jeudi 20 septembre 2018

La jalousie, variation à deux guitares

Pourquoi tu me regardes plus? Attends j'ai du mal à respirer, j'étouffe un peu d'air, je t'en prie pose encore une fois tes beaux yeux sur moi, il n'y a que dans ton regard que je me sens grande, fière et belle, et dès que tu me quittes du regard, qui c'est cette pute? Je redeviens moins que rien, l'ombre de ce que nous avons été, j'ai le cœur qui se ratatine et j'ai envie de te les arracher tes beaux yeux, pour que plus jamais ils ne se posent sur quelqu'un d'autre que moi, que je soies la dernière chose vivante que tu verras, ne me quitte pas, tu n'as pas à t'en faire, je t'aimerai tant que je finirai bien par te guérir, ne me laisse pas croupir dans l'eau sale de mes larmes, toi qui me fais briller, me rend éclatante par ta voix, tes baisers, ta langue me fait reluire comme un sou neuf et toutes les autres me demandent si je ne rajeunis pas tant je suis rayonnante de joie et de bonheur, et d'un coup, par la grâce de je ne sais quoi, je redeviens serpillère hirsute et dégoulinante de morve et de désespoir parce que mon amour, tu as détourné tes yeux, j'en ai vomi des mois entiers, sans avoir plus aucune règle, et si ça se trouve je suis enceinte et ainsi je te garde, obligé parce que tu n'es pas une enflure, tu m'aimais et ce n'était donc pas un accident et pourquoi tu te détournes, c'est quoi ce sourire triste, qui c'est cette pute, tu l'aimes, non, même pas, mais quoi alors, dites moi même qu'il est parti pour une autre que moi, mais pas à cause de moi, alors quoi. 
Finie. Je n'existe plus.

Mais si ma douce,ma belle, ma grande, ma sœur, ouvre un peu tes yeux et regarde toi un peu dans le miroir, sous tes cheveux défaits, contemple ton pouvoir, sur cet homme qui ne t'aime plus, il t'a aimée n'en doute pas et son départ le rend malade, pour le mien c'était un zona qui lui a duré plusieurs semaines, et il pleurait devant les valises que sa décision m'avait contrainte à faire et on était con comme deux valises sans poignée, et pas d'autre pute à l'horizon, aucune pute nulle part d'ailleurs, elles n'existent pas, n'existent que d'autres femmes toutes aussi belles que toi et moi, toutes aussi guerrières et vaillantes et avides et douces, intelligentes et romantiques si ça se trouve, la beauté ne se trouve ni sous les sabots d'un cheval ni dans les yeux d'un homme, la liberté n'est pas un vain mot, et elle se conquiert dans les larmes et la morve, dans une porte qui claque définitivement 
sur un amour ou un verre jeté à la figure ou de la vaisselle fracassée, 
l'amour avec un autre, c'est comme le morceau 
"two guitars", ça se joue à deux, et faut pas penser que tu y es vraiment pour quelque chose, ni lui d'ailleurs, les sons s'accordent et puis parfois, on sait pas, une corde lâche, et la mélodie devient bancale, alors tout vaut mieux qu'une mélodie crissante et instable, et ta guitare résonne si joliment indépendamment de tous les autres instruments de l'orchestre, ne t'en fais pas ma sœur, la musique est belle a capella aussi, pas besoin de l'ensemble philharmonique pour percevoir ta propre musique intérieure et en jouir, la jalousie n'est qu'un des symptômes d'un mal enfoui et si répandu, le mal des siècles, celui qui consiste à ne se sentir de place propre nulle part en ce monde si ce n'est dans des beaux yeux épris d'amour, alors imagine que les yeux se tournent vers d'autres rivages, putain, oui, comme les tiens, oui voilà, comme les tiens, les miens et les autres, qui savent apprécier et reconnaître la beauté, j'ai décidé de faire confiance à ces yeux qui me disent un jour "tu es belle" et l'autre jour "je ne t'aime plus", d'accord je comprends, j'accepte, vu de ta fenêtre la corde s'est rompue et je continue ma musique sans toi, on pourrait presque croire que je m'en fous maintenant, tant mon absence de réaction ou mon infini respect déroute, mais tu t'en fous? non. We can't go out together, with suspicious mind. Simplement maintenant, je n'en meurs plus. 
J'aime vivre avec toi, mais je peux vivre sans toi.
L'envie sans le besoin.

J'existe. Finie.

mercredi 19 septembre 2018

Abibatou, les origines de ma fille

Si j'étais ta mère, tu me briserais le cœur, parce que je ne pourrais faire autrement que de t'aimer et d'être horrifiée de cet amour, de ce vieil enfant aigri, bouffi d'orgueil et de fiel que tu es devenu mon tout petit, si j'étais ta mère, je t'aurais collé une gifle de tous les diables avant de m'écrouler en larmes devant l'énormité de mon geste et le gouffre qui désormais nous séparerait, si j'étais ta mère mon petit je porterais plainte contre mon propre fils, en t'assurant qu'il n'y a rien que je puisse faire d'autre pour te prouver qu'en dépit de l'amour que j'aurais pu te porter encore, il est des choses plus grandes que nous et ne le rabâches-tu pas à longueur d'antenne Fils, alors ne fais pas l'étonné je te prie si en jour, tu reprends le bâton en pleine face après une claque de ta mère, si j'étais ta mère, je te dirais que c'est à cause d'hommes comme toi que d'autres en viennent à massacrer, à honnir, à cracher sur eux-mêmes, à brûler et à maltraiter, si j'étais ta mère, je chercherais en moi d'où peut bien te venir, Fils, cette abjection, et je me cacherais pour n'avoir pas été à la hauteur de ma tâche, la vie d'un être humain digne et respectueux, si j'étais ta mère, je brulerais ma télé, ma radio et tremperais les pages de tes livres pour en faire de la pâte à papier, et j'irai dans les écoles avec des feuilles toutes propres, vierges de toi et des cauchemars que tu colportes comme une malédiction, et je dirais aux gosses de recouvrir ces feuilles avec toutes les couleurs qui les émerveillent, je ne leur dirais pas d'où proviennent ces pages recyclées,mais en moi je saurais que d'autres pensées te recouvrent et que des pensées d'enfant peuvent à elles seules réparer le cœur d'une mère dont le fils  a sombré dans l'abomination, si j'étais ta mère, Fils, tu me trouverais sur ta route, contre toi, malgré moi, parce que certaines choses sont plus grandes que nous et que je ne pourrais supporter tant de bassesse de ta part.

Je ne suis heureusement pas ta mère, ma fille s'appelle Abi, son nom lui a été donné en souvenir d'une élève de son père, nommée Abibatou. 
Pourquoi ce choix lui ai-je demandé, c'était la jeune fille la plus douce et la plus gentille que j'aie rencontré, m'a-t-il répondu.

 

Laisser glisser, Dialogue in

Laisse filer
Tu ne crois pas si bien dire
Lâche la corde,
Sinon elle risque de
M'entailler les mains

Laisse glisser
Le long de la ligne
Iriser l'eau calme
Ça glisse tout seul

Laisse courir
Un peu d'air
Dans les feuilles

Laisse vivre
L'indépendance
Comment?

Tu sais bien

Lâche du lest
Pour que ça remonte 
Les montgolfières s'envolent à partir du moment où tu
Largues les amarres,
Où tu donnes
Du mou
Mais moi j'ai
Peur?
Voilà


Laisse pisser
Toute braguette ouverte
Joyeusement sur les herbes hautes
La tête dans les étoiles
Et les pieds dans le sable

Laisse dire
Pas tes oignons
Voyager
Léger 


Laisse souffler
Prendre le risque
De me faire
Oublier


Laisse couler
Et vogue, Ô mon bateau
Emporte moi, et laisse moi
Rêver encore
Un peu

dimanche 16 septembre 2018

Entre humains

Putain ces yeux rouges! Attends mais t'as une veine éclatée dans l’œil droit?! 
Non chérie t'affole pas, juste un petit capillaire qui n'aura pas survécu à cette journée entre humains, ces belles journées de soleil et de monde, tant que tu as du mal à te frayer un chemin et que tu vois les petites jeunettes de 17, 18 ans qui se tiennent la main en file indienne pour ne pas se perde, elles font pareil en manif, moi aussi d'ailleurs, parfois les manifs ça craint, mais là, rien du tout, dans les capillaires éclatés, tu trouveras un groupe de nudistes, deux saules pleureurs, des coupes de champagne, une histoire de LSD et d'exta, des couples qui ne s'aiment plus, des gens qui s'aiment, une paire de tee-shirts ("si je suis perdu ramenez-moi à Marie"et son omega "je suis Marie"), tu trouveras aussi beaucoup de douceur et de joie, on était bien là, dans la joie brutale et imbécile de se trouver parmi les siens, ses amis, ses copines, et la joie d'être à quatre pour entourer le seul mec de notre bande du jour, ça augmente d'une gonzesse par an, un jour on tiendra plus sur une table de 20, mais là ce soir, c'était vraiment le club des cinq, le truc parfait, les yeux brillants, les fous rires aux larmes, les corps en mouvement dans le noir de la grande scène, qu'importe le flacon l'ivresse était insouciante, la danse était là, on était bien là, sur le chemin du retour, avec les lumières de la rue et la température qui fraichissait. 
Les yeux qui piquent et les doigts jaunes de nicotine, les voix un peu plus rapeuses qu'à l'accoutumée en sont le témoignage, les vestiges d'un temps vécu, tranquille, entre humains. On était bien là.


