jeudi 14 décembre 2017

Injonctions contradictoires

Il faut laisser libre cours à ta nature, à ta spontanéité, à ta capacité de découverte
Ne te roule pas par terre, tu vas te salir voyons!
Sois gentille
Ne te laisse pas faire, attaque putain!
Il va falloir que tu apprennes à partager
Laisse ça, c'est à moi!
Protège toi
Prends des risques! 

Je n'ai pas le souvenir d'en avoir bavé, du moins pas trop, dans cette cour d'école à l'ancienne, goudronnée et tilleuls, encore que... 
J'ai le souvenir d'un tout petit baiser derrière les toilettes, au fond de la cour, Jérôme il s'appelait, et comme il s'était fait charrié parce que j'étais la fille de la maîtresse.
Rien à foutre, elle est gentille et j'aime lui tenir la main.
Il n'y avait rien de compliqué, dans cette cour d'école, à part ce sentiment ambivalent de ne pas appartenir à la caste des autres élèves, qui rentraient chez eux déjeuner, je restais à l'école. Ma mère était la plus belle maîtresse du monde. Tous les garçons étaient amoureux d'elle, j'ai le souvenir d'un qui avait dévalisé le coffret à bijoux de sa mère pour offrir des boucles d'oreilles à la mienne, Damien il s'appelait.

Fais-moi plaisir,
Fous moi la paix!
Débrouille-toi
Mais demande moi quand tu ne sais pas!
Ce qui compte c'est la transparence
Toute vérité n'est pas bonne à dire!
Faut savoir penser collectif
L'enfer c'est les autres!

Ça va faire un peu vieux con mais je n'ai pas le souvenir d'en avoir bavé, du moins pas trop, avant que la technologie ne m'attrape, quand je savais encore laisser les autres dans leur espace, dans leur vie, quand je pouvais les imaginer, les rêver et non les suivre, les commenter, les espionner presque. Les désirer, dans tous les cas, les relier à moi de manière artificielle, ça fait un peu vieux con, et c'est là que je vois que je vieillis, parce que j'ai la nostalgie de cette cour d'école goudronnée avec des tilleuls et des chiottes au fond de la cour, portes en bois, toiles d'araignées, la totale, et on se retenait comme des malades en hiver ou par temps de pluie pour ne pas sortir de la classe, et on chouravait des craies et on allait commettre un petit graffiti derrière les portes en bois, un truc du genre "Jérôme + Quisas = amour", un truc qui fait rougir les uns et marrer les autres, rien de méchant.

Y a des trucs, faut pas rigoler avec
T'as pas d'humour ou quoi?
Ce que j'aime bien chez toi, c'est ton ouverture
Quoi non?! ce que tu peux être fermée bordel!
Vraiment vous devriez être plus mordante 
Je tiens à vous féliciter pour votre approche bienveillante
Nous sommes une équipe, un homme une voix!
De toutes façons c'est moi qui décide!
Tu fumes toujours? tu sais que c'est mauvais?
Allez d'accord, encore un petit, pour la route hein!
Faut pas se faire mal dans la vie
Il faut souffrir pour être belle
Faites ce que je dis
Ne dites pas ce que je fais

Je n'ai pas le souvenir d'en avoir bavé, du moins pas trop. mais sans doute ai-je la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien. La puissance du corps et de l'esprit, et j'ai appris cette semaine que les grecs, ça fait vieux con, que les grecs disais-je avaient presque dix mots pour exprimer l'amour, et j'ai trouvé ça chouette, on néglige le pouvoir des mots justes, de la langue juste. Tout est plus simple quand la langue est juste.

Un pour tous, tous pour un
Chacun sa merde! 
Le problème avec vous Quisas, c'est que vous êtes de parti pris
Choisis ton camp, camarade!
C'est déjà une gageure de faire avec ses propres contradictions, c'est déjà une gloire de se supporter avec ses incohérences. Aimer ses imperfections, non pour s'aimer soi-même mais parce qu'elles existent, malgré nous. Je n'ai pas le souvenir d'en avoir bavé, du moins pas trop, en leur laissant de la place dans mon cerveau, en leur laissant la parole.

