mercredi 24 octobre 2018

See blue

C'est comme un goût de sel sur fond bleu
Quand on regarde le ciel, en mieux
Envie d'aller au gré des courants
Dériver, changer de continent

C'est comme une étincelle dans tes yeux
Où brillent d'autres soleils, tant mieux
Envie d'oublier les mots blessants
Se laisser porter vers d'autres gens

Ce soir mon coeur ultra-marine
A force de rester dans le vague
S'est épris d'une larme de spleen
Et danse, danse la Madrague

C'est comme d'être à l'abri quand il pleut
Et que les gouttes font du bruit, en mieux
Envie de filer comme des goëlands
Quitter la jetée tout doucement

C'est à la fin du jour être deux
A trouver le temps trop court, tant mieux
L'occasion rêvée d'aller aux vents
Pour sentir claquer ses sentiments

Ce soir mon coeur ultra-marine
Et le sable sur lequel je tague
Ton prénom d'ambre libertine
Finiront dans les vagues

Ce soir mon coeur ultra-marine
A force de rester dans le vague
S'est épris d'une larme de spleen
Et danse, danse la Madrague

C'est comme un goût de sel sur fond bleu
Quand on regarde le ciel, en mieux
Envie d'aller au gré des courants
Dériver, changer de continent.


Art Mengo, Ultra marine

mardi 23 octobre 2018

L'envol

Je vais arrêter de me cacher derrière mon double vitrage, tant pis, j'y vois déjà plus rien de ce que j'écris, je me relirai plus tard, je distingue déjà plus rien des touches, la nuit commence à couler, mais non c'est pas pour ca que j'y vois plus rien, j'y vois plus rien parce que je suis aveuglée, parce que je suis engloutie, je t'ai dit qu'hier je me suis fait un shoot d'adolescence? 
Dans la forêt (encore? encore...), j'ai croisé par hasard le mètre étalon de mes sentiments de jeunesse, et plus tard aussi, alors hier, un shoot, on aurait dit une droguée, un shoot de ses yeux, de ses mains, de sa bouche sur moi et la vérité, je vais te la dire, ça m'a fait autant de bien que de mal et c'est pas commode d'avoir les yeux brouillés avec panache, c'est pas commode d'avouer que si j'étais la femme que parfois je rêve d'être, je les aurais déjà tous largués oui oui mes petits aussi si ça se trouve, qui me manquent tant et tant, maintenant qu'ils sont au loin avec l'Amoureux. Oui j'aurais pu les larguer tous et je me supporte pas de ce courage qu'il faut parfois pour rester à sa place, à celle qu'on s'est choisie et pour laquelle on s'est battue, mais cette résonance je la sens, dans mes fibres, sérieusement parfois j'ai la sensation que je me l'invente, mais je sais bien que ce n'est pas le cas, la vérité c'est que c'est pas un chapitre que je veux, c'est un bouquin entier, je vais arrêter, de me cacher derrière mes métaphores d'arbres et d'oiseaux sur les branches, je vais emprunter, c'est pas trop grave tu penses?, emprunter à Anne Dufourmantelle, elle le dit si bien ce risque
"Au risque d'écrire à un presque inconnu une lettre d'amour à partir d'un presque rien qui vous aura traversé dans une fulgurance inconnue de vous jusqu'alors...."
Oui ce risque là putain ce risque, que je prends toujours, alors que je suis si mesurée si prudente, je pense que je me pousse au déséquilibre pour ne pas m'éteindre, mais la vérité c'est que j'aime tellement que ça me brûle et que je ne sais pas me retirer, si j'étais un homme avec mon cœur de femme, j'aurais sûrement eu des tas d'enfants, parce que je ne sais pas, ni ne veux me retirer, la vérité c'est qu'on se ressemble en fait, mais qu'on a pas fait les mêmes choix, la vérité c'est que j'ai choisi de n'être pas la femme que j'aurais rêvé d'être. Bon. La vérité c'est qu’aujourd’hui, j'ai les boules, comme si j'avais avalé celles d'un rhinoféroce,la vérité c'est que je ne sais pas pourquoi, je ne veux pas que tu partes, je me sens amputée, la vérité c'est que j'ai peur d'être loin de tes yeux, loin de ton cœur, et je ne comprends pas parce que je ne te veux même pas pour moi, je ne comprends pas putain!
Elle a raison Anne Dufourmantelle, il y a des choses qu'on vit pour la beauté du geste, pour le risque à prendre...
Parmi la somme de choses que je ne comprends pas, je perçois quand même un ou deux petits trucs... Je te le redis, la beauté de ce geste entre toi et moi, je te jure, dans mon monde, ça vaut le coup de se brouiller les yeux pendant quelques temps, même sans panache, la beauté du risque que je regrette ne pas avoir poussé plus vaut la peine que je traverse, parce que moi de toute façon, je ne sais pas refermer correctement un bouquin qui m'a ébranlée.
Mon ami, mon amour, mon frère, mon oiseau au long cours, mon complice, fais bonne route.

