samedi 17 novembre 2018

En haut du plongeoir

On dira ce qu'on voudra de cette journée
La nausée
On en reparlera de la couleur des gilets
Jaunes, verts
On parlera même des sans-gilets
Sans-culottes de notre siècle,
Notre pauvre siècle
On dira ce qu'on en voudra
Un mort
On en reparlera
La nausée de la vague
Quand on lâche les gens comme on lâche
Les chiens

On me dira ce qu'on voudra, je ne crois pas que celle qui est morte et celle qui l'a tuée avaient prévu cette journée dans leur programme, mais je crois qu'il faut se préparer à se défaire de plus en plus des programmes de vie, à prendre la vie comme on entre dans un courant d'eau froide, mais peut-être je pense ça parce que c'est l'hiver qui est tombé en trois jours, brumeux et froids, mais la vie comme un courant d'eau froide, on peut le voir de plein de manières différentes, comme un froid mortel ou un froid vivifiant, je décide que ça dépendra des jours et ce jour où les gens se sont lâchés comme on lâche les chiens me fait peur mais ne m'impressionne pas, je choisis mon camp, j'irai, sans-culotte de mon siècle, me battre pour mes aînés et mes enfants et contre toutes les formes d'égoïsme et comme cette vie est froide, putain, un coup à mourir bêtement, de froid comme ça, mais à tout prendre, je préfère ça que le supplice qu'on inflige à certains crustacés paraît-il, plongés dans l'eau froide puis lentement cuits, ils s'endorment, ça m'afflige mais ne m'impressionne pas, et nous autres pauvres de nous qui sommes peu à peu plongés dans un bain d'indifférence, qu'on refroidirait peu à peu, jusqu'à nous faire geler de l'intérieur, et pour moi c'est hors de question, on dira ce qu'on voudra de cette journée, elle m'a dégoutée mais pas impressionnée, pauvre de nous, et tu crois qu'en face, ils vont laisser faire, laisser passer, le problème que ça pose c'est qu'à un moment il faudra être pire que le camp d'en face, voilà qui donne à réfléchir, qui fait lever un sourcil circonspect avant que de plonger tête la première dans l'onde glacée, le choix entre deux maux cardinaux, la violence brute et usée des pauvres gens et celle perverse et sûre d'elle des autres, le combat est rude, et le plongeoir foutrement haut.
On en reparlera. 
J'attends que passent nausée et affliction.


jeudi 15 novembre 2018

SINDONEMO, Part V

Les héros, il en faut paraît-il, sont fatigués, dans le fond de leurs verres, un peu de mousse, s'étiolent tous les rêves de la journée, les cauchemars, il en est qui ne dorment pas toujours, qui ne dorment toujours pas, alors qu'entre chienne et loup, le jour se lève aussi, encore et donnez leur un bateau bordel où grimper, donnez leur une mer à traverser, c'est un SOS en Méditerranée, pour sûr cette mer tiendrait dans le fond mousseux de leurs verres, qu'ils portent encore aux lèvres, distraitement, pendant que les immeubles s'écroulent sur les corps des pauvres, SOS Marseille, pesamment, ils jettent une pièce sur le comptoir ou sur la table, remontent les fermetures éclairs des blousons et sortent, une hésitation, on a bien encore le temps d'une bière, brune de préférence, ils sont fatigués avant que le jour se lève, la nuit cette catastrophe qui ne les laisse pas dormir, si ça se trouve ils sont morts, il en va ainsi des deuxièmes verres, dans l'ombre d'un bar comme les autres, comme partout et comme nulle part, à l'heure où les vies ordinaires se teintent de légende, où le moindre bout de plage devient refuge noir au bord de la mer pour enterrer des livres qu'on découvrira en 2492, comme un trésor enfoui, un truc de pirates, d'ici là les héros seront morts, la mousse aura séché au fond des verres et se sera cristallisée, fossile d'une vie légendaire au bords des lèvres des cadavres des héros fatigués. Il en est qui ne dorment toujours pas. 

Son nom signifie Dévouement et quel drôle de nom pour un bateau, finalement, ça ne lui va pas si mal, tel qu'il est prêt, ce pas si frêle esquif de légende à accoster aux ports des héros ordinaires, de ceux qui ne dorment toujours pas, il se dit que c'est pratique pour les quarts de veille, à observer, à l'ancienne, le scintillement des étoiles sur l'onde, il aurait pu s'appeler SOS mais... 
C'est de l'espéranto, une langue parfaite pour écrire les légendes que plus personne ne lit, ni n'écrit , le Sindonémo est un voilier. 
Les lumières des néons des bars entre chien et louve sont ses phares, et en silence il traverse les pensées fatiguées et ordinaires de ceux qui ne dorment pas et leur souffle des envies d'évasion maritimes, avant que vienne le temps de repousser les verres et de fermer les blousons.

mercredi 14 novembre 2018

J'irai tout doucement tu verras, à ta rencontre, sur la pointe des pieds, à pas de loup, histoire de ne laisser aucune trace et je mens en disant cela, j'espère en laisser une grande, aussi petite soit-elle, je ne ferai aucun bruit, avec de la chance, tu ne te réveilleras même pas de ta vie, de ta mer noire, de tes poules, un petit caquètement dans le sommeil peut-être, une paupière qui se soulève dans le demi-jour, à l'abri des réveils mécaniques et ordonnés, des réveils d'injonction, non ce sera très doux tu verras, ma présence dans l'ombre du siège conducteur, ce sera presque comme si j'étais pas là, à peine percevras-tu la respiration d'un sommeil et tu ne te demanderas sans doute pas d'où il provient, tu prendras mon souffle pour le tien, les battements sourds, tu ne t'en inquièteras pas, c'est de la fiction tout ça, tout ce que je t'écris, c'est un conte, un rêve éveillée que je suis et que je te raconte parce qu'on a dit d'accord, et qu'on aime lire et écrire, tu liras les lettres de flamme paupières entre-fermées et tu imagineras n'avoir pas bien tiré les rideaux ou t'être garé dans le mauvais sens, dans le sens du soleil levant, j'irai tout doucement tu verras te souffler sur la nuque, te donner la chair de poule de mon haleine, tu te diras que le froid arrive et tu remueras légèrement, un grognement peut-être, tu ne réveilleras même pas de ta vie, de ta douce Nikita, je serai sans bruit en présence pourtant, ma main posée sur ta tête posée sur mes cuisses posées sur le sol d'une forêt non loin de Sarajevo paraît-il, je serai un grain de sable dans une babouche, un éclat de douceur sur ta peau endormie, tout doucement tu verras, un petit morceau de soleil couchant prisonnier à l'intérieur d'une goutte d'eau surgie d'on ne sait où, peut-être d'une douche de camping au crépuscule, j'irai tout doucement tu verras, me rappeler à ta mémoire, doucement, sans que tu ne te réveilles, murmurer à ton oreille les livres les chansons ma voix, doucement j'espère, pour ne pas te réveiller de ta vie, mais te faire entendre mon souffle, sur ta peau, et je mens en disant cela, j'espère.

Putain de cerf-volant, Dialogue in

Idéfix, ici!
Putain de cerf-volant,
Il suivait son idée *
Et comme le vent était fort
Puis d'un coup
Plus rien.
Cette idée qui me fixait, putain
Et qui s'envolait n'importe comment, au milieu d'autres
Heureusement
Tu te fous de moi ou quoi?
Grave
J'en ai eu des jeux avec les cordes, les
Canes à pêche
Dans les branches
Les lacets de chaussures
Emmêlés
Les élastiques
Dans la cour d'école
Une championne
c'est vrai
Les scoubidous
Les bracelets brésiliens
Les cordes de guitare
Jamais
Idéfix, ici!
Fais chier ce putain de cerf-volant
A s'envoler
Comme si c'était son rôle
T'es con
Puis les cordes, les 
Autres
Cordes
Autour de mes doigts,
De mes poignets
Parfois
Apprendre des tas de nœuds
Sindonémo
Mon beau bateau
Avoir encore de beaux restes
Pour les nœuds?
A défaire
En double pour ne pas perdre mes chaussures
A brides
Sur les chevilles
A refaire
Ça n'en finit jamais
Les nœuds?
Je m'attache
Encordée
Tout autour de 
Mon corps, de
Mon cœur
J'ai trouvé un carton
D'innombrables pelotes de laine
Sensible araignée
Je tricote mon enveloppe de fils,
D'assemblage des noeuds de la vie
J'attends que le vent reprenne son 
Souffle
Moi à l'oreille
Murmure la moi
Ton idée fixe
Qu'on avance
Qu'on le libère enfin
Ce putain de cerf-volant




* Il suivait son idée.
C'était une idée fixe.
Il était surpris de ne pas avancer.
Jacques Prévert.