vendredi 14 septembre 2018

La maïeutique des grues

Curieux mélange ce matin, des bruits de ville, voitures, flicaille, mobylettes en roue arrière, grillons (!!). Et par-dessus tout, la grue...
Par petits coups de sonnette et de messages interposés, taper la discute autour d'une guérisseuse et faire ce que je sais faire le mieux, sous la ronde de la grue, permettre à l'âme de se faufiler dans les conduits étroits de sa route, parfois ça coince aux entournures, ça rame un peu  rien de très méchant, tant que les oiseaux crient "ça ira !" autour de la grue...
Pendant ce temps, j'accouche les âmes. Maïeutique des grues.

jeudi 13 septembre 2018

L'exil a un goût d'olive noire

A cheval entre deux mondes, j'ai encore ton goût dans ma bouche, 
Ô mon Algérie, 
Et au pas c'est magnifique, le paysage défile doucement, au fond de tes yeux noirs comme des olives tombées au pied de l'arbre, ton regard doux s'allume et j'ai encore ton goût dans ta bouche, 
Ô ma Méditerranée, 
A mesure que le rythme s'accélère, au milieu des injures et des regards vides et pourtant hostiles, ce goût ne quitte pas non plus ma bouche, 
Ô ma France, 
Parfois tu es immonde, mais les yeux couleur d'olive noire passent et savent s'arrêter sur les fleurs qui poussent au milieu des gravats, saisir des graminées en suspension, à cheval entre deux mondes, et sans doute bien plus, il est vaste ce pays qu'on appelle la vie et à marcher avec le cheval, on en savoure toutes les aspérités, comme on jouerait avec un noyau d'olive avant de le planter quelque part, de l'enfouir dans le sable des déserts, sous les épines de pins, dans la lande ou au creux de la montagne. 

A cheval entre deux mondes, il n'est pas toujours indispensable de faire un choix pour garder encore un peu ton goût dans ma bouche, 
Ô nos pays, 
Et la beauté triste des yeux noirs de l'exil, aussi triste et belle que les centaines d'olives tombées de l'arbre, réside dans ce pont entre leurs deux rives, il serait temps de goûter à ce noyau, indice incontestable de l'étendue de ce pays qu'on appelle la vie...
It's now or never

mercredi 12 septembre 2018

Le Bal Perdu

Plus je fais la révolution, et plus j'ai envie de faire l'amour
C’était tout juste avant la guerre, parce qu'inévitablement, il y en aura eu une, ce monde n'est pas prêt pour la paix et les gestes émus, les yeux au fond des yeux. Ils étaient beaux oui jeunes aussi et ça n'a pas d'importance, vivants et révoltés, ils auraient pu être plus âgés, plus expérimentés, comme ces deux autres que la patronne avait couvé toute la soirée d'un œil de conspirateur, s'imaginant sans doute que, quand le désir frappe à ta porte, surtout tu ouvres, par les temps qui courent c'est pas si fréquent et ça mérite le coup d’œil, le coup de cœur,le coup de queue. Bref. 
Et ce bar, le Bal Perdu, s'était bel et bien perdu pour sûr, avec son écran géant prévu pour admirer ceux qui ne perdent pas la balle, grassement payés qu'ils sont pour le faire et sa musique trop venue d'ici alors qu'avant qu'il ne se perde, le Bal Perdu te diffusait de la musique faite pour la danse et le voyage immobile, sur les grands tabourets, en écoutant le barman raconter les histoires de ces musiciens cubains pendant la révolution, une vraie musique pour faire l'amour ou chanter la révolte. Et les deux petits amoureux, reflet éblouissant du couple convoité par la patronne en d'autres lieux et autres temps, ces deux amoureux qui ne regardaient rien autour d'eux, s'abîmant dans la contemplation de l'autre, ces deux là se remémoraient la marche, les lacrymos et les matraques, la tête baissée et la voix assourdie, de vrais conspirateurs car désormais il ne vaut rien de parler de révolte et d'actions éclair menées masque au visage, capuche sur les cheveux et même pas de sac à dos, pour être plus léger, la violence est nécessaire mais leur pesait quand même, comme à tous les autres, parce qu'ils étaient amoureux et auraient préféré consacrer leurs après-midis, leurs heures nocturnes et leurs levers de soleil à l'amour, à l'amour enflammé, au lieu des cocktails Molotov, ils le savaient, on peut faire l'amour partout, au fond du bar Perdu, dans les bois de Walden, parmi les gravats, au pied de la désolation comme sur une plage balayée par les vents, ils souriaient, ils évitaient la pensée que toujours et à chaque instant désormais, c'était tout juste avant la guerre, ils feraient la guerre au lieu d'uniquement en parler, et plus ils feraient la guerre, plus ils auraient envie de faire l'amour, alors, pour s'encourager, ils faisaient l'amour, partout, tout le temps, avec tant d’insouciance dans leurs gestes émus, l'autre couple, autres temps, autres lieux, les yeux au fond des yeux, se laissait le temps et c'était bien, ils ne regardaient rien autour d'eux, savourant la douce température, mais le ton monte désormais et le soir tombe sur les gravats.
Ils sont partis -il y avait tant de lumière avec eux dans la rue- pour faire l'amour, avant que peut-être ne les touche une balle perdue.
Plus je fais l'amour, et plus j'ai envie de faire la révolution.

lundi 10 septembre 2018

Dur comme faire, Dialogue in

Faire,
défaire, 
parfaire,
refaire, 
se passer un coup de fer,
passer sa vie à s'en-fer, 
entre tout ce qu'il faut
faire, 
et j'ai pas que ça à faire,
tu me prêtes tes 
affaires?
ou tu n'en as que 
faire...

J'emplis mon cahier et j'ai plus de place, alors j'écris à partout, en travers, la tête à l'envers, le nez avec ses vers tirés, c'est pas une mince affaire que de se prendre un chemin de travers et pour que ça soit pas l'enfer dans mon décor, absorber un peur d'air ou boire un verre, c'est fragile comme ligne, fragile comme un vers, les pieds bien ancrés par terre, et le cœur nu, à vif la chair, et les mots faits de fer, qui tombent lourds, autant que les pierres et rebondissent et s'envoient, finalement, en l'air.

La belle affaire.

dimanche 9 septembre 2018

La nuit tous les chats sont gris et la nuit est ce moment gris où patience et sens font corps et s'assemblent, se mêlent en corps, pour s'apaiser en un long baiser doux et brûlant de retrouvailles à l'heure où les loups chassent et où les lions reviennent boire à la source des lionnes, la nuit tous les chats sont gris et se confondent avec les ombres des barres d'immeubles, semblables à une jungle où les palabres des jeunes hommes résonnent en cris indistincts au plus profond de la forêt dense, où le chant d'amour de l'étage du dessus se confond avec le mien, dans le ronronnement tranquille du sommeil des enfants, ce moment où patience et sens font corps, encore une fois deux fois dix fois et où plus rien ne luit dans le gris de la nuit, que ma fenêtre, à peine visible des barres d'immeubles, plongée que je suis dans le gris de la nuit, rien à voir que l'ncandescence de ma cigarette, l'œil allumé d'une chatte à la fenêtre, grise la nuit, patience et sens, confondus. En corps. Encore.

samedi 8 septembre 2018

Autour de la table

Non mais sérieux, t'y crois toi à cette journée ? 
Qui se termine par un truc improbable. 
Tout vaut mieux que de dormir dehors. 
Et le désarroi face aux pleurs de celui que tu côtoies tous les jours sans le connaître  
Et tu les connais toi les gens que tu côtoies ? Parce que je me rends compte à cette heure précise que les gens que je connais ne sont pas ceux que je côtoie et inversement. Vertigineux. Mais le désarroi que je côtoie ce soir m'est infiniment plus triste et difficile que celui que je connais et la nuance mérite qu'on s'y arrête deux trois minutes tu veux bien ?
J'y côtoyé plein de monde, autour de la table aujourd'hui, peu à connaître, on ne connaît pas vraiment en représentation. Je connais beaucoup de monde et beaucoup me connaissent, et nous côtoyons nous pour autant? Il faudrait y réfléchir. Tout le temps. Car le désarroi n'a pas de filtre. Et qu'à tous les coups, il me touche. Bref.
Je lui ai dit à l'homme que je côtoie mais que je ne connais pas, je lui ai dit tout vaut mieux que de dormir dehors. Il y a des gens que je n'ai pas envie de connaître. Les côtoyer me suffit. Et cette pensée me transperce par sa dureté. Il y a des gens que je n'ai pas envie de côtoyer. Parce que je les connais. Et cette pensée me transperce par sa transparence.
Autour de la table aujourd'hui, un improbable mixage. Qui donne à réfléchir. Et qu'est-ce qu'un forum après tout, si ce n'est la réunion de multiplicités d'existence qui se côtoient sans se connaître et peut-être, inversement. 