"Au risque de l'amitié, cachée, folle, éperdue, infinie.
Pire qu'un amour..."

Au long cours

"Il m'écrivait:
Qu'il était animé par la curiosité,
comment les gens vivent, réfléchissent et se taisent,
dans toutes ces langues,
...."

Je t'écrirai que je suis animée par la curiosité, depuis longtemps, un sentiment ambivalent chez moi, proche du voyeurisme et de l'envie de faire partie, toujours de ce monde où vivent ceux que j'aime, ceux qui attisent ma curiosité, mon désir (obscur objet), ma confiance, mon doute face à ma propre vie. Je t'écrirai que j'aimerais être un tableau vivant suspendu aux murs de ta maison, comme tu l'es parfois dans la mienne, avec tes paysages qui changent au rythme des enroulements de la route que tu empruntes. Je t'écrirai que je suis animée par la joie d'un balancement léger un après-midi noir aux yeux des chevaux blancs qui traversent les marais, par la vie du silence et comment y vis-tu dans ce silence? Les arbres sous lesquels on peut marcher ailleurs que là où je me trouve bruissent-ils d'une voix différente que celle que j'entends? Je t'écrirai que je suis animée par un sentiment ambivalent chez moi, frontière entre le soulagement et la désolation, parce qu'avec cette route que tu achèves sans retour imminent, l'espace de ma langue se rétrécit dans la poche de mon pantalon, prend la taille d'une toute petite noix que je serre dans mon poing et que je sens se réduire, sa voix déjà a changé d'accent, je ne comprends plus toujours tous les mots qu'elle prononce, le risque qu'elle s'éteigne... Je t'écrirai que je suis animée par un goût soit de trop, soit de trop peu, et que ça varie en fonction de la lumière sur les feuilles d'automne, qu'avoir les boules avec élégance est tout un art et que je progresse de jour en jour, mais n'est pas Penelope qui veut et encore heureux...
Je ne m'explique pas ce lien, cet alliage.
Je t'écrirai, mon ami, mon complice, mon frère, où que tu te trouves mes pensées t'accompagnent. 

mercredi 17 octobre 2018

Tensions, Dialogue in

Ce que c'est que d'être tendu comme un string,
Tu vois moi par exemple
Les flics, t'avances...
Paf, la crosse dans la gueule
Et une dame dans le coma
Les gosses à la nuit tombée, 
S'avancent
Paf... non... 
C'est plus grave
Ce que c'est que d'être tendu comme une arbalète
Bien plus grave
Tu vois, moi par exemple,
Mais ces gosses, plus jeunes que ceux de West Side Story,
Et poutant,
Mêmes causes,
Mêmes conséquences
L'école, tu te trompes...
Paf, l'échec dans la gueule
Et des mômes dans le coma
Au niveau du cœur, ça se joue
Ce que c'est que d'être tendu comme une corde
Celle qui nous serre sournoisement
La conscience
Tu allumes ta télé...
Paf, l'effroi dans la gueule
Paf, la bêtise, l'ennui et l'indifférence
Non...
C'est plus grave.
Bien plus grave.
Tu vois, moi par exemple, je préfère
Les strings?
Encore que...
Pas de corde du tout, si possible, je préfèrerais.
Pas de coma pour la dame poussée au sol par les flics hier à Marseille 
J'espère
Pas de bagarre mortelle, pas d'enfant mort sous les barres de fer
Pas de sentiment d'injustice ou d'impuissance à peine quitté les portes de la maison
Pas de tensions qui ne puissent se déliter autrement que dans le sang et la colère,
Tu vois, moi par exemple, voilà ce que je préfère...
Paf, dans ma gueule!

