorer, nus-pieds et cheveux aux vents, histoire d'embaumer ce rance atmosphère, ce repaire puant où croient encore régner encore ceux qui se prennent pour des lions.
Ça vient...oui, ça vient.

vendredi 7 décembre 2018

Une et indivisible

Heureusement qu'elle ne se niche pas au creux de mon cul, ou en quelque autre partie de mon corps d'ailleurs, heureusement qu'elle existait avant moi, qu'elle s'est bâtie sur des symboles de quelque chose d'un peu plus grand que mon cul, bien qu'il soit conséquent comme cul, je reconnais, mais heureusement, elle n'a rien à voir avec mon anatomie...

Heureusement qu'elle est une et indivisible, sinon elle aurait la tronche du cul de millions d'entre nous, elle serait étroite, massive, poilue, rebondie ou plate ou pointue, comme deux pommes ou comme de la gelée, la pauvre, elle aurait de ces accents schizophrènes...

Heureusement je n'ai mal nulle part, en aucune partie de mon corps en tous cas, même si l'âme en prend de sérieux coups, de honte, de rage, de désespoir et d'hébétude devant le déferlement de brutalité qui m'inonde, devant les coups de matraque qui pleuvent comme la pire des giboulées, dans le brouillard poivré qui s'invite dans les rues, devant l'éternelle misère qui se rebelle -enfin, devant le mépris insondable de qui pleure des voitures au lieu de pleurer des morts...

Heureusement qu'elle ne se niche pas au creux de mon corps, elle n'a pas besoin de s'y incarner pour souffrir, ni le mien, ni celui de quiconque. Elle est une et indivisible quoi qu'on en dise ou pense et c'est pour cette raison que ses sursauts étonnent, perturbent et angoissent ceux qui ne croient plus en elle.

"La nécessité est la mère de l’invention.

Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien; le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."*


Je n'ai pas mal à ma république.
Car heureusement, elle ne se niche pas au creux de nos culs.

Une et indivisible, elle est  notre devoir,  notre droit, notre pouvoir communs.

*Platon, La République.