J'aimerais foutre mon téléphone au feu
Pourquoi ça n'appelle pas?
La sainte trinité, la mère, la femme et 
La putain
Mon dieu que c'est réducteur
Je me sens d'attaque pour une bonne baston
J'aimerais avoir la paix
Être seule
Entourée
Cultiver mon jardin secret
Combien de vues?
Faire la ronde dans une cour d'école
Ne jamais y retourner
Me dorer la pilule
Me geler les fesses
Pleurer
De rire

Retrouver la langue juste. En finir avec les injonctions contradictoires.









lundi 4 décembre 2017

Avec des si

Je me demande avec combien de si j'arriverais à tout faire rentrer dans une bouteille. Elle serait bien jolie, la couleur légèrement fumée, avec un sacré culot.
Je sais ce que j'y ferais rentrer dans cette bouteille. 
Mon Sindonémo, mon beau bateau. Le refuge de mes plus belles heures de sommeil, entre ciel et mer. J'y ferais rentrer sa houle tranquille et ample, et les abdos qu'avait imprimé sur mon ventre ce roulis de chaque jour. J'y ferais rentrer mon mal de terre, j'avais jamais vu ça...
Ma rue des douaniers et le chat qui dort sur les tuiles et le chantier et les sacs de ciment que je voyais par la lucarne de la salle de bains. J'y ferais rentrer la mezzanine et le jus d'orange pressé. Le riz long et la plainte des moustiques.
Mon Poulailler en travaux. La laine de verre sur les poutres et le pistolet à clous. Une partie de cache-cache nue sous la neige avec juste une chapka, fallait speeder pour me trouver. Une casquette de contrôleur SNCF et une vieille Panda 4x4. Des flancs de montagne rouges et un parfum de oud dont je conserve la bouteille vide.
Mon studio tout petit. Ma rue de l'alouette. Mes guirlandes, mes cartes postales et mes carnets. Mon four de nain et mon orchidée jaune à l'odeur de citron.
Mon amphi et les têtes de mes copains qui se relevaient hilares et blafardes du Poppers inhalé en douce et Quisas tu nous fileras tes cours, on a rien capté. Les révisions lues à voix hautes avec tous les accents de France et de Navarre et de bien plus loin encore.
Mon fond de jardin et le trou pour pisser debout, les haricots à rame, les pieds de tomates et les tortues. Le seau bleu et le couteau pointu. Les cendres des Gauloises et l'eau de Cologne. La brosse en plastique ronde.
J'y ferais rentrer Flaubert, Djian, Carver, et Sepulveda. J'y ferais rentrer un fou rire devant Danse avec les loups, une pluie de larmes et des caillots de sang devant Dumbo, des nuits sans sommeil contre le corps de mes enfants, une langue passée sur mon œil ouvert, ma langue passée sur son corps un soir d'orage, ses cris brutaux entre mes jambes et mes dents imprimées sur ses épaules, ses yeux plissés en un sourire de bison triste, ces chemises et ces tee-shirts que je passais sur mes épaules, ces discussions sans fin avec ce Cher, ces mails échangés que j'ai depuis perdus.
J'y ferais rentrer Burton, Ivory et Almodovar. Ces yeux embués de ma poule dans nos grandes occasions.
J'y ferais rentrer mes cabanes en forêt, mon doigt coupé à la machette, les bogues des châtaignes et la harde de sangliers, une lettre retrouvée, des petits mots pour moi la petite, le silence et les longues conversations. L'espoir, l'attente, la déception, le désespoir, l'amour, le bonheur tout simple et le bonheur tout compliqué. La révolte et la nausée. La fatigue et le courage.
J'y ferais rentrer la mer Méditerranée et les épines de pin, le chant des cigales, le cri des mouettes, l'écoulement de la rivière glacée et une séance photo un peu particulière. 
Avec des si, on met Paris en bouteille.