lundi 15 octobre 2018

Je me suis assise sur ce banc de bois, le soleil filtrant doucement dans l'or des feuilles mourantes, mes pieds flottent au-dessus d'un tapis bruissant et un milliard de perruches chantent sur ma tête, au loin, je peux entendre la suite pour violoncelle n°1, quelqu'un s'exerce, c'est un peu haché, mais rien ne saurait entamer la beauté de ce glissement de l'archet sur l'échine de l'instrument. Rien, à part la mort d'un enfant de 12 ans, écrasé à coups de barres de fer. Le soleil, l'or des arbres, les oiseaux et le violoncelle ignorent que face à cette horreur, il faudrait éteindre toutes les lumières et faire silence, et prendre sa mère par la main et la laisser nous battre à mort, de vivre dans un monde où les enfants de 12 ans ne peuvent pas aller au foot, se promener, vivre, sans risquer de se trouver, au milieu d'un déferlement de brutalité tel que tout repère s'évanouit et conduit à l'anéantissement d'un être.
Le soleil filtre doucement dans l'or des feuilles et les perruches tiennent un colloque au-dessus de ma tête en rivalisant avec Bach. Ils ignorent qu'à la même heure hier, un garçon dormait encore ou ouvrait ses yeux sur ce qui serait sa dernière journée.
Quel chagrin dans l'or des feuilles, quelle affliction dans la réunion des oiseaux, quel gâchis que les rayons du soleil ce matin et comme le violoncelle pleure ses notes éteintes.
Quel sera le goût de cette journée, hormis celui de l'amertume ?
Hier, à la même heure ...

vendredi 12 octobre 2018

Fugue

L'escalier décrit une gracieuse courbe vers la gauche, et le pied sanglé, délicate boucle remonte sur la cheville, aussi fine qu'elle pourrait craquer comme une brindille, la jambe, devinée, sous la robe, descendre n'est pas si aisé en talons, mais quelle grâce, et quasiment survoler tout l'espace, s'élever au-dessus de la foule, la transpercer sous les voiles, comme détachée, comme absente, comme envolée.
Passant au milieu de toutes ces odeurs rassemblées, de tous ces yeux posés sur toi comme si tu étais une offrande ou un espace vide, tu te sens comme absente, comme une convoitise, un bonbon pour paresseux, ils n'ont qu'à tendre la main pour cueillir ce qui leur fait plaisir, ce qui répond à leur caprice, et toi tu te mets sur pause, tu mets ton cœur en veille et ton corps en alerte, cette impression de nager dans un banc de poissons tueurs, où les hommes sont des requins et les femmes de murènes, tapies dans les creux sombres des roches, à l'abri de la lumière elles rongent leurs écailles et s'aiguisent les dents.
Tu trouves un endroit, tout petit, tu t'y faufiles et tu éteins les lumières, et les sons s’étouffent à mesure que tes mains appuient sur tes oreilles, à ne plus entendre rien d'autre que le battement sourd du sang dans ta tête, et les étincelles colorées dans tes yeux, plus tu t'écrases les paupières. Enlever les chaussures et poser les pieds nus sur le sol froid, remuer les orteils et revoilà la gamine aux jambes maigres, à l'écorchure sur le genou droit, petite cicatrice et cheveux dans les yeux, la revoilà la gamine effrontée et rêveuse, elle n'a rien à faire ici, dans cette robe qui enserre celle qu'elle est devenue, elle n'a rien à faire ici le petit coquillage au milieu des murènes et où sont passés les grains de sel et les feuilles mortes dans les cheveux, qu'est-ce que c'est que cette étude dans la personne , ces poses, ces regards vides de sens?
La musique paraît si lointaine derrière la porte et la pénombre, et des cris enivrés, mais qui peut-on chercher à si grand bruit? Trouver la sortie, virer les chaussures, la robe, les pinces, libérer la chevelure, et sortir sortir...
Les murènes  tournent autour de leurs proies et les requins de même, entraînés par le flux lancinant des cuivres et le tempo profond d'une voix grave, sortir sortir, sur l'asphalte mouillé mais par quoi, en cette nuit poisseuse et lourde, trouver un coin, pas grand-chose, pourvu qu'il s'y trouve un peu de terre, une odeur de champignons et le froid de la rosée à venir, sortir sortir. S'étendre sous une ramure, même amoindrie, sous la ramure d'un arbre bruissant, et s'enfoncer en terre, les maigres affaires déchirées, abandonnées derrière, dans le sillage des murènes, sortir sortir et dans le sommeil des fugues, retrouver la clairière et l'heure des chiens et des loups, dans le sommeil, les laisser passer et en renifler les abords, sortir sortir.
A l'aube ouvrir les yeux, encore les étincelles.