mardi 13 novembre 2018

Le panthéon des menues choses

Il est parti. Au panthéon des menues choses de ma vie.
La petite bille s'est légèrement poussée dans la poche du grand-père.
Ils étaient contents que je vienne les voir, le vieux et le limaçon.
J'ai eu du mal à grimper en haut de la falaise, une lassitude, un je ne sais quoi d'un peu lourd dans ma poche et ce ne peut être ce si petit caillou qui me pèse autant, si?
Et sans prononcer aucune parole, il a tendu vers moi sa main ancienne, comme jaunie, comme défraîchie, sa main épaisse, à l'annulaire serré par son alliance, son oeil bleu m'a demandé des nouvelles que je n'ai pas eu le coeur de lui donner, trop de poids dans la vieillesse de celle qui reste, assise sur sa chaise et ses douleurs, à attendre le moment, qui ne vient pas vu que ce n'est pas l'heure.
Le Limaçon a passé sa tête par-dessus le rabat de la poche, a sorti une cigarette pour le grand-père, ils ont l'air d'avoir de ces rituels tous les deux, que ça m'en a provoqué un sourire aigre-doux, satisfait et jaloux. Il m'en a donné une aussi, avec un gentil sourire. J'ai secoué la tête "merci mon chéri", sans rien dire, il a eu l'air un peu déçu. Le Limaçon me boude, il est triste que je ne soies pas avec lui, le grand-père est gentil pourtant et attentionné, le rabat de la poche le recouvre quand il fait froid, l'abrite quand il pleut, le protège du soleil. La poche est un monde à part entière, un panthéon, comme le banc et la falaise aux oiseaux. Du regard, j'ai imploré le Limaçon de venir dans ma main. Il est retourné se cacher dans la poche et le grand-père a allumé sa cigarette et la mienne d'un seul coup d’allumette, le vent s’éteint quand le grand-père fume, c'est l'avantage quand on est mort et qu'on reste sur un banc, les éléments se calment quand il le faut et s'agitent de même. Quand tu viens m'a-t-il fait entendre sans bruit, les oiseaux arrivent, parce que c'est toi. Pour le petit, se sont les albatros, et pour toi les flamants en vol avec les étourneaux, ils sont cons les oiseaux dans la mort, ils s'accordent avec n'importe qui, et pour moi il n'y en a pas, mais par contre, j'aime les embruns.
Alors je suis restée longtemps sur le banc, assise à côté de mon Il, sans parler ni penser ni respirer, juste à fumer, regarder les embruns et le vol des oiseaux et les mouvements du vent, à espérer que le Limaçon viendrait se nicher au creux de mon écharpe, comme c'est notre rituel. J'ai joué avec le petit caillou d'ocre. Et je l'ai posé sur le banc, à portée de mon Il, même pas une demi-encablure. Le caillou est parti dans la poche à rabat. 
Le Limaçon a poussé un cri de joie silencieux. Un cri qui a déchiré le vol des oiseaux et remis le vent en marche.
Je suis partie. Du panthéon des menues choses de ma vie.

Spasmodie

J'ai de ces envies que c'est pas orthodoxe, j'ai de ces envies de mon nez collé dans la mousse de ton entrejambe, j'ai de ces envies de mes mains clouées à mon dos, j'ai de ces envies de ta langue sur ma peau, j'ai de ces envies de feulement dans mon oreille, j' ai de ces envies d'avoir envie de glisser sous toi comme une anguille, j'ai de ces envies de fuite et de rattrapage, j'ai de ces envies d'yeux fermés, très fort, j'ai de ces envies d'animal mangé cru, j'ai de ces envies de spasmes incontrôlés, j'ai de ces envies de tremblements de feuille au vent, j'ai de ces envies de serrer les dents pour ne pas te mordre, j'ai de ces envies que tu m'écrases de tout ton poids, j'ai de ces envies de jouir dans ta main, j'ai de ces envies de tremper tous tes sièges, j'ai de ces envies de ton souffle à mon cou, j'ai de ces envies de tes yeux sur mon cul, j'ai de ces envies de te bouffer tout nu, j'ai de ces envies de cette tendre fureur, j'ai de ces envies que c'est pas orthodoxe.

lundi 12 novembre 2018

Cet air que tu me donnes

Allez, hop hop hop!
Eteins la lumière!
Passe!
A autre chose
Le vent souffle sur le monde, des immeubles s'effondrent, l'oiseau migre
Bordel de dieu
Allez, hop hop hop!
Parlons peu, parlons
Cul
Allez...
Je vois que t'es pas d'humeur
Et pourtant, c'est quand même bien l'un des sujets qui nous clive le moins
Toutes les deux.
Allez, hop hop hop!
Change
De disque,
De fringues, 
De point de vue,
D'énergie. Hop hop hop!
Tu cours pas vite
Va te faire foutre
Mais au moins, tu sais bouger pour des trucs qui en valent la peine
Suivre les oiseaux du regard
Et les beaux garçons aux yeux de mer d'hiver
Marcher sur mes
Deux jambes, en balance
Change de chaussures
Et marche chérie, vu que je n'aime pas courir

Je ne suis pas faite pour courir, non c'est certain, ni après les voleurs, ni après rien, moi je marche tu vois, sur mes deux jambes parce que j'en ai pas trois, ni quatre et que celles que j'ai me vont bien, même si elles me font chier à refuser de courser les petits cons, mais à vrai dire les petits cons m'ont jamais intéressée, je les préfère moins jeunes et moins cons, je les préfère poètes et interdits, je les préfère silencieux et rieurs, je les préfère donneurs et tendres, observateurs et bavards, je les préfère tendus et relâchés, tout ça en même temps, je les préfère pudiques et exubérants, je les préfère en vol, je les préfère solidement amarrés, je les préfère en hibernation et en montée de sève, tout ça en même temps, t'avais envie qu'on parle
Cul?
Vite fait
Voilà
C'était histoire de changer
D'air
De cet air que tu 
Me donnes.





dimanche 11 novembre 2018

Mise au point inutile

S'il faut refaire le point cinq minutes sur un certain nombre de choses, allons-y mon petit, en cadence et en chœur, l'histoire des petits cailloux de mon sac perdu aurait pu être jolie, l'un d'eux aurait dû se transformer en bague, à mon majeur droit, il était joli ce petit caillou, je l'ai trouvé un jour d'août sur une plage camarguaise, alors que mes doigts caressaient le sable, à l'abri du vent qui soufflait fort ce jour là, un joli petit caillou couleur d'ocre et strié de brun, comme de minuscules points gris qui emperlaient sa surface, comme de minuscules signes d'une vie qui m'était bien antérieure et qui s'était trouvé là, au creux de ma main, à la faveur d'un heureux hasard qui m'avait conduit, à  six heures du matin, à prendre la route vers une chemise rouge, j'avais une robe bleue, je n'aimerais pas qu'on me la vole, comme je n'ai pas aimé qu'on me vole ce sac, avec ce petit caillou à l'intérieur dont j'avais l'intention d'orner ma main droite, on ne vole pas les bagues fabriquées avec des cailloux tu crois? 
S'il faut refaire le point cinq minutes, je me demanderais si le fait de savoir ce petit caillou reparti dans la nature, à la faveur d'un malheureux hasard, me chagrine plus que de raison. Tu sais, je suis dans le vrai quand je dis que les choses insignifiantes n'ont de valeur que celle qu'on leur donne, toutes ces menues choses aussi précieuses qu'un minuscule caillou ocre, plus valeureuses à mes yeux et à mon coeur que l'argent qui le côtoyait dans mon porte-monnaie, et qu'aurait bien pu faire le petit con du dessin de mon fils, à part le chiffonner et l'abandonner dans un coin? Dans ce sac ne vivait aucune richesse qui puisse être convoitable par quiconque, si peu d'argent, un compte en banque en rade, pas de téléphone...
Mais la vérité, c'est qu'on est toujours le riche de quelqu'un, et le film de Guédiguian s'est imposé à moi, on est toujours le riche de quelqu'un, même quand on est pauvre, et que le petit con, à la faveur d'un malheureux hasard est devenu mon pauvre à moi, dans tous les sens du terme.
Pauvre petit con, qui zone dehors sous la pluie au lieu d'être en un lieu fait pour toi, où ton confort serait assuré. Pauvre de toi, qui braque des sacs de piscine et qui constatant ton erreur, va braquer un sac plein de papiers et de cailloux. Pauvre de toi, qui testais peut-être ta vaillance en t'emparant de ces choses par la ruse (pour moi) ou par la force (la dame au sac de piscine), histoire, je ne sais pas moi, de faire partie de la bande, de ramener un tribut j'en sais rien, j'invente, c'est le problème avec les histoires qu'on ne peut lire et relire pour les comprendre et en faire quelque chose. Pauvre de toi, si pauvre qu'il te faille voler dans un quartier où le seuil de pauvreté atteint des profondeurs abyssales. On est toujours le riche de quelqu'un. Je n'aime pas être ta riche mon petit gars. Mais c'est vrai que je le suis, sans doute plus que toi. Et je ne parle pas que d'argent. Je suis riche de mon voyage à six heures du matin, de ces deux heures et demi de route vers une chemise rouge, une plage balayée par le vent, et un petit caillou ocre strié de brun. Je suis riche des traces noires de mon fils, qui m'avait demandé de garder son dessin dans mon porte-monnaie pour me disait-il alors "promener son petit monstre". "Tout ce qui brille n'est pas d'or", je ne sais plus où j'ai lu ça mais c'est une phrase importante à saisir pour comprendre qu'il est des choses qui n'ont de valeur que celle qu'on leur donne. 
Je suis riche des histoires que tu m'as dérobé en t'emparant brutalement de mon sac. L'argent se protège et se remplace, petit, sache-le. Toujours. Il n'en va pas de même pour les menues choses, ce sont elles qui peu à peu alourdissent le poids des vols, comme une tonne de marrons, de celles qu'accumulent les enfants dans leurs poches, comme un inénarrable et misérable trésor.