lundi 27 novembre 2017

Nom de domaine

Ça  me fait royalement suer. Une véritable tannée. 
Et pourquoi donner un nom à un domaine? Et pourquoi ne puis-je arpenter librement ce domaine, sans lui donner de nom? Parce que, vois-tu, je trouve que c'est étrange de toujours tout nommer comme cela, et on ne pourrait pas juste s'y promener, sans s'abrutir d'une masse de papiers, parce que, tu comprends c'est qu'il n'est pas si vaste ce territoire que mes pieds souhaitent fouler, un peu comme un sentier le long d'une petite rivière, avec des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle.
Et puis ces mots que je ne comprends pas, internet c'est vraiment l'extension du domaine de la lutte. Je ne souviens pas avoir eu à tant lutter pour trouver un nom à mes enfants, c'est dire comme c'est venu naturellement, évidemment c'est gratuit les enfants, je les ai fait par envie, par plaisir, un peu par nécessité aussi, mais c'est une autre histoire ça, je ne pouvais vivre sans enfants mais ça c'est une autre histoire.
Et puis tiens aussi, si je l'achète ce nom, je n'aime pas acheter des noms, ni des domaines d'ailleurs, cela signifiera-t-il que je devrai mettre des clôtures autour de mon territoire? Parce que, vois-tu, je n'aime pas les clôtures, ni les barrières, ni les murs, ni les portes fermées et c'est un sujet de discorde avec l'Amoureux, parce que je ne ferme jamais la porte à clé, ce qui me fait sourire, parce que c'est que ce qui l'avait séduit chez moi, cette porte ouverte, mon territoire aux quatre vents, ça a toujours été le cas. Et comme j'ai gueulé quand on nous a démoli notre petit portillon pour mettre à la place une porte de prison de trois mètres de haut, avec digicode, comme si ce domaine HLM de banlieue était un territoire à défendre contre des prédateurs sans nom. Il faut payer cher pour ériger des barrières.
No Pasaran! 
Tu parles, des grilles ça se franchit comme un rien si t'as un peu de ressort dans les jambes.
Pourquoi je parlais de ça? Parce que le territoire ne devrait appartenir à personne, chacun pourrait avoir le droit de le nommer, de l'identifier à sa manière, et tu sais comme j'aime pas les verrous et les portes fermées qui ne laissent rien filtrer. 
Et ça me fait penser à l'Amoureux, qui dit que tout le monde ment, même moi, même lui, surtout lui, c'est logique, qu'une fois la porte fermée, on ne sait jamais ce qui se passe. 
Et c'est vrai que par moments c'est pas faux, ces histoires de mensonges et de dissimulation mais bon, que veux-tu que je lui dise? Même si je ne suis pas d'accord avec lui, c'est vrai que j'aimais bien ces petites cachotteries, ces échanges troubles, ces fantasmes nés de mes souvenirs, mais là-dessus ce n'est pas moi qui décide, parce que je ne suis pas seule à arpenter ce sentier et libre à moi de le poursuivre et libre à toi d'interrompre la marche, mais bon de toute façon on s'en fiche vu que ce sentier n'est pas inscrit au GR, qu'il n'a pas de nom.
Internet c'est vraiment l'extension du domaine de la lutte. Et ça tu vois, j'aime pas.

samedi 18 novembre 2017

Les mots qui ne servent à rien

Il y a des mots qui ne servent à rien, étant donné qu'ils sont loin de pouvoir évoquer la force d'une émotions. En cela, la musique est plus efficace, mais après tout, à quoi bon l'efficacité. 
Comme une envie de vomir, une boule dans la gorge tout au fond.
Et si un jour, il y a le feu dans la baraque, je ne sais pas ce que je ferai. Si un jour l'espoir est épuisé, je ne sais pas quels mots alors je pourrais utiliser. Peut-être deviendrai-je muette. Et si un jour la mer monte jusqu'au ciel, je ne sais pas ce que je ferai.
J'ai dit un jour que la question du choix, le vrai, le seul, le choix impossible me traversait souvent l'esprit. Que sans voie, on reste sans voix. Sans foi. Sans loi.
Il est des mots qui ne servent à rien. ceux qui consistent à expliquer que si l'espoir s'épuise un jour, je ne sais pas ce que je ferai. Ou plutôt si. Ou peut-être pas.
L'indicible. 
Sans foi, pas de loi. Et ne te méprends pas sur mes mots. Je crois que l'Homme a besoin de croire en quelque chose. Pour vivre, tout simplement. Pour respecter. Pour se trouver une place en ce monde.
Il y a des mots qui ne servent à rien en certaines circonstances. 
Devant des hommes enchaînés, entassés pire que des bêtes, bêtes qui, note bien, n'ont rien demandé et souffrent mille tourments, je ferme la parenthèse, déportés, séparés, les pieds, les mains, le corps le coeur en sang, en lambeaux misérables, les enfants, les vieillards. 
Tous nom de Dieu! Tous! Et si ce n'est toi, ce sera donc ton frère, imbécile! C'est la même chose, c'est le même sang, la même salive, le même sperme, la même sueur, les mêmes larmes!
Il y a des mots qui ne servent à rien. 
Ne ferme pas la porte putain! Laisse ouvert, un peu, ça aère, ça fait passer odeurs, hommes, bêtes et éléments de nature. Laisse ouvert imbécile! 
L'espoir n'est pas mort encore, il est juste dans le coma, continue à lui parler, à lui masser les membres, à le couvrir de ta chaleur, l'Homme a besoin, j'ai besoin, tu elle il nous vous ils elles, putain je tu moi nous marchons avec les mêmes pieds, on a eu les mêmes au départ, les bras les poumons les yeux le cerveau, c'est quoi qui ne marche pas chez toi?
Ferme la porte. M'en fous, je (moi nous les autres l'enfer de tes autres) , on passera par la fenêtre.
Histoire d'aérer tout ça.
Sans mots. Parce qu'ils ne servent à rien.

