mercredi 26 septembre 2018

Visions du monde, Dialogue in

Si tu peux écraser sous ta botte ton voisin sans frémir,
Si tu peux sans contrainte partager jusqu'à ta chemise,
Si tu peux profiter, t'éclater, t'envoyer en l'air,
Si tu peux jouir, être heureux, épanoui
Si tu peux, de toute situation, tirer avantage
Si tu peux apprendre, te construire sans dommage
Si tu peux passer devant, rester au niveau, conquérir
Si tu peux attendre ton heure, écouter, réfléchir
Si tu peux rester dur, ravaler tes larmes et vomir ta puissance
Si tu peux connaître l'autre, te mettre à sa place et pleurer avec lui
Si tu peux aller vite, loin et fort
Si tu peux marcher dans les bois, étreindre les arbres
Si tu peux changer de peau comme de téléphone
Si tu peux atteindre et conserver l'intégrité
Si tu peux travailler sans bouger, sans effort
Si tu peux travailler, vivre de ton art et de ton intelligence
Si tu peux avoir chaud quand ceux-là dorment dehors
Si tu peux ouvrir ta porte quand le vent souffle
Si tu peux sécuriser ta maison, ta famille, ta vie
Si tu peux être un phare quand les navires s'échouent
Si tu peux te protéger quand le vent tourne
Si tu peux t'élever contre l'injustice et t'en défendre
Si tu peux obtenir la confiance sans jamais la donner
Si tu peux donner sans jamais être à vendre
Alors tu seras un homme mon fils
Alors mon enfant, tu seras un être humain

 






dimanche 23 septembre 2018

Age of Aquarius

Où t'en vas tu, va-nu-pieds, depuis six mille kilomètres qui t'usent qui t'usent, tant que tu n'as plus de souliers ?
This is the dawning of the age of Aquarius.
Et il y en a qui ont une femme dans chaque port et lui qui n'en trouve aucun pour l'accueillir, où t'en vas-tu, va-nu-pieds, depuis des miles et des miles qui t'usent, qui t'usent, tant que tu y perds ta santé ?
This is the dawning of the age of Aquarius.
L'ère du Verseau, comme elle était chantée aurait dû être celle de la bienvenue, sur terre comme en mer, tout autour du monde, mais paraît il que l'heure n'est pas encore venue. En attendant, où t'en vas-tu va-nu-pieds, au fond des abysses où les poissons, dont l'ère n'est pas achevée, se régalent de ton corps englouti.
This is the dawning of the age of Aquarius.
Où t'en vas-tu va-nu-pieds, sur L'Aquarius qui n'en finit pas d'errer ? Qui erre tant qu'il s'use qu'il s'use, tant qu'il est une urgence de l'aider.
C'est bel et bien l'ère de L'Aquarius qui s'écrit désormais, cette ère ésotérique célébrée par une chanson ...
Harmony and understanding
Je suis tes pas va-nu-pieds, tes souliers abîmés et ton corps endolori, sur L'Aquarius, et ailleurs, je te suis.
This is the dawning of the age of Aquarius 

jeudi 20 septembre 2018

La jalousie, variation à deux guitares

Pourquoi tu me regardes plus? Attends j'ai du mal à respirer, j'étouffe un peu d'air, je t'en prie pose encore une fois tes beaux yeux sur moi, il n'y a que dans ton regard que je me sens grande, fière et belle, et dès que tu me quittes du regard, qui c'est cette pute? Je redeviens moins que rien, l'ombre de ce que nous avons été, j'ai le cœur qui se ratatine et j'ai envie de te les arracher tes beaux yeux, pour que plus jamais ils ne se posent sur quelqu'un d'autre que moi, que je soies la dernière chose vivante que tu verras, ne me quitte pas, tu n'as pas à t'en faire, je t'aimerai tant que je finirai bien par te guérir, ne me laisse pas croupir dans l'eau sale de mes larmes, toi qui me fais briller, me rend éclatante par ta voix, tes baisers, ta langue me fait reluire comme un sou neuf et toutes les autres me demandent si je ne rajeunis pas tant je suis rayonnante de joie et de bonheur, et d'un coup, par la grâce de je ne sais quoi, je redeviens serpillère hirsute et dégoulinante de morve et de désespoir parce que mon amour, tu as détourné tes yeux, j'en ai vomi des mois entiers, sans avoir plus aucune règle, et si ça se trouve je suis enceinte et ainsi je te garde, obligé parce que tu n'es pas une enflure, tu m'aimais et ce n'était donc pas un accident et pourquoi tu te détournes, c'est quoi ce sourire triste, qui c'est cette pute, tu l'aimes, non, même pas, mais quoi alors, dites moi même qu'il est parti pour une autre que moi, mais pas à cause de moi, alors quoi. 
Finie. Je n'existe plus.