jeudi 11 octobre 2018

Who knows where or when ?

Il faut savoir parfois rendre les armes ou poser ses valises, c'est selon, et pourquoi à cette heure, à cet endroit, on ne sait pas, sans doute en raison de la couleur des nuages, un peu chargés en cette fin de journée, mais lumineux malgré tout.
Il faut savoir s'essuyer les yeux d'un revers de manche et inspirer profondément et tant pis si l'air charrie des odeurs de ville et pollution là où l'on aurait besoin de sable et de sel.
Il faut savoir s'incliner devant la lassitude et le doute, les laisser passer sur son échine comme une bourrasque soudaine, plier mais ne pas rompre et puiser dans sa souplesse pour savoir, plus tard s'étirer longuement.
Il faut savoir, à la brûlure de ses yeux, trouver un remède et à la fatigue de son corps offrir le repos.
Et dire ce qu'on a à dire, parce que sinon, le regret du silence et du secret.
Et pourquoi ces mots là, ces intentions, on ne sait pas, à ce moment et en ces lieux, sans doute parce que la nécessité l'impose et que la température d'octobre est trompeuse.

lundi 8 octobre 2018

On efface pas les ardoises


Il me brûle les doigts cet ordinateur, putain avec quel sang humain a-t-il été fabriqué, à partir de quelle souffrance, de quel esclavage, de quel marteau-piqueur, quel est l'enculé que je nourris en achetant ce putain d'ordinateur? 

Il pleut des bonnes nouvelles comme une pluie de merde et comment T. arrive-t-il encore à lever les yeux et les tourner vers les oiseaux, et j'ai comme une envie de foutre le feu aux palais des institutions, d'en coller sur des barcasses en pleine mer et de voir comment ils vont s'en sortir, j'ai comme ça des envies de colère, de dégoût et de feu. 
Envie de me cogner la tête contre les murs, à s'en faire pisser le sang par les yeux, parce que ce putain d'ordinateur me brûle les doigts et que, je me souviens, on avait gueulé à la maison, quand il avait fallu s'équiper, ça coûtait cher et puis ça prenait de la place, vingt ans plus tard, je me rends compte que le prix est exorbitant, et qu'il n'est pas pensable de se cacher et de n'en pas payer le prix.

Et au diable les bien-pensants, les honnis, ceux qui mal y pensent, ce sont moi et les miens, qui doivent payer le prix humain de cette pluie de merde qui nous tombe sur la gueule, et devoir faire grandir nos enfants avec le poids d'une honte qui ne nous appartient pas mais que nous faisons nôtre et qui nous brise en deux, qui nous maintient la tête dans la cuvette et qui nous étouffe, et nous écœure tant qu'on en arrive parfois à nous dégoûter nous-mêmes et que nos propres gestes quotidiens, nous les scrutons à la recherche de ce qu'on fait comme mal supplémentaire.

