samedi 11 novembre 2017

Ceci n'est pas une charlotte aux poires

Le chat s'étirait, longuement, en prenant son temps. Un bâillement plein de canines sorties et la pointe de sa langue râpeuse. Sur les tuiles chaudes. Démarre la toilette.
Je me suis fait une toilette de chat
Indifférent aux bruits du monde. Rien qui ne l'intéresse le greffier, à part ce couple de pigeons en goguette. 
Qui s'bécotent sous les bancs publics
Et la radio braillait un air de catastrophes, comme d'habitude, un nuage radioactif, des profanations de stèles, des marches blanches en mémoire des joggeuses, des paradis pas perdus pour tout le monde. Sous le ciel gris, de ce matin, pas un chat pour faire sa toilette. Mes pigeons, disparus. Envolés. Rien qu'un tapis de feuilles mouillées pour ce jour à la mémoire de nos arrières-arrières grand-pères. Un tapis de feuilles pourrissantes pour recouvrir une année de plus. Leurs jeunes corps et âmes collées les unes aux autres dans la boue. 
J'ai coupé la frange de ma fille.
On dirait Jeanne d'Arc.
Distorsion entre rêve et réalité. Les yeux fixés sur le chat, j'envoyais les mèches de ces cheveux dans la gouttière, ça rendait bien, impeccable. Étalé de toute sa longueur, de toute sa langueur. Deux trois mèches s'attardaient sur le dos emperlé de sueur. C'est qu'il fait chaud ici à la fin de l'été. 
Et dans le rêve, cette chambre au niveau de la mer, entièrement vitrée, qui se transforme en Nautilus à mesure que monte la marée. Et un pullulement de créatures qui vivent derrière les fenêtres de la chambre engloutie. Et les cheveux collés. Encore.
C'est quand il commence à faire froid et gris et mouillé et nuit que miaule longuement le chat du toit d'en face. Qu'il s'étire de toute sa langueur.
Qu'il se tire. 
Et entre deux bouchées de charlotte aux poires, je ne peux pas résister. Ces couches de plaisir dans la bouche. 
Biscuit, mousse, ganache, fruit.
Déglutir.
S'étirer.
J'ai pensé à Magritte.
Ceci n'est pas une pipe.
Que je prends dans ma bouche.
Ceci n'est pas une bite.
Un long bâillement  de contentement, j'ai avalé le tout avec une gorgée de café noir.
Un autre bouchée, pleines dents. 
 Je me suis dit, voilà, si la pipe avait la saveur de la charlotte aux poires...