Mais si ma douce,ma belle, ma grande, ma sœur, ouvre un peu tes yeux et regarde toi un peu dans le miroir, sous tes cheveux défaits, contemple ton pouvoir, sur cet homme qui ne t'aime plus, il t'a aimée n'en doute pas et son départ le rend malade, pour le mien c'était un zona qui lui a duré plusieurs semaines, et il pleurait devant les valises que sa décision m'avait contrainte à faire et on était con comme deux valises sans poignée, et pas d'autre pute à l'horizon, aucune pute nulle part d'ailleurs, elles n'existent pas, n'existent que d'autres femmes toutes aussi belles que toi et moi, toutes aussi guerrières et vaillantes et avides et douces, intelligentes et romantiques si ça se trouve, la beauté ne se trouve ni sous les sabots d'un cheval ni dans les yeux d'un homme, la liberté n'est pas un vain mot, et elle se conquiert dans les larmes et la morve, dans une porte qui claque définitivement 
sur un amour ou un verre jeté à la figure ou de la vaisselle fracassée, 
l'amour avec un autre, c'est comme le morceau 
"two guitars", ça se joue à deux, et faut pas penser que tu y es vraiment pour quelque chose, ni lui d'ailleurs, les sons s'accordent et puis parfois, on sait pas, une corde lâche, et la mélodie devient bancale, alors tout vaut mieux qu'une mélodie crissante et instable, et ta guitare résonne si joliment indépendamment de tous les autres instruments de l'orchestre, ne t'en fais pas ma sœur, la musique est belle a capella aussi, pas besoin de l'ensemble philharmonique pour percevoir ta propre musique intérieure et en jouir, la jalousie n'est qu'un des symptômes d'un mal enfoui et si répandu, le mal des siècles, celui qui consiste à ne se sentir de place propre nulle part en ce monde si ce n'est dans des beaux yeux épris d'amour, alors imagine que les yeux se tournent vers d'autres rivages, putain, oui, comme les tiens, oui voilà, comme les tiens, les miens et les autres, qui savent apprécier et reconnaître la beauté, j'ai décidé de faire confiance à ces yeux qui me disent un jour "tu es belle" et l'autre jour "je ne t'aime plus", d'accord je comprends, j'accepte, vu de ta fenêtre la corde s'est rompue et je continue ma musique sans toi, on pourrait presque croire que je m'en fous maintenant, tant mon absence de réaction ou mon infini respect déroute, mais tu t'en fous? non. We can't go out together, with suspicious mind. Simplement maintenant, je n'en meurs plus. 
J'aime vivre avec toi, mais je peux vivre sans toi.
L'envie sans le besoin.

J'existe. Finie.

mercredi 19 septembre 2018

Abibatou, les origines de ma fille

Si j'étais ta mère, tu me briserais le cœur, parce que je ne pourrais faire autrement que de t'aimer et d'être horrifiée de cet amour, de ce vieil enfant aigri, bouffi d'orgueil et de fiel que tu es devenu mon tout petit, si j'étais ta mère, je t'aurais collé une gifle de tous les diables avant de m'écrouler en larmes devant l'énormité de mon geste et le gouffre qui désormais nous séparerait, si j'étais ta mère mon petit je porterais plainte contre mon propre fils, en t'assurant qu'il n'y a rien que je puisse faire d'autre pour te prouver qu'en dépit de l'amour que j'aurais pu te porter encore, il est des choses plus grandes que nous et ne le rabâches-tu pas à longueur d'antenne Fils, alors ne fais pas l'étonné je te prie si en jour, tu reprends le bâton en pleine face après une claque de ta mère, si j'étais ta mère, je te dirais que c'est à cause d'hommes comme toi que d'autres en viennent à massacrer, à honnir, à cracher sur eux-mêmes, à brûler et à maltraiter, si j'étais ta mère, je chercherais en moi d'où peut bien te venir, Fils, cette abjection, et je me cacherais pour n'avoir pas été à la hauteur de ma tâche, la vie d'un être humain digne et respectueux, si j'étais ta mère, je brulerais ma télé, ma radio et tremperais les pages de tes livres pour en faire de la pâte à papier, et j'irai dans les écoles avec des feuilles toutes propres, vierges de toi et des cauchemars que tu colportes comme une malédiction, et je dirais aux gosses de recouvrir ces feuilles avec toutes les couleurs qui les émerveillent, je ne leur dirais pas d'où proviennent ces pages recyclées,mais en moi je saurais que d'autres pensées te recouvrent et que des pensées d'enfant peuvent à elles seules réparer le cœur d'une mère dont le fils  a sombré dans l'abomination, si j'étais ta mère, Fils, tu me trouverais sur ta route, contre toi, malgré moi, parce que certaines choses sont plus grandes que nous et que je ne pourrais supporter tant de bassesse de ta part.