mardi 14 novembre 2017

Le chat et la souris, Dialogue In

Tu es jolie ma souris
Souris un peu bordel!
On va en faire de la pâtée
C'est parce qu'on est comme
Chien et chat
Mmm cette petite queue qui frétille
Tu déprimes poupée?
Tu te fonds dans le décor
Souris un peu bordel!
Les nerfs en pelote
En boule
Pelote moi c'est ça
Avise toi mon chat
Tu t'y casseras les dents
On appellera la petite souris
Tu te feras des boules en or
Une pleine pelote
A en miauler de plaisir
Le poil hérissé
La queue dressée
Mon matou
Mon minou
Souris un peu bordel!
On joue à chat
Qui fait la souris?




lundi 13 novembre 2017

Un vendredi soir sur la terre

Je me souviens d'être restée interdite ce samedi matin devant l'entrée de la piscine. Fermée. Clos le parc également. Et quelques messages sur le téléphone.
"Comment allez-vous tous?". "Ici tout va bien, pas de casse". 
Je me souviens d'être restée interdite. M'être la veille couchée à 22 heures, parce que tu comprends mon ventre était en fin de course, et l'histoire que j'avais lue à mon fils avant qu'il ne s'endorme m'avait donné du mal, une histoire compliquée de chevaliers coincés dans les armures alors qu'il y a urgence à l'ôter. Coude dans les côtes et la tronche du bébé accessoirement, elle m'avait donné du fil à retordre cette histoire militaire. 
Je me souviens d'être restée interdite en écoutant la voix tremblante de ma copine à la recherche de la sienne, si jeune, qu'on ne retrouvait pas, si jeune.
Je me souviens de la voix de mon Jo si cher, que je n'avais pas entendu depuis tant de temps. Interdit devant l'horreur qui s'était déroulée à quelques mètres et à quelques minutes de lui.
Je déambule morose.
Je me souviens de la vague nausée, comme un début de grossesse, alors que j'étais en bout de course. Je me souviens avoir voulu avorter ce jour là. J'ai rêvé à la nuit tombée que j'étouffais mon fils sous ses couvertures. Je me souviens que tout ça c'était un peu trop. 
Je me souviens de cet état d'apitoiement, de désordre. Il faisait froid et il ne pleuvait pas. 
Dans ce luxe qui s'effondre. 
Ce monde bouillonnant de tant d'humanités divergentes. 
Il y en a qui s'échauffent, corps contre corps, enveloppement de chaleurs vibrantes et tendues comme les cordes des guitares et humectées de sueur, à l'instar des stars. 
Il y en a qui se réchauffent, mains en coupe autour des verres, des tasses, serrées autour des cigarettes pourquoi pas et sous les braséros.
Il y en a qui se chauffent, bien sûr, marche rapide le long du boulevard, approchés, manteau contre manteau, une promesse pourquoi pas et de la buée qui sort des bouches.
Et les autres, ceux qu'on n'évoquera pas. Parce que c'est interdit de leur reconnaître une quelconque appartenance au genre humain. Et je reste interdite.
J'essaie de me rappeler, encore une fois.
Je me souviens avoir voulu... 
Dans ma voiture le lendemain, je me suis arrêtée n'importe comment. J'ai pris un café, mains en coupe sur la tasse. Et une cigarette pourquoi pas.
Un peu noyée dans la fumée.
Je me souviens avoir lu chez toi. Ça démarrait comme ça.
"Ici Paris."
Et ce soir là, on aurait pu dire
Le crépuscule est grandiose