vendredi 7 septembre 2018

Appeler un chat un chat

Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident, alors tais-toi, je t'en prie, écoute, je t'en prie, tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac, et vraiment non vraiment  si j'appelle un chat un chat, j'ai pas envie de t'appeler salopard, c'est vrai que c'est quand même un peu ma faute, parce que si je m'étais écoutée, je t'aurais bouffé la bouche et le reste et je serais rentrée encore plus tard et si ça se trouve après avoir joui sur ton corps j'aurais dormi dans ma voiture, sur l'autoroute, pleine de toi, si ça se trouve et c'est toi qui l'avais écrit, si ça se trouve t'aurais pas eu envie que je parte, mais j'en ai rien fait parce que je suis à prendre et ta rapide étreinte n'a pas pu me prendre, me cueillir comme le fruit mûr que j'étais, alors je murmure mon chou à ton oreille, des histoires d'arbre et d'oiseau, de loup et de chienne, histoire de ne pas appeler un chat un chat, et je t'assure qu'avec dix ans de moins dans mes reins, je te déboitais les tiens et on se serait fait sûrement mal partout avec le temps, moi avec mes pieds dans la terre et mes branchages au vent frais, toi va-nu-pieds au long cours. Voilà, un chat est un chat et un va-nu-pieds n'est pas un va-nu-coeur, j'ai envie de te le rappeler mon beau, et je t'en prie, ne te tais pas, regarde moi bien au fond des yeux, tu crois vraiment que je suis un arbre déraciné, un coeur d'artichaud, une folle graminée? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la bouche, tu as entendu quoi, à part ma joie de toi, mon désir brulant, mes lèvres entrouvertes et mes papilles titillées? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la chatte et dis-moi ce que tu vois sur mes lèvres entrouvertes et ma peau luisante et je te jure que si tu y vois genre un désir d'autre chose que de ta queue à l'intérieur, je veux bien bouffer ma table et mes pinceaux et tous tes bouquins réunis. Je t'en prie, regarde moi bien au fond du cœur, et constate que ma pierre est taillée de mille facettes qui jamais ne se blessent les unes les autres, que je suis une et indivisible mais que je brille d'une lueur différente pour chacun et pour tous, ta lumière est grise comme un matin sur la mer, une jolie couleur d'ailleurs, un peu comme celle de tes yeux. 
Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident et j'ai l'impression que la genette est bien jeunette dans ta bouche, tes yeux et ton esprit et que tu oublies mon chéri que j'ai mille vies intérieures et que mon rythme intérieur s'appelle  désir, respect et confiance, que ces boussoles je te les dois et inversement, parce que la genette n'est plus si jeunette et que j'ai passé l'âge d'attendre pour voir le loup.
Alors, c'est à lire au sens propre, obscur objet de mon désir, je t'embrasse, te lèche, te bouffe de désir, autant que je te mords, te griffe et te gifle, parce que tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac.

jeudi 6 septembre 2018

Cata clope Cata clope. Ten years old

Il me fait sourire ce jeu de mots... Je vais te raconter mon cheval à bascule...

Je me souviens.

Les plafonds de cet appartement étaient sans limite, personne n'aurait pu les toucher même avec la plus haute échelle du monde. Au sol, un tapis sombre et large comme le Gange, si je mets un pied dehors les crocodiles vont me manger. J'avais peur, tu ne peux pas savoir.

Et au centre du monde, un cheval à bascule. En bois. Du vert, du rouge, du bleu, du jaune. Il était beau. Je l'ai toujours connu.

Je l'ai retrouvé le week-end du deuxième tour, dans les dépendances chez mes parents. Je l'avais oublié. Puis, le dimanche, je suis montée chercher des flambeaux pour le jardin. Sous une bâche transparente. Il était caché. Un moment, aveuglée par le changement de luminosité, j'ai vu une vague forme au sol. Un coup de vent a agité la bâche et en a soulevé un pan. Un bout de selle. J'ai vu un bout de selle et je me suis souvenue.

De pas grand-chose en fait. Mais je me suis vue, grande fille en train d'enfourcher mon cheval à bascule et de le trouver bien petit. Dommage. Je me suis assise à l'envers et j'ai roulé une cigarette en me disant que peut-être une femme au pouvoir, ce serait bien. Je me suis roulée une cigarette en me disant que les choses allaient bientôt basculer, que le moment était sans doute venu de croire.

J'ai vu des images. Des paysages à la Kusturica. Mon tabac avait un léger goût de paille et de poussière. Le cheval à bascule me portait comme avant. Les petites chaussures blanches à brides. Comme un cheval de manège mais en plus joli.

J'imagine un chemin de fer désert entre deux espaces. Un côté qui monte, un autre qui descend. Des rails entre. Kusturica a flanqué ses rails d'un âne. Bon. J'y mets mon cheval à bascule. Un côté Europe de l'Est. Un peu.

J'ai un peu bu après. Et j'ai pensé aux origines lointaines. Hongrie. Une histoire de dents. Je te raconterai.

mercredi 5 septembre 2018

Petite robe de plage

J'ai remis la petite robe de plage noire, les fines, très fines bretelles, les petits, tout petits boutons de nacre, avec les tongs, parce que vraiment les chaussures fermées c'est pas possible, une veste, un jean, parce que vraiment la petite robe de plage noire n'est faite que pour la plage ou l'amour, tellement subtilement transparente qu'elle ne convient pas à la ville et à son défilé de figures et à son cortège de bus blindés et à ces frimousses sortis de l'école, hautes comme le bas de la petite robe de plage noire. Et comme elle était jolie sur la plage la petite robe de plage noire, avec ses auréoles de sel là où la peau mouillée y restait collée, c'était indécent et candide ces auréoles blanches de sel aux seins, aux hanches, là où la peau humide venait s'y coller et sécher presque aussitôt. 
J'ai remis la petite robe de plage noire, malgré le vent qui se renforce et j'ai laissé planer mes cheveux, plus trace des auréoles de sel, à part dans un coin de ma rétine, un bout de mes yeux est resté là-bas, sur le sable, sur le chemin aux épines et dans le chant des cigales, de retour vers la voiture, le soleil mourant dans le dos, une main dans chacune des miennes, cigarette au coin des lèvres, un peu de noir sur mes yeux, un peu de blanc sur ma robe.

mardi 4 septembre 2018

Toutes ces choses que je ne comprends pas

L'autonomie
Je ne comprends pas
De mon téléphone, de mon cœur, de la vie des autres
Je ne comprends pas
Les PRE, FIA, Politique de la ville, législations de droite à gauche que nul n'est censé ignorer
Je ne comprends pas
Les abréviations, les raccourcis, les interprétations
Je ne comprends pas
Les injonctions, les allégations, les dénégations, les confusions
Je ne comprends pas
Les proportions, les pourcentages, les calculs, les productions
Je ne comprends pas
L'ignorance, les détournements de fonds, de tête
Je ne comprends pas
Les saisonnalités, les ruptures de cycle, les aspérités
Je ne comprends pas

J'arrive pas à comprendre mais ça ne signifie pas pour autant que je ne puisse m'y adapter, c'est légèrement plus subtil que ça, sinon je n'aurais été capable de rien, clouée par la masse de toutes ces choses que je ne comprends pas, c'est juste que par moments, je prends conscience de cette somme, de ce pensum et ça me fait penser et quoi faire pour faire face, comme si de rien, certainement pas, chercher à comprendre, je ne suis pas sûre, faire avec, je sais faire, mais si ça se trouve, j'ai plus envie, j'ai envie d'autre chose, j'ai envie de comprendre pour apprendre, et j'ai tant à apprendre, le but toujours, être un meilleur être humain, c'est pas encore trop tard pour moi, je le sais, ça au moins je l'ai compris, mais j'ai compris aussi que les choses que j'aimerais comprendre ne servent à rien de concret, les aurores boréales, la parade nuptiale de l'oiseau de paradis, comment transformer le sable en verre, le phénomène des marées, le secret des silences, l'intime niché au creux de chacun, le nœud de chaise, les rêves de calamars et de serpents, les voix qui muent, le poids de la fumée, la règle de trois,deux trois choses que j'aimerais bien comprendre, juste comme ça, pour vivre mieux, pour me dire que ça a existé, au moins pour moi, apprendre pour comprendre ou l'inverse, ça n'a pas une grande importance, ça aussi je l'ai compris, parmi toutes ces choses que je ne comprends pas.