Je ne suis heureusement pas ta mère, ma fille s'appelle Abi, son nom lui a été donné en souvenir d'une élève de son père, nommée Abibatou. 
Pourquoi ce choix lui ai-je demandé, c'était la jeune fille la plus douce et la plus gentille que j'aie rencontré, m'a-t-il répondu.

 

Laisser glisser, Dialogue in

Laisse filer
Tu ne crois pas si bien dire
Lâche la corde,
Sinon elle risque de
M'entailler les mains

Laisse glisser
Le long de la ligne
Iriser l'eau calme
Ça glisse tout seul

Laisse courir
Un peu d'air
Dans les feuilles

Laisse vivre
L'indépendance
Comment?

Tu sais bien

Lâche du lest
Pour que ça remonte 
Les montgolfières s'envolent à partir du moment où tu
Largues les amarres,
Où tu donnes
Du mou
Mais moi j'ai
Peur?
Voilà


Laisse pisser
Toute braguette ouverte
Joyeusement sur les herbes hautes
La tête dans les étoiles
Et les pieds dans le sable

Laisse dire
Pas tes oignons
Voyager
Léger 


Laisse souffler
Prendre le risque
De me faire
Oublier


Laisse couler
Et vogue, Ô mon bateau
Emporte moi, et laisse moi
Rêver encore
Un peu

dimanche 16 septembre 2018

Entre humains

Putain ces yeux rouges! Attends mais t'as une veine éclatée dans l’œil droit?! 
Non chérie t'affole pas, juste un petit capillaire qui n'aura pas survécu à cette journée entre humains, ces belles journées de soleil et de monde, tant que tu as du mal à te frayer un chemin et que tu vois les petites jeunettes de 17, 18 ans qui se tiennent la main en file indienne pour ne pas se perde, elles font pareil en manif, moi aussi d'ailleurs, parfois les manifs ça craint, mais là, rien du tout, dans les capillaires éclatés, tu trouveras un groupe de nudistes, deux saules pleureurs, des coupes de champagne, une histoire de LSD et d'exta, des couples qui ne s'aiment plus, des gens qui s'aiment, une paire de tee-shirts ("si je suis perdu ramenez-moi à Marie"et son omega "je suis Marie"), tu trouveras aussi beaucoup de douceur et de joie, on était bien là, dans la joie brutale et imbécile de se trouver parmi les siens, ses amis, ses copines, et la joie d'être à quatre pour entourer le seul mec de notre bande du jour, ça augmente d'une gonzesse par an, un jour on tiendra plus sur une table de 20, mais là ce soir, c'était vraiment le club des cinq, le truc parfait, les yeux brillants, les fous rires aux larmes, les corps en mouvement dans le noir de la grande scène, qu'importe le flacon l'ivresse était insouciante, la danse était là, on était bien là, sur le chemin du retour, avec les lumières de la rue et la température qui fraichissait. 
Les yeux qui piquent et les doigts jaunes de nicotine, les voix un peu plus rapeuses qu'à l'accoutumée en sont le témoignage, les vestiges d'un temps vécu, tranquille, entre humains. On était bien là.


