vendredi 31 août 2018

Faut voir

Il faudra qu'on voit si l'amour qu'on se porte est soluble dans l'éther. Si les mots qu'on s'adresse se dissolvent comme poudre dans l'eau ou bien se compactent comme terre desséchée. Il faudra qu'on voit si les gestes doux s'oublient moins vite que les claquements des pas sur l'asphalte mouillé. Si nos murmures passent le mur du son. Il faudra qu'on voit si l'éternité est aussi fugace qu'un cri de nouveau né. Si nos sourires s'impriment correctement dans la rétine du temps  Il faudra qu'on voit si nos mains retiennent autre chose que du sable. Si les sons que nous produisons dans l'amour s'envolent ou s'enracinent. Il faudra qu'on voit si nous sommes capables d'oublier d'oublier. Si nos cœurs sont de feu, ou de pierre, ou de vent. Il faudra qu'on voit si le temps qui nous reste repart en marche arrière. Si nos enfants grandissent tout en ne vieillissant pas. Il faudra qu'on voit si la voie est sinueuse. Si la vie s'écoule à pas de loup ou à dos d'éléphant. Il faudra qu'on voit tout ça, mon ami, ma chérie, mon amant, ma douce, mon beau, ma biche, ma sœur, mon grand, faudra voir ça mes amours.

jeudi 30 août 2018

Règles du Je, Dialogue in

Je suis pendue à un fil invisible
Sangre mio
Qui me tient subtilement par les
Couilles?
Impossible voyons...
Pourtant t'es une femme, on peut dire
Qui en a
Ouais ma poule, clar t'as raison
Et malgré tout j'suis sus
Pendue à un fil d'araignée, qui glue et qui

Enserre, qui tisse ses propres règles
Sangre mio
Du jeu
L'enjeu pour toi, j'vais te dire ma poule
Ça va dé
Pendre
De cette toile, de ce fil qui subtilement me
Ligature 
Va falloir y aller
Mollo en douceur
Laisser s'écouler
Sangre mio
Et abreuver les pinceaux
Liquider tout ce rouge 
Attendre tranquillement mon heure
Imposer doucement
Mes règles
Sangre mio


dimanche 26 août 2018

En ( ) vie

L'envie d'autre chose comme un poing dans la gueule, l'envie qui m'était parvenue et qui ne m'avait pas quittée, l'envie de paix, de calme et de vent dans les saules, un matin au bord de l'eau, l'envie d'un camping-car vide à l'intérieur et peint à l'extérieur, l'envie de ne rien faire, à l'abri de mes mots et dans l'antre de ma musique, l'envie d'être seule, l'envie de personne, l'envie d'odeur de menthe quand ma main effleure le pot, l'envie d'un silence, si possible, l'envie de réfléchir et de choisir, mais sans renoncer si possible, non ça l'est pas, possible, tu sais bien, l'envie de m’enivrer à l'odeur sucrée des tilleuls en fleurs, et c'est pas possible non plus, vu que la saison est morte, du coup j'en ai fait une tisane hier soir et j'ai tenu mes narines longtemps au-dessus de la vapeur, l'envie du lit sans le sommeil, l'envie d'un horizon, qu'ici je n'ai pas, visuellement je parle, tu vois, j'aime voir loin avec mes yeux, j'aime avoir un horizon, l'envie de rester là où je suis, les départs, les retours c'est vraiment pas mon truc, et pourtant je découvre beaucoup, des lieux, des êtres, des odeurs, des paysages et des perspectives, l'envie de vivre autre chose, toujours, voir si l'herbe est d'un vert différent, ni plus verte, ni moins verte, juste dissemblable, un peu, l'envie, à nouveau d'écrire et pour ça,  je te dis merci, merci du fond du cœur pour tes yeux et pour le voyage que tu t'accordes au fil de mon eau, ce petit ruisseau à l'ombre des plus grands, l'envie de prendre des trains à travers la plaine, effrontément, l'envie d'encore un peu de soleil au creux de ma clavicule, l'envie d'un jardin, d'amandes fraîches, en attendant, les sèches, je leur ai jeté un sort, n'en reste qu'une poignée à partager, l'envie de remettre mon appareil photo en bandoulière et de marcher marcher dans un océan d'images, l'envie de jouer, l'envie de peindre, l'envie d'un atelier résonnant, de punaises à accrocher, de mains à saisir et d'odeurs de gouache, l'envie d'un secret, l'envie d'espace, l'envie de tout, sauf de reconnecter mon monde, l'envie d'une valise en plein milieu de la pièce...
J'ai rêvé cette nuit, de mon petit Limaçon. En ( ) vie...


