lundi 28 mai 2018

Faites des mers

Au début, une masse de boucles sur le visage, et la joue poudrée et pleine d'odeurs de fleurs, de mousse, de forêt et de vent, au début était le ventre. Qui de la poule ou de l’œuf? Puis paraît-il qu'une explosion extraordinaire concentra les forces, les dispersa, les aggloméra puis l’œuf. 
Au début, une faux trancha les organes d'Ouranos qui se perdit dans l'immensité, Gaïa respira enfin. Et depuis les hommes tiennent le monde. Et qu'est-ce que le monde?  
D'un petit corps en composition, d'un petit corps tout plein de sécrétions au goût de mousse et de forêt et de fumée, on tient au creux de ses bras l'intensité du big bang, d'une masse de cheveux sombre penchée au dessus d'un souffle endormi, on embrasse la totalité du monde. Parce qu'un corps est un monde à soi tout seul et, de par l'explosion du passage, on devient un monde en soi, Gaïa et Ouranos incarnés dans un corps de femme, à peine né qu'il est déjà scindé en cette nécessaire séparation qui permettra à l'enfant d'enfin respirer. Et depuis les hommes tiennent le monde. 
Et qu'est-ce que tenir? Une main en coupe sous la nuque de l'enfant tient dans sa paume l'infini sans même s'en rendre compte, comme si ça valait mieux. Et qu'est-ce que la valeur d'un monde entier dans le creux de sa main? 
Au début était le ventre, qui servait de frontière entre le ciel et la mer, entre le ciel et la terre. Et qui de la poule ou de l’œuf, sans que ça ait la moindre importance. Le temps qu'il faut pour mettre au monde un monde en soi est si élastique qu'il peut s'étendre sur des jours entiers et ne durer qu'une poignée de secondes. Au creux des ventres interviennent plusieurs explosions, chacune un petit big bang en soi, cosmogonies particulières et sans cesse répétées dans l'ignorance parce que les hommes tiennent le monde. Alors prendre la mer et voir de ses yeux les lignes d'horizon se confondre en un seul monde, en un ventre tourné vers un autre, éternellement suspendu au-dessus, plein d'odeurs de vent, de pluie, d'écume et de sable. Alors prendre le désert et entendre le souffle chaud sur les dunes ventrues. Alors prendre les forêts et sentir les gouttes adoucir l'espace au faite des arbres et les graines déchirer leurs gangues sous la terre et forcer le passage jusqu'à la lumière. 
Les hommes tiennent le monde, sans savoir qu'ils en sont un eux-mêmes, un monde en soi.

"Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l'éternel qui tient le monde et les hommes." Christian Bobin


vendredi 18 mai 2018

L'attente des dragons

Lentement balloté par les flots, le frêle esquif s'était éloigné, à mille miles de toute terre habitée, rien devant rien derrière, que l'eau et l'infinité de l'horizon pour seule compagnie. Le gris d'en haut dilué dans le gris d'en bas, et le frêle esquif au milieu. 
Il paraît qu'après la mer se jette dans le vide, hanté par les dragons affamés. 
Dans un coup de vent, le frêle esquif s'est engouffré dans l'embouchure, s'est fait happé par la vague profonde et puissante, plus rien que le gris d'en haut dilué dans le gris du bas, et d'après ce que les histoires chantent aux oreilles des marins, derrière la mer se terrent les dragons et jamais les esquifs, surtout frêles, ne sont retrouvés. 
Le vent s'était levé, déchirant les flots et les cieux, engloutissant le frêle esquif sous sa houle, balançant l'armature qui s'abandonna sans résistance à la force qui en prenait possession. Entre deux bourrasques, sentir dans l'accalmie les craquements du petit bâtiment, penser à sa terre, à ses falaises piquées de nids d'oiseaux, à ses plantes. 
Le vent reprenait son souffle et puissamment envoya le frêle esquif voltiger, avaler des paquets de mer et de sel vivant. Les lames de fond écrasant le pont aussi violemment qu'une caresse, le vent envoyant son haleine chaude sur le mât, gonflant les toiles aussi intensément qu'un murmure, toute frontière dissoute dans le gris d'en haut mêlé au gris du bas. Apportant aux narines une odeur familière et lointaine, comme oubliée au fond d'un coffre. 
Au bout de la dernière bourrasque, les voiles s’affaissèrent lentement, comme étourdies, couvrant le frêle esquif de leur tissu humide, à travers leurs déchirures, le ciel avait changé de teinte. Le noir du haut se détachant du gris du bas. 
Lentement balloté par les flots, le frêle esquif avait comblé la distance qui le séparait de toute terre habitée. Au loin la terre, les falaises piquées de nids d'oiseaux, les plantes.
Et découvrir que la terre est ronde.

Partir, Revenir

Pousser une porte est difficile,
 franchir un seuil est simple.
S'apparenter au souvenir d'un corps,
voyager sur un chemin connu,
la simple balade et le sourire qui ne s'éteint pas sur les lèvres, malgré tout.
Partir ne fut pas simple.
Revenir fut magique.
La simple beauté du geste.
Dans une étreinte,
revenir à la fin d'un temps révolu,
sitôt accompli, sitôt envolé dans une volute bleue.
Dans une étreinte,
partir.
Regrimper dans l'arbre
garder de l'équinoxe un tremblement.
Rien n'a changé 
pourtant tout diffère.

lundi 7 mai 2018

C'est pas que tu soies pas sexe mais t'es  au moins aussi relou.
Tes mots m'embrochent et me font grimper le thermomètre. Mec tu mec-sites et une valise est vite défaite en fait !
Et qu'à chaque pas que je fais tu te casses en sens inverse, mais chéri, si tu avances quand je recule, comment veux tu que
Je te brûle ? 
C'est pas que tu soies pas sexe
Mais  t'es au moins  aussi  relou
Et si j'avance quand tu recules, comment veux-tu que
Je te canicule ?
Faut le faire ce remake, mec, tu le sens pas le magma qui remonte, qui pousse au cul, qui poisse l'atmosphère. Mais chouchou, si tu avances quand je recule...
Sors de ta bulle