jeudi 28 juin 2018

les corbeaux crient la nuit

Seule la nuit tombe dans ses bras. 
C'est le titre d'un livre qui sortira dans quelques semaines. 
Et se remémorer la nuit et le tourbillon des corbeaux et leur chant, au cœur du rêve. Je me serais crue dans un film de Miyazaki, une espèce de grande Chihiro, une sorte de Mei adulte, endormie au fond d'un trou ou dans une clairière. 
Il y a des promesses dans le chant des corbeaux, ça ira, ça ira, ça ira...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
La nuit c'est déjà pas si mal à retenir entre ses bras, à entourer de ses jambes. 
La nuit, j'ai l'impression que la houle se fait plus profonde, le vent plus fort, le cri des oiseaux plus rauque et son haleine plus chaude et chargée d'un parfum d'intime. Et la tête nichée au creux de son ventre, le corps s'est senti soulevé par la vague du bassin de l'Au.
Quelle force! quel envol...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
Les oiseaux en cercle dérivent et encouragent la grande Chihiro de leur chant inquiétant. 
Mei me fait penser à ma propre fille. 
Comme je me souviens d'avoir laissé flotter mes pensées dans la forêt, au bord de la mer, sur le rail qui traverse la lagune pour rejoindre Venise, sur le fil des montagnes, du bout des yeux, du bout des doigts, du bout des lèvres, enfin pas tout le temps c'est vrai. J'aime écrire la nuit. La nuit chaude comme le souffle de l'Au me rapporte sur les ailes des oiseaux de retour au nid, des chants du bout de la ville, du bord de mer. Peut-être y avait-il un ou deux corbeaux sur un toit alors que j'attendais l'heure de tomber dans les bras...
C'est étrange de se sentir des émotions d'enfant à certains moments importants. S'émerveiller pour un rien autant que s'effrayer, vouloir rester là jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que son corps entier vibre de toutes les fibres de l'instant, et en soit saturé, à ne plus jamais l'oublier. 
Les enfants font cela, quand elle niche sa petite tête dans ma jupe, mais oui, dans les jupes de sa mère, en la serrant de toute la force de son poing minuscule, quand elle s'accroche à mes cheveux au moment de dormir en émettant ce tout petit miaulement lancinant qui accompagne son sommeil. 
J'ai fait cela à la nuit moi aussi, je me suis remplie de son odeur, inchangée, j'ai reniflé son cou, ses clavicules, ses doigts, ses cheveux, ses aisselles, j'ai bu sa sueur et enfoui ma tête dans son bassin, ce soir où l'Au. m'attendait...
 
Seule la nuit tombe dans ses bras, je n'y suis pas restée.
Dans mes bras, la caresse d'une plume, une sensation de houle puissante et l'écho d'un cri rauque dans l'air, ça ira, ça ira, ça ira...

jeudi 7 juin 2018

Pas si simple

Ça devrait être simple
Et ça ne l'est pas
Remettre la jupe ancienne dans le coffre
S'échiner à remonter cette putain de fermeture éclair
Quel est le con qui a écrit une théorie sur l'écoulement du temps déjà?
Ce devrait être simple
Dire non
Dire oui
Ne rien dire
Oser cette fringue toute neuve et un peu provoc
Ça  devrait être simple
Signer une pétition pour qu'un jeune homme ne soit pas expulsé
Et ça ne l'est pas
Combien sont-ils à crever dans des boites à Hong-Kong?
A flotter à la surface de la Méditerranée?
Ça devrait être simple
Ne pas abolir son humanité par peur et haine de l'autre
Par appât du gain

Et putain qu'on m'explique comment ça se fait que des êtres humains, des familles entières vivent entassés les uns sur les autres dans des tombes illégales, que d'autres fuient la guerre, la famine, l'endoctrinement pour se retrouver piégés par des murs, des barbelés, des vagues et des abysses infernales, des déserts, sous le feu des fusils et les cris de rejet, qu'on m'explique pourquoi les pires pourritures du genre humain dépensent des milliards pour fabriquer des robots, pour abolir toute humanité de nos vies, et comment ça se fait qu'on ne les a pas encore foutu à bas de leurs tours, qu'on a pas piqué leur pognon pour rendre la vie plus belle à tous ceux qu'ils font souffrir, il n'y a pas un être humain qui ne rêve pas d'être un peu peinard dans la vie, sans rien demander à quiconque, sans faire chier le monde pourvu que le monde ne le fasse pas chier en l'obligeant à vivre une vie de sous-homme, incapable de rien sans GPS, sans domotique et sans ordre émanant d'une pourriture à demi morte parce qu'éloignée de l'essence même de la vie, qu'on m'explique pourquoi une piste de ski aux portes de Paris a plus de valeur que mille ruches, que tu m'expliques pourquoi tu es incapable de me prononcer la moindre parole un peu sincère, en as-tu seulement conscience, bien sûr que oui, tu n'es pas un imbécile, et je me sens révoltée, que je t'explique pourquoi je suis incapable de ranger cette jupe et d'essayer cette fringue toute neuve, heureusement il y a l'amour, l'attache, les enfants et toutes ces belles choses qui me tiennent parce que sinon, le vent de la révolte et ses multiples souffles grands et petits m'auraient déjà balayée et éparpillée en mille petits fragments de moi, parce que ça me révolte vois-tu tout ce qu'on fait de mal alors que bien faire n'est pas si compliqué.