Envie de faire partie du cortège de tête, un jour il faudra bien qu'on y passe, je crois j'ai peur, à la révolte brutale et violente que d'autres ont démarré, un jour il faudra que je prenne un manteau avec plein de poches pour y fourrer tout un tas de trucs pour me protéger et pour casser, les deux en même temps, j'ai besoin d'ouvrir les vannes, de tout lâcher car ce monde ne se transformera pas à coups de lâcher de clowns, de batucada et de câlin géant. Et pourtant, ce monde est en manque de beauté de musique de rire et d'amour, je te parle de vrais trucs, d'amour fraternel et tranquille, sensuel et débridé, de musique qui prend à l'âme, de rire aux larmes, de nature qui reprend ses droits, du droit à la sauvagerie.
Les vrais sauvages l'ont compris et sont libres eux de saccager, de réduire en esclavage, de coloniser et de commander, de violer les hommes et les terres.
Et que ceux qui appellent au calme se taisent. Il n'est plus possible de rester calme et pondéré, sans participer, même à son corps défendant au désastre.

J'en ai plein la bouche de leur sauvagerie. Et un jour je vomirai la mienne sur leurs pompes nickel impeccables, et j'espère qu'on sera des centaines et des milliers et qu'un flot de merde leur tombera dessus comme une tempête.

Et après la tempête, on restera hébétés , certains seront sans doute morts et on pleurera sur les ruines d'un temps qui nous a vus heureux enfants, d'un temps où l'on fumait des cigarettes volées dans les sacs des grandes personnes, un temps où l'on grimpait aux arbres, un temps pas si éloigné de celui qu'avait vécu nos propres parents et on regardera nos enfants peut-être déjà grands et on pleurera sur les ruines fumantes de ce que nous leur offrons comme avenir. 
Alors mon putain d'ordinateur me brûle les doigts, parce que j'ignore quel est son véritable prix et que je pressens que ce prix là, je ne suis pas prête à le payer, et que s'il avait le prix de sa valeur, jamais il ne m'aurait ainsi brûlé les doigts, car je n'aurais pu ni voulu me l'offrir. 
Et qu'il en va ainsi de toutes les choses qui m'entourent.

Envie du calme après la tempête, des regards hagards devant ce qui reste à restaurer, besoin d'humus et de vent frais, pieds nus sur les feuilles mouillées, la chair de poule au petit matin et un sourire au coin des lèvres, avant de reprendre notre humanité et tant pis, si ça prend toute une vie.



dimanche 7 octobre 2018

L'égaré(e)

Je ne sais pas où je l'ai foutu. 
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Mon cheval à bascule.
C'est un jour comme aujourd'hui que j'aimerais tant l'enfourcher et fermer les yeux dans son doux balancement, ordonner mes pensées, mes mots et m'éloigner de cette tristesse ou y plonger tête la première, comme dans une eau froide, et retrouver sur ses flancs de bois, les routes que j'avais empruntées, les rails sur lesquels je m'étais étendue, nue à la nuit étoilée et noire de suie, retrouver un peu de sa peinture bleu sombre sous mes ongles et m'emporter dans les songes vers l'Est, la terre lointaine de ma source.

Je ne sais pas où je l'ai foutu.
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Et en attendant, ce que je sais, ce que je vois, c'est que ma source se tarit à nouveau, que je perds confiance et espoir, à mesure que les jours raccourcissent et que mon désir de l'Est grandit. Qu'il est un temps où l'on s'assied et où l'on tourne la tête en arrière et je crois qu'on ne devrait jamais le faire, parce que l'arrière est plein de tout ce qu'on aurait pu être, plein de tout ce qu'on aurait pu voir advenir, plein de tous ces choix qu'on a pas fait. 
Bascule
L'avant est plein du contraire. L'avant est plein de tout ce qui nous reste à vivre, plein de tout ce que l'on a décidé, plein de tout ce qui nous attend.
Assise sur le rebord du balcon, les jambes pendantes entre les barreau de fer, je me suis un instant retournée vers l'Est.
Bascule.
Arrière.
L'obsession.
L'oiseau.
Le Loup. 
Le migrateur.

Bascule. Moi.
Je crois que j'ai un torticolis. Arrière.





samedi 6 octobre 2018

Haïku à double sens

Perle de sang au bout du doigt
Sous un tas de feuilles
Une punaise cachée

mercredi 3 octobre 2018

Le(s) Dictateur(s)

Le cul bien vissé sur mon fauteuil, je te regarde vermine et d'en haut de mon estrade en dollars, je m'en fous de ton morveux accroché aux jupes de sa pute de mère, vous n'êtes que des sous-hommes, une bande d'arriérés poussiéreux, entêtés et incultes. 