dimanche 2 septembre 2018

Bouchon

Les années avaient bouché cette putain de canalisation, un amas indistinct de cheveux, une pelote, de résidus de savon, de crachats, de larmes, de fiel, de feuilles mortes, de sable, de caillots de sang, tout ça mélangé, je te raconte pas le bordel dans cette canalisation, un enfer sur terre, et encore pas le pire loin s'en faut, mais, vu de ma fenêtre, tu vois ce que je veux dire.
Par moments, il y avait comme une aspiration, un trou d'air qui envoyait le paquet encore plus profond dans les fondations de la maison et, à force d'inertie, le bouchon se faisait gentiment oublier, se tapissait, clando, dans un coude, et continuait d'agglomérer tout ce qui passait sur sa route, des battements de cœur, un peu de cyprine, un peu de jute, évidemment, pourquoi pas, si tu savais ce qu'on récupère dans les canalisations mon gars, t'en aurais la chair de poule à un point qui ferait rougir toutes les poules de la galaxie, des bouts d'ongles crachés, des cheveux, encore, toujours des cheveux, pour la pelote c'est très pratique le cheveu, c'est de l'ingrédient dont on fait les nids, d'oiseau comme de cafard. Et donc, le trou d'air, partenaire infaillible de l'oubli, aspirait tout en enfonçait le clou, en douceur, en profondeur.
Par moments, ça remontait comme une nausée et c'était à te dégoûter pour la vie, et pourquoi on s'encombre de canalisations j'aimerais bien le savoir par moments, ces moules à emmerdes, à frustrations et à débordements, à ces moments là, il ne valait mieux pas se trouver dans les parages parce que j'aime mieux te dire que ça refoulait sec, et sur des années en amont, y'en avait pléthore des merdes à charrier, et pas que d'ailleurs, ça arrive parfois que de la fange, du plus profond du tuyau remonte un truc ancien et précieux, comme un regard doux, comme une odeur de laurier rose, comme un clin d’œil chargé d'amour. C'est pas souvent, il faut pas trop compter dessus, mais personne n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
Par moments, le bouchon pouvait avoir l'air de s'évacuer, on me l'a dit, j'ai jamais rien senti.
Par moments, la canalisation fissurait, ça dégoulinait dans tous les sens, insidieusement, ça poissait toutes les fringues, jusqu'aux godasses et tout, même les cheveux, et ça allait encore rajouter des fils à la pelote, lourde de tant d'années de douches introspectées, de bains rêveurs et de shampoings décapants de l'âme. A ces moments là, on était reparti pour un tour, colmater la fissure, éponger la, les flaques sales et froides, essorer, c'est dégueu à dégueuler tu te rends pas compte, surtout quand la serpillère c'est ton âme vive, parce que c'est avec son âme vive qu'on s'éponge soi-même, pour ne pas que ça se salisse, pour que ça reste en état, toujours, ça me viendrait pas à l'idée d'essuyer ma flaque avec l'âme du voisin, faut quand même pas charrier, y'en a qui le font, je sais bien, mais bon.Quand même.
Par moments, la canalisation casse. Non, non. Parle pas de malheur. Je pense que si la canalisation lâche, ce jour là on meurt. De tout. De peur, de rage, de chagrin, de plaisir, de folie.On meurt étouffé, noyé, écrasé, englouti, raclé, aspiré. 
La canalisation peut lâcher par usure, par fatigue, par négligence, par accident, par surestimation, ou sous-estimation. Le bouchon peut alors y prendre une place... comment dire... une place. Trop grande pour lui. Alors la symbiose n'existe plus. l'un mange l'autre et c'est tellement le bordel qu'on ne sait plus qui de l’œuf ou de la poule et toujours ce problème de responsabilités à établir, encore un truc qui me fait chier tiens, encore un cheveu dans ma soupe, encore une épine dans mon pied, c'est pas très grave, un coup de jet et ça va partir, comme tout le reste. N'empêche, parfois, dans la canalisation tombent des trucs précieux, des trucs jolis, une boucle d'oreille en or, la première mèche de cheveux, et ça m'avait fendu le cœur, j'avais pleuré pendant... bref, un limaçon, et là aussi j'avais sacrément pleuré, plusieurs jours d'affilée, des tas de trucs chouettes. 
C'est pour ça que le Destop tu vois, moi je suis pas pour. Rien de tel pour te niquer les tuyaux. J''suis même carrément contre.
Enfin, vu de ma fenêtre.

vendredi 31 août 2018

Faut voir

Il faudra qu'on voit si l'amour qu'on se porte est soluble dans l'éther. Si les mots qu'on s'adresse se dissolvent comme poudre dans l'eau ou bien se compactent comme terre desséchée. Il faudra qu'on voit si les gestes doux s'oublient moins vite que les claquements des pas sur l'asphalte mouillé. Si nos murmures passent le mur du son. Il faudra qu'on voit si l'éternité est aussi fugace qu'un cri de nouveau né. Si nos sourires s'impriment correctement dans la rétine du temps  Il faudra qu'on voit si nos mains retiennent autre chose que du sable. Si les sons que nous produisons dans l'amour s'envolent ou s'enracinent. Il faudra qu'on voit si nous sommes capables d'oublier d'oublier. Si nos cœurs sont de feu, ou de pierre, ou de vent. Il faudra qu'on voit si le temps qui nous reste repart en marche arrière. Si nos enfants grandissent tout en ne vieillissant pas. Il faudra qu'on voit si la voie est sinueuse. Si la vie s'écoule à pas de loup ou à dos d'éléphant. Il faudra qu'on voit tout ça, mon ami, ma chérie, mon amant, ma douce, mon beau, ma biche, ma sœur, mon grand, faudra voir ça mes amours.

jeudi 30 août 2018

Règles du Je, Dialogue in

Je suis pendue à un fil invisible
Sangre mio
Qui me tient subtilement par les
Couilles?
Impossible voyons...
Pourtant t'es une femme, on peut dire
Qui en a
Ouais ma poule, clar t'as raison
Et malgré tout j'suis sus
Pendue à un fil d'araignée, qui glue et qui

Enserre, qui tisse ses propres règles
Sangre mio
Du jeu
L'enjeu pour toi, j'vais te dire ma poule
Ça va dé
Pendre
De cette toile, de ce fil qui subtilement me
Ligature 
Va falloir y aller
Mollo en douceur
Laisser s'écouler
Sangre mio
Et abreuver les pinceaux
Liquider tout ce rouge 
Attendre tranquillement mon heure
Imposer doucement
Mes règles
Sangre mio


dimanche 26 août 2018

En ( ) vie

L'envie d'autre chose comme un poing dans la gueule, l'envie qui m'était parvenue et qui ne m'avait pas quittée, l'envie de paix, de calme et de vent dans les saules, un matin au bord de l'eau, l'envie d'un camping-car vide à l'intérieur et peint à l'extérieur, l'envie de ne rien faire, à l'abri de mes mots et dans l'antre de ma musique, l'envie d'être seule, l'envie de personne, l'envie d'odeur de menthe quand ma main effleure le pot, l'envie d'un silence, si possible, l'envie de réfléchir et de choisir, mais sans renoncer si possible, non ça l'est pas, possible, tu sais bien, l'envie de m’enivrer à l'odeur sucrée des tilleuls en fleurs, et c'est pas possible non plus, vu que la saison est morte, du coup j'en ai fait une tisane hier soir et j'ai tenu mes narines longtemps au-dessus de la vapeur, l'envie du lit sans le sommeil, l'envie d'un horizon, qu'ici je n'ai pas, visuellement je parle, tu vois, j'aime voir loin avec mes yeux, j'aime avoir un horizon, l'envie de rester là où je suis, les départs, les retours c'est vraiment pas mon truc, et pourtant je découvre beaucoup, des lieux, des êtres, des odeurs, des paysages et des perspectives, l'envie de vivre autre chose, toujours, voir si l'herbe est d'un vert différent, ni plus verte, ni moins verte, juste dissemblable, un peu, l'envie, à nouveau d'écrire et pour ça,  je te dis merci, merci du fond du cœur pour tes yeux et pour le voyage que tu t'accordes au fil de mon eau, ce petit ruisseau à l'ombre des plus grands, l'envie de prendre des trains à travers la plaine, effrontément, l'envie d'encore un peu de soleil au creux de ma clavicule, l'envie d'un jardin, d'amandes fraîches, en attendant, les sèches, je leur ai jeté un sort, n'en reste qu'une poignée à partager, l'envie de remettre mon appareil photo en bandoulière et de marcher marcher dans un océan d'images, l'envie de jouer, l'envie de peindre, l'envie d'un atelier résonnant, de punaises à accrocher, de mains à saisir et d'odeurs de gouache, l'envie d'un secret, l'envie d'espace, l'envie de tout, sauf de reconnecter mon monde, l'envie d'une valise en plein milieu de la pièce...
J'ai rêvé cette nuit, de mon petit Limaçon. En ( ) vie...


vendredi 24 août 2018

Haïku

Soleil à l'horizon
Ni en haut ni en bas 
Dernier bain de mer 

jeudi 23 août 2018

Director's cut

Ça va pas! On la r'fait les enfants!
La scène?
Non. La valise.
Oh purée...
Alors des tas par gosse, rassembler les chaussures, les culottes et les brosses à dents, et je te garantis que c'est pas une mince affaire quand, en même temps que tu t'affaires, tu déambules le long de la plage au soleil levant, la mer comme un lac, à mille mile de toutes terre habitée, je te garantis que c'est une sinécure, d'entasser des paires de chaussettes, alors que tu tends l'oreille dans un jardin touffu, à la recherche du chant des cigales à peine éveillées, je te garantis que c'est un cauchemar de vérifier placards, tiroirs, alors que tu frottes tes pieds aux graviers de la cour, en rêvant paresseusement.

Ça va pas! Coupez les enfants!
Les cheveux?
Non. La parenthèse.
...
Les vacances.
Oh purée...
Alors vas-y, redonne moi la définition de la vacance s'il te plaît. 
La vacance, comme la disponibilité totale, "à la joie, aux êtres libres, à la force et à tout ce que la vie a de bon et de mystérieux" comme dirait Camus.