vendredi 24 août 2018

Haïku

Soleil à l'horizon
Ni en haut ni en bas 
Dernier bain de mer 

jeudi 23 août 2018

Director's cut

Ça va pas! On la r'fait les enfants!
La scène?
Non. La valise.
Oh purée...
Alors des tas par gosse, rassembler les chaussures, les culottes et les brosses à dents, et je te garantis que c'est pas une mince affaire quand, en même temps que tu t'affaires, tu déambules le long de la plage au soleil levant, la mer comme un lac, à mille mile de toutes terre habitée, je te garantis que c'est une sinécure, d'entasser des paires de chaussettes, alors que tu tends l'oreille dans un jardin touffu, à la recherche du chant des cigales à peine éveillées, je te garantis que c'est un cauchemar de vérifier placards, tiroirs, alors que tu frottes tes pieds aux graviers de la cour, en rêvant paresseusement.

Ça va pas! Coupez les enfants!
Les cheveux?
Non. La parenthèse.
...
Les vacances.
Oh purée...
Alors vas-y, redonne moi la définition de la vacance s'il te plaît. 
La vacance, comme la disponibilité totale, "à la joie, aux êtres libres, à la force et à tout ce que la vie a de bon et de mystérieux" comme dirait Camus.

Et c'est ça qu'on doit couper?
Parfaitement. Allez, bouclez moi tout ça!
Et serrez bien les sangles, que ça se barre pas dans tous les sens...
De quoi tu parles?
Bah des valises...Z'aviez compris quoi?

mercredi 22 août 2018

Un jour peut-être, je te dirai que je t'aime. Un jour peut-être, je retournerai dans la crypte et je demanderai quelque chose à Sara Kali. Un jour peut-être, j'arpenterai nu-pieds les ruelles dans la nuit. Un jour peut-être j'apprendrai à me taire. Un jour peut-être  je serai la femme phénoménale. Un jour peut-être, je ne lirai plus rien. Un jour peut-être, je n'aurai besoin de personne. Un jour peut-être mes enfants me liront. Un jour peut-être, j'irai en voyage. Un jour peut-être j'apprendrai ton corps. Un jour peut-être, je te ferai parcourir le mien. Un jour peut-être, je regarderai le soleil dans les yeux et toute ma vie dans son éclat. Un jour peut-être, j'oublierai tout. Un jour peut-être, j'apprendrai à tisser. Un jour peut-être, je te dirai que ton fil est aussi ténu que le bracelet que tu portes, mais qu'aussi fin soit-il, il fait désormais partie de mon ouvrage. Un jour peut-être je grimperai à l'arbre pour contempler le vol des oiseaux de passage.

L'oiseau et la branche

Bientôt le temps de la migration va reprendre et les oiseaux partir vers le sud, en s'envolant, souvent ils arrachent un petit très petit morceau d'écorce de l'arbre sur lequel ils avaient fait une halte et crac, un tout petit morceau d'écorce tombe au pied de l'arbre dont il est issu.
L'homme aux babouches fait partie de la race des oiseaux, il est mouvant, un peu malgré lui sans doute mais la fluidité est son langage et son chant est beau quand il résonne dans les feuilles au matin naissant. Il a parcouru des centaines de milliers de kilomètres et lu des centaines de milliers d'histoires, toujours avide, ogre insatiable de mots, de paysages, en un mot de beauté, c'est un migrateur taillé pour les longues routes aériennes et l'amplitude de ses ailes, la profondeur de ses yeux et la saveur de son parfum racontent les vies qu'il contient à l'abri de ses plumes.
La femme sans soutien gorge fait partie de la race des arbres, son mouvement est interne et imperceptible derrière l'épaisseur de son écorce, les animaux de la forêt, petits et grands viennent s'étendre à l'ombre de ses branches et s'endorment paisiblement pour échapper à la pluie ou à la brûlure du soleil, ses feuilles chantent les histoires oubliées des oiseaux, quand le vent les caressent, ses racines plongent profond et loin à travers le sol et, parfois ressortent de terre pour mieux y retourner, l'arbre voyage grâce aux récits des animaux, il vit leurs aventures et accueille leur repos, les animaux aiment s'accoupler sous sa ramure, contre son tronc, dans ses branches, l'arbre est un abri imperturbable et permanent, avide de mots, de vent, en un mot de beauté, il est de ce bois dont on fait les pages des livres si chers à l'oiseau migrateur, et l'oiseau, un jour a eu l'idée de faire voyager l'arbre immobile, et son chant était beau, ensemble ils se sont balancés au rythme lent du vent du sud, inquiets et éperdus. Et leur chant disait alors : prête moi tes racines, accueille moi dans tes branches, prête moi tes ailes, raconte moi tes histoires. 