Ne pose pas tes yeux sur moi vermine, ou je te colle au trou et tes enfants dans un autre suffisamment loin pour que tu ne puisses plus jamais les toucher et suffisamment proche pour que tu puisses les entendre renifler et gémir, et suffisamment longtemps pour qu'ils ne te reconnaissent plus et s'ils te reconnaissent malgré tout, ils te détesteront de n'avoir pas su les sauver de moi.

Le cul bien vissé dans mon fauteuil, j'ai signé aujourd'hui une autre loi qui t'empêchera de venir fouler mon sol avec tes hardes et tes sacs plastiques, derrière les vitres fumées de ma voiture de luxe vermine, j'en vois assez de tes semblables mendier et voler ce qui nous appartient, et demain j'en signerai une autre de loi, pour que les débordements menés par les connards qui s'opposent à moi soient interdits, un jour je réussirai à les réprimer dans le sang, ce n'est qu'une question de temps.

Tu ne comprends pas vermine, que je tiens le monde dans mes mains, et que je suis tranquillement assis dessus, je sers la pogne de ton président, après tout, s'il est là c'est grâce à moi, du coup il me lèche le cul, il achète ce que je lui vends et ça lui pète au nez, il est en rage ton président, il a besoin de s'en servir de ses armes, tout doit se rentabiliser dans la vie.

Le cul bien vissé dans mon fauteuil, je me frotte les mains pendant qu'on me suce et je réfléchis à ce que je vais faire de toi, vermine, et monter l'opinion contre toi est si simple, bientôt nous aurons réussi à annihiler toutes les poches de résistances intellectuelles, tous ceux qui s'opposent si médiocrement, en même temps elles me font marrer leurs pétitions. 
J'ai le pouvoir de couler tous les bateaux qui te récupèreront. 

Mais...

Je ne comprends pas vermine pourquoi tu continues à me regarder dans les yeux, et tu me dégoûtes avec tes fringues sales de milliers de kilomètres.
Je ne comprends pas vermine pourquoi mes intentions de vote baissent, après tout ça n'a pas d'importance, je contrôle tout avec mes organes de presse, les opposants n'ont qu'à brailler. L'Etat c'est moi.
Je ne comprends pas vermine pourquoi tu t'obstines, ah tu es médecin, prof d'université, infirmière, contremaître, ingénieur, marin j'en ai rien à foutre, pose un seul de tes pieds crasseux ici et je t'enferme tellement que tu tomberas en poussière, et si un jour tu sors de mes prisons, de mes CRA, de mes camps, ce sera pour repartir d'où tu viens, je te rends à ton chien de président.
Je ne comprends pas vermines, vous êtes des milliers et ceux qui vous aident sont des traîtres à leur patrie, je m'en vais te rétablir la peine de mort ça va être vite fait, du haut de mon fauteuil, vous me faites peur.
Je ne comprends pas.
Vermine.
Pourquoi.
Merde.
Je tombe.
De.
Mon. fauteuil.
Ne me.
Touchez. 
Pas.