mercredi 7 novembre 2018

A l'arraché, dialogue in

Du vol, je ne connais que celui des oiseaux, gracieux  encombré, bruissant et qui fait lever le nez en l'air
À la tire
Reviens p'tit con! je lui ai crié en lui courant après.
C'était con
Du vol, je ne connais que celui des oiseaux,
Des avions en papier
Jamais su les faire
Il courait vite ce petit con!
Un jeune oiseau.
A l'arraché on dit.
C'est vrai que ça arrache, et on me dira sans doute que j'ai eu de la chance
Ouais ouais
Mais bon, dans mon petit sac,
Version tepu, comme ils disent
Pas tant que ça
De menues choses, presque rien
Les trucs importants ne l'étaient pas vraiment,
Tout ce mal qu'il s'est donné pour rien 
Ce petit con
Du vol, je ne connais que celui des oiseaux,
Des abeilles et des libellules
Ils m'ont demandé la liste de toutes ces menues choses
Putain, mais j'en sais rien! je leur ai répondu
Des bouts de papier,
Des tas de bouts de papier,
Avec mon écriture
Ça compte pas, alors je leur ai pas dit
Que les trucs importants j'ai mentionné, que les trucs de grand
La CB
Et qu'est-ce que j'en ai à foutre, y a vraiment rien 
A en tirer
Petit con
Le passeport
Périmé depuis trois ans
Les clés,
La maison, ça ...
C'est le porte clés qui m'a fait chier
Les boucles de ma soeur, la bague de mon père
Du vol, je ne connais que celui des oiseaux,
Des feuilles mortes dans le vent d'automne
Caractérisé
Et il y connaît quoi le petit con ?
Qui avant moi, a arraché à une vieille dame son sac
De piscine
Bilan des courses:
Un maillot de bain
Une serviette 
Un petit sac version tepu
Tout ça à la poubelle
Mais qu'est-ce qu'il y connaît en vol d'oiseaux, d'avions en papier, d'abeilles de libellules et de feuilles au vent 
Ce petit con?
Au fond d'une poubelle, 
Dans un fourré peut-être,
Un tas de  bout de papier, des tickets de métro, une paire de boucles dorées, une bague de mon père, un vieux mètre ruban, un porte clé en forme de poisson, un dessin de mon fils.
Je te fais grâce des trente balles.
Petit con

lundi 5 novembre 2018

Ronde d'automne, Dialogue in

Et pourquoi elles ne tombent pas?
Ces putains de feuilles mortes,
Même pas mouillée
Même pas mal
La route
Faut y dessiner des boucles avec les doigts
Des huit
Comme au tango
Même pas mouillée
Ma route
Tu sens?
Elles tremblent dans le vent frais
Comme toi poulette
Fais pas chier
Ce que j'aimerais quand même bien
Comprendre
Comment ça se fait?
Quoi?
Qu'elles soient pas encore tombées
Dans mes mains, 
A ma botte
Ces putains de feuilles 
Que le sol,
Je marche en dessinant des huit
Soit pas plus mouillé que ça
C'est du tango, t'y connais rien
Je m'en souviens
De mains dans le dos, de tourbillons
Les huit
Avant
Huit arrière
Mon préféré, 
Ça glissait tout seul
Le parquet y a pas mieux
Sauf s'il est mouillé.
Qu'est-ce que tu racontes?
Rien.
Je me demandais juste pour les feuilles mortes.
J'aime bien
Dessiner des huit avec mes jambes quand elles
Sont toutes mouillées sur le sol.

 


samedi 3 novembre 2018

Comme un vol d'étourneaux

Je crois n'avoir jamais vu autant d'animaux morts, écrasés, éventrés, qu'au bord de cette route de retour, les trois endormis à l'arrière de la voiture, un hérisson percuté, aussitôt disparu dans mon rétroviseur et les têtes des éoliennes disparaissaient dans le brouillard, par moment la pale descendant se devinait à travers la nappe épaisse, et un autre animal à terre, j'ai même vu un écureuil roux et je me suis demandé si j'en avais jamais vu un vivant de toute mon existence sans réussir à trouver de réponse définitive à cette question qui se bousculait dans mon crâne au milieu de milliers d'autres fragments de pensées, c'est pour ça que j'aime conduire dans l'ombre et le silence, dans la brume, j'aime laisser dériver mes pensées et quand je marche seule dans les bois aussi, j'ai vu plein de buses perchées sur les poteaux, immobiles gardiennes de je ne sais quoi et des nuées d'étourneaux, en vol plus dense qu'un banc de poissons et tout aussi harmonieux dans leurs changements de trajectoire et de même mes pensées prenaient un virage en rang serré, les trois endormis à l'arrière, la bouche ouverte de mon garçon, la main adoucie de l'Amoureux ne serrait plus celle de la petite aux yeux entrouverts et néanmoins partis au fond d'elle-même, j'avais décalé le rétroviseur histoire de leur jeter un œil de temps en temps, quand la vision de la mort stupide et vide de sens des animaux me mettait trop à mal, je retournais à leurs visages tranquilles et dans le silence de leurs respirations inaudibles, je suivais le vol de mes pensées dérivantes, et je crois n'avoir jamais vu autant de misère et de mauvaises nouvelles au monde de toute mon existence et je pensais tristement à cette petite fille plus âgée que mon fils d'à peine un an, exsangue, dans un pays lointain au nom joyeux, le Yémen, et je pensais à cette horrible et stupide femme arborant un tee-shirt nostalgique des camps de la mort marketé de la graphie Disney, lors d'un rassemblement à la mémoire de Mussolini, un autre hérisson mort, mais il avait l'air bien gros pour un hérisson et qu'était-ce donc, le vol de mes pensées obliquait vers une autre aire, bien loin, plus loin, vers un autre pays inconnu de moi, où paraît-il, on peut souffler et se reposer sur les bords d'une mer qui n'aurait de noir que le nom, et vers une phrase de l'Amoureux, je voudrais qu'on se fasse une promesse, m'a-t-il dit alors que nous revenions d'une promenade en amoureux, la première depuis de longs mois, les enfants dormaient dans la maison, le pluie avait cessé et un pâle soleil paressait sur l'estuaire et la marée descendante, j'ai ramassé quelques coquillages pendant que nous parlions de nous, de nos dix années de partage, de nos enfants, de nos rapports et de notre amour et des chemins qui bifurquent, comme les vols d'étourneaux quand le froid s'installe,  nous parlions du compagnonnage du couple et de tendresse, nous parlions de désir et d'individualités, et je ne veux pas vieillir malheureux m'avait-il dit, avec ses 17 ans de plus  que moi et son désir de m'aimer toujours, pour que que nous sommes, avec ce que nous sommes, y compris ce que nous ne pourrions satisfaire l'un l'autre et que nous pourrions trouver sur une autre route, toujours compagnons dans ce monde qui entrave au lieu de lier les êtres, un chevreuil a galopé l'espace d'une demi-seconde dans mes phares alors que je pensais à cette phrase, je voudrais qu'on se fasse une promesse, celle de ne jamais être malheureux ensemble, car je ne veux pas vieillir malheureux, et je me souviens avoir alors eu le cœur débordant d'amour pour l'Amoureux qui enfin me reconnaissait, j'avais écrit un message migrateur plus tôt dans la journée, sans avoir de réponse et je me disais en conduisant dans le brouillard et en tâchant de reconnecter tous les fils de mes pensées dérivantes que les routes sont ce qu'elles sont et qu'elles se croisent et s'éloignent, mais toujours sur la même terre, il n'est rien de moins éloigné de moi qu'une petite fille mourante à peine plus âgée que mon fils ou qu'une horrible et stupide femme nostalgique d'une horreur dont elle ne saurait avoir idée, trop certaine qu'elle est d'être dans le bon camp, la pauvre folle, le camp des vainqueurs aux mains ensanglantées et aux yeux vides de ce vide abyssal de l'indifférence à la souffrance d'autrui, pourvu qu'ils vivent dans un pays aussi éloigné d'elle que pourrait l'être le Yémen, il n'est rien de moins éloigné de moi qu'un fasciste fraîchement porté au pouvoir par le peuple même qu'il se propose d'écraser sous sa botte, ou que celles et ceux nombreux qui leur font obstacle, que cette colonne humaine qui marche vers les états-unis ou que ce singe moine, retrouvé après 80 an d'absence dans les bois d'Amazonie, caché des hommes jusqu'à ce que l’œuvre implacable des barbares lui fasse son affaire, misère, me disais-je, je crois n'avoir jamais vu autant d'animaux morts que sur cette route, et jamais autant de bêtise rassemblée, plus dense encore que le plus dense des vols d'étourneaux, et je me demandais si les étourneaux partaient eux aussi souffler sur les rives de la Mer Noire, là-bas, j'ai jeté un coup d’œil dans le rétroviseur, vers les trois endormis à l'arrière et leur quiétude a éparpillé la nuée des mes pensées dérivantes aussi surement qu'un coup de fusil éparpille stupidement les oiseaux en vol. 
A certains messages, il ne peut y avoir de réponse. 


mercredi 24 octobre 2018

See blue

C'est comme un goût de sel sur fond bleu
Quand on regarde le ciel, en mieux
Envie d'aller au gré des courants
Dériver, changer de continent

C'est comme une étincelle dans tes yeux
Où brillent d'autres soleils, tant mieux
Envie d'oublier les mots blessants
Se laisser porter vers d'autres gens

Ce soir mon coeur ultra-marine
A force de rester dans le vague
S'est épris d'une larme de spleen
Et danse, danse la Madrague

C'est comme d'être à l'abri quand il pleut
Et que les gouttes font du bruit, en mieux
Envie de filer comme des goëlands
Quitter la jetée tout doucement

C'est à la fin du jour être deux
A trouver le temps trop court, tant mieux
L'occasion rêvée d'aller aux vents
Pour sentir claquer ses sentiments

Ce soir mon coeur ultra-marine
Et le sable sur lequel je tague
Ton prénom d'ambre libertine
Finiront dans les vagues

Ce soir mon coeur ultra-marine
A force de rester dans le vague
S'est épris d'une larme de spleen
Et danse, danse la Madrague

C'est comme un goût de sel sur fond bleu
Quand on regarde le ciel, en mieux
Envie d'aller au gré des courants
Dériver, changer de continent.