Et c'est ça qu'on doit couper?
Parfaitement. Allez, bouclez moi tout ça!
Et serrez bien les sangles, que ça se barre pas dans tous les sens...
De quoi tu parles?
Bah des valises...Z'aviez compris quoi?

mercredi 22 août 2018

Un jour peut-être, je te dirai que je t'aime. Un jour peut-être, je retournerai dans la crypte et je demanderai quelque chose à Sara Kali. Un jour peut-être, j'arpenterai nu-pieds les ruelles dans la nuit. Un jour peut-être j'apprendrai à me taire. Un jour peut-être  je serai la femme phénoménale. Un jour peut-être, je ne lirai plus rien. Un jour peut-être, je n'aurai besoin de personne. Un jour peut-être mes enfants me liront. Un jour peut-être, j'irai en voyage. Un jour peut-être j'apprendrai ton corps. Un jour peut-être, je te ferai parcourir le mien. Un jour peut-être, je regarderai le soleil dans les yeux et toute ma vie dans son éclat. Un jour peut-être, j'oublierai tout. Un jour peut-être, j'apprendrai à tisser. Un jour peut-être, je te dirai que ton fil est aussi ténu que le bracelet que tu portes, mais qu'aussi fin soit-il, il fait désormais partie de mon ouvrage. Un jour peut-être je grimperai à l'arbre pour contempler le vol des oiseaux de passage.

L'oiseau et la branche

Bientôt le temps de la migration va reprendre et les oiseaux partir vers le sud, en s'envolant, souvent ils arrachent un petit très petit morceau d'écorce de l'arbre sur lequel ils avaient fait une halte et crac, un tout petit morceau d'écorce tombe au pied de l'arbre dont il est issu.
L'homme aux babouches fait partie de la race des oiseaux, il est mouvant, un peu malgré lui sans doute mais la fluidité est son langage et son chant est beau quand il résonne dans les feuilles au matin naissant. Il a parcouru des centaines de milliers de kilomètres et lu des centaines de milliers d'histoires, toujours avide, ogre insatiable de mots, de paysages, en un mot de beauté, c'est un migrateur taillé pour les longues routes aériennes et l'amplitude de ses ailes, la profondeur de ses yeux et la saveur de son parfum racontent les vies qu'il contient à l'abri de ses plumes.
La femme sans soutien gorge fait partie de la race des arbres, son mouvement est interne et imperceptible derrière l'épaisseur de son écorce, les animaux de la forêt, petits et grands viennent s'étendre à l'ombre de ses branches et s'endorment paisiblement pour échapper à la pluie ou à la brûlure du soleil, ses feuilles chantent les histoires oubliées des oiseaux, quand le vent les caressent, ses racines plongent profond et loin à travers le sol et, parfois ressortent de terre pour mieux y retourner, l'arbre voyage grâce aux récits des animaux, il vit leurs aventures et accueille leur repos, les animaux aiment s'accoupler sous sa ramure, contre son tronc, dans ses branches, l'arbre est un abri imperturbable et permanent, avide de mots, de vent, en un mot de beauté, il est de ce bois dont on fait les pages des livres si chers à l'oiseau migrateur, et l'oiseau, un jour a eu l'idée de faire voyager l'arbre immobile, et son chant était beau, ensemble ils se sont balancés au rythme lent du vent du sud, inquiets et éperdus. Et leur chant disait alors : prête moi tes racines, accueille moi dans tes branches, prête moi tes ailes, raconte moi tes histoires. 

mardi 21 août 2018

Moustiques et marc de café, Dialogue in

Je les ai compté ces saloperies. J'en ai 17  
(+2)
Absolument partout. Et elles m'ont niqué mon sommeil, parole, je me gratte je me gratte et c'est pas les hectolitres de lavande aspic dont je me badigeonne qui changent quoi que ce soit à la donne. 
Elles m'ont niqué mon sommeil ces garces.
Ah vraiment?
C'est affolant comment une si petite saloperie s'insinue aussi loin dans la psyché par la simple force d'une petite piqure de rien du tout.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je les ai compté, 17
(+2).
Il y a celle, anodine de la cuisse gauche, rien de bien méchant, juste un peu agaçant, mais vu que je me trimballe les jambes à l'air, elle respire et, en remerciement, me fout une paix royale.
Il y a celle, plus pernicieuse sur la tranche de la main droite, une coriace celle-là, je l'aime pas du tout. 
Il y a celle du coup de pied. Il y a celle du dos, à la hauteur de la bande du soutif, si les moustiques avaient la capacité de mesurer leur degré d'emmerdement maximum,
Et pourquoi pas?
 Ils choperaient à cet endroit toutes les nanas qui portent un soutif. 
Je les ai compté ces saloperies, 17
(+2)
Y en a que j'ai été obligée d'abandonner tant leur infériorité qualitative était flagrante. Celles-là je les ai eues au marc de café.
Tu m'en diras tant ma chérie
Je n'ai retenu que les plus garces, notamment la pire de toutes, face interne de la cuisse droite, la première de cordée, celle qui voit le sommet avant tout le monde. 
On y arrive
A quoi?
Aux deux autres...
...

 Oui, tu sais bien, les deux autres piqures, celles que même avec des tonnes de marc de café à frotter sur ta peau humide, tu ne pourrais soulager, parce qu'elles sont internes et d'une et que l'odeur du marc du café sur ta peau séchée t'y fait invariablement revenir et de deux, parce que l'odeur du marc de café sur la peau est une odeur du genre comme une piqure de moustique, on y revient toujours, ça intrigue, ça obsède et ça excite, ça donne envie de manger ce corps odorant et tu as remarqué que ça fait déjà deux fois que tu te fais piquer le cœur et le sexe pendant une année à moustiques? Et aussi, pratiquement toujours au même endroit? Tu dois avoir une sensibilité particulière aux marais salants, aux étendues désertiques du sud, traversées par les chevaux blancs et les flamants roses, royaume de ces moustiques qui te harcèlent et niquent ton sommeil (ouais c'est ça mon œil ma poule). Crois-moi chérie, ils ont bon dos les moustiques. Leurs pauvres petites piqures ne sont rien, absolument rien, hormis peut-être un moyen supplémentaire de te gratter l'intérieur du cœur et l'intérieur du sexe, pour le plaisir douloureux du rappel des étendues désertiques, des yeux des chevaux blancs et des balancement des hamacs, de tout ce qui a été et de tout ce qui aurait pu être, parce que le fait de te gratter et de pester te fait penser à autre chose tout en te maintenant enchaînée à la piqure, la piqure que tu ne veux surtout pas faire disparaître sous des tonnes de marc de café (même si l'odeur...). 

Bref. 

Je les ai compté, j'en ai deux
(+17)
Au sexe et d'une! Au cœur et de deux!
Je les fais partir sous la douche, au marc de café
C'est ça ouais.
Ça me gratte putain
Je sais 


lundi 20 août 2018

On sait pas trop, Dialogue in

Primo
C'est une histoire sur le doute
Attends  je vais te raconter
L'histoire d'une femme
Et d'un homme
D'un coup,
On sait pas trop comment
Personne
La fille s'emballe
Sur une histoire
De loup et de forêt
On sait pas trop comment
Elle avale des kilomètres
Vers l'épicentre écrit-il
Il avale aussi
Des kilomètres
Et puis

Secundo
Il y a beaucoup
De vent
Qui souffle tout autour
Qui remplit les (ba)
Bouches
De sable
Qui grippe les histoires personnelles
On sait pas trop comment
Le doute
Qui souffle tout autour
Le désir
Tout autour
Se balance dans un hamac
Et puis

Tertio
Le doute
Après
On sait pas trop comment
Mais toujours
Il souffle autour
L'attente
Qui grippe
L'incertitude
Le sable encore
Dans la bouche de la femme
Depuis elle a
Mal à la gorge
Elle doute
D'elle même


Quarto
L'homme
Que devient il ?
Tout autour de lui
Souffle le doute
On sait pas trop comment
Ses (ba)bouches sont encore un peu
Ensablées?
On sait pas trop ...