Ici Paris. STOP. Deux ans plus tard. STOP.
Paradis toujours perdus. STOP.
Peut-être, un beau jour. STOP.


samedi 11 novembre 2017

Ceci n'est pas une charlotte aux poires

Le chat s'étirait, longuement, en prenant son temps. Un bâillement plein de canines sorties et la pointe de sa langue râpeuse. Sur les tuiles chaudes. Démarre la toilette.
Je me suis fait une toilette de chat
Indifférent aux bruits du monde. Rien qui ne l'intéresse le greffier, à part ce couple de pigeons en goguette. 
Qui s'bécotent sous les bancs publics
Et la radio braillait un air de catastrophes, comme d'habitude, un nuage radioactif, des profanations de stèles, des marches blanches en mémoire des joggeuses, des paradis pas perdus pour tout le monde. Sous le ciel gris, de ce matin, pas un chat pour faire sa toilette. Mes pigeons, disparus. Envolés. Rien qu'un tapis de feuilles mouillées pour ce jour à la mémoire de nos arrières-arrières grand-pères. Un tapis de feuilles pourrissantes pour recouvrir une année de plus. Leurs jeunes corps et âmes collées les unes aux autres dans la boue. 
J'ai coupé la frange de ma fille.
On dirait Jeanne d'Arc.
Distorsion entre rêve et réalité. Les yeux fixés sur le chat, j'envoyais les mèches de ces cheveux dans la gouttière, ça rendait bien, impeccable. Étalé de toute sa longueur, de toute sa langueur. Deux trois mèches s'attardaient sur le dos emperlé de sueur. C'est qu'il fait chaud ici à la fin de l'été. 
Et dans le rêve, cette chambre au niveau de la mer, entièrement vitrée, qui se transforme en Nautilus à mesure que monte la marée. Et un pullulement de créatures qui vivent derrière les fenêtres de la chambre engloutie. Et les cheveux collés. Encore.
C'est quand il commence à faire froid et gris et mouillé et nuit que miaule longuement le chat du toit d'en face. Qu'il s'étire de toute sa langueur.
Qu'il se tire. 
Et entre deux bouchées de charlotte aux poires, je ne peux pas résister. Ces couches de plaisir dans la bouche. 
Biscuit, mousse, ganache, fruit.
Déglutir.
S'étirer.
J'ai pensé à Magritte.
Ceci n'est pas une pipe.
Que je prends dans ma bouche.
Ceci n'est pas une bite.
Un long bâillement  de contentement, j'ai avalé le tout avec une gorgée de café noir.
Un autre bouchée, pleines dents. 
 Je me suis dit, voilà, si la pipe avait la saveur de la charlotte aux poires...







dimanche 5 novembre 2017

Entre parenthèses

Voilà une expression typique de ma grand-mère! 
Non, parce que, entre parenthèses, elle était vraiment de toute beauté...
Et alors?