Ça devrait même être simple. 


lundi 28 mai 2018

Faites des mers

Au début, une masse de boucles sur le visage, et la joue poudrée et pleine d'odeurs de fleurs, de mousse, de forêt et de vent, au début était le ventre. Qui de la poule ou de l’œuf? Puis paraît-il qu'une explosion extraordinaire concentra les forces, les dispersa, les aggloméra puis l’œuf. 
Au début, une faux trancha les organes d'Ouranos qui se perdit dans l'immensité, Gaïa respira enfin. Et depuis les hommes tiennent le monde. Et qu'est-ce que le monde?  
D'un petit corps en composition, d'un petit corps tout plein de sécrétions au goût de mousse et de forêt et de fumée, on tient au creux de ses bras l'intensité du big bang, d'une masse de cheveux sombre penchée au dessus d'un souffle endormi, on embrasse la totalité du monde. Parce qu'un corps est un monde à soi tout seul et, de par l'explosion du passage, on devient un monde en soi, Gaïa et Ouranos incarnés dans un corps de femme, à peine né qu'il est déjà scindé en cette nécessaire séparation qui permettra à l'enfant d'enfin respirer. Et depuis les hommes tiennent le monde. 
Et qu'est-ce que tenir? Une main en coupe sous la nuque de l'enfant tient dans sa paume l'infini sans même s'en rendre compte, comme si ça valait mieux. Et qu'est-ce que la valeur d'un monde entier dans le creux de sa main? 
Au début était le ventre, qui servait de frontière entre le ciel et la mer, entre le ciel et la terre. Et qui de la poule ou de l’œuf, sans que ça ait la moindre importance. Le temps qu'il faut pour mettre au monde un monde en soi est si élastique qu'il peut s'étendre sur des jours entiers et ne durer qu'une poignée de secondes. Au creux des ventres interviennent plusieurs explosions, chacune un petit big bang en soi, cosmogonies particulières et sans cesse répétées dans l'ignorance parce que les hommes tiennent le monde. Alors prendre la mer et voir de ses yeux les lignes d'horizon se confondre en un seul monde, en un ventre tourné vers un autre, éternellement suspendu au-dessus, plein d'odeurs de vent, de pluie, d'écume et de sable. Alors prendre le désert et entendre le souffle chaud sur les dunes ventrues. Alors prendre les forêts et sentir les gouttes adoucir l'espace au faite des arbres et les graines déchirer leurs gangues sous la terre et forcer le passage jusqu'à la lumière. 
Les hommes tiennent le monde, sans savoir qu'ils en sont un eux-mêmes, un monde en soi.

"Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l'éternel qui tient le monde et les hommes." Christian Bobin


vendredi 18 mai 2018

L'attente des dragons

Lentement balloté par les flots, le frêle esquif s'était éloigné, à mille miles de toute terre habitée, rien devant rien derrière, que l'eau et l'infinité de l'horizon pour seule compagnie. Le gris d'en haut dilué dans le gris d'en bas, et le frêle esquif au milieu. 
Il paraît qu'après la mer se jette dans le vide, hanté par les dragons affamés. 
Dans un coup de vent, le frêle esquif s'est engouffré dans l'embouchure, s'est fait happé par la vague profonde et puissante, plus rien que le gris d'en haut dilué dans le gris du bas, et d'après ce que les histoires chantent aux oreilles des marins, derrière la mer se terrent les dragons et jamais les esquifs, surtout frêles, ne sont retrouvés. 
Le vent s'était levé, déchirant les flots et les cieux, engloutissant le frêle esquif sous sa houle, balançant l'armature qui s'abandonna sans résistance à la force qui en prenait possession. Entre deux bourrasques, sentir dans l'accalmie les craquements du petit bâtiment, penser à sa terre, à ses falaises piquées de nids d'oiseaux, à ses plantes. 
Le vent reprenait son souffle et puissamment envoya le frêle esquif voltiger, avaler des paquets de mer et de sel vivant. Les lames de fond écrasant le pont aussi violemment qu'une caresse, le vent envoyant son haleine chaude sur le mât, gonflant les toiles aussi intensément qu'un murmure, toute frontière dissoute dans le gris d'en haut mêlé au gris du bas. Apportant aux narines une odeur familière et lointaine, comme oubliée au fond d'un coffre. 
Au bout de la dernière bourrasque, les voiles s’affaissèrent lentement, comme étourdies, couvrant le frêle esquif de leur tissu humide, à travers leurs déchirures, le ciel avait changé de teinte. Le noir du haut se détachant du gris du bas. 
Lentement balloté par les flots, le frêle esquif avait comblé la distance qui le séparait de toute terre habitée. Au loin la terre, les falaises piquées de nids d'oiseaux, les plantes.
Et découvrir que la terre est ronde.