dimanche 19 août 2018

Obscur objet de mon désir

Tu sais c'est pas complètement pour rien que j'écris sur cette musique un peu niaise, ça convient parfaitement à mon état d'esprit, cette espèce de joie mélancolique contenue dans tous les "et si", et j'ai déjà écrit là-dessus, mais avec les "et si" il y a toujours des lignes à ajouter au fur et à mesure, et je suis à la fois heureuse et triste que tu deviennes une de ces lignes, parce que l'aventure était belle -joie-,  mais fragile -tristesse.
Et j'ai déjà écrit là-dessus mais je ne cesse de m'étonner sur le fait que les émotions sont en perpétuelle révolution, du genre qui fait un tour complet tu vois, et j'aime bien ces papillons au creux de mon estomac, et cette légère insomnie, et en même temps j'aime pas ça, j'ai plus 15 ans merde et à 15 ans je ne m'aimais pas, et pourtant j'aimais déjà follement l'amour, du genre à pleurer devant un beau paysage que j'aurais pu contempler main dans la main avec l'amoureux du moment, et l'Amoureux, en ce moment me paraît moins objet de mon désir, ça n'aura qu'un temps je sais bien, mais je n'aime pas quand l'Amoureux est dévalorisé à mes yeux, remplacé par un obscur objet du désir, pour un temps que je ne peux déterminer, et en même temps c'est chouette, ça me rappelle la valeur des choses, la fragilité des relations et la force des liens à maintenir, alors tu vois, c'est compliqué, parce qu'en ce moment je l'aime sans être amoureuse de lui et je suis amoureuse de toi sans t'aimer, mais rien de bien grave en réalité, ce sont de beaux sentiments dans tous les cas, et il est clair que la Camargue exerce sur moi une sorte de magie sensuelle qui m'engloutit à chaque fois que j'y traîne mes guêtres, comme un délicieux filtre d'amour, et que ton accent circonflexe n'y est pas non plus pour rien, ni ton regard d'eau profonde, ni ta voix, ni ton odeur que j'ai capté subrepticement.
Alors les "et si" de ce jour... 
Et si dans le silence du soir contre la voiture...
Et si ma main prenant tes babouches les avaient lâchées pour saisir la tienne...
Et si ton ombre derrière moi dans le soleil...
Et si la crypte déserte...
Et si une panne de bac...
Et si le coup de l'hôtel et moins de pudeur...
Et si le feu de camp aux Alyscamps...
Et si, obscur objet de mon désir...
Alors les "et si" à venir...
Je tremble de t'approcher plus sans pouvoir m'en empêcher et ne m'en veux pas si je reste sur la défensive mais je te désirais, obscur objet de mon désir, avant de te connaître, à cause de tes mots, à cause de cet obscur objet de ton désir que je sentais déjà, affleurant dans un rêve que tu m'as raconté et dont j'étais l'objet, l'obscur objet.
Et pourtant je sais parler, mais ce genre de choses reste souvent coincé au fond de ma gorge, Dieu merci, me restent les contes, les romans et les récits pour me faire entendre à travers l'espace et à travers le temps, pour laisser fondre sous ma langue cet obscur objet de mon désir, pour le sucer et jouer avec entre mes dents à l'infini, afin qu'il ne disparaisse jamais, comme jamais rien ne disparaît jamais chez moi et surtout pas les obscurs objets de mon désir.

"Qu'importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu'importe ce qu'il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n'est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants.
(...)
Ce qui restera est une certaine qualité d'amitié, architecturée par l'estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu'on aura su s'offrir les uns aux autres. Pour tout ça (...) je vous dis merci. Merci."
La Horde du Contrevent, Alain Damasio

 

samedi 18 août 2018

Patte folle

Sur la plage de mon fils vit depuis de longues années une mouette estropiée. Nous l'avons nommée Patte Folle. Et tous les étés, mon cœur se serre à l'idée de quitter cet oiseau en me disant que peut-être, dans un an, son vol gracieux mais si reconnaissable (la faute à cette patte à l'équerre), que dans un an donc, je le chercherai longuement, mais ne le trouverai pas.
Sur la plage de mon fils, de longues années avant sa naissance, quand je promenais de longues pattes de cigogne sous un petit tronc de fillette, je jouais à "on dirait que j'étais", un jour la petite sirène, un jour Aurore, un jour la petite fille aux allumettes. Jusqu'à celles que je piquais, plus grande, pour m'enfiler les clopes de la cache, ado, en crânant pour épater les garçons qui jouaient au volley et que je cartonnais au billard, le sable collé au maillot.
Sur la plage de mon fils, j'ai eu des amoureux, cachés dans les vagues, serrés dans les bras, les jeunes érections et les sentiments troubles des enfants de 14, 15, 16 ans, puis moins troubles, plus francs du collier, plus sûrs.
Sur la plage de mon fils  j'ai appris à goûter le sel de mer et depuis, la glace c'est pas mon truc  j'ai préparé mes premières pizzas avec les raquettes en bois, j'ai marché pieds nus sur la jetée en béton, en long, en large et en travers. J'ai caché mon corps plein et débordant devant les plastiques insolentes et si parfaites des autres jeunes filles à la peau de biscuit. J'ai fait semblant de faire la sieste, j'ai nagé pendant des heures, j'ai défié les gymnastes, sous l'eau c'était easy Baby, j'ai conquis les vagues et trempé sous l'orage.
Sur la plage de mon fils, je le contemple, les paillettes d'or que le soleil jette dans l'eau le cachent à ma vue alors qu'il défie les vagues de toute l'énergie de son petit corps fuselé couleur de biscuit, Patte Folle en suspens au dessus de lui.

Mieux qu'ici, je me trouve pas...

vendredi 17 août 2018

Loup, y es-tu? Dialogue in

Promenons nous dans les bois...
A pas feutrés, dans la nuit, les louves se rassemblent, cherchent la clairière, la couronne des arbres, le lieu secret, au coeur de la forêt abandonnée des hommes. Il y a longtemps qu'ils n'y existent plus, engloutis sous leurs propres cendres.
Et dans mon film à moi, alors que je marchais le soleil dans le dos,
 c'est ton ombre que je voyais approcher...
Loup que me fais-tu?
 Assises en cercle, les louves s'observent en silence, langues pendantes, attendant l'heure des chiens et des loups, leurs beaux yeux jaunes allumés dans la nuit, la brise sur leur échine et les babines offertes. L'étoile rouge en surplomb attend aussi l'heure des chiens et des loups, son éclat pâlissant tout doucement.
Les louves s'allongent sous le ciel grisonnant. Dans la nappe de brume, elles se cachent des chiens et des loups. 
Et dans mon film à moi,marchant le soleil dans le dos, 
je sentais ton souffle de loup sur ma nuque
Loup m'entends-tu?
Dans le sommeil des louves, la forêt désertée et silencieuse s'anime du passage solitaire des chiens et des loups, aveugles à la présence, à l'odeur, à l'abandon des louves, tapies dans la clairière.
Et dans mon film à moi, marchant le soleil sur l'échine, 
ton ombre me déshabillait en m'emmenant dans les vagues. 
Sans voir ni ton corps ni ton visage,mais sentant ta peau, ta barbe et 
ton souffle m'engloutir dans la vague et 
plonger dans ton sel, épouser ton désir et 
m'y fondre.
Loup me veux-tu?
L'aube se lève sur la clairière, l'heure des chiens et des loups les a emportés loin de l'assemblée des louves endormies.

Loup, y es-tu?
 
 

mercredi 15 août 2018

Pêcher les calamars

Tu veux qu'on en parle, des bancs de flamants roses?
Tu veux qu'en en parle des aigrettes?

Ou tu veux de l'aigrette au fond de ta bouche à mesure qu'on arrête de parler de pornographie littéraire pour la faire, à mi-chemin du monde qui passe tranquille à cheval sur les plages. J'aime pas les chevaux sur le sable. Pas leur place.

Et voilà. On dévie. On dévisse.

Alors que je le sens, le pulse du sang qui afflue et qui me gonfle. Là, en bas, presque comme un mec.
Pourquoi presque?
Parce que ma teub à moi, mec, elle est cachée et bien cachée.
Aussi bien que les calamars dans les rochers de Méditerranée et qu'ils est simple et difficile de l'approcher.
C'est subtil les teubs des filles. C'est comme se perdre dans le maquis et entendre battre son coeur dans les tympans pendant que le sexe se gonfle.

Alors on y va, on inspire fort, on bloque et on plonge la tête les bras c'est pas froid, curieux, le tronc et le bassin bien campé. Et ça bat fort là aussi, fort et régulier. Le pulse du sang qui afflue. Et rentrer tout à fait dans mon eau de femme et sentir que je m'enroule autour de ta jambe en silence et en douceur, c'est trop tant de douceur et de silence que t'en cries au fond de l'eau.
Mon fond de femme est obscur et graveleux, ni plus ni moins que les autres, il est peut-être unpeu plus délicat à mesure que tu me pénètres parce que ma teub, mec, elle est cachée et pourtant elle existe.

Parlons pas littérature, veux-tu?

Le chant des enfants morts

Je chante pour tous les enfants morts.
Je chante pour la tienne dont je n'ai pas osé te demander le nom, alors je vais l'appeler Inaniel, juste pour moi, parce la chanson que j'écoute me chante tous les enfants morts et je n'en comprends pas les paroles.
Je chante pour tous les enfants morts, ceux qu'on a connu, ceux qu'on a pas connu, les nôtres et ceux des autres, de tous les autres à travers le monde infini et vaste.
Je chante les enfants morts dans leur sommeil, les enfants morts en mer et ceux morts en mère.
Je chante les enfants morts en vol, parce que ce monde est aussi beau qu'impitoyable et qu'il n'y a que les enfants pour en saisir sans le savoir l'étendue redoutable.
Je chante les enfants morts après avoir écrit un texte sur le sexe, parce qu'après tout les enfants sont bien conçus dans le sexe, c'est de là qu'ils viennent.
Je chante pour les enfants morts.
Je chante avec tous leurs parents, en silence, en chagrin, en déroute, en douleur, en vie toujours, ou morts avec eux, en même temps que s'éteignent leurs enfants, ils meurent un peu aussi.
Je chante les enfants morts, à travers les âges, de la folie des hommes, je chante la révolte impuissante des enfants morts face à la brute barbarie des adultes, je chante l'injuste.
Je chante les enfants morts bien qu'encore vivants, happés, raptés par la prédation furieuse de ce monde de fous qui les transforme en marchandises, en esclaves ou en rien du tout, commes une plante pourrissante.
Je pleure les enfants morts en mère et ceux retrouvés par les pères.
Je chante les enfants et la mort.
Inaniel