Art Mengo, Ultra marine

mardi 23 octobre 2018

L'envol

Je vais arrêter de me cacher derrière mon double vitrage, tant pis, j'y vois déjà plus rien de ce que j'écris, je me relirai plus tard, je distingue déjà plus rien des touches, la nuit commence à couler, mais non c'est pas pour ca que j'y vois plus rien, j'y vois plus rien parce que je suis aveuglée, parce que je suis engloutie, je t'ai dit qu'hier je me suis fait un shoot d'adolescence? 
Dans la forêt (encore? encore...), j'ai croisé par hasard le mètre étalon de mes sentiments de jeunesse, et plus tard aussi, alors hier, un shoot, on aurait dit une droguée, un shoot de ses yeux, de ses mains, de sa bouche sur moi et la vérité, je vais te la dire, ça m'a fait autant de bien que de mal et c'est pas commode d'avoir les yeux brouillés avec panache, c'est pas commode d'avouer que si j'étais la femme que parfois je rêve d'être, je les aurais déjà tous largués oui oui mes petits aussi si ça se trouve, qui me manquent tant et tant, maintenant qu'ils sont au loin avec l'Amoureux. Oui j'aurais pu les larguer tous et je me supporte pas de ce courage qu'il faut parfois pour rester à sa place, à celle qu'on s'est choisie et pour laquelle on s'est battue, mais cette résonance je la sens, dans mes fibres, sérieusement parfois j'ai la sensation que je me l'invente, mais je sais bien que ce n'est pas le cas, la vérité c'est que c'est pas un chapitre que je veux, c'est un bouquin entier, je vais arrêter, de me cacher derrière mes métaphores d'arbres et d'oiseaux sur les branches, je vais emprunter, c'est pas trop grave tu penses?, emprunter à Anne Dufourmantelle, elle le dit si bien ce risque
"Au risque d'écrire à un presque inconnu une lettre d'amour à partir d'un presque rien qui vous aura traversé dans une fulgurance inconnue de vous jusqu'alors...."
Oui ce risque là putain ce risque, que je prends toujours, alors que je suis si mesurée si prudente, je pense que je me pousse au déséquilibre pour ne pas m'éteindre, mais la vérité c'est que j'aime tellement que ça me brûle et que je ne sais pas me retirer, si j'étais un homme avec mon cœur de femme, j'aurais sûrement eu des tas d'enfants, parce que je ne sais pas, ni ne veux me retirer, la vérité c'est qu'on se ressemble en fait, mais qu'on a pas fait les mêmes choix, la vérité c'est que j'ai choisi de n'être pas la femme que j'aurais rêvé d'être. Bon. La vérité c'est qu’aujourd’hui, j'ai les boules, comme si j'avais avalé celles d'un rhinoféroce,la vérité c'est que je ne sais pas pourquoi, je ne veux pas que tu partes, je me sens amputée, la vérité c'est que j'ai peur d'être loin de tes yeux, loin de ton cœur, et je ne comprends pas parce que je ne te veux même pas pour moi, je ne comprends pas putain!
Elle a raison Anne Dufourmantelle, il y a des choses qu'on vit pour la beauté du geste, pour le risque à prendre...
Parmi la somme de choses que je ne comprends pas, je perçois quand même un ou deux petits trucs... Je te le redis, la beauté de ce geste entre toi et moi, je te jure, dans mon monde, ça vaut le coup de se brouiller les yeux pendant quelques temps, même sans panache, la beauté du risque que je regrette ne pas avoir poussé plus vaut la peine que je traverse, parce que moi de toute façon, je ne sais pas refermer correctement un bouquin qui m'a ébranlée.
Mon ami, mon amour, mon frère, mon oiseau au long cours, mon complice, fais bonne route.

"Au risque de l'amitié, cachée, folle, éperdue, infinie.
Pire qu'un amour..."

Au long cours

"Il m'écrivait:
Qu'il était animé par la curiosité,
comment les gens vivent, réfléchissent et se taisent,
dans toutes ces langues,
...."

Je t'écrirai que je suis animée par la curiosité, depuis longtemps, un sentiment ambivalent chez moi, proche du voyeurisme et de l'envie de faire partie, toujours de ce monde où vivent ceux que j'aime, ceux qui attisent ma curiosité, mon désir (obscur objet), ma confiance, mon doute face à ma propre vie. Je t'écrirai que j'aimerais être un tableau vivant suspendu aux murs de ta maison, comme tu l'es parfois dans la mienne, avec tes paysages qui changent au rythme des enroulements de la route que tu empruntes. Je t'écrirai que je suis animée par la joie d'un balancement léger un après-midi noir aux yeux des chevaux blancs qui traversent les marais, par la vie du silence et comment y vis-tu dans ce silence? Les arbres sous lesquels on peut marcher ailleurs que là où je me trouve bruissent-ils d'une voix différente que celle que j'entends? Je t'écrirai que je suis animée par un sentiment ambivalent chez moi, frontière entre le soulagement et la désolation, parce qu'avec cette route que tu achèves sans retour imminent, l'espace de ma langue se rétrécit dans la poche de mon pantalon, prend la taille d'une toute petite noix que je serre dans mon poing et que je sens se réduire, sa voix déjà a changé d'accent, je ne comprends plus toujours tous les mots qu'elle prononce, le risque qu'elle s'éteigne... Je t'écrirai que je suis animée par un goût soit de trop, soit de trop peu, et que ça varie en fonction de la lumière sur les feuilles d'automne, qu'avoir les boules avec élégance est tout un art et que je progresse de jour en jour, mais n'est pas Penelope qui veut et encore heureux...
Je ne m'explique pas ce lien, cet alliage.
Je t'écrirai, mon ami, mon complice, mon frère, où que tu te trouves mes pensées t'accompagnent. 

mercredi 17 octobre 2018

Tensions, Dialogue in

Ce que c'est que d'être tendu comme un string,
Tu vois moi par exemple
Les flics, t'avances...
Paf, la crosse dans la gueule
Et une dame dans le coma
Les gosses à la nuit tombée, 
S'avancent
Paf... non... 
C'est plus grave
Ce que c'est que d'être tendu comme une arbalète
Bien plus grave
Tu vois, moi par exemple,
Mais ces gosses, plus jeunes que ceux de West Side Story,
Et poutant,
Mêmes causes,
Mêmes conséquences
L'école, tu te trompes...
Paf, l'échec dans la gueule
Et des mômes dans le coma
Au niveau du cœur, ça se joue
Ce que c'est que d'être tendu comme une corde
Celle qui nous serre sournoisement
La conscience
Tu allumes ta télé...
Paf, l'effroi dans la gueule
Paf, la bêtise, l'ennui et l'indifférence
Non...
C'est plus grave.
Bien plus grave.
Tu vois, moi par exemple, je préfère
Les strings?
Encore que...
Pas de corde du tout, si possible, je préfèrerais.
Pas de coma pour la dame poussée au sol par les flics hier à Marseille 
J'espère
Pas de bagarre mortelle, pas d'enfant mort sous les barres de fer
Pas de sentiment d'injustice ou d'impuissance à peine quitté les portes de la maison
Pas de tensions qui ne puissent se déliter autrement que dans le sang et la colère,
Tu vois, moi par exemple, voilà ce que je préfère...
Paf, dans ma gueule!

lundi 15 octobre 2018

Je me suis assise sur ce banc de bois, le soleil filtrant doucement dans l'or des feuilles mourantes, mes pieds flottent au-dessus d'un tapis bruissant et un milliard de perruches chantent sur ma tête, au loin, je peux entendre la suite pour violoncelle n°1, quelqu'un s'exerce, c'est un peu haché, mais rien ne saurait entamer la beauté de ce glissement de l'archet sur l'échine de l'instrument. Rien, à part la mort d'un enfant de 12 ans, écrasé à coups de barres de fer. Le soleil, l'or des arbres, les oiseaux et le violoncelle ignorent que face à cette horreur, il faudrait éteindre toutes les lumières et faire silence, et prendre sa mère par la main et la laisser nous battre à mort, de vivre dans un monde où les enfants de 12 ans ne peuvent pas aller au foot, se promener, vivre, sans risquer de se trouver, au milieu d'un déferlement de brutalité tel que tout repère s'évanouit et conduit à l'anéantissement d'un être.
Le soleil filtre doucement dans l'or des feuilles et les perruches tiennent un colloque au-dessus de ma tête en rivalisant avec Bach. Ils ignorent qu'à la même heure hier, un garçon dormait encore ou ouvrait ses yeux sur ce qui serait sa dernière journée.
Quel chagrin dans l'or des feuilles, quelle affliction dans la réunion des oiseaux, quel gâchis que les rayons du soleil ce matin et comme le violoncelle pleure ses notes éteintes.
Quel sera le goût de cette journée, hormis celui de l'amertume ?
Hier, à la même heure ...

vendredi 12 octobre 2018

Fugue

L'escalier décrit une gracieuse courbe vers la gauche, et le pied sanglé, délicate boucle remonte sur la cheville, aussi fine qu'elle pourrait craquer comme une brindille, la jambe, devinée, sous la robe, descendre n'est pas si aisé en talons, mais quelle grâce, et quasiment survoler tout l'espace, s'élever au-dessus de la foule, la transpercer sous les voiles, comme détachée, comme absente, comme envolée.
Passant au milieu de toutes ces odeurs rassemblées, de tous ces yeux posés sur toi comme si tu étais une offrande ou un espace vide, tu te sens comme absente, comme une convoitise, un bonbon pour paresseux, ils n'ont qu'à tendre la main pour cueillir ce qui leur fait plaisir, ce qui répond à leur caprice, et toi tu te mets sur pause, tu mets ton cœur en veille et ton corps en alerte, cette impression de nager dans un banc de poissons tueurs, où les hommes sont des requins et les femmes de murènes, tapies dans les creux sombres des roches, à l'abri de la lumière elles rongent leurs écailles et s'aiguisent les dents.
Tu trouves un endroit, tout petit, tu t'y faufiles et tu éteins les lumières, et les sons s’étouffent à mesure que tes mains appuient sur tes oreilles, à ne plus entendre rien d'autre que le battement sourd du sang dans ta tête, et les étincelles colorées dans tes yeux, plus tu t'écrases les paupières. Enlever les chaussures et poser les pieds nus sur le sol froid, remuer les orteils et revoilà la gamine aux jambes maigres, à l'écorchure sur le genou droit, petite cicatrice et cheveux dans les yeux, la revoilà la gamine effrontée et rêveuse, elle n'a rien à faire ici, dans cette robe qui enserre celle qu'elle est devenue, elle n'a rien à faire ici le petit coquillage au milieu des murènes et où sont passés les grains de sel et les feuilles mortes dans les cheveux, qu'est-ce que c'est que cette étude dans la personne , ces poses, ces regards vides de sens?
La musique paraît si lointaine derrière la porte et la pénombre, et des cris enivrés, mais qui peut-on chercher à si grand bruit? Trouver la sortie, virer les chaussures, la robe, les pinces, libérer la chevelure, et sortir sortir...
Les murènes  tournent autour de leurs proies et les requins de même, entraînés par le flux lancinant des cuivres et le tempo profond d'une voix grave, sortir sortir, sur l'asphalte mouillé mais par quoi, en cette nuit poisseuse et lourde, trouver un coin, pas grand-chose, pourvu qu'il s'y trouve un peu de terre, une odeur de champignons et le froid de la rosée à venir, sortir sortir. S'étendre sous une ramure, même amoindrie, sous la ramure d'un arbre bruissant, et s'enfoncer en terre, les maigres affaires déchirées, abandonnées derrière, dans le sillage des murènes, sortir sortir et dans le sommeil des fugues, retrouver la clairière et l'heure des chiens et des loups, dans le sommeil, les laisser passer et en renifler les abords, sortir sortir.
A l'aube ouvrir les yeux, encore les étincelles.


jeudi 11 octobre 2018

Who knows where or when ?

Il faut savoir parfois rendre les armes ou poser ses valises, c'est selon, et pourquoi à cette heure, à cet endroit, on ne sait pas, sans doute en raison de la couleur des nuages, un peu chargés en cette fin de journée, mais lumineux malgré tout.
Il faut savoir s'essuyer les yeux d'un revers de manche et inspirer profondément et tant pis si l'air charrie des odeurs de ville et pollution là où l'on aurait besoin de sable et de sel.
Il faut savoir s'incliner devant la lassitude et le doute, les laisser passer sur son échine comme une bourrasque soudaine, plier mais ne pas rompre et puiser dans sa souplesse pour savoir, plus tard s'étirer longuement.
Il faut savoir, à la brûlure de ses yeux, trouver un remède et à la fatigue de son corps offrir le repos.
Et dire ce qu'on a à dire, parce que sinon, le regret du silence et du secret.
Et pourquoi ces mots là, ces intentions, on ne sait pas, à ce moment et en ces lieux, sans doute parce que la nécessité l'impose et que la température d'octobre est trompeuse.

lundi 8 octobre 2018

On efface pas les ardoises


Il me brûle les doigts cet ordinateur, putain avec quel sang humain a-t-il été fabriqué, à partir de quelle souffrance, de quel esclavage, de quel marteau-piqueur, quel est l'enculé que je nourris en achetant ce putain d'ordinateur? 

Il pleut des bonnes nouvelles comme une pluie de merde et comment T. arrive-t-il encore à lever les yeux et les tourner vers les oiseaux, et j'ai comme une envie de foutre le feu aux palais des institutions, d'en coller sur des barcasses en pleine mer et de voir comment ils vont s'en sortir, j'ai comme ça des envies de colère, de dégoût et de feu. 
Envie de me cogner la tête contre les murs, à s'en faire pisser le sang par les yeux, parce que ce putain d'ordinateur me brûle les doigts et que, je me souviens, on avait gueulé à la maison, quand il avait fallu s'équiper, ça coûtait cher et puis ça prenait de la place, vingt ans plus tard, je me rends compte que le prix est exorbitant, et qu'il n'est pas pensable de se cacher et de n'en pas payer le prix.

Et au diable les bien-pensants, les honnis, ceux qui mal y pensent, ce sont moi et les miens, qui doivent payer le prix humain de cette pluie de merde qui nous tombe sur la gueule, et devoir faire grandir nos enfants avec le poids d'une honte qui ne nous appartient pas mais que nous faisons nôtre et qui nous brise en deux, qui nous maintient la tête dans la cuvette et qui nous étouffe, et nous écœure tant qu'on en arrive parfois à nous dégoûter nous-mêmes et que nos propres gestes quotidiens, nous les scrutons à la recherche de ce qu'on fait comme mal supplémentaire.

Envie de faire partie du cortège de tête, un jour il faudra bien qu'on y passe, je crois j'ai peur, à la révolte brutale et violente que d'autres ont démarré, un jour il faudra que je prenne un manteau avec plein de poches pour y fourrer tout un tas de trucs pour me protéger et pour casser, les deux en même temps, j'ai besoin d'ouvrir les vannes, de tout lâcher car ce monde ne se transformera pas à coups de lâcher de clowns, de batucada et de câlin géant. Et pourtant, ce monde est en manque de beauté de musique de rire et d'amour, je te parle de vrais trucs, d'amour fraternel et tranquille, sensuel et débridé, de musique qui prend à l'âme, de rire aux larmes, de nature qui reprend ses droits, du droit à la sauvagerie.
Les vrais sauvages l'ont compris et sont libres eux de saccager, de réduire en esclavage, de coloniser et de commander, de violer les hommes et les terres.
Et que ceux qui appellent au calme se taisent. Il n'est plus possible de rester calme et pondéré, sans participer, même à son corps défendant au désastre.

J'en ai plein la bouche de leur sauvagerie. Et un jour je vomirai la mienne sur leurs pompes nickel impeccables, et j'espère qu'on sera des centaines et des milliers et qu'un flot de merde leur tombera dessus comme une tempête.

Et après la tempête, on restera hébétés , certains seront sans doute morts et on pleurera sur les ruines d'un temps qui nous a vus heureux enfants, d'un temps où l'on fumait des cigarettes volées dans les sacs des grandes personnes, un temps où l'on grimpait aux arbres, un temps pas si éloigné de celui qu'avait vécu nos propres parents et on regardera nos enfants peut-être déjà grands et on pleurera sur les ruines fumantes de ce que nous leur offrons comme avenir. 
Alors mon putain d'ordinateur me brûle les doigts, parce que j'ignore quel est son véritable prix et que je pressens que ce prix là, je ne suis pas prête à le payer, et que s'il avait le prix de sa valeur, jamais il ne m'aurait ainsi brûlé les doigts, car je n'aurais pu ni voulu me l'offrir. 
Et qu'il en va ainsi de toutes les choses qui m'entourent.

Envie du calme après la tempête, des regards hagards devant ce qui reste à restaurer, besoin d'humus et de vent frais, pieds nus sur les feuilles mouillées, la chair de poule au petit matin et un sourire au coin des lèvres, avant de reprendre notre humanité et tant pis, si ça prend toute une vie.



dimanche 7 octobre 2018

L'égaré(e)

Je ne sais pas où je l'ai foutu. 
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Mon cheval à bascule.
C'est un jour comme aujourd'hui que j'aimerais tant l'enfourcher et fermer les yeux dans son doux balancement, ordonner mes pensées, mes mots et m'éloigner de cette tristesse ou y plonger tête la première, comme dans une eau froide, et retrouver sur ses flancs de bois, les routes que j'avais empruntées, les rails sur lesquels je m'étais étendue, nue à la nuit étoilée et noire de suie, retrouver un peu de sa peinture bleu sombre sous mes ongles et m'emporter dans les songes vers l'Est, la terre lointaine de ma source.

Je ne sais pas où je l'ai foutu.
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Et en attendant, ce que je sais, ce que je vois, c'est que ma source se tarit à nouveau, que je perds confiance et espoir, à mesure que les jours raccourcissent et que mon désir de l'Est grandit. Qu'il est un temps où l'on s'assied et où l'on tourne la tête en arrière et je crois qu'on ne devrait jamais le faire, parce que l'arrière est plein de tout ce qu'on aurait pu être, plein de tout ce qu'on aurait pu voir advenir, plein de tous ces choix qu'on a pas fait. 
Bascule
L'avant est plein du contraire. L'avant est plein de tout ce qui nous reste à vivre, plein de tout ce que l'on a décidé, plein de tout ce qui nous attend.
Assise sur le rebord du balcon, les jambes pendantes entre les barreau de fer, je me suis un instant retournée vers l'Est.
Bascule.
Arrière.
L'obsession.
L'oiseau.
Le Loup. 
Le migrateur.

Bascule. Moi.
Je crois que j'ai un torticolis. Arrière.





samedi 6 octobre 2018

Haïku à double sens

Perle de sang au bout du doigt
Sous un tas de feuilles
Une punaise cachée

mercredi 3 octobre 2018

Le(s) Dictateur(s)

Le cul bien vissé sur mon fauteuil, je te regarde vermine et d'en haut de mon estrade en dollars, je m'en fous de ton morveux accroché aux jupes de sa pute de mère, vous n'êtes que des sous-hommes, une bande d'arriérés poussiéreux, entêtés et incultes. 

Ne pose pas tes yeux sur moi vermine, ou je te colle au trou et tes enfants dans un autre suffisamment loin pour que tu ne puisses plus jamais les toucher et suffisamment proche pour que tu puisses les entendre renifler et gémir, et suffisamment longtemps pour qu'ils ne te reconnaissent plus et s'ils te reconnaissent malgré tout, ils te détesteront de n'avoir pas su les sauver de moi.

Le cul bien vissé dans mon fauteuil, j'ai signé aujourd'hui une autre loi qui t'empêchera de venir fouler mon sol avec tes hardes et tes sacs plastiques, derrière les vitres fumées de ma voiture de luxe vermine, j'en vois assez de tes semblables mendier et voler ce qui nous appartient, et demain j'en signerai une autre de loi, pour que les débordements menés par les connards qui s'opposent à moi soient interdits, un jour je réussirai à les réprimer dans le sang, ce n'est qu'une question de temps.

Tu ne comprends pas vermine, que je tiens le monde dans mes mains, et que je suis tranquillement assis dessus, je sers la pogne de ton président, après tout, s'il est là c'est grâce à moi, du coup il me lèche le cul, il achète ce que je lui vends et ça lui pète au nez, il est en rage ton président, il a besoin de s'en servir de ses armes, tout doit se rentabiliser dans la vie.

Le cul bien vissé dans mon fauteuil, je me frotte les mains pendant qu'on me suce et je réfléchis à ce que je vais faire de toi, vermine, et monter l'opinion contre toi est si simple, bientôt nous aurons réussi à annihiler toutes les poches de résistances intellectuelles, tous ceux qui s'opposent si médiocrement, en même temps elles me font marrer leurs pétitions. 
J'ai le pouvoir de couler tous les bateaux qui te récupèreront. 

Mais...

Je ne comprends pas vermine pourquoi tu continues à me regarder dans les yeux, et tu me dégoûtes avec tes fringues sales de milliers de kilomètres.
Je ne comprends pas vermine pourquoi mes intentions de vote baissent, après tout ça n'a pas d'importance, je contrôle tout avec mes organes de presse, les opposants n'ont qu'à brailler. L'Etat c'est moi.
Je ne comprends pas vermine pourquoi tu t'obstines, ah tu es médecin, prof d'université, infirmière, contremaître, ingénieur, marin j'en ai rien à foutre, pose un seul de tes pieds crasseux ici et je t'enferme tellement que tu tomberas en poussière, et si un jour tu sors de mes prisons, de mes CRA, de mes camps, ce sera pour repartir d'où tu viens, je te rends à ton chien de président.
Je ne comprends pas vermines, vous êtes des milliers et ceux qui vous aident sont des traîtres à leur patrie, je m'en vais te rétablir la peine de mort ça va être vite fait, du haut de mon fauteuil, vous me faites peur.
Je ne comprends pas.
Vermine.
Pourquoi.
Merde.
Je tombe.
De.
Mon. fauteuil.
Ne me.
Touchez. 
Pas.


lundi 1 octobre 2018

sonate amoureuse paradoxale et sans conséquence

Je me suis coupé le doigt.
En léchant mon sang, une toute petite entaille, sans conséquence, j'ai pensé aux routes, aux chemins empruntés.
En léchant le sang de mon doigt, j'ai senti l'odeur de la muscade, et je me suis dit, voilà ton odeur à cet instant, si je te sentais le corps, si tu je te goûtais, à cet instant précis, tu aurais la saveur de la muscade.
J'en ai croqué un tout petit morceau. Histoire de.
Une minuscule goutte de sang est tombé sur la noix. Je l'ai mise dans ma bouche, histoire de.
J'ai gratté la râpe avec l'ongle de mon doigt ensanglanté, une toute petite entaille, sans conséquence, et j'ai raclé la muscade avec mes dents, en pensant aux routes. A toutes ces routes que je ne connais pas et que je regrette de ne pas connaître, tout en sachant, c'est un peu amer la muscade, que je ne les parcourrai probablement jamais.
En léchant mon doigt, le sang s'est vite effacé devant mon aspiration, j'ai pensé que je n'aimais pas tous ces chemins que tu parcours, toutes ces routes qui mènent sans doute à Rome, mais pas à moi. 
J'ai passé mon doigt sous mon nez, ton odeur de muscade et ton goût de fer, et je me suis dis en pensant aux lignes, que j'en voudrais une à moi dans ton carnet couleur de mon sang.
En apposant un peu de miel sur la coupure de mon doigt, j'ai pensé que j'aimerais dans la vie être au cœur des pensées de ceux que j'aime, que j'aimerais qu'on m'écrive une chanson, ou un poème, que j'aimerais qu'une musique, immédiatement, me fasse apparaître.
En écartant les plis de ma coupure, une toute petite entaille, sans conséquence,j'ai attendu que le sang y reperle, pour l'aspirer à nouveau, en attendant, j'ai rajouté de la muscade et j'ai à nouveau gratté la râpe avec mon ongle, un peu amer la muscade, mais bon, c'était histoire de.
J'ai écarté une mèche de cheveux de mon visage, en pensant aux chemins, à ceux que j'aimerais parcourir et ils sont loin, si loin de la réalité, je crois. Les chemins véritables, c'est toi qui les parcours, et ils me remplissent de peine et de peur, ils traversent des zones pour moi infranchissables de désespoirs et de solitudes additionnés, des chemins d'exil insupportables. Et ma tristesse parfois de ne pouvoir t'accompagner, même en pensée, même en lecture, toi qui me plaît tant, avec ton odeur de fer et ta saveur de muscade, et ma tristesse de n'être pas Elle.s, toutes les femmes qui te plaisent s'appellent Elle.s pour moi. 
J'ai craché la fumée et j'ai pensé à la solitude des arbres. 
J'ai contemplé mes arbres encore éclairés par le soleil rougissant et j'ai envoyé en souriant au vent qui soufflait vers l'Est, un baiser qui sentait la fumée, le sang et la muscade.


pas un jour sans une ligne

Il ne se passe pas un jour, sans qu'une ligne ne me parvienne, ligne de quoi, entre les gouttes d'eau qui s'écoulent et je ne sais plus d'où, du ciel ou de mon linge, du robinet ou de mes yeux, pas un jour sans une ligne, sans une longue ligne d'eau ou de mots qui tomberaient goutte à goutte pour s'écraser tantôt au sol, ou s'envolerait tantôt dans l'éther, j'ai du mal à les fixer en ce moment, elles s'étirent les coquines, comme la pâte de guimauve, à l'infini pour ne plus être visibles à l’œil nu, tant elles se sont étendues et affinées, plus subtiles qu'un cheveu, plus fine qu'une pensée, aussitôt passée, aussitôt perdue, petites persistances rétiniennes, on ne sait pas si elles ont vraiment imprimé notre cornée ou si elles ne sont qu'une impression, pas un jour sans une ligne à lire ou à écrire, ici, là, hier c'était cette phrase sur ma main, dans le creux du poignet, "pas un jour sans une ligne"... 
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?  
Tantôt ligne de fuite, tantôt ligne de front, je me balance entre les deux mon capitaine, et n'ai aucune envie de choisir car l'une est ma tentation et l'autre ma nécessité, et qu'elles n'existent pas l'une sans l'autre, la seule nécessité ferait perdre toute envie et l'unique tentation ferait perdre tout espoir, alors l'une ne va pas sans l'autre vous voyez bien, mon capitaine, que le bateau fend toujours une vague en deux, traçant une ligne d'eau sur l'immensité de la mer et toutes ces lignes ou se sont retrouvés les noms des noyés en Méditerranée , ces lignes de vie coupées net, je vous l'avais dit, pas un jour sans une ligne, moi j'ai une toute p'tite ligne de chance, et je cours dessus, pour un peu je basculerais d'un côté ou de l'autre, on ne sait pas, tant qu'on ne les copie pas, les lignes, tout se passera, tant qu'on les laisse courbes, tout se passe, qui a dit que les lignes devaient être alignées?
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?

mercredi 26 septembre 2018

Visions du monde, Dialogue in

Si tu peux écraser sous ta botte ton voisin sans frémir,
Si tu peux sans contrainte partager jusqu'à ta chemise,
Si tu peux profiter, t'éclater, t'envoyer en l'air,
Si tu peux jouir, être heureux, épanoui
Si tu peux, de toute situation, tirer avantage
Si tu peux apprendre, te construire sans dommage
Si tu peux passer devant, rester au niveau, conquérir
Si tu peux attendre ton heure, écouter, réfléchir
Si tu peux rester dur, ravaler tes larmes et vomir ta puissance
Si tu peux connaître l'autre, te mettre à sa place et pleurer avec lui
Si tu peux aller vite, loin et fort
Si tu peux marcher dans les bois, étreindre les arbres
Si tu peux changer de peau comme de téléphone
Si tu peux atteindre et conserver l'intégrité
Si tu peux travailler sans bouger, sans effort
Si tu peux travailler, vivre de ton art et de ton intelligence
Si tu peux avoir chaud quand ceux-là dorment dehors
Si tu peux ouvrir ta porte quand le vent souffle
Si tu peux sécuriser ta maison, ta famille, ta vie
Si tu peux être un phare quand les navires s'échouent
Si tu peux te protéger quand le vent tourne
Si tu peux t'élever contre l'injustice et t'en défendre
Si tu peux obtenir la confiance sans jamais la donner
Si tu peux donner sans jamais être à vendre
Alors tu seras un homme mon fils
Alors mon enfant, tu seras un être humain

 






dimanche 23 septembre 2018

Age of Aquarius

Où t'en vas tu, va-nu-pieds, depuis six mille kilomètres qui t'usent qui t'usent, tant que tu n'as plus de souliers ?
This is the dawning of the age of Aquarius.
Et il y en a qui ont une femme dans chaque port et lui qui n'en trouve aucun pour l'accueillir, où t'en vas-tu, va-nu-pieds, depuis des miles et des miles qui t'usent, qui t'usent, tant que tu y perds ta santé ?
This is the dawning of the age of Aquarius.
L'ère du Verseau, comme elle était chantée aurait dû être celle de la bienvenue, sur terre comme en mer, tout autour du monde, mais paraît il que l'heure n'est pas encore venue. En attendant, où t'en vas-tu va-nu-pieds, au fond des abysses où les poissons, dont l'ère n'est pas achevée, se régalent de ton corps englouti.
This is the dawning of the age of Aquarius.
Où t'en vas-tu va-nu-pieds, sur L'Aquarius qui n'en finit pas d'errer ? Qui erre tant qu'il s'use qu'il s'use, tant qu'il est une urgence de l'aider.
C'est bel et bien l'ère de L'Aquarius qui s'écrit désormais, cette ère ésotérique célébrée par une chanson ...
Harmony and understanding
Je suis tes pas va-nu-pieds, tes souliers abîmés et ton corps endolori, sur L'Aquarius, et ailleurs, je te suis.
This is the dawning of the age of Aquarius 

jeudi 20 septembre 2018

La jalousie, variation à deux guitares

Pourquoi tu me regardes plus? Attends j'ai du mal à respirer, j'étouffe un peu d'air, je t'en prie pose encore une fois tes beaux yeux sur moi, il n'y a que dans ton regard que je me sens grande, fière et belle, et dès que tu me quittes du regard, qui c'est cette pute? Je redeviens moins que rien, l'ombre de ce que nous avons été, j'ai le cœur qui se ratatine et j'ai envie de te les arracher tes beaux yeux, pour que plus jamais ils ne se posent sur quelqu'un d'autre que moi, que je soies la dernière chose vivante que tu verras, ne me quitte pas, tu n'as pas à t'en faire, je t'aimerai tant que je finirai bien par te guérir, ne me laisse pas croupir dans l'eau sale de mes larmes, toi qui me fais briller, me rend éclatante par ta voix, tes baisers, ta langue me fait reluire comme un sou neuf et toutes les autres me demandent si je ne rajeunis pas tant je suis rayonnante de joie et de bonheur, et d'un coup, par la grâce de je ne sais quoi, je redeviens serpillère hirsute et dégoulinante de morve et de désespoir parce que mon amour, tu as détourné tes yeux, j'en ai vomi des mois entiers, sans avoir plus aucune règle, et si ça se trouve je suis enceinte et ainsi je te garde, obligé parce que tu n'es pas une enflure, tu m'aimais et ce n'était donc pas un accident et pourquoi tu te détournes, c'est quoi ce sourire triste, qui c'est cette pute, tu l'aimes, non, même pas, mais quoi alors, dites moi même qu'il est parti pour une autre que moi, mais pas à cause de moi, alors quoi. 
Finie. Je n'existe plus.

Mais si ma douce,ma belle, ma grande, ma sœur, ouvre un peu tes yeux et regarde toi un peu dans le miroir, sous tes cheveux défaits, contemple ton pouvoir, sur cet homme qui ne t'aime plus, il t'a aimée n'en doute pas et son départ le rend malade, pour le mien c'était un zona qui lui a duré plusieurs semaines, et il pleurait devant les valises que sa décision m'avait contrainte à faire et on était con comme deux valises sans poignée, et pas d'autre pute à l'horizon, aucune pute nulle part d'ailleurs, elles n'existent pas, n'existent que d'autres femmes toutes aussi belles que toi et moi, toutes aussi guerrières et vaillantes et avides et douces, intelligentes et romantiques si ça se trouve, la beauté ne se trouve ni sous les sabots d'un cheval ni dans les yeux d'un homme, la liberté n'est pas un vain mot, et elle se conquiert dans les larmes et la morve, dans une porte qui claque définitivement 
sur un amour ou un verre jeté à la figure ou de la vaisselle fracassée, 
l'amour avec un autre, c'est comme le morceau 
"two guitars", ça se joue à deux, et faut pas penser que tu y es vraiment pour quelque chose, ni lui d'ailleurs, les sons s'accordent et puis parfois, on sait pas, une corde lâche, et la mélodie devient bancale, alors tout vaut mieux qu'une mélodie crissante et instable, et ta guitare résonne si joliment indépendamment de tous les autres instruments de l'orchestre, ne t'en fais pas ma sœur, la musique est belle a capella aussi, pas besoin de l'ensemble philharmonique pour percevoir ta propre musique intérieure et en jouir, la jalousie n'est qu'un des symptômes d'un mal enfoui et si répandu, le mal des siècles, celui qui consiste à ne se sentir de place propre nulle part en ce monde si ce n'est dans des beaux yeux épris d'amour, alors imagine que les yeux se tournent vers d'autres rivages, putain, oui, comme les tiens, oui voilà, comme les tiens, les miens et les autres, qui savent apprécier et reconnaître la beauté, j'ai décidé de faire confiance à ces yeux qui me disent un jour "tu es belle" et l'autre jour "je ne t'aime plus", d'accord je comprends, j'accepte, vu de ta fenêtre la corde s'est rompue et je continue ma musique sans toi, on pourrait presque croire que je m'en fous maintenant, tant mon absence de réaction ou mon infini respect déroute, mais tu t'en fous? non. We can't go out together, with suspicious mind. Simplement maintenant, je n'en meurs plus. 
J'aime vivre avec toi, mais je peux vivre sans toi.
L'envie sans le besoin.

J'existe. Finie.

mercredi 19 septembre 2018

Abibatou, les origines de ma fille

Si j'étais ta mère, tu me briserais le cœur, parce que je ne pourrais faire autrement que de t'aimer et d'être horrifiée de cet amour, de ce vieil enfant aigri, bouffi d'orgueil et de fiel que tu es devenu mon tout petit, si j'étais ta mère, je t'aurais collé une gifle de tous les diables avant de m'écrouler en larmes devant l'énormité de mon geste et le gouffre qui désormais nous séparerait, si j'étais ta mère mon petit je porterais plainte contre mon propre fils, en t'assurant qu'il n'y a rien que je puisse faire d'autre pour te prouver qu'en dépit de l'amour que j'aurais pu te porter encore, il est des choses plus grandes que nous et ne le rabâches-tu pas à longueur d'antenne Fils, alors ne fais pas l'étonné je te prie si en jour, tu reprends le bâton en pleine face après une claque de ta mère, si j'étais ta mère, je te dirais que c'est à cause d'hommes comme toi que d'autres en viennent à massacrer, à honnir, à cracher sur eux-mêmes, à brûler et à maltraiter, si j'étais ta mère, je chercherais en moi d'où peut bien te venir, Fils, cette abjection, et je me cacherais pour n'avoir pas été à la hauteur de ma tâche, la vie d'un être humain digne et respectueux, si j'étais ta mère, je brulerais ma télé, ma radio et tremperais les pages de tes livres pour en faire de la pâte à papier, et j'irai dans les écoles avec des feuilles toutes propres, vierges de toi et des cauchemars que tu colportes comme une malédiction, et je dirais aux gosses de recouvrir ces feuilles avec toutes les couleurs qui les émerveillent, je ne leur dirais pas d'où proviennent ces pages recyclées,mais en moi je saurais que d'autres pensées te recouvrent et que des pensées d'enfant peuvent à elles seules réparer le cœur d'une mère dont le fils  a sombré dans l'abomination, si j'étais ta mère, Fils, tu me trouverais sur ta route, contre toi, malgré moi, parce que certaines choses sont plus grandes que nous et que je ne pourrais supporter tant de bassesse de ta part.