Bah alors la parenthèse c'est un truc de vieux. De vieux qui se rappellent avoir été jeunes.De vieux qui digressent en plein milieu d'une phrase. De vieux qui mettent leur film sur pause, histoire de prendre un chemin de traverse au milieu des souvenirs, comme on irait survoler une clairière à la lumière filtrée par la couronne des arbres. 
La parenthèse. C'est un mot compliqué. Et tu as remarqué comme le mot parent est issu du masculin. Ça doit être pour ça alors. 
Pourquoi la parenthèse, ce mot féminin composé d'une essence masculine, n'obsède-t-elle que les femmes? Pourquoi les femmes, les mères mettent-elles des parenthèses à toutes les sauces? 
Pourquoi ce besoin de la clairière tout d'un coup, alors que d'ici à ce que je rejoigne ma grand-mère sur le terrain de la mélancolie, j'ai le temps? Largement.
Non parce que, entre parenthèses, on était de toute beauté les meufs.
Tu as raison, Lapin, la maternité nous transforme. Ça doit être ça. 
La parenthèse nous entoure, nous englobe et nous rassemble en ce que nous étions, en ce que nous sommes, en ce que nous serons.
Entre parenthèses, si on disait autrement ce serait plus rigolo.
J'étais une enfant douce, aussi douce que la chanson, j'avais peur, j'avais de l'espoir, j'avais des envies de robes couleur du temps, je lisais avant de savoir lire. J'étais une jeune fille amoureuse de chaque regard un peu ténébreux, j'avais peur, j'avais de l'espoir, je ne reconnaissais pas le désir de l'autre, je me cachais pour fumer, j'avais des envies de noir et blanc et de chapeau sur la tête, je lisais plus que ce que devais lire. J'étais une jeune femme étouffée par sa propre audace, j'étais douce, aussi douce que la chanson, j'avais dans mon corps le pouvoir de rendre amoureux fou, j'avais dans mon corps le gouffre absolu d'où chante l'oubli de soi, j'avais peur, j'avais de l'espoir, j'avais des envies de jouissance et d'envol. Je suis une femme déchirée et recousue, une poupée maintes fois couturée, je suis douce, aussi douce que la chanson, je suis solide et caressante, j'ai des envies de robes couleur du temps, de fumée de cigarettes sur fond noir et blanc, de tout petits corps à extraire de moi, de cheveux à respirer au fond de la nuit, de poids sur mon corps endormi, de solitude glacée en plein soleil, de conversations pleines d'outrages à la morale, d'une ambiance de meufs à la Tarantino. J'ai de l'espoir et j'ai peur.
Tiens c'est inversé?
Oui
Un jour une vieille femme... Douce aussi douce que la chanson que me chantait ma maman. Avec une robe couleur du Temps...

Entre marenthèses c'est plus rigolo.
Les meufs?
Toujours...


vendredi 27 octobre 2017

Hard Headed Woman

La saison s'achève.

Et le petit blues de passage. Normal.
Au revoir, à bientôt,
L'hiver s'installe. Le froid descend le long des boulevards. J'ai eu ma dose de Paris. 
Sortir, arpenter. J'étais comme un orpailleur espérant le filon. Dans la Seine. Quelle rigolade.
 
Ça m'a bien plu de t'espérer. De me rejoindre à l'intérieur de ma mémoire, attendant que tu l'incarnes à nouveau pour une poignées d'heures.  
Elle m'a excitée cette impatience de toi. Cette faim. Du coup, j'ai vraiment bien mangé, bien bu. Des choses délicieuses, que nous aurions pu manger et boire ensemble, dans cet autre espace-temps.
Au revoir, mon fantasme
Ils m'ont attristée tous ces blancs. Mais ta vie, oui la vie c'est vrai.
Et la mienne aussi qui va retrouver son cours. Les branchages que tu as un peu posé en travers de mon lit, dérivent vers l'aval. Et le petit cafard de circonstance. 
Normal.
A bientôt, mon écho vide
J'aimerais me dire que tu es soulagé qu'à nouveau j'efface ma présence de ton monde. Mais je ne sais pas si ... Bref.
J'aimerais que tu le soies et que tu ne le soies pas.
Au revoir, mon équilibriste
Alors, pardonne-moi. Qu'entre nous soient dites ces choses. 
Pour je ne sais quelle obscure raison, j'ai confiance en toi. 
Je n'ai pas peur de toi. Ni de t'exciter, ni de te déranger, ni de t'envahir, ni de te quitter.
Pour je ne sais quelle obscure raison, je te sais capable.
A bientôt, mon fragile incertain
Je ne vais pas attendre que tu approches de moi. Tu sais déjà que ça t'est possible. 
L'homme désire ce qu'il peut et peut ce qu'il désire. 
Le reste ne m'appartient pas. 
Pour je sais très bien quelle obscure raison, tu continues d'habiter mon monde souterrain. Et j'adore ça. Je continuerai à te donner des nouvelles et à en prendre.
Pour je ne sais quelle obscure raison, rien n'est immuable et pourtant rien ne change. Alors...

Au revoir mon beau, mon impitoyable salopard.
Je t'embrasse.
A bientôt.


dimanche 22 octobre 2017

Figures Essentielles

M'man?
Oui
Tu m'aimes? parce que moi je t'aime
...
M'man?
Oui
C'est quoi l'amour?
...
Pourquoi on s'aime?
Pourquoi tu m'aimes?
M'man?