Partir, Revenir

Pousser une porte est difficile,
 franchir un seuil est simple.
S'apparenter au souvenir d'un corps,
voyager sur un chemin connu,
la simple balade et le sourire qui ne s'éteint pas sur les lèvres, malgré tout.
Partir ne fut pas simple.
Revenir fut magique.
La simple beauté du geste.
Dans une étreinte,
revenir à la fin d'un temps révolu,
sitôt accompli, sitôt envolé dans une volute bleue.
Dans une étreinte,
partir.
Regrimper dans l'arbre
garder de l'équinoxe un tremblement.
Rien n'a changé 
pourtant tout diffère.

lundi 7 mai 2018

C'est pas que tu soies pas sexe mais t'es  au moins aussi relou.
Tes mots m'embrochent et me font grimper le thermomètre. Mec tu mec-sites et une valise est vite défaite en fait !
Et qu'à chaque pas que je fais tu te casses en sens inverse, mais chéri, si tu avances quand je recule, comment veux tu que
Je te brûle ? 
C'est pas que tu soies pas sexe
Mais  t'es au moins  aussi  relou
Et si j'avance quand tu recules, comment veux-tu que
Je te canicule ?
Faut le faire ce remake, mec, tu le sens pas le magma qui remonte, qui pousse au cul, qui poisse l'atmosphère. Mais chouchou, si tu avances quand je recule...
Sors de ta bulle 

mardi 10 avril 2018

Les justes n'ont rien à prouver.

Comme des gorilles dans des brumes qu'ils auraient eux-mêmes fabriqué. des brumes aux odeurs acres et piquantes, de celles qui font sortir les mouchoirs et éclater les sillons de sang au fond des yeux.
Comme de gros crabes malfaisants en plein cœur du bocage.

Les justes n'ont rien à prouver aux faibles. ce pourquoi les faibles déploient l'intensité de leur force dans la bagarre, et elle sera violente à n'en pas douter. Parce que les justes n'ont rien à prouver.
Il n'est pas besoin de prouver qu'une terre se respecte et se cultive plutôt que de la laisser engloutir sous les chenilles des prédateurs du béton, il n'est pas besoin de prouver qu'on ne devrait jamais matraquer ses enfants, ni maltraiter ses vieillards, il n'est pas besoin de prouver que lorsqu'un pouvoir outrepasse ses prérogatives et violente ses populations, elles ont pour devoir de ne rien lui prouver, si ce n'est leur détermination à lui résister, voire à le combattre.
Les justes n'ont rien à prouver aux faibles, et n'ont de justification à donner qu'à eux seuls et à l'humanité qui survit en eux.

lundi 12 mars 2018

Une occas' pareille

Je m'étais demandé ce qui ce serait passé si elle était finalement venue ce soir là. Je ne sais pas si elle serait venue. Une occas' pareille, c'était presque trop beau pour être vrai. Et puis elle n'est pas venue, on a pas évoqué la question d'ailleurs. Elle était disponible mais trop loin de toutes façons. Je me suis demandé ce qui ce serait passé. Rien. Elle ne serait pas venue parce que je ne lui aurait rien dit du tout. On aurait parlé de nos enfants.On se serait consenti une bise malvenue. On aurait baigné dans une eau pas assez trouble et en même temps trop instable pour faire advenir la moindre lueur. On se serait teint de glauque et de triste. On aurait pu baiser certes. 


Je me suis demandée ce qui se serait passé si il m'avait finalement rejointe. 
J'avais mon scénar tout prêt, tout emballé, prête j'étais. Et s'il m'avait rejointe. 
J'aurais laissé ma panoplie de mother et de compagne dans le coffre de la bagnole, 
bien pliée avec la photo de mes enfants et mon téléphone éteint.
Une occas' pareille, ça se prend pas à la légère.  
On aurait baisé c'est sûr, et je me serais oubliée ça c'est certain, parce que j'en avais envie.
De retrouver avec toi les paradis perdus.


Je m'étais demandé ce qu'elle cherchait, à retirer sur le fil, à me cueillir au moment où je m'y attendais le moins, avec son impudeur, et sa retenue en même temps, à mi-chemin entre la timorée et la garce à tendance allumeuse intello. Je m'étais demandé si elle m'aimait. 


Je me suis demandée ce que je cherchais, à retirer le fil. 
Je me suis demandée ce que j'avais à lui larguer des trucs aussi engagés et 
aussi prudents en même temps, comme une chorégraphie de tango,la volonté 
en suspension au dessus du parquet, en caresse du bout de la chaussure.
Je me suis demandée si je l'aimais.


Une occas' pareille, ça ne s'était pas présenté très souvent. Je me suis demandé comment on aurait baisé, si nous nous étions trouvés. Je me suis demandé si elle serait chiante une fois qu'on aurait terminé, si elle voudrait qu'on se revoie, si elle me dirait des grands mots, si elle me laisserait reprendre mon cours. Je me suis demandé si j'aurais envie de la revoir. Moi.