Accent circonflexe et amandes fraîches, dialogue in

Incomparable douceur
Les amandes fraîches
La bouche pleine de sable
Frotté mes cuisses dans la voiture
J'me suis fait quelques films
Osés
Mais jolis
En pensant à l'accent circonflexe de ses sourcils
Et son regard
Pénétrant ça oui
Voilà
Les babouches pleines de sable
Dessins éphémères
Devant la mer
Le coup du rond-point
Pour sûr c'en était une d'aventure
Accusant l'accent circonflexe de ses sourcils
Et le film qui dérive un peu
Frotté mes cuisses dans la voiture
Même que le sable était déjà parti.
Osés 
Mais jolis.

vendredi 27 juillet 2018

A base de poh poh poh

Poh! Poh! Poh!
C'est comme ça qu'a résonné le tonnerre quand, enfin, après des jours des heures de supplication des corps écrasés, en cet état de stupeur que seules peuvent en produire des canicules millésimées, quand disais-je un salvateur grondement s'est fait entendre et suivre de gouttes grosses comme, je te mens pas, des balles de tennis.
Et puisqu'on parle de nuances, laisse moi te dire que ces derniers jours en ont cruellement manqué question température. Et la réponse noire des nuages également. Des balles de tennis sans blague, puis un rideau, non un double rideau occultant. La pluie. Voilà. Un truc sans nuances. 
Mais elles se cachent, toujours. Dans les fissures d'asphalte, sous les feuilles cramées, sur les capots empoussiérés des bagnoles, dans les mirages ondoyants des routes alors qu'il n'est même pas 11h du matin. Alors, d'un coup, quasiment sans préavis...
Poh! Poh! Poh!
J'ai cru avec frayeur que les balles de tennis étaient de plomb fondu tant la texture de l'air à leur contact est restée brûlante. De l'air à découper au couteau. Un air à mâcher tant il est dense. Et puis la fraîcheur, une bulle de champagne, une gifle aux feuilles des arbres, la poussière des trottoirs remise à sa place, et du monde aux balcons, t'imagines même pas, hommes femmes enfants vieillards, installés zarma, comme si on jouait la première de Rigolleto. Tous volets et fenêtres ouvertes pour chasser, enfin, chasser cet écrasement. Depuis les rues s'emplissent de bruits humains, la vie renaît dans les quartiers, à la faveur de l'orage. Sur mon balcon, l'air a pris le goût de la menthe et l'odeur du thym citron, les pélargoniums, relèvent la tête et défient à nouveau crânement les vieux arbres du parc d'en face. Le vent fou s'est calmé. Fin du sprint. Course de récupération. Respire...
Tu sens?
L'odeur de foin mouillé des maigres touffes d'herbe qui nous restent, celle du goudron brusquement refroidi, des fleurs d'arbres tombées au vent d'honneur...
Tu vois?
Les traînées de poussière sur les vitres arrières des voitures comme des trainées de larmes sur un visage crasseux, les feuilles rutilantes des arbres comme un brushing tout neuf, les visages plus ouverts, les marches alenties nez en l'air, sa fraîcheur retrouvée est meilleure qu'une première gorgée de bière...
Evoquer ces nuances à la tombée du soir et faire rêver un rêveur. 
Un de ces trucs qui n'ont pas prix.
Fin du sprint. Un regret cependant.Un souhait formulé timidement aux nuages qui m'ont abreuvée ce soir...
J'aurais aimé la voir cette éclipse...



mercredi 25 juillet 2018

Tout ce qui sort de terre

Dans le jardin de Gilles, j'ai vu plein d'abeilles, mais aucune guêpe. 
Dans le jardin de Gilles, Khadija entre, s'assoit pour reprendre son souffle sur un banc vermoulu, c'est que le trajet en bus était éprouvant, la chaleur accablante et ses sacs bien lourds. 
A l'ombre de la caravane repeinte en bleu nuit dans le jardin de Gilles, les discussions vont bon train, les enfants se disputent les jouets abimés et laissés là pour qu'ils les prennent, les cloches tintent aux cous des chèvres. 
Ceux qui jamais ne s'arrêtent dans le jardin de Gilles s'étonnent toujours de la taille du troupeau. Comment? Tant que ça? Au pied des immeubles?
Dans le jardin de Gilles, le bouquet de menthe est gratuit et Khadija en coupe de généreuses branches, elle est plus parfumée quand il fait très chaud nous explique-t-elle. 
Dans la jardin de Gilles, les enfants se piquent les pattes aux orties et soulagent leurs piqures en y frottant du plantain. 
A l'ombre de la caravane repeinte en bleu nuit dans le jardin de Gilles, on peut se perdre dans la contemplation des dessins d'Emmanuela, de subtiles touches blanches, étoiles piquetant la tôle bleu nuit de la caravane. 
Dans la jardin de Gilles, on est libre. Tout simplement parce qu'il est libre lui-même. Tout simplement comme tout ce qui sort de terre sans aide, sans attention particulière, qu'on laisse pousser, monter en graine, se disperser au gré des vents. 
La bergerie des Malassis est une graine qui s'est plu au pieds des immeubles des Malassis, qui s'est profondément enracinée et dont les rhizomes s'étendent bien au-delà de ces bâtiments qui l'enserrent.
Le jardin de Gilles ne fait pas rêver les prédateurs du béton, à moins qu'on ne parle que de sa surface exploitable. Les étoiles sur la caravane bleu nuit non plus. Ni les orties, la lavande, les poules ou les chèvres. 
Le jardin de Gilles est aussi mon jardin, celui de mes enfants, celui de toutes les Khadija qui en connaissent un rayon sur le moment où la menthe doit être cueillie, celui de tous les vieux bergers échoués sur le bitume brûlant de la cité, celui de tout ce qui, librement sort de terre. 




jeudi 28 juin 2018

les corbeaux crient la nuit

Seule la nuit tombe dans ses bras. 
C'est le titre d'un livre qui sortira dans quelques semaines. 
Et se remémorer la nuit et le tourbillon des corbeaux et leur chant, au cœur du rêve. Je me serais crue dans un film de Miyazaki, une espèce de grande Chihiro, une sorte de Mei adulte, endormie au fond d'un trou ou dans une clairière. 
Il y a des promesses dans le chant des corbeaux, ça ira, ça ira, ça ira...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
La nuit c'est déjà pas si mal à retenir entre ses bras, à entourer de ses jambes. 
La nuit, j'ai l'impression que la houle se fait plus profonde, le vent plus fort, le cri des oiseaux plus rauque et son haleine plus chaude et chargée d'un parfum d'intime. Et la tête nichée au creux de son ventre, le corps s'est senti soulevé par la vague du bassin de l'Au.
Quelle force! quel envol...
Mais seule la nuit tombe dans ses bras. 
Les oiseaux en cercle dérivent et encouragent la grande Chihiro de leur chant inquiétant. 
Mei me fait penser à ma propre fille. 
Comme je me souviens d'avoir laissé flotter mes pensées dans la forêt, au bord de la mer, sur le rail qui traverse la lagune pour rejoindre Venise, sur le fil des montagnes, du bout des yeux, du bout des doigts, du bout des lèvres, enfin pas tout le temps c'est vrai. J'aime écrire la nuit. La nuit chaude comme le souffle de l'Au me rapporte sur les ailes des oiseaux de retour au nid, des chants du bout de la ville, du bord de mer. Peut-être y avait-il un ou deux corbeaux sur un toit alors que j'attendais l'heure de tomber dans les bras...
C'est étrange de se sentir des émotions d'enfant à certains moments importants. S'émerveiller pour un rien autant que s'effrayer, vouloir rester là jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que son corps entier vibre de toutes les fibres de l'instant, et en soit saturé, à ne plus jamais l'oublier. 
Les enfants font cela, quand elle niche sa petite tête dans ma jupe, mais oui, dans les jupes de sa mère, en la serrant de toute la force de son poing minuscule, quand elle s'accroche à mes cheveux au moment de dormir en émettant ce tout petit miaulement lancinant qui accompagne son sommeil. 
J'ai fait cela à la nuit moi aussi, je me suis remplie de son odeur, inchangée, j'ai reniflé son cou, ses clavicules, ses doigts, ses cheveux, ses aisselles, j'ai bu sa sueur et enfoui ma tête dans son bassin, ce soir où l'Au. m'attendait...
 
Seule la nuit tombe dans ses bras, je n'y suis pas restée.
Dans mes bras, la caresse d'une plume, une sensation de houle puissante et l'écho d'un cri rauque dans l'air, ça ira, ça ira, ça ira...

jeudi 7 juin 2018

Pas si simple

Ça devrait être simple
Et ça ne l'est pas
Remettre la jupe ancienne dans le coffre
S'échiner à remonter cette putain de fermeture éclair
Quel est le con qui a écrit une théorie sur l'écoulement du temps déjà?
Ce devrait être simple
Dire non
Dire oui
Ne rien dire
Oser cette fringue toute neuve et un peu provoc
Ça  devrait être simple
Signer une pétition pour qu'un jeune homme ne soit pas expulsé
Et ça ne l'est pas
Combien sont-ils à crever dans des boites à Hong-Kong?
A flotter à la surface de la Méditerranée?
Ça devrait être simple
Ne pas abolir son humanité par peur et haine de l'autre
Par appât du gain

Et putain qu'on m'explique comment ça se fait que des êtres humains, des familles entières vivent entassés les uns sur les autres dans des tombes illégales, que d'autres fuient la guerre, la famine, l'endoctrinement pour se retrouver piégés par des murs, des barbelés, des vagues et des abysses infernales, des déserts, sous le feu des fusils et les cris de rejet, qu'on m'explique pourquoi les pires pourritures du genre humain dépensent des milliards pour fabriquer des robots, pour abolir toute humanité de nos vies, et comment ça se fait qu'on ne les a pas encore foutu à bas de leurs tours, qu'on a pas piqué leur pognon pour rendre la vie plus belle à tous ceux qu'ils font souffrir, il n'y a pas un être humain qui ne rêve pas d'être un peu peinard dans la vie, sans rien demander à quiconque, sans faire chier le monde pourvu que le monde ne le fasse pas chier en l'obligeant à vivre une vie de sous-homme, incapable de rien sans GPS, sans domotique et sans ordre émanant d'une pourriture à demi morte parce qu'éloignée de l'essence même de la vie, qu'on m'explique pourquoi une piste de ski aux portes de Paris a plus de valeur que mille ruches, que tu m'expliques pourquoi tu es incapable de me prononcer la moindre parole un peu sincère, en as-tu seulement conscience, bien sûr que oui, tu n'es pas un imbécile, et je me sens révoltée, que je t'explique pourquoi je suis incapable de ranger cette jupe et d'essayer cette fringue toute neuve, heureusement il y a l'amour, l'attache, les enfants et toutes ces belles choses qui me tiennent parce que sinon, le vent de la révolte et ses multiples souffles grands et petits m'auraient déjà balayée et éparpillée en mille petits fragments de moi, parce que ça me révolte vois-tu tout ce qu'on fait de mal alors que bien faire n'est pas si compliqué.

Ça devrait même être simple. 


lundi 28 mai 2018

Faites des mers

Au début, une masse de boucles sur le visage, et la joue poudrée et pleine d'odeurs de fleurs, de mousse, de forêt et de vent, au début était le ventre. Qui de la poule ou de l’œuf? Puis paraît-il qu'une explosion extraordinaire concentra les forces, les dispersa, les aggloméra puis l’œuf. 
Au début, une faux trancha les organes d'Ouranos qui se perdit dans l'immensité, Gaïa respira enfin. Et depuis les hommes tiennent le monde. Et qu'est-ce que le monde?  
D'un petit corps en composition, d'un petit corps tout plein de sécrétions au goût de mousse et de forêt et de fumée, on tient au creux de ses bras l'intensité du big bang, d'une masse de cheveux sombre penchée au dessus d'un souffle endormi, on embrasse la totalité du monde. Parce qu'un corps est un monde à soi tout seul et, de par l'explosion du passage, on devient un monde en soi, Gaïa et Ouranos incarnés dans un corps de femme, à peine né qu'il est déjà scindé en cette nécessaire séparation qui permettra à l'enfant d'enfin respirer. Et depuis les hommes tiennent le monde. 
Et qu'est-ce que tenir? Une main en coupe sous la nuque de l'enfant tient dans sa paume l'infini sans même s'en rendre compte, comme si ça valait mieux. Et qu'est-ce que la valeur d'un monde entier dans le creux de sa main? 
Au début était le ventre, qui servait de frontière entre le ciel et la mer, entre le ciel et la terre. Et qui de la poule ou de l’œuf, sans que ça ait la moindre importance. Le temps qu'il faut pour mettre au monde un monde en soi est si élastique qu'il peut s'étendre sur des jours entiers et ne durer qu'une poignée de secondes. Au creux des ventres interviennent plusieurs explosions, chacune un petit big bang en soi, cosmogonies particulières et sans cesse répétées dans l'ignorance parce que les hommes tiennent le monde. Alors prendre la mer et voir de ses yeux les lignes d'horizon se confondre en un seul monde, en un ventre tourné vers un autre, éternellement suspendu au-dessus, plein d'odeurs de vent, de pluie, d'écume et de sable. Alors prendre le désert et entendre le souffle chaud sur les dunes ventrues. Alors prendre les forêts et sentir les gouttes adoucir l'espace au faite des arbres et les graines déchirer leurs gangues sous la terre et forcer le passage jusqu'à la lumière. 
Les hommes tiennent le monde, sans savoir qu'ils en sont un eux-mêmes, un monde en soi.

"Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l'éternel qui tient le monde et les hommes." Christian Bobin


vendredi 18 mai 2018

L'attente des dragons

Lentement balloté par les flots, le frêle esquif s'était éloigné, à mille miles de toute terre habitée, rien devant rien derrière, que l'eau et l'infinité de l'horizon pour seule compagnie. Le gris d'en haut dilué dans le gris d'en bas, et le frêle esquif au milieu. 
Il paraît qu'après la mer se jette dans le vide, hanté par les dragons affamés. 
Dans un coup de vent, le frêle esquif s'est engouffré dans l'embouchure, s'est fait happé par la vague profonde et puissante, plus rien que le gris d'en haut dilué dans le gris du bas, et d'après ce que les histoires chantent aux oreilles des marins, derrière la mer se terrent les dragons et jamais les esquifs, surtout frêles, ne sont retrouvés. 
Le vent s'était levé, déchirant les flots et les cieux, engloutissant le frêle esquif sous sa houle, balançant l'armature qui s'abandonna sans résistance à la force qui en prenait possession. Entre deux bourrasques, sentir dans l'accalmie les craquements du petit bâtiment, penser à sa terre, à ses falaises piquées de nids d'oiseaux, à ses plantes. 
Le vent reprenait son souffle et puissamment envoya le frêle esquif voltiger, avaler des paquets de mer et de sel vivant. Les lames de fond écrasant le pont aussi violemment qu'une caresse, le vent envoyant son haleine chaude sur le mât, gonflant les toiles aussi intensément qu'un murmure, toute frontière dissoute dans le gris d'en haut mêlé au gris du bas. Apportant aux narines une odeur familière et lointaine, comme oubliée au fond d'un coffre. 
Au bout de la dernière bourrasque, les voiles s’affaissèrent lentement, comme étourdies, couvrant le frêle esquif de leur tissu humide, à travers leurs déchirures, le ciel avait changé de teinte. Le noir du haut se détachant du gris du bas. 
Lentement balloté par les flots, le frêle esquif avait comblé la distance qui le séparait de toute terre habitée. Au loin la terre, les falaises piquées de nids d'oiseaux, les plantes.
Et découvrir que la terre est ronde.

Partir, Revenir

Pousser une porte est difficile,
 franchir un seuil est simple.
S'apparenter au souvenir d'un corps,
voyager sur un chemin connu,
la simple balade et le sourire qui ne s'éteint pas sur les lèvres, malgré tout.
Partir ne fut pas simple.
Revenir fut magique.
La simple beauté du geste.
Dans une étreinte,
revenir à la fin d'un temps révolu,
sitôt accompli, sitôt envolé dans une volute bleue.
Dans une étreinte,
partir.
Regrimper dans l'arbre
garder de l'équinoxe un tremblement.
Rien n'a changé 
pourtant tout diffère.

lundi 7 mai 2018

C'est pas que tu soies pas sexe mais t'es  au moins aussi relou.
Tes mots m'embrochent et me font grimper le thermomètre. Mec tu mec-sites et une valise est vite défaite en fait !
Et qu'à chaque pas que je fais tu te casses en sens inverse, mais chéri, si tu avances quand je recule, comment veux tu que
Je te brûle ? 
C'est pas que tu soies pas sexe
Mais  t'es au moins  aussi  relou
Et si j'avance quand tu recules, comment veux-tu que
Je te canicule ?
Faut le faire ce remake, mec, tu le sens pas le magma qui remonte, qui pousse au cul, qui poisse l'atmosphère. Mais chouchou, si tu avances quand je recule...
Sors de ta bulle 

mardi 10 avril 2018

Les justes n'ont rien à prouver.

Comme des gorilles dans des brumes qu'ils auraient eux-mêmes fabriqué. des brumes aux odeurs acres et piquantes, de celles qui font sortir les mouchoirs et éclater les sillons de sang au fond des yeux.
Comme de gros crabes malfaisants en plein cœur du bocage.

Les justes n'ont rien à prouver aux faibles. ce pourquoi les faibles déploient l'intensité de leur force dans la bagarre, et elle sera violente à n'en pas douter. Parce que les justes n'ont rien à prouver.
Il n'est pas besoin de prouver qu'une terre se respecte et se cultive plutôt que de la laisser engloutir sous les chenilles des prédateurs du béton, il n'est pas besoin de prouver qu'on ne devrait jamais matraquer ses enfants, ni maltraiter ses vieillards, il n'est pas besoin de prouver que lorsqu'un pouvoir outrepasse ses prérogatives et violente ses populations, elles ont pour devoir de ne rien lui prouver, si ce n'est leur détermination à lui résister, voire à le combattre.
Les justes n'ont rien à prouver aux faibles, et n'ont de justification à donner qu'à eux seuls et à l'humanité qui survit en eux.