lundi 27 novembre 2017

Nom de domaine

Ça  me fait royalement suer. Une véritable tannée. 
Et pourquoi donner un nom à un domaine? Et pourquoi ne puis-je arpenter librement ce domaine, sans lui donner de nom? Parce que, vois-tu, je trouve que c'est étrange de toujours tout nommer comme cela, et on ne pourrait pas juste s'y promener, sans s'abrutir d'une masse de papiers, parce que, tu comprends c'est qu'il n'est pas si vaste ce territoire que mes pieds souhaitent fouler, un peu comme un sentier le long d'une petite rivière, avec des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle.
Et puis ces mots que je ne comprends pas, internet c'est vraiment l'extension du domaine de la lutte. Je ne souviens pas avoir eu à tant lutter pour trouver un nom à mes enfants, c'est dire comme c'est venu naturellement, évidemment c'est gratuit les enfants, je les ai fait par envie, par plaisir, un peu par nécessité aussi, mais c'est une autre histoire ça, je ne pouvais vivre sans enfants mais ça c'est une autre histoire.
Et puis tiens aussi, si je l'achète ce nom, je n'aime pas acheter des noms, ni des domaines d'ailleurs, cela signifiera-t-il que je devrai mettre des clôtures autour de mon territoire? Parce que, vois-tu, je n'aime pas les clôtures, ni les barrières, ni les murs, ni les portes fermées et c'est un sujet de discorde avec l'Amoureux, parce que je ne ferme jamais la porte à clé, ce qui me fait sourire, parce que c'est que ce qui l'avait séduit chez moi, cette porte ouverte, mon territoire aux quatre vents, ça a toujours été le cas. Et comme j'ai gueulé quand on nous a démoli notre petit portillon pour mettre à la place une porte de prison de trois mètres de haut, avec digicode, comme si ce domaine HLM de banlieue était un territoire à défendre contre des prédateurs sans nom. Il faut payer cher pour ériger des barrières.
No Pasaran! 
Tu parles, des grilles ça se franchit comme un rien si t'as un peu de ressort dans les jambes.
Pourquoi je parlais de ça? Parce que le territoire ne devrait appartenir à personne, chacun pourrait avoir le droit de le nommer, de l'identifier à sa manière, et tu sais comme j'aime pas les verrous et les portes fermées qui ne laissent rien filtrer. 
Et ça me fait penser à l'Amoureux, qui dit que tout le monde ment, même moi, même lui, surtout lui, c'est logique, qu'une fois la porte fermée, on ne sait jamais ce qui se passe. 
Et c'est vrai que par moments c'est pas faux, ces histoires de mensonges et de dissimulation mais bon, que veux-tu que je lui dise? Même si je ne suis pas d'accord avec lui, c'est vrai que j'aimais bien ces petites cachotteries, ces échanges troubles, ces fantasmes nés de mes souvenirs, mais là-dessus ce n'est pas moi qui décide, parce que je ne suis pas seule à arpenter ce sentier et libre à moi de le poursuivre et libre à toi d'interrompre la marche, mais bon de toute façon on s'en fiche vu que ce sentier n'est pas inscrit au GR, qu'il n'a pas de nom.
Internet c'est vraiment l'extension du domaine de la lutte. Et ça tu vois, j'aime pas.