vendredi 14 septembre 2018

La maïeutique des grues

Curieux mélange ce matin, des bruits de ville, voitures, flicaille, mobylettes en roue arrière, grillons (!!). Et par-dessus tout, la grue...
Par petits coups de sonnette et de messages interposés, taper la discute autour d'une guérisseuse et faire ce que je sais faire le mieux, sous la ronde de la grue, permettre à l'âme de se faufiler dans les conduits étroits de sa route, parfois ça coince aux entournures, ça rame un peu  rien de très méchant, tant que les oiseaux crient "ça ira !" autour de la grue...
Pendant ce temps, j'accouche les âmes. Maïeutique des grues.

jeudi 13 septembre 2018

L'exil a un goût d'olive noire

A cheval entre deux mondes, j'ai encore ton goût dans ma bouche, 
Ô mon Algérie, 
Et au pas c'est magnifique, le paysage défile doucement, au fond de tes yeux noirs comme des olives tombées au pied de l'arbre, ton regard doux s'allume et j'ai encore ton goût dans ta bouche, 
Ô ma Méditerranée, 
A mesure que le rythme s'accélère, au milieu des injures et des regards vides et pourtant hostiles, ce goût ne quitte pas non plus ma bouche, 
Ô ma France, 
Parfois tu es immonde, mais les yeux couleur d'olive noire passent et savent s'arrêter sur les fleurs qui poussent au milieu des gravats, saisir des graminées en suspension, à cheval entre deux mondes, et sans doute bien plus, il est vaste ce pays qu'on appelle la vie et à marcher avec le cheval, on en savoure toutes les aspérités, comme on jouerait avec un noyau d'olive avant de le planter quelque part, de l'enfouir dans le sable des déserts, sous les épines de pins, dans la lande ou au creux de la montagne. 

A cheval entre deux mondes, il n'est pas toujours indispensable de faire un choix pour garder encore un peu ton goût dans ma bouche, 
Ô nos pays, 
Et la beauté triste des yeux noirs de l'exil, aussi triste et belle que les centaines d'olives tombées de l'arbre, réside dans ce pont entre leurs deux rives, il serait temps de goûter à ce noyau, indice incontestable de l'étendue de ce pays qu'on appelle la vie...
It's now or never

mercredi 12 septembre 2018

Le Bal Perdu

Plus je fais la révolution, et plus j'ai envie de faire l'amour
C’était tout juste avant la guerre, parce qu'inévitablement, il y en aura eu une, ce monde n'est pas prêt pour la paix et les gestes émus, les yeux au fond des yeux. Ils étaient beaux oui jeunes aussi et ça n'a pas d'importance, vivants et révoltés, ils auraient pu être plus âgés, plus expérimentés, comme ces deux autres que la patronne avait couvé toute la soirée d'un œil de conspirateur, s'imaginant sans doute que, quand le désir frappe à ta porte, surtout tu ouvres, par les temps qui courent c'est pas si fréquent et ça mérite le coup d’œil, le coup de cœur,le coup de queue. Bref. 
Et ce bar, le Bal Perdu, s'était bel et bien perdu pour sûr, avec son écran géant prévu pour admirer ceux qui ne perdent pas la balle, grassement payés qu'ils sont pour le faire et sa musique trop venue d'ici alors qu'avant qu'il ne se perde, le Bal Perdu te diffusait de la musique faite pour la danse et le voyage immobile, sur les grands tabourets, en écoutant le barman raconter les histoires de ces musiciens cubains pendant la révolution, une vraie musique pour faire l'amour ou chanter la révolte. Et les deux petits amoureux, reflet éblouissant du couple convoité par la patronne en d'autres lieux et autres temps, ces deux amoureux qui ne regardaient rien autour d'eux, s'abîmant dans la contemplation de l'autre, ces deux là se remémoraient la marche, les lacrymos et les matraques, la tête baissée et la voix assourdie, de vrais conspirateurs car désormais il ne vaut rien de parler de révolte et d'actions éclair menées masque au visage, capuche sur les cheveux et même pas de sac à dos, pour être plus léger, la violence est nécessaire mais leur pesait quand même, comme à tous les autres, parce qu'ils étaient amoureux et auraient préféré consacrer leurs après-midis, leurs heures nocturnes et leurs levers de soleil à l'amour, à l'amour enflammé, au lieu des cocktails Molotov, ils le savaient, on peut faire l'amour partout, au fond du bar Perdu, dans les bois de Walden, parmi les gravats, au pied de la désolation comme sur une plage balayée par les vents, ils souriaient, ils évitaient la pensée que toujours et à chaque instant désormais, c'était tout juste avant la guerre, ils feraient la guerre au lieu d'uniquement en parler, et plus ils feraient la guerre, plus ils auraient envie de faire l'amour, alors, pour s'encourager, ils faisaient l'amour, partout, tout le temps, avec tant d’insouciance dans leurs gestes émus, l'autre couple, autres temps, autres lieux, les yeux au fond des yeux, se laissait le temps et c'était bien, ils ne regardaient rien autour d'eux, savourant la douce température, mais le ton monte désormais et le soir tombe sur les gravats.
Ils sont partis -il y avait tant de lumière avec eux dans la rue- pour faire l'amour, avant que peut-être ne les touche une balle perdue.
Plus je fais l'amour, et plus j'ai envie de faire la révolution.

lundi 10 septembre 2018

Dur comme faire, Dialogue in

Faire,
défaire, 
parfaire,
refaire, 
se passer un coup de fer,
passer sa vie à s'en-fer, 
entre tout ce qu'il faut
faire, 
et j'ai pas que ça à faire,
tu me prêtes tes 
affaires?
ou tu n'en as que 
faire...

J'emplis mon cahier et j'ai plus de place, alors j'écris à partout, en travers, la tête à l'envers, le nez avec ses vers tirés, c'est pas une mince affaire que de se prendre un chemin de travers et pour que ça soit pas l'enfer dans mon décor, absorber un peur d'air ou boire un verre, c'est fragile comme ligne, fragile comme un vers, les pieds bien ancrés par terre, et le cœur nu, à vif la chair, et les mots faits de fer, qui tombent lourds, autant que les pierres et rebondissent et s'envoient, finalement, en l'air.

La belle affaire.

dimanche 9 septembre 2018

La nuit tous les chats sont gris et la nuit est ce moment gris où patience et sens font corps et s'assemblent, se mêlent en corps, pour s'apaiser en un long baiser doux et brûlant de retrouvailles à l'heure où les loups chassent et où les lions reviennent boire à la source des lionnes, la nuit tous les chats sont gris et se confondent avec les ombres des barres d'immeubles, semblables à une jungle où les palabres des jeunes hommes résonnent en cris indistincts au plus profond de la forêt dense, où le chant d'amour de l'étage du dessus se confond avec le mien, dans le ronronnement tranquille du sommeil des enfants, ce moment où patience et sens font corps, encore une fois deux fois dix fois et où plus rien ne luit dans le gris de la nuit, que ma fenêtre, à peine visible des barres d'immeubles, plongée que je suis dans le gris de la nuit, rien à voir que l'ncandescence de ma cigarette, l'œil allumé d'une chatte à la fenêtre, grise la nuit, patience et sens, confondus. En corps. Encore.

samedi 8 septembre 2018

Autour de la table

Non mais sérieux, t'y crois toi à cette journée ? 
Qui se termine par un truc improbable. 
Tout vaut mieux que de dormir dehors. 
Et le désarroi face aux pleurs de celui que tu côtoies tous les jours sans le connaître  
Et tu les connais toi les gens que tu côtoies ? Parce que je me rends compte à cette heure précise que les gens que je connais ne sont pas ceux que je côtoie et inversement. Vertigineux. Mais le désarroi que je côtoie ce soir m'est infiniment plus triste et difficile que celui que je connais et la nuance mérite qu'on s'y arrête deux trois minutes tu veux bien ?
J'y côtoyé plein de monde, autour de la table aujourd'hui, peu à connaître, on ne connaît pas vraiment en représentation. Je connais beaucoup de monde et beaucoup me connaissent, et nous côtoyons nous pour autant? Il faudrait y réfléchir. Tout le temps. Car le désarroi n'a pas de filtre. Et qu'à tous les coups, il me touche. Bref.
Je lui ai dit à l'homme que je côtoie mais que je ne connais pas, je lui ai dit tout vaut mieux que de dormir dehors. Il y a des gens que je n'ai pas envie de connaître. Les côtoyer me suffit. Et cette pensée me transperce par sa dureté. Il y a des gens que je n'ai pas envie de côtoyer. Parce que je les connais. Et cette pensée me transperce par sa transparence.
Autour de la table aujourd'hui, un improbable mixage. Qui donne à réfléchir. Et qu'est-ce qu'un forum après tout, si ce n'est la réunion de multiplicités d'existence qui se côtoient sans se connaître et peut-être, inversement. 

vendredi 7 septembre 2018

Appeler un chat un chat

Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident, alors tais-toi, je t'en prie, écoute, je t'en prie, tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac, et vraiment non vraiment  si j'appelle un chat un chat, j'ai pas envie de t'appeler salopard, c'est vrai que c'est quand même un peu ma faute, parce que si je m'étais écoutée, je t'aurais bouffé la bouche et le reste et je serais rentrée encore plus tard et si ça se trouve après avoir joui sur ton corps j'aurais dormi dans ma voiture, sur l'autoroute, pleine de toi, si ça se trouve et c'est toi qui l'avais écrit, si ça se trouve t'aurais pas eu envie que je parte, mais j'en ai rien fait parce que je suis à prendre et ta rapide étreinte n'a pas pu me prendre, me cueillir comme le fruit mûr que j'étais, alors je murmure mon chou à ton oreille, des histoires d'arbre et d'oiseau, de loup et de chienne, histoire de ne pas appeler un chat un chat, et je t'assure qu'avec dix ans de moins dans mes reins, je te déboitais les tiens et on se serait fait sûrement mal partout avec le temps, moi avec mes pieds dans la terre et mes branchages au vent frais, toi va-nu-pieds au long cours. Voilà, un chat est un chat et un va-nu-pieds n'est pas un va-nu-coeur, j'ai envie de te le rappeler mon beau, et je t'en prie, ne te tais pas, regarde moi bien au fond des yeux, tu crois vraiment que je suis un arbre déraciné, un coeur d'artichaud, une folle graminée? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la bouche, tu as entendu quoi, à part ma joie de toi, mon désir brulant, mes lèvres entrouvertes et mes papilles titillées? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la chatte et dis-moi ce que tu vois sur mes lèvres entrouvertes et ma peau luisante et je te jure que si tu y vois genre un désir d'autre chose que de ta queue à l'intérieur, je veux bien bouffer ma table et mes pinceaux et tous tes bouquins réunis. Je t'en prie, regarde moi bien au fond du cœur, et constate que ma pierre est taillée de mille facettes qui jamais ne se blessent les unes les autres, que je suis une et indivisible mais que je brille d'une lueur différente pour chacun et pour tous, ta lumière est grise comme un matin sur la mer, une jolie couleur d'ailleurs, un peu comme celle de tes yeux. 
Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident et j'ai l'impression que la genette est bien jeunette dans ta bouche, tes yeux et ton esprit et que tu oublies mon chéri que j'ai mille vies intérieures et que mon rythme intérieur s'appelle  désir, respect et confiance, que ces boussoles je te les dois et inversement, parce que la genette n'est plus si jeunette et que j'ai passé l'âge d'attendre pour voir le loup.
Alors, c'est à lire au sens propre, obscur objet de mon désir, je t'embrasse, te lèche, te bouffe de désir, autant que je te mords, te griffe et te gifle, parce que tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac.

jeudi 6 septembre 2018

Cata clope Cata clope. Ten years old

Il me fait sourire ce jeu de mots... Je vais te raconter mon cheval à bascule...

Je me souviens.

Les plafonds de cet appartement étaient sans limite, personne n'aurait pu les toucher même avec la plus haute échelle du monde. Au sol, un tapis sombre et large comme le Gange, si je mets un pied dehors les crocodiles vont me manger. J'avais peur, tu ne peux pas savoir.

Et au centre du monde, un cheval à bascule. En bois. Du vert, du rouge, du bleu, du jaune. Il était beau. Je l'ai toujours connu.

Je l'ai retrouvé le week-end du deuxième tour, dans les dépendances chez mes parents. Je l'avais oublié. Puis, le dimanche, je suis montée chercher des flambeaux pour le jardin. Sous une bâche transparente. Il était caché. Un moment, aveuglée par le changement de luminosité, j'ai vu une vague forme au sol. Un coup de vent a agité la bâche et en a soulevé un pan. Un bout de selle. J'ai vu un bout de selle et je me suis souvenue.

De pas grand-chose en fait. Mais je me suis vue, grande fille en train d'enfourcher mon cheval à bascule et de le trouver bien petit. Dommage. Je me suis assise à l'envers et j'ai roulé une cigarette en me disant que peut-être une femme au pouvoir, ce serait bien. Je me suis roulée une cigarette en me disant que les choses allaient bientôt basculer, que le moment était sans doute venu de croire.