Une occas' pareille ne se présente pas tous les jours. 
Je m'étais demandée s'il m'aurait encore plu, si le voir m'aurait autant excitée que l'attendre,
 si ma mémoire de son corps était bonne. Si mes sensations ne m'auraient pas joué de tours. 
Je me suis demandée qui aurait baisé l'autre dans cette histoire. Si nous aurions pu, à nous deux, faire autre chose que de baiser chacun pour soi, dans ses souvenirs. 
Je me suis demandé s'il serait distant, fuyant,mal à l'aise et malheureux
Je me suis demandée si j'avais envie de le revoir. Lui.





La vérité c'est que j'aurais bien baisé avec lui mais que je ne me serais pas laissée baiser, ça c'est certain, la vérité c'est que j'avais presque envie de me baiser moi-même à travers lui, de me servir de son corps inoublié pour réparer le mien, la vérité c'est que j'aurais bien eu envie de lui donner une envie de moi irrépressible, la vérité c'est que je n'ai toujours pas confiance en ce corps, en cette personnalité qui est la mienne, et dont je connais le pouvoir, oui oui le pouvoir je déconne pas, la vérité c'est que si un jour je décide de lâcher les chiens, il y aura de la viande aux murs et que je me retiens depuis tant d'années, et la vérité c'est qu'à ce moment là l'occas' était trop belle et que c'est vrai que pour moi ç'avait été flamboyant comme jamais, enfin vu de ma fenêtre, tellement flamboyant que je m'étais sentie pouvoir lâcher un peu les chiens et que c'est ma propre viande que j'avais retrouvée dégoulinant sur les murs, et qu'à compter de ce moment je m’étais plus jamais laissée baiser, jamais, et qu'à dire vrai ça me manque un peu quand même et que là l'occas' était parfaite, parce que cette osmose avec moi même, je la connais, je la recherche, je la piste, je me serais sentie moi-même, je me serais ré-agrégée en quelque sorte par la bite même de l'homme par lequel je m'étais désagrégée et j'ai conscience que c'est tordu comme conception d'une séance de baise, mais bon c'est parce que là l'occas' de digression est trop belle et que c'est pas si courant que ça, la vérité c'est que tout ce que je te raconte, tu ne t'en serais même pas rendu compte, parce que mon chéri je t'aurais baisé comme je n'ai jamais baisé personne à part toi, parce que chacun est spécial et que ce qui t'appartient est à toi et à personne d'autre, y compris mes gestes à ton endroit, même ma voix change quand je lâche les chiens, même mon imagination ne m'appartient plus et je m'abandonne sans retenue à celui qui se trouve alors entre mes bras et mes jambes, la vérité c'est que j'aurais souhaité retrouver avec toi mes paradis perdus.


Je me suis demandé si je ne m'embarquais pas dans un truc compliqué et destructeur, si l'occas' en valait la peine. Je me demandais si j'arriverais à rester tranquille.


Je m'étais demandée si l'occas' en valait la peine. J'hésite. Parce qu'une occas' pareille...

 
 


Moi, les femmes

Et que si j'ouvre la bouche au maximum, elle m'engloutira et me fabriquera un nouveau visage.
Je voudrais parler de tout ce qui s'ouvre.

Les portes
Les frontières
Les jambes
Les yeux
Les cœurs
Les consciences
Je voudrais parler de l'excitation
Rythme qui s'emballe
Mains qui tremblent
Et ça gonfle,
Le clitoris

J'en ai vu un en vrai il n' y a pas si longtemps et merci l'imprimante 3D
Dire les droits des femmes sur ce petit bout de machin avec sa double paire de couilles
Merci l'imprimante 3D
Je voudrais parler de cette soirée entre femmes
Un centre social, une cité, la nuit
L'assemblée des mamans.
Je voudrais parler de leurs cheveux, de leurs belles tenues, de la lumière dans leurs yeux, de leur douceur, de leurs rires étouffés à la vue du clitoris
Merci l'imprimante 3D
Je voudrais parler de leurs yeux ronds, de leurs éclats de rire à la vue de Maria Pacôme
"Moi, ta mère, je m'en fous comme de l'an 40"
La complicité et ma propre découverte. L'excitation du moment. La joie. La connivence.
Je voudrais parler des hommes.

J'ai compris ce soir-là que la frontière entre nous était bien plus mince que je ne le pensais. Parce que le fonctionnement est le même
Physiologiquement

Et que si j'ouvre la conscience au maximum, elle m'engloutira et me fabriquera un nouvel être, une nouvelle ère.






lundi 5 mars 2018

Leisure Seeker, Dialogue in

A quoi ça tient de se sentir une femme en vie?
A quoi ça tient d'avoir des pensées en fusion?
Toi t'as kiffé Leisure Seeker, right?
A quoi ça tient parfois quand un morceau de musique sonne d'un coup
Juste
Voilà
Et quand Bobby McGee m'a
Chatouillé l'échine
Freedom's just another word for nothin' left to loose
Et puis aussi dans ce restau entre les larmes de ma copine
Et moi je suis tombé
Non?!
Si!
En esclavage?
A quoi ça tient d'être une femme sur ses deux jambes
Et la main de Bobby sur ma nuque
Tu la trouves comment ma nuque?
Suffirait de changer une voyelle
S'agirait, ouais ouais
Freedom's just another word for
Nothin' left to loose
 

vendredi 9 février 2018

Lire Winnie

Winnie et ses amis vivent dans la forêt des rêves bleus.
Dans la forêt des rêves bleus, un pneu se balance au bout d'une corde, balançoire de bonne fortune pour tous les habitants. Le vent la pousse gentiment d'un souffle, elle tournoie en silence au gré de ses soupirs et des caprices des feuilles envolées autour d'elle. 
Dans le terrain vague d'un pays qui ne l'est pas moins, un pneu se balance au bout d'une corde, distrait de sa nature de pneu, destinée contraire. Il aurait dû être entassé avec un tas d'autres, ou bien brûlé, que sais-je?
Dans les yeux de la mère, un pneu se balance au bout d'une corde dans un terrain vague. Les pieds des enfants flottent dans des chaussures trop grandes, sans chaussettes, les petites chevilles grises de poussière saillent comme des os de poule. 
Des enfants sans parents se pressent autour du pneu et jouent.
Dans le cœur de la mère, un peu serré il est vrai, les cheveux des enfants sans parents balaient le sol, tout à leur jeu tête en bas. Un plus grand juché sur l'entassement de pneus, comme un héron trop jeune et déjà hors d'âge, observe la scène, veille est-ce que je sais?
Dans les oreilles de la fille, pas de bruit. Les enfants restent des enfants. Ceux là sont trop jeunes pour être hors d'âge. Pour que rien d'autre ne sorte de leurs gorges que le silence consterné qui les a mis à terre, dans un souffle d'explosifs ou quoi que ce soit d'autre.
Dans le cerveau de la femme, il n'y a pas assez de place pour toutes les angoisses à écoper et qui lui noient l'esprit et le cœur et les yeux. 
Dans les rues, aucun pneu au bout d'aucune corde, mais le vent oui le vent qui dépose inlassablement les millions de minuscules flocons sur le sol, les toits, les toiles de tente, les tôles, les cartons. 
Trop jeunes et déjà hors d'âge.
Ces préoccupations... Les enfants s'en foutent. 
Il n'y a pas tant de besoin à satisfaire. Et pourtant... 
Le monde trouve ces besoins trop difficiles à satisfaire. Il faudrait voir si les procédures le permettent. Si ça rentre dans les cases. Si la neige ne va pas s'arrêter de tomber, parce que déjà au niveau des transports c'est la cata alors bon... 
Dans le cœur de la mère, il y a beaucoup de colère, de tristesse, de culpabilité et d'impuissance qui tourbillonnent au gré du vent du soir.
Sa fille s'en fout.
Elle veut boire, manger, câliner sur les genoux, jouer avec les cheveux de la mère, se pelotonner, caresser, fermer les yeux de plaisir, se faire souffler dans le cou.
Et lire Winnie.

jeudi 8 février 2018

Il faut 18 couleurs

Blanc
Vite vite, sortir avant que toute cette neige ne fonde, s'il te plaît, tu le vois pas que j'ai besoin de vitamine D, que je suis exsangue, non non je charrie pas, mes lèvres sont blanches regarde un peu, faut vraiment sortir
Rose
Et puis, craquer un peu, parce que la bricole j'y connais rien et qu'en même temps, on n'est jamais mieux servi que par soi-même et que si je tenais le con qui a écrit une chose pareille, je lui ferai bouffer toutes ces putains de vis que je défais à la main parce que j'ai oublié ce minuscule, cet infime détail de mesures entre deux trous, et puis quoi, s'emporter en solitaire de ne rien savoir faire de ses 10 doigts, nom d'un ours j'aurais aimé apprendre toutes ces choses
Violet
Où t'es tu caché maintenant, est-ce que tu regardes fondre la neige un mince sourire aux lèvres en pensant à je ne sais quoi, mais que j'aimerais bien savoir tout de même?
Bleu-clair
Sous mes pas, ça damait gentiment en crissant et c'était si beau que j'avais pas l'impression d'être chez moi, non pas que chez moi ce soit moche, mais ça n'est pas beau non plus et ce bout de parc avec ce chemin bitumé qui avait disparu avec uniquement les traces des chiens et des oiseaux, ce froid magnifique pour qui est bien couvert, et j'ai pas pu m'empêcher d'avoir un poids dans l'estomac à l'idée que je le savourais ce froid cotonneux
Gris
Comment on fait quand rien n'est d'équerre et que le lever de rideau est prévu pour demain ou presque, comment on fait sans trembler comme une feuille dans le vent, sans se découvrir des courbatures ici, des difficultés à respirer là, des envies d'îles désertes avec tout le temps qu'il faut pour être prêt, de l'école buissonnière dans les yeux et des cris de corbeaux dans les oreilles?
Bleu outremer
Deep blue see
Vert émeraude 
Pour la première fois, ressentir la confiance inepte que rien n'est très important, peu importe d'être opérationnel, quel mot vulgaire d'ailleurs. Éprouver la tranquillité alors que la neige fond au soleil, et que cette métaphore est très juste au regard de la fragilité de l'édifice que je bâtis. 
Vert blanc
J'attends le printemps, et mes plantes sont en train de geler sur pied
Vert jaune
J'avais écrit vert jeune, et penser à toutes ces nuances me fait apprécier une chose que je sais faire de mes dix doigts, finalement, et peut-être pas qu'une. Savoir caresser la neige du bout des doigts sans tout faire s'écrouler, il n'y a pas de petites fiertés tu sais
Jaune
Penser aux oiseaux de Tieri, se dire qu'on est proches malgré tout. Avoir la conviction profonde que des oiseaux peuvent relier de parfaits inconnus entre eux. 
Ocre
Mon bison marchant sous la neige, ou calfeutré derrière sa baie vitrée avec un joint au bec, la fumée épaisse sortie tout droit de ses narines, je le prenais pour un dragon il y a toutes ces années et les mots de  Marceline Loridan-Ivens sur l'amour sont sublimes
Beige
En voilà bien une qui ne sert à rien, une couleur sur laquelle j'ai une opinion tranchée, beige ça sert à rien, mais alors à rien de rien sinon à me faire perdre mon temps, voilà une couleur triste et maladive, sans aucun sentiment que la tristesse et l'approche de la mort, aussi sûrement que les bas des vieilles dames s'affaissent petit à petit et les conduisent au tombeau. Détester le beige à cause des bas des vieilles dames, détester le beige parce qu'on se sent à bout de forces, penser que c'est une couleur sans forces ne t'en déplaise, je déteste le beige
Orange
Orange-moi le portrait!
Vermillon
1,2,3 ! 
Carmin
T'as raison, faut que ça bouge et ça faisait longtemps que j'avais pas parlé d'amour à ma sauce à moi, mais comme j'ai des courbatures c'était un peu délicat, parce que tu sais bien que l'amour est multiple et glissant comme une hydre céleste et lumineux comme des étoiles au fond de l'eau, que je le cherche partout pour lui tirer, qui les oreilles, qui les vers du nez quand c'est pas sur moi que je tire. Parce qu'en ce moment les tréfonds des "l'autres" me sont opaques et me glissent dessus, comme l'eau sur les bâches. Trop occupée... et merde
Terre de Sienne
Terre de mienne, je t'arpente avec joie et appréhension, mais que ton nom est joli
Terre d'ombre
Vite vite, sortir avant que toute cette neige ne fonde... reculer, attendre, rentrer son menton dans la poitrine et fermer les yeux. Inspirer fort. Envoyer balader l'arc en ciel et ses huit couleurs, apprécier la nuance, repenser à ses 18 ans et sortir du
Noir

 
 

mardi 30 janvier 2018

Exilés

Putain!
Mais qu'elle est lourde nom d'un chien!
Combien?
12 kilos
Pffff....
Si si je te promets, elle me pèse sur les épaules.
Putain!
Cours!
Cours!

Ne te retourne pas, surtout pas! il n'y a plus rien à voir derrière, tout est à feu et à sang, les tuiles nous dégringolent sur le gueule et la poussière est plus épaisse que le plus épais des brouillards et putain qu'elle est lourde me dis-je alors que je la porte tranquillement dans ma rue gentiment éclairée alors que le soir tombe.

Elle aime me faire courir alors qu'elle trône dans mes bras, c'est un jeu, elle tressaute de joie dans l'anse que je lui offre. Elle aime me faire courir alors qu'elle est juchée sur mes épaules et putain qu'elle est lourde.

Putain! qu'est-ce qui se passe? 
On s'en fout, prends la dans tes bras, je le prends sur mes épaules et cours! 

Avec l'écharpe et malgré ses 12 kilos, j'arrive encore à marcher d'un bon pas, même dans les côtes, même sur une distance honorable...
Mais qu'elle est lourde nom d'un chien. Vivement qu'on arrive et que je la dépose.

J'en ai assez, vraiment. Tout est trop lourd. Les enfants dans les bras des mendiantes, parce qu'il pleut et que les gosses doivent bien rester un minimum au chaud près d'autres corps. Les enfants sur les épaules de leurs mères, de leurs pères, en exil, parce que des tuiles quand ce n'est pas pire, leur dégringolent sur la gueule. J'en ai assez, vraiment, qu'on doive en passer par la pédagogie pour comprendre qu'une enfant de 12 kilos ne pèse pas lourd dans une rue éclairée et tranquille, même dans la cité, mais que la même gosse de 12 kilos pèse plus qu'un sac de pierres quand tu fuis pendant des kilomètres dans la nuit, le matin, le soir, en montée en descente, si ça se trouve avec pas grand-chose, voire rien dans le bide pour tenir. Le froid, la pluie, la faim, le soleil,  la route, mais putain c'est pas compliqué à comprendre bordel que l'enfant que tu portes sur tes épaules quand tu fuis, et bien cet enfant il pèse une tonne, son poids 12 kilos, pas grand-chose, mais tous les kilos de peur, de doute, de désespoir et d'amour que tu charries en plus, ils sont là aussi. Tout est vraiment trop lourd. Et les exilés sont plus forts que des dizaines d'Héraclès pour passer ces épreuves. Les kilos de dégoût que j'ai dans ma gorge.

Les réfugiés n'existent pas tant qu'on ne leur a pas donné refuge.

Les exilés continuent de marcher avec leurs enfants sur les épaules.
Attendant de trouver refuge.

Tout est trop lourd. Vraiment. J'en ai assez.

Endors toi dans ton écharpe mon amour, Maman a besoin d'air, viens, on va marcher.



samedi 20 janvier 2018

Le vernis a-t'il tenu le coup?

Et puis j'ai repensé, je ne sais pourquoi, à mon petit limaçon perdu sur son banc en compagnie de mon "Il", tous deux assis éternellement sur ce banc de bois. Et comme il pleuvait ces derniers jours, je me demandais si le vernis du banc tenait le coup là haut sur cette falaise avec l'océan gris à perte de vue et le vent et les oiseaux luttant vent debout contre la tempête dont j'ignore le nom, je me demandais s'ils étaient bien couverts, mon limaçon à l'abri dans la poche de chemise, mon "Il" avec ses jolis cheveux de grand-père plaqués sur son crâne, comme les cheveux des hommes de ce temps là, ces hommes qui utilisaient une petite brosse en plastique ronde, pour se faire la coiffure de Don Diego, celle que mon fils affectionne tout particulièrement, mon "Il" avec son mégot qui devait pendouiller sous la pluie, mais je ne peux pas l'imaginer sans. Je me demandais si mon limaçon s'était finalement transformé en bille comme prévu, s'il avait durci et s'était finalement cristallisé en cette bille transparente à travers laquelle on pourrait voir l'infini de l'océan balayé tantôt par les bourrasques, tantôt par le soleil. Je me suis demandée si ils m'en voulaient d'avoir tant tardé à penser à eux, parce que la vie, ils comprennent bien, eux qui sont morts, mais tout de même, j'aurais pu faire un petit effort, c'est une violente douleur au ventre, un vol d'oiseau et la découverte d'une photo qui les a convoqués à mes pensées, qui les a rabattus vers moi, comme un chien qui rabat le gibier, tout content d'accomplir son rôle de chien de chasse, la seule différence c'est qu'en tant que gibier, ils étaient contents d'être rabattus vers moi, eux si éternellement vissés à ce banc de bois et je me demande si le vernis a tenu le coup toutes ces années, s'ils se réchauffent l'un l'autre, s'ils se consolent mutuellement de la vie que continuent à vivre les vivants qu'ils attendent. Et comme mon autre "Il" a maigri, comme il faiblit, comme un vieil oiseau qui inexorablement se déplume malgré qu'il s'emploie toujours à étendre ses ailes d'albatros dans le vent d'hiver, je me demande si les bancs sont extensibles à l'infini, suffisamment pour contenir tous les membres d'une famille, si les falaises sont assez grandes pour refaire ces pique-niques d'autrefois dont les photos attestent de la véracité de leur existence, et que je montre à mes enfants, à mes autres enfants, pour leur montrer, tu vois, ça c'est ton arrière-grand-père le jour de mon baptême, oui j'ai été petite comme toi, bien sûr, c'est important les photos pour faire survivre les morts et je n'ai pas de photos du limaçon étant donné qu'il est mort avant d'avoir vécu et c'est étrange, je racontais que pour moi c'est comme si il avait vécu et je me demande s'il faut attendre d'être vivant pour exister, parce que pour moi, il ne suffit pas de s'éteindre pour mourir, j'en veux pour preuve ce banc au vernis que j'espère pas trop écaillé, parce que ce n'est pas ni la falaise, ni l'océan, ni les oiseaux qui pourront résoudre ce problème, ce serait bien qu'il arrête de pleuvoir parce que j'ai peur qu'ils aient froid sur ce banc, même si je sens bien que mes pensées les réchauffent, d'autant que j'ai mis un gros gilet de laine et que de cette écharpe que j'ai perdue j'entoure doucement mon limaçon et c'est bien vrai qu'il a tout l'air d'une petite bille bien ronde maintenant, il ne poisse plus comme avant, je suis très fière de lui et du bout de mes lèvres, je lui raconte la vie, je lui montre des photos, du bout de mes doigts je le caresse pendant qu'avec mon "Il" j'entame une bataille, parce que la belote à deux c'est pas marrant, et que la bataille est le premier jeu qu'il m'ait appris, le limaçon s'est endormi enroulé dans son écharpe, je l'ai replacé dans la poche de chemise, mon "Il" aussi s'est endormi, les grand-pères ça fait la sieste c'est bien connu, d'autant que le vent s'est calmé, de même que la pluie, de même que les vols des oiseaux, pour un peu on croirait que le soleil va venir nous réchauffer tout ça en un coup de cuillère à pot.
Le vernis a bien tenu le coup, finalement.

mardi 16 janvier 2018

Sourde envie

Non parce qu'il  faut bien être honnête cinq minutes.
Sinon qu'est-ce que tu vais bien pouvoir raconter à ma psy
Si je me cache même
De moi
Oui
Et pourtant,
On peut pas dire que ça me fasse envie, envie
En réalité je lis
en plus j'écris
Et je te prie de croire que c'est pas tous les jours une sinécure, d'ailleurs
C'est pas tous les jours
Pis quoi encore?
J'aimerais bien pourtant
mais
Oh ta gueule hein
Il y 'a plein de choses qu'on aimerait
Tu sais que j'en prends le chemin?
Détourne pas la conversation
Oui
En réalité j'écris
Et j'aimerais qu'on me lise.
C'est vrai, j'aimerais me dire qu'il y a ailleurs - où- dans le métro, dans la nuit, dans les brumes matinales, dans la cuisine au réveil, dans le lit au sommeil
Bref
Que des yeux lisent, que des coeurs saignent, que des désirs naissent
Que la nuit soit habitée de moi, pleine de mes mots
La nuit de qui?
...
ah... mais si ça tu le caches, que raconter à ma psy?




mardi 2 janvier 2018

Lettre à l'Au.

Il m'est apparu que cette douce obsession, une fois réveillée, ne se rendormait pas. Et puis après avoir écouté attentivement l'ogre chanter les mots de la dame en noir, ma douce obsession m'est apparue dans sa démesure, sa vacuité, sa douceur enfantine, son éphémère éternité, sa répétition interminable. Comme les étoiles aux marins d'autrefois, elle a illuminé de son opaque obscurité les nuits de ma vie, sans que je n'arrête une seule fois mes pas sur la route.
Les saisons, les années passent et je reste, dans ton ombre, éternellement jeune, un peu bourrée dans ces ruelles noircies, à refaire ce chemin sinueux pour retrouver ma mezzanine et mes rêves de toi, éternellement entre ces parenthèses enchantées, assise sur ces marches à observer des fragments de ton dos. Le temps perdu ne se rattrape plus, et qu'importe, si tu savais le nombre de chansons qui me parlent de ces instants suspendus dans l'existence. Grâce à toi, je marche éternellement jeune, mes cheveux longs se raccourcissent à la mesure de mes souvenirs. Ne se rattrape guère. Ton image me hante, je te parle tout bas. J'ai repris la route, le monde m'émerveille, je me suis réchauffée à plein d'autres soleils. Tout est bien. Elle est belle cette chanson, elle me parle de nous, ce nous si petit qu'il tient dans une poche de pantalon, elle palpite au creux des reins ou du ventre selon la poche qu'elle choisit pour se cacher. Je suis sûre qu'elle te pince parfois gentiment, qu'elle t'agace, que tu ne sais pas quoi en faire. Pourquoi pas rien? Oui, pourquoi pas. Il m'apparait que tu laisses un interstice exister. La place laissée à ce pull, à cet orage, à ces caresses, le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, qu'importe le temps passé dans cette vie, dans la réalité, le printemps c'est joli pour se parler d'amour, mais nous déambulions en automne, ceci devant donc expliquer cela.  Une histoire de saison. Et tu restes, dans mes ombres, éternellement jeune, éternellement beau, un peu interdit et audacieux, me suivant en souriant dans ce dédale obscurci des rues arlésiennes, ton odeur éternellement accrochée aux mailles de ce pull, au duvet de ta nuque. J'ai oublié ta voix par contre. Craquent les feuilles mortes, brulent les feux de bois. Dans la poussière, éternellement tu te tiens en haut sur cette terrasse, dans la fumée, éternellement, je garde ton pull. 
Au moins le sais-tu?

lundi 1 janvier 2018

Dis, quand reviendras-tu?

Il n'y a rien eu de plus parfait pour cette dernière nuit de l'année, que les pleurs de ma fille et ses petites mains qui cherchaient mon visage pour le toucher, comme si en m'éloignant, je la précipitais dans un abîme de vide et de rien. Il n'y a rien eu de plus parfait pour cette dernière nuit de l'année que cette quasi-nuit blanche auprès de ma toute petite qui grandit si vite, rien de plus idéal que ce temps qui passe et ne se rattrape guère. 
Je n'ai pas de vœux, Génie, rien à souhaiter qui ne soit évident. 
Éloigner la mort de ceux qui sont chers, ne pas vieillir trop vite, c'est comme si je n'avais jamais vu mes 20 ans et pourtant ce monstrueux cigare offert par mes copains, me brûle encore la gorge et continue à me filer la nausée, c'est comme si je n'avais jamais vu mes 25 ans et pourtant ces chemins parcourus, ces croisements de route continuent de m'orienter comme les étoiles aux marins d'autrefois, c'est comme si je n'avais pas vu mes 30 ans et pourtant comme ces deux enfants m'appartiennent de moins en moins.
Je n'ai pas de vœux, Génie, à moins qu'au printemps nous ne voyions ensemble les jardins refleuris.
Je vais, je viens, je vire, je tourne et je me traîne, je n'ai pas de vœux, Génie, ni pour moi, ni pour personne, hormis tout ce qui est évident.
Des soleils qui réchauffent, des feuilles mortes, des caresses, des soupirs, des emportements, des abris.
Bien sûr, ce n'est pas la lune. Bien sûr ce n'est pas la Seine. 
Il n'y aura rien de plus parfait en cette première nuit de l'année, que tout ce temps qui passe.
Il était une fois commence...
Génie?
Dis.
Quand reviendras-tu?