mardi 21 août 2018

Moustiques et marc de café, Dialogue in

Je les ai compté ces saloperies. J'en ai 17  
(+2)
Absolument partout. Et elles m'ont niqué mon sommeil, parole, je me gratte je me gratte et c'est pas les hectolitres de lavande aspic dont je me badigeonne qui changent quoi que ce soit à la donne. 
Elles m'ont niqué mon sommeil ces garces.
Ah vraiment?
C'est affolant comment une si petite saloperie s'insinue aussi loin dans la psyché par la simple force d'une petite piqure de rien du tout.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je les ai compté, 17
(+2).
Il y a celle, anodine de la cuisse gauche, rien de bien méchant, juste un peu agaçant, mais vu que je me trimballe les jambes à l'air, elle respire et, en remerciement, me fout une paix royale.
Il y a celle, plus pernicieuse sur la tranche de la main droite, une coriace celle-là, je l'aime pas du tout. 
Il y a celle du coup de pied. Il y a celle du dos, à la hauteur de la bande du soutif, si les moustiques avaient la capacité de mesurer leur degré d'emmerdement maximum,
Et pourquoi pas?
 Ils choperaient à cet endroit toutes les nanas qui portent un soutif. 
Je les ai compté ces saloperies, 17
(+2)
Y en a que j'ai été obligée d'abandonner tant leur infériorité qualitative était flagrante. Celles-là je les ai eues au marc de café.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je n'ai retenu que les plus garces, notamment la pire de toutes, face interne de la cuisse droite, la première de cordée, celle qui voit le sommet avant tout le monde. 
On y arrive
A quoi?
Aux deux autres...
...

 Oui, tu sais bien, les deux autres piqures, celles que même avec des tonnes de marc de café à frotter sur ta peau humide, tu ne pourrais soulager, parce qu'elles sont internes et d'une et que l'odeur du marc du café sur ta peau séchée t'y fait invariablement revenir et de deux, parce que l'odeur du marc de café sur la peau est une odeur du genre comme une piqure de moustique, on y revient toujours, ça intrigue, ça obsède et ça excite, ça donne envie de manger ce corps odorant et tu as remarqué que ça fait déjà deux fois que tu te fais piquer le cœur et le sexe pendant une année à moustiques? Et aussi, pratiquement toujours au même endroit? Tu dois avoir une sensibilité particulière aux marais salants, aux étendues désertiques du sud, traversées par les chevaux blancs et les flamants roses, royaume de ces moustiques qui te harcèlent et niquent ton sommeil (ouais c'est ça mon œil ma poule). Crois-moi chérie, ils ont bon dos les moustiques. Leurs pauvres petites piqures ne sont rien, absolument rien, hormis peut-être un moyen supplémentaire de te gratter l'intérieur du cœur et l'intérieur du sexe, pour le plaisir douloureux du rappel des étendues désertiques, des yeux des chevaux blancs et des balancement des hamacs, de tout ce qui a été et de tout ce qui aurait pu être, parce que le fait de te gratter et de pester te fait penser à autre chose tout en te maintenant enchaînée à la piqure, la piqure que tu ne veux surtout pas faire disparaître sous des tonnes de marc de café (même si l'odeur...). 

Bref. 