Je ne suis heureusement pas ta mère, ma fille s'appelle Abi, son nom lui a été donné en souvenir d'une élève de son père, nommée Abibatou. 
Pourquoi ce choix lui ai-je demandé, c'était la jeune fille la plus douce et la plus gentille que j'aie rencontré, m'a-t-il répondu.

 

Laisser glisser, Dialogue in

Laisse filer
Tu ne crois pas si bien dire
Lâche la corde,
Sinon elle risque de
M'entailler les mains

Laisse glisser
Le long de la ligne
Iriser l'eau calme
Ça glisse tout seul

Laisse courir
Un peu d'air
Dans les feuilles

Laisse vivre
L'indépendance
Comment?

Tu sais bien

Lâche du lest
Pour que ça remonte 
Les montgolfières s'envolent à partir du moment où tu
Largues les amarres,
Où tu donnes
Du mou
Mais moi j'ai
Peur?
Voilà


Laisse pisser
Toute braguette ouverte
Joyeusement sur les herbes hautes
La tête dans les étoiles
Et les pieds dans le sable

Laisse dire
Pas tes oignons
Voyager
Léger 


Laisse souffler
Prendre le risque
De me faire
Oublier


Laisse couler
Et vogue, Ô mon bateau
Emporte moi, et laisse moi
Rêver encore
Un peu

dimanche 16 septembre 2018

Entre humains

Putain ces yeux rouges! Attends mais t'as une veine éclatée dans l’œil droit?! 
Non chérie t'affole pas, juste un petit capillaire qui n'aura pas survécu à cette journée entre humains, ces belles journées de soleil et de monde, tant que tu as du mal à te frayer un chemin et que tu vois les petites jeunettes de 17, 18 ans qui se tiennent la main en file indienne pour ne pas se perde, elles font pareil en manif, moi aussi d'ailleurs, parfois les manifs ça craint, mais là, rien du tout, dans les capillaires éclatés, tu trouveras un groupe de nudistes, deux saules pleureurs, des coupes de champagne, une histoire de LSD et d'exta, des couples qui ne s'aiment plus, des gens qui s'aiment, une paire de tee-shirts ("si je suis perdu ramenez-moi à Marie"et son omega "je suis Marie"), tu trouveras aussi beaucoup de douceur et de joie, on était bien là, dans la joie brutale et imbécile de se trouver parmi les siens, ses amis, ses copines, et la joie d'être à quatre pour entourer le seul mec de notre bande du jour, ça augmente d'une gonzesse par an, un jour on tiendra plus sur une table de 20, mais là ce soir, c'était vraiment le club des cinq, le truc parfait, les yeux brillants, les fous rires aux larmes, les corps en mouvement dans le noir de la grande scène, qu'importe le flacon l'ivresse était insouciante, la danse était là, on était bien là, sur le chemin du retour, avec les lumières de la rue et la température qui fraichissait. 
Les yeux qui piquent et les doigts jaunes de nicotine, les voix un peu plus rapeuses qu'à l'accoutumée en sont le témoignage, les vestiges d'un temps vécu, tranquille, entre humains. On était bien là.


vendredi 14 septembre 2018

La maïeutique des grues

Curieux mélange ce matin, des bruits de ville, voitures, flicaille, mobylettes en roue arrière, grillons (!!). Et par-dessus tout, la grue...
Par petits coups de sonnette et de messages interposés, taper la discute autour d'une guérisseuse et faire ce que je sais faire le mieux, sous la ronde de la grue, permettre à l'âme de se faufiler dans les conduits étroits de sa route, parfois ça coince aux entournures, ça rame un peu  rien de très méchant, tant que les oiseaux crient "ça ira !" autour de la grue...
Pendant ce temps, j'accouche les âmes. Maïeutique des grues.

jeudi 13 septembre 2018

L'exil a un goût d'olive noire

A cheval entre deux mondes, j'ai encore ton goût dans ma bouche, 
Ô mon Algérie, 
Et au pas c'est magnifique, le paysage défile doucement, au fond de tes yeux noirs comme des olives tombées au pied de l'arbre, ton regard doux s'allume et j'ai encore ton goût dans ta bouche, 
Ô ma Méditerranée, 
A mesure que le rythme s'accélère, au milieu des injures et des regards vides et pourtant hostiles, ce goût ne quitte pas non plus ma bouche, 
Ô ma France, 
Parfois tu es immonde, mais les yeux couleur d'olive noire passent et savent s'arrêter sur les fleurs qui poussent au milieu des gravats, saisir des graminées en suspension, à cheval entre deux mondes, et sans doute bien plus, il est vaste ce pays qu'on appelle la vie et à marcher avec le cheval, on en savoure toutes les aspérités, comme on jouerait avec un noyau d'olive avant de le planter quelque part, de l'enfouir dans le sable des déserts, sous les épines de pins, dans la lande ou au creux de la montagne. 

A cheval entre deux mondes, il n'est pas toujours indispensable de faire un choix pour garder encore un peu ton goût dans ma bouche, 
Ô nos pays, 
Et la beauté triste des yeux noirs de l'exil, aussi triste et belle que les centaines d'olives tombées de l'arbre, réside dans ce pont entre leurs deux rives, il serait temps de goûter à ce noyau, indice incontestable de l'étendue de ce pays qu'on appelle la vie...
It's now or never

mercredi 12 septembre 2018

Le Bal Perdu

Plus je fais la révolution, et plus j'ai envie de faire l'amour
C’était tout juste avant la guerre, parce qu'inévitablement, il y en aura eu une, ce monde n'est pas prêt pour la paix et les gestes émus, les yeux au fond des yeux. Ils étaient beaux oui jeunes aussi et ça n'a pas d'importance, vivants et révoltés, ils auraient pu être plus âgés, plus expérimentés, comme ces deux autres que la patronne avait couvé toute la soirée d'un œil de conspirateur, s'imaginant sans doute que, quand le désir frappe à ta porte, surtout tu ouvres, par les temps qui courent c'est pas si fréquent et ça mérite le coup d’œil, le coup de cœur,le coup de queue. Bref. 
Et ce bar, le Bal Perdu, s'était bel et bien perdu pour sûr, avec son écran géant prévu pour admirer ceux qui ne perdent pas la balle, grassement payés qu'ils sont pour le faire et sa musique trop venue d'ici alors qu'avant qu'il ne se perde, le Bal Perdu te diffusait de la musique faite pour la danse et le voyage immobile, sur les grands tabourets, en écoutant le barman raconter les histoires de ces musiciens cubains pendant la révolution, une vraie musique pour faire l'amour ou chanter la révolte. Et les deux petits amoureux, reflet éblouissant du couple convoité par la patronne en d'autres lieux et autres temps, ces deux amoureux qui ne regardaient rien autour d'eux, s'abîmant dans la contemplation de l'autre, ces deux là se remémoraient la marche, les lacrymos et les matraques, la tête baissée et la voix assourdie, de vrais conspirateurs car désormais il ne vaut rien de parler de révolte et d'actions éclair menées masque au visage, capuche sur les cheveux et même pas de sac à dos, pour être plus léger, la violence est nécessaire mais leur pesait quand même, comme à tous les autres, parce qu'ils étaient amoureux et auraient préféré consacrer leurs après-midis, leurs heures nocturnes et leurs levers de soleil à l'amour, à l'amour enflammé, au lieu des cocktails Molotov, ils le savaient, on peut faire l'amour partout, au fond du bar Perdu, dans les bois de Walden, parmi les gravats, au pied de la désolation comme sur une plage balayée par les vents, ils souriaient, ils évitaient la pensée que toujours et à chaque instant désormais, c'était tout juste avant la guerre, ils feraient la guerre au lieu d'uniquement en parler, et plus ils feraient la guerre, plus ils auraient envie de faire l'amour, alors, pour s'encourager, ils faisaient l'amour, partout, tout le temps, avec tant d’insouciance dans leurs gestes émus, l'autre couple, autres temps, autres lieux, les yeux au fond des yeux, se laissait le temps et c'était bien, ils ne regardaient rien autour d'eux, savourant la douce température, mais le ton monte désormais et le soir tombe sur les gravats.
Ils sont partis -il y avait tant de lumière avec eux dans la rue- pour faire l'amour, avant que peut-être ne les touche une balle perdue.
Plus je fais l'amour, et plus j'ai envie de faire la révolution.

lundi 10 septembre 2018

Dur comme faire, Dialogue in

Faire,
défaire, 
parfaire,
refaire, 
se passer un coup de fer,
passer sa vie à s'en-fer, 
entre tout ce qu'il faut
faire, 
et j'ai pas que ça à faire,
tu me prêtes tes 
affaires?
ou tu n'en as que 
faire...

J'emplis mon cahier et j'ai plus de place, alors j'écris à partout, en travers, la tête à l'envers, le nez avec ses vers tirés, c'est pas une mince affaire que de se prendre un chemin de travers et pour que ça soit pas l'enfer dans mon décor, absorber un peur d'air ou boire un verre, c'est fragile comme ligne, fragile comme un vers, les pieds bien ancrés par terre, et le cœur nu, à vif la chair, et les mots faits de fer, qui tombent lourds, autant que les pierres et rebondissent et s'envoient, finalement, en l'air.

La belle affaire.