J'ai vu des images. Des paysages à la Kusturica. Mon tabac avait un léger goût de paille et de poussière. Le cheval à bascule me portait comme avant. Les petites chaussures blanches à brides. Comme un cheval de manège mais en plus joli.

J'imagine un chemin de fer désert entre deux espaces. Un côté qui monte, un autre qui descend. Des rails entre. Kusturica a flanqué ses rails d'un âne. Bon. J'y mets mon cheval à bascule. Un côté Europe de l'Est. Un peu.

J'ai un peu bu après. Et j'ai pensé aux origines lointaines. Hongrie. Une histoire de dents. Je te raconterai.

mercredi 5 septembre 2018

Petite robe de plage

J'ai remis la petite robe de plage noire, les fines, très fines bretelles, les petits, tout petits boutons de nacre, avec les tongs, parce que vraiment les chaussures fermées c'est pas possible, une veste, un jean, parce que vraiment la petite robe de plage noire n'est faite que pour la plage ou l'amour, tellement subtilement transparente qu'elle ne convient pas à la ville et à son défilé de figures et à son cortège de bus blindés et à ces frimousses sortis de l'école, hautes comme le bas de la petite robe de plage noire. Et comme elle était jolie sur la plage la petite robe de plage noire, avec ses auréoles de sel là où la peau mouillée y restait collée, c'était indécent et candide ces auréoles blanches de sel aux seins, aux hanches, là où la peau humide venait s'y coller et sécher presque aussitôt. 
J'ai remis la petite robe de plage noire, malgré le vent qui se renforce et j'ai laissé planer mes cheveux, plus trace des auréoles de sel, à part dans un coin de ma rétine, un bout de mes yeux est resté là-bas, sur le sable, sur le chemin aux épines et dans le chant des cigales, de retour vers la voiture, le soleil mourant dans le dos, une main dans chacune des miennes, cigarette au coin des lèvres, un peu de noir sur mes yeux, un peu de blanc sur ma robe.

mardi 4 septembre 2018

Toutes ces choses que je ne comprends pas

L'autonomie
Je ne comprends pas
De mon téléphone, de mon cœur, de la vie des autres
Je ne comprends pas
Les PRE, FIA, Politique de la ville, législations de droite à gauche que nul n'est censé ignorer
Je ne comprends pas
Les abréviations, les raccourcis, les interprétations
Je ne comprends pas
Les injonctions, les allégations, les dénégations, les confusions
Je ne comprends pas
Les proportions, les pourcentages, les calculs, les productions
Je ne comprends pas
L'ignorance, les détournements de fonds, de tête
Je ne comprends pas
Les saisonnalités, les ruptures de cycle, les aspérités
Je ne comprends pas

J'arrive pas à comprendre mais ça ne signifie pas pour autant que je ne puisse m'y adapter, c'est légèrement plus subtil que ça, sinon je n'aurais été capable de rien, clouée par la masse de toutes ces choses que je ne comprends pas, c'est juste que par moments, je prends conscience de cette somme, de ce pensum et ça me fait penser et quoi faire pour faire face, comme si de rien, certainement pas, chercher à comprendre, je ne suis pas sûre, faire avec, je sais faire, mais si ça se trouve, j'ai plus envie, j'ai envie d'autre chose, j'ai envie de comprendre pour apprendre, et j'ai tant à apprendre, le but toujours, être un meilleur être humain, c'est pas encore trop tard pour moi, je le sais, ça au moins je l'ai compris, mais j'ai compris aussi que les choses que j'aimerais comprendre ne servent à rien de concret, les aurores boréales, la parade nuptiale de l'oiseau de paradis, comment transformer le sable en verre, le phénomène des marées, le secret des silences, l'intime niché au creux de chacun, le nœud de chaise, les rêves de calamars et de serpents, les voix qui muent, le poids de la fumée, la règle de trois,deux trois choses que j'aimerais bien comprendre, juste comme ça, pour vivre mieux, pour me dire que ça a existé, au moins pour moi, apprendre pour comprendre ou l'inverse, ça n'a pas une grande importance, ça aussi je l'ai compris, parmi toutes ces choses que je ne comprends pas.

dimanche 2 septembre 2018

Bouchon

Les années avaient bouché cette putain de canalisation, un amas indistinct de cheveux, une pelote, de résidus de savon, de crachats, de larmes, de fiel, de feuilles mortes, de sable, de caillots de sang, tout ça mélangé, je te raconte pas le bordel dans cette canalisation, un enfer sur terre, et encore pas le pire loin s'en faut, mais, vu de ma fenêtre, tu vois ce que je veux dire.
Par moments, il y avait comme une aspiration, un trou d'air qui envoyait le paquet encore plus profond dans les fondations de la maison et, à force d'inertie, le bouchon se faisait gentiment oublier, se tapissait, clando, dans un coude, et continuait d'agglomérer tout ce qui passait sur sa route, des battements de cœur, un peu de cyprine, un peu de jute, évidemment, pourquoi pas, si tu savais ce qu'on récupère dans les canalisations mon gars, t'en aurais la chair de poule à un point qui ferait rougir toutes les poules de la galaxie, des bouts d'ongles crachés, des cheveux, encore, toujours des cheveux, pour la pelote c'est très pratique le cheveu, c'est de l'ingrédient dont on fait les nids, d'oiseau comme de cafard. Et donc, le trou d'air, partenaire infaillible de l'oubli, aspirait tout en enfonçait le clou, en douceur, en profondeur.
Par moments, ça remontait comme une nausée et c'était à te dégoûter pour la vie, et pourquoi on s'encombre de canalisations j'aimerais bien le savoir par moments, ces moules à emmerdes, à frustrations et à débordements, à ces moments là, il ne valait mieux pas se trouver dans les parages parce que j'aime mieux te dire que ça refoulait sec, et sur des années en amont, y'en avait pléthore des merdes à charrier, et pas que d'ailleurs, ça arrive parfois que de la fange, du plus profond du tuyau remonte un truc ancien et précieux, comme un regard doux, comme une odeur de laurier rose, comme un clin d’œil chargé d'amour. C'est pas souvent, il faut pas trop compter dessus, mais personne n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
Par moments, le bouchon pouvait avoir l'air de s'évacuer, on me l'a dit, j'ai jamais rien senti.
Par moments, la canalisation fissurait, ça dégoulinait dans tous les sens, insidieusement, ça poissait toutes les fringues, jusqu'aux godasses et tout, même les cheveux, et ça allait encore rajouter des fils à la pelote, lourde de tant d'années de douches introspectées, de bains rêveurs et de shampoings décapants de l'âme. A ces moments là, on était reparti pour un tour, colmater la fissure, éponger la, les flaques sales et froides, essorer, c'est dégueu à dégueuler tu te rends pas compte, surtout quand la serpillère c'est ton âme vive, parce que c'est avec son âme vive qu'on s'éponge soi-même, pour ne pas que ça se salisse, pour que ça reste en état, toujours, ça me viendrait pas à l'idée d'essuyer ma flaque avec l'âme du voisin, faut quand même pas charrier, y'en a qui le font, je sais bien, mais bon.Quand même.
Par moments, la canalisation casse. Non, non. Parle pas de malheur. Je pense que si la canalisation lâche, ce jour là on meurt. De tout. De peur, de rage, de chagrin, de plaisir, de folie.On meurt étouffé, noyé, écrasé, englouti, raclé, aspiré. 
La canalisation peut lâcher par usure, par fatigue, par négligence, par accident, par surestimation, ou sous-estimation. Le bouchon peut alors y prendre une place... comment dire... une place. Trop grande pour lui. Alors la symbiose n'existe plus. l'un mange l'autre et c'est tellement le bordel qu'on ne sait plus qui de l’œuf ou de la poule et toujours ce problème de responsabilités à établir, encore un truc qui me fait chier tiens, encore un cheveu dans ma soupe, encore une épine dans mon pied, c'est pas très grave, un coup de jet et ça va partir, comme tout le reste. N'empêche, parfois, dans la canalisation tombent des trucs précieux, des trucs jolis, une boucle d'oreille en or, la première mèche de cheveux, et ça m'avait fendu le cœur, j'avais pleuré pendant... bref, un limaçon, et là aussi j'avais sacrément pleuré, plusieurs jours d'affilée, des tas de trucs chouettes. 
C'est pour ça que le Destop tu vois, moi je suis pas pour. Rien de tel pour te niquer les tuyaux. J''suis même carrément contre.
Enfin, vu de ma fenêtre.