Oui. Attends. Je te réponds dans un moment. Je regarde les Maisons-Espace et je cherche comment te répondre mon chéri.
Attends.
L'amour fils, c'est une chose bien étrange. On peut aimer bien des choses, bien des personnes, bien des endroits, bien des moments, bien des sensations. On peut aimer tout et son contraire. On peut aimer et en même temps ne pas aimer. Attends mon chéri, je me fonds dans un Espace de Lumière et je cherche comment te formuler la chose. L'amour n'a besoin de rien ni de personne pour exister à l'intérieur de toi. Tu es né avec. Je suis née avec. 
M'man?
Oui
J'ai deux amoureuses. Je les ai dessinées.

Oui. Attends. Je te réponds dans un moment. J'essuie la Goutte et je cherche comment te traduire cette Trace. Et puis non mon chéri, pas besoin de traduction. Il ne faut pas chercher le pourquoi. C'est le comment qui est intéressant. Tu sais, dans Pourquoi, il y a Quoi et il y a Pour. Le Pour n'est pas important. Le Quoi, en revanche....

M'man?
J'arrive
Tu aimes quoi?
Un instant

Les Gouttes. La stabilité. La terre. Le danger. L'air. Le feu. L'eau. Les jardins. L'odeur des cheveux de ta soeur. Tes yeux noirs. La voix chaude de ton père. L'odeur des gauloises. La douceur des joues poudrées de ma mère. L'odeur des cigares. Les nuages noirs étalés sur un ciel bleu nuit. La lune rouge. L'attente. Le monde qui m'habite. Le jardin touffu dans lequel je me cache de vous. La sincérité. Le sorbet au cassis. La douceur d'un regard. L'odeur des clémentines. Être seule. N'être pas seule. Le doute. Le bruit des chaussures à talons. La maladresse. L'habileté. La sensualité d'un geste. La gaucherie d'une attitude. Ce qui rassure. Ce qui fait peur. Ce qui excite. Ce qui apaise.

Moi j'aime les œufs à la coque.


Fils?
Oui
Tu as grandi
Oui


Tu as plusieurs amoureuses. Tu aimes être seul, et ne pas être seul. Tu te glisses au fond de l'Espace d'Eau toi qui en avais si peur. Ou peut-être grimpes-tu au sommet de la couronne d'un Arbre-Espace et y contemples-tu le monde de plus haut. Le souvenir des genoux de ton père. L'odeur du tabac à rouler et la voix de ta mère. Les confidences de ta mère. Les sourires de ta sœur. Le vent qui souffle fort. Les falaises. Les pieds nus sur le tatami. Les soupirs de tes amoureuses. L'attente. Le monde qui t'habite. La glace au chocolat. Être seul. Ne pas être seul. T'inventer des histoires. Avoir les pieds sur terre.

Fils?
Oui
Tu aimes toujours les œufs à la coque?



samedi 21 octobre 2017

Les nuits fauves et les grands soirs

La fenêtre est ouverte. Mon seul manteau sur le dos. Inscrire en une page fontaine pleine de ce que de toi je veux.

J'ai nettoyé l'espace de tout ce qui ressemble à un gamin, j'ai dégagé l'espace de tout ce merveilleux encombrement. Une urgence, sans doute. Et j'en ai beaucoup des urgences.

Je veux que tu soies tendre et brutal. Je veux écrire nue sur une chaise, comme une nuit pleine de chaleur de sommeil et de moustiques.
Je veux triompher de ma colère et consoler mon désespoir*. Je veux me délester pour quelques heures de mes années passées. Je veux m'enrouler autour de toi comme une liane et te faire chuter au sol. Je veux que tu me retiennes du bout des doigts alors que je m'envole. Je veux que ta langue abreuve mes lèvres asséchées par l'absence de tes baisers, tu te souviens?
Je veux que le désir de moi te brûles tellement que tu en aurais une formidable envie de pisser. Je veux aller au cinéma pour ne pas voir le film. Je veux parler jusqu'à ce que tu me ramènes. Je veux que tu plaques mon corps contre un mur et ta main entre mes jambes. Je veux que tu ne veuilles pas fermer les yeux. Je te veux comme un livre dont je reprendrais la lecture, inachevée. Je veux revenir sur ce passage là. Celui-là. Précisément. Oui. Je veux que tu me lises avec tout ton corps. Je veux que tu me lises avec ton foie, ta rate, ton cerveau, tes reins. Je veux te toucher. Je veux que tu me fