dimanche 5 novembre 2017

Entre parenthèses

Voilà une expression typique de ma grand-mère! 
Non, parce que, entre parenthèses, elle était vraiment de toute beauté...
Et alors?

Bah alors la parenthèse c'est un truc de vieux. De vieux qui se rappellent avoir été jeunes.De vieux qui digressent en plein milieu d'une phrase. De vieux qui mettent leur film sur pause, histoire de prendre un chemin de traverse au milieu des souvenirs, comme on irait survoler une clairière à la lumière filtrée par la couronne des arbres. 
La parenthèse. C'est un mot compliqué. Et tu as remarqué comme le mot parent est issu du masculin. Ça doit être pour ça alors. 
Pourquoi la parenthèse, ce mot féminin composé d'une essence masculine, n'obsède-t-elle que les femmes? Pourquoi les femmes, les mères mettent-elles des parenthèses à toutes les sauces? 
Pourquoi ce besoin de la clairière tout d'un coup, alors que d'ici à ce que je rejoigne ma grand-mère sur le terrain de la mélancolie, j'ai le temps? Largement.
Non parce que, entre parenthèses, on était de toute beauté les meufs.
Tu as raison, Lapin, la maternité nous transforme. Ça doit être ça. 
La parenthèse nous entoure, nous englobe et nous rassemble en ce que nous étions, en ce que nous sommes, en ce que nous serons.
Entre parenthèses, si on disait autrement ce serait plus rigolo.
J'étais une enfant douce, aussi douce que la chanson, j'avais peur, j'avais de l'espoir, j'avais des envies de robes couleur du temps, je lisais avant de savoir lire. J'étais une jeune fille amoureuse de chaque regard un peu ténébreux, j'avais peur, j'avais de l'espoir, je ne reconnaissais pas le désir de l'autre, je me cachais pour fumer, j'avais des envies de noir et blanc et de chapeau sur la tête, je lisais plus que ce que devais lire. J'étais une jeune femme étouffée par sa propre audace, j'étais douce, aussi douce que la chanson, j'avais dans mon corps le pouvoir de rendre amoureux fou, j'avais dans mon corps le gouffre absolu d'où chante l'oubli de soi, j'avais peur, j'avais de l'espoir, j'avais des envies de jouissance et d'envol. Je suis une femme déchirée et recousue, une poupée maintes fois couturée, je suis douce, aussi douce que la chanson, je suis solide et caressante, j'ai des envies de robes couleur du temps, de fumée de cigarettes sur fond noir et blanc, de tout petits corps à extraire de moi, de cheveux à respirer au fond de la nuit, de poids sur mon corps endormi, de solitude glacée en plein soleil, de conversations pleines d'outrages à la morale, d'une ambiance de meufs à la Tarantino. J'ai de l'espoir et j'ai peur.
Tiens c'est inversé?
Oui
Un jour une vieille femme... Douce aussi douce que la chanson que me chantait ma maman. Avec une robe couleur du Temps...

Entre marenthèses c'est plus rigolo.
Les meufs?
Toujours...