lundi 1 octobre 2018

sonate amoureuse paradoxale et sans conséquence

Je me suis coupé le doigt.
En léchant mon sang, une toute petite entaille, sans conséquence, j'ai pensé aux routes, aux chemins empruntés.
En léchant le sang de mon doigt, j'ai senti l'odeur de la muscade, et je me suis dit, voilà ton odeur à cet instant, si je te sentais le corps, si tu je te goûtais, à cet instant précis, tu aurais la saveur de la muscade.
J'en ai croqué un tout petit morceau. Histoire de.
Une minuscule goutte de sang est tombé sur la noix. Je l'ai mise dans ma bouche, histoire de.
J'ai gratté la râpe avec l'ongle de mon doigt ensanglanté, une toute petite entaille, sans conséquence, et j'ai raclé la muscade avec mes dents, en pensant aux routes. A toutes ces routes que je ne connais pas et que je regrette de ne pas connaître, tout en sachant, c'est un peu amer la muscade, que je ne les parcourrai probablement jamais.
En léchant mon doigt, le sang s'est vite effacé devant mon aspiration, j'ai pensé que je n'aimais pas tous ces chemins que tu parcours, toutes ces routes qui mènent sans doute à Rome, mais pas à moi. 
J'ai passé mon doigt sous mon nez, ton odeur de muscade et ton goût de fer, et je me suis dis en pensant aux lignes, que j'en voudrais une à moi dans ton carnet couleur de mon sang.
En apposant un peu de miel sur la coupure de mon doigt, j'ai pensé que j'aimerais dans la vie être au cœur des pensées de ceux que j'aime, que j'aimerais qu'on m'écrive une chanson, ou un poème, que j'aimerais qu'une musique, immédiatement, me fasse apparaître.
En écartant les plis de ma coupure, une toute petite entaille, sans conséquence,j'ai attendu que le sang y reperle, pour l'aspirer à nouveau, en attendant, j'ai rajouté de la muscade et j'ai à nouveau gratté la râpe avec mon ongle, un peu amer la muscade, mais bon, c'était histoire de.
J'ai écarté une mèche de cheveux de mon visage, en pensant aux chemins, à ceux que j'aimerais parcourir et ils sont loin, si loin de la réalité, je crois. Les chemins véritables, c'est toi qui les parcours, et ils me remplissent de peine et de peur, ils traversent des zones pour moi infranchissables de désespoirs et de solitudes additionnés, des chemins d'exil insupportables. Et ma tristesse parfois de ne pouvoir t'accompagner, même en pensée, même en lecture, toi qui me plaît tant, avec ton odeur de fer et ta saveur de muscade, et ma tristesse de n'être pas Elle.s, toutes les femmes qui te plaisent s'appellent Elle.s pour moi. 
J'ai craché la fumée et j'ai pensé à la solitude des arbres. 
J'ai contemplé mes arbres encore éclairés par le soleil rougissant et j'ai envoyé en souriant au vent qui soufflait vers l'Est, un baiser qui sentait la fumée, le sang et la muscade.


pas un jour sans une ligne

Il ne se passe pas un jour, sans qu'une ligne ne me parvienne, ligne de quoi, entre les gouttes d'eau qui s'écoulent et je ne sais plus d'où, du ciel ou de mon linge, du robinet ou de mes yeux, pas un jour sans une ligne, sans une longue ligne d'eau ou de mots qui tomberaient goutte à goutte pour s'écraser tantôt au sol, ou s'envolerait tantôt dans l'éther, j'ai du mal à les fixer en ce moment, elles s'étirent les coquines, comme la pâte de guimauve, à l'infini pour ne plus être visibles à l’œil nu, tant elles se sont étendues et affinées, plus subtiles qu'un cheveu, plus fine qu'une pensée, aussitôt passée, aussitôt perdue, petites persistances rétiniennes, on ne sait pas si elles ont vraiment imprimé notre cornée ou si elles ne sont qu'une impression, pas un jour sans une ligne à lire ou à écrire, ici, là, hier c'était cette phrase sur ma main, dans le creux du poignet, "pas un jour sans une ligne"... 
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?  
Tantôt ligne de fuite, tantôt ligne de front, je me balance entre les deux mon capitaine, et n'ai aucune envie de choisir car l'une est ma tentation et l'autre ma nécessité, et qu'elles n'existent pas l'une sans l'autre, la seule nécessité ferait perdre toute envie et l'unique tentation ferait perdre tout espoir, alors l'une ne va pas sans l'autre vous voyez bien, mon capitaine, que le bateau fend toujours une vague en deux, traçant une ligne d'eau sur l'immensité de la mer et toutes ces lignes ou se sont retrouvés les noms des noyés en Méditerranée , ces lignes de vie coupées net, je vous l'avais dit, pas un jour sans une ligne, moi j'ai une toute p'tite ligne de chance, et je cours dessus, pour un peu je basculerais d'un côté ou de l'autre, on ne sait pas, tant qu'on ne les copie pas, les lignes, tout se passera, tant qu'on les laisse courbes, tout se passe, qui a dit que les lignes devaient être alignées?
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?