Je les ai compté, j'en ai deux
(+17)
Au sexe et d'une! Au cœur et de deux!
Je les fais partir sous la douche, au marc de café
C'est ça ouais.
Ça me gratte putain
Je sais 


lundi 20 août 2018

On sait pas trop, Dialogue in

Primo
C'est une histoire sur le doute
Attends  je vais te raconter
L'histoire d'une femme
Et d'un homme
D'un coup,
On sait pas trop comment
Personne
La fille s'emballe
Sur une histoire
De loup et de forêt
On sait pas trop comment
Elle avale des kilomètres
Vers l'épicentre écrit-il
Il avale aussi
Des kilomètres
Et puis

Secundo
Il y a beaucoup
De vent
Qui souffle tout autour
Qui remplit les (ba)
Bouches
De sable
Qui grippe les histoires personnelles
On sait pas trop comment
Le doute
Qui souffle tout autour
Le désir
Tout autour
Se balance dans un hamac
Et puis

Tertio
Le doute
Après
On sait pas trop comment
Mais toujours
Il souffle autour
L'attente
Qui grippe
L'incertitude
Le sable encore
Dans la bouche de la femme
Depuis elle a
Mal à la gorge
Elle doute
D'elle même


Quarto
L'homme
Que devient il ?
Tout autour de lui
Souffle le doute
On sait pas trop comment
Ses (ba)bouches sont encore un peu
Ensablées?
On sait pas trop ...

dimanche 19 août 2018

Obscur objet de mon désir

Tu sais c'est pas complètement pour rien que j'écris sur cette musique un peu niaise, ça convient parfaitement à mon état d'esprit, cette espèce de joie mélancolique contenue dans tous les "et si", et j'ai déjà écrit là-dessus, mais avec les "et si" il y a toujours des lignes à ajouter au fur et à mesure, et je suis à la fois heureuse et triste que tu deviennes une de ces lignes, parce que l'aventure était belle -joie-,  mais fragile -tristesse.
Et j'ai déjà écrit là-dessus mais je ne cesse de m'étonner sur le fait que les émotions sont en perpétuelle révolution, du genre qui fait un tour complet tu vois, et j'aime bien ces papillons au creux de mon estomac, et cette légère insomnie, et en même temps j'aime pas ça, j'ai plus 15 ans merde et à 15 ans je ne m'aimais pas, et pourtant j'aimais déjà follement l'amour, du genre à pleurer devant un beau paysage que j'aurais pu contempler main dans la main avec l'amoureux du moment, et l'Amoureux, en ce moment me paraît moins objet de mon désir, ça n'aura qu'un temps je sais bien, mais je n'aime pas quand l'Amoureux est dévalorisé à mes yeux, remplacé par un obscur objet du désir, pour un temps que je ne peux déterminer, et en même temps c'est chouette, ça me rappelle la valeur des choses, la fragilité des relations et la force des liens à maintenir, alors tu vois, c'est compliqué, parce qu'en ce moment je l'aime sans être amoureuse de lui et je suis amoureuse de toi sans t'aimer, mais rien de bien grave en réalité, ce sont de beaux sentiments dans tous les cas, et il est clair que la Camargue exerce sur moi une sorte de magie sensuelle qui m'engloutit à chaque fois que j'y traîne mes guêtres, comme un délicieux filtre d'amour, et que ton accent circonflexe n'y est pas non plus pour rien, ni ton regard d'eau profonde, ni ta voix, ni ton odeur que j'ai capté subrepticement.
Alors les "et si" de ce jour... 
Et si dans le silence du soir contre la voiture...
Et si ma main prenant tes babouches les avaient lâchées pour saisir la tienne...
Et si ton ombre derrière moi dans le soleil...
Et si la crypte déserte...
Et si une panne de bac...
Et si le coup de l'hôtel et moins de pudeur...
Et si le feu de camp aux Alyscamps...
Et si, obscur objet de mon désir...
Alors les "et si" à venir...
Je tremble de t'approcher plus sans pouvoir m'en empêcher et ne m'en veux pas si je reste sur la défensive mais je te désirais, obscur objet de mon désir, avant de te connaître, à cause de tes mots, à cause de cet obscur objet de ton désir que je sentais déjà, affleurant dans un rêve que tu m'as raconté et dont j'étais l'objet, l'obscur objet.
Et pourtant je sais parler, mais ce genre de choses reste souvent coincé au fond de ma gorge, Dieu merci, me restent les contes, les romans et les récits pour me faire entendre à travers l'espace et à travers le temps, pour laisser fondre sous ma langue cet obscur objet de mon désir, pour le sucer et jouer avec entre mes dents à l'infini, afin qu'il ne disparaisse jamais, comme jamais rien ne disparaît jamais chez moi et surtout pas les obscurs objets de mon désir.

"Qu'importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu'importe ce qu'il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n'est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants.
(...)
Ce qui restera est une certaine qualité d'amitié, architecturée par l'estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu'on aura su s'offrir les uns aux autres. Pour tout ça (...) je vous dis merci. Merci."
La Horde du Contrevent, Alain Damasio

 

samedi 18 août 2018

Patte folle

Sur la plage de mon fils vit depuis de longues années une mouette estropiée. Nous l'avons nommée Patte Folle. Et tous les étés, mon cœur se serre à l'idée de quitter cet oiseau en me disant que peut-être, dans un an, son vol gracieux mais si reconnaissable (la faute à cette patte à l'équerre), que dans un an donc, je le chercherai longuement, mais ne le trouverai pas.
Sur la plage de mon fils, de longues années avant sa naissance, quand je promenais de longues pattes de cigogne sous un petit tronc de fillette, je jouais à "on dirait que j'étais", un jour la petite sirène, un jour Aurore, un jour la petite fille aux allumettes. Jusqu'à celles que je piquais, plus grande, pour m'enfiler les clopes de la cache, ado, en crânant pour épater les garçons qui jouaient au volley et que je cartonnais au billard, le sable collé au maillot.
Sur la plage de mon fils, j'ai eu des amoureux, cachés dans les vagues, serrés dans les bras, les jeunes érections et les sentiments troubles des enfants de 14, 15, 16 ans, puis moins troubles, plus francs du collier, plus sûrs.
Sur la plage de mon fils  j'ai appris à goûter le sel de mer et depuis, la glace c'est pas mon truc  j'ai préparé mes premières pizzas avec les raquettes en bois, j'ai marché pieds nus sur la jetée en béton, en long, en large et en travers. J'ai caché mon corps plein et débordant devant les plastiques insolentes et si parfaites des autres jeunes filles à la peau de biscuit. J'ai fait semblant de faire la sieste, j'ai nagé pendant des heures, j'ai défié les gymnastes, sous l'eau c'était easy Baby, j'ai conquis les vagues et trempé sous l'orage.
Sur la plage de mon fils, je le contemple, les paillettes d'or que le soleil jette dans l'eau le cachent à ma vue alors qu'il défie les vagues de toute l'énergie de son petit corps fuselé couleur de biscuit, Patte Folle en suspens au dessus de lui.

Mieux qu'ici, je me trouve pas...

vendredi 17 août 2018

Loup, y es-tu? Dialogue in

Promenons nous dans les bois...
A pas feutrés, dans la nuit, les louves se rassemblent, cherchent la clairière, la couronne des arbres, le lieu secret, au coeur de la forêt abandonnée des hommes. Il y a longtemps qu'ils n'y existent plus, engloutis sous leurs propres cendres.
Et dans mon film à moi, alors que je marchais le soleil dans le dos,
 c'est ton ombre que je voyais approcher...
Loup que me fais-tu?
 Assises en cercle, les louves s'observent en silence, langues pendantes, attendant l'heure des chiens et des loups, leurs beaux yeux jaunes allumés dans la nuit, la brise sur leur échine et les babines offertes. L'étoile rouge en surplomb attend aussi l'heure des chiens et des loups, son éclat pâlissant tout doucement.
Les louves s'allongent sous le ciel grisonnant. Dans la nappe de brume, elles se cachent des chiens et des loups. 
Et dans mon film à moi,marchant le soleil dans le dos, 
je sentais ton souffle de loup sur ma nuque
Loup m'entends-tu?
Dans le sommeil des louves, la forêt désertée et silencieuse s'anime du passage solitaire des chiens et des loups, aveugles à la présence, à l'odeur, à l'abandon des louves, tapies dans la clairière.
Et dans mon film à moi, marchant le soleil sur l'échine, 
ton ombre me déshabillait en m'emmenant dans les vagues. 
Sans voir ni ton corps ni ton visage,mais sentant ta peau, ta barbe et 
ton souffle m'engloutir dans la vague et 
plonger dans ton sel, épouser ton désir et 
m'y fondre.
Loup me veux-tu?
L'aube se lève sur la clairière, l'heure des chiens et des loups les a emportés loin de l'assemblée des louves endormies.

Loup, y es-tu?
 
 

mercredi 15 août 2018

Pêcher les calamars

Tu veux qu'on en parle, des bancs de flamants roses?
Tu veux qu'en en parle des aigrettes?

Ou tu veux de l'aigrette au fond de ta bouche à mesure qu'on arrête de parler de pornographie littéraire pour la faire, à mi-chemin du monde qui passe tranquille à cheval sur les plages. J'aime pas les chevaux sur le sable. Pas leur place.

Et voilà. On dévie. On dévisse.

Alors que je le sens, le pulse du sang qui afflue et qui me gonfle. Là, en bas, presque comme un mec.
Pourquoi presque?
Parce que ma teub à moi, mec, elle est cachée et bien cachée.
Aussi bien que les calamars dans les rochers de Méditerranée et qu'ils est simple et difficile de l'approcher.
C'est subtil les teubs des filles. C'est comme se perdre dans le maquis et entendre battre son coeur dans les tympans pendant que le sexe se gonfle.

Alors on y va, on inspire fort, on bloque et on plonge la tête les bras c'est pas froid, curieux, le tronc et le bassin bien campé. Et ça bat fort là aussi, fort et régulier. Le pulse du sang qui afflue. Et rentrer tout à fait dans mon eau de femme et sentir que je m'enroule autour de ta jambe en silence et en douceur, c'est trop tant de douceur et de silence que t'en cries au fond de l'eau.
Mon fond de femme est obscur et graveleux, ni plus ni moins que les autres, il est peut-être unpeu plus délicat à mesure que tu me pénètres parce que ma teub, mec, elle est cachée et pourtant elle existe.

Parlons pas littérature, veux-tu?

Le chant des enfants morts

Je chante pour tous les enfants morts.
Je chante pour la tienne dont je n'ai pas osé te demander le nom, alors je vais l'appeler Inaniel, juste pour moi, parce la chanson que j'écoute me chante tous les enfants morts et je n'en comprends pas les paroles.
Je chante pour tous les enfants morts, ceux qu'on a connu, ceux qu'on a pas connu, les nôtres et ceux des autres, de tous les autres à travers le monde infini et vaste.
Je chante les enfants morts dans leur sommeil, les enfants morts en mer et ceux morts en mère.
Je chante les enfants morts en vol, parce que ce monde est aussi beau qu'impitoyable et qu'il n'y a que les enfants pour en saisir sans le savoir l'étendue redoutable.
Je chante les enfants morts après avoir écrit un texte sur le sexe, parce qu'après tout les enfants sont bien conçus dans le sexe, c'est de là qu'ils viennent.
Je chante pour les enfants morts.
Je chante avec tous leurs parents, en silence, en chagrin, en déroute, en douleur, en vie toujours, ou morts avec eux, en même temps que s'éteignent leurs enfants, ils meurent un peu aussi.
Je chante les enfants morts, à travers les âges, de la folie des hommes, je chante la révolte impuissante des enfants morts face à la brute barbarie des adultes, je chante l'injuste.
Je chante les enfants morts bien qu'encore vivants, happés, raptés par la prédation furieuse de ce monde de fous qui les transforme en marchandises, en esclaves ou en rien du tout, commes une plante pourrissante.
Je pleure les enfants morts en mère et ceux retrouvés par les pères.
Je chante les enfants et la mort.
Inaniel


Accent circonflexe et amandes fraîches, dialogue in

Incomparable douceur
Les amandes fraîches
La bouche pleine de sable
Frotté mes cuisses dans la voiture
J'me suis fait quelques films
Osés
Mais jolis
En pensant à l'accent circonflexe de ses sourcils
Et son regard
Pénétrant ça oui
Voilà
Les babouches pleines de sable
Dessins éphémères
Devant la mer
Le coup du rond-point
Pour sûr c'en était une d'aventure
Accusant l'accent circonflexe de ses sourcils
Et le film qui dérive un peu
Frotté mes cuisses dans la voiture
Même que le sable était déjà parti.
Osés 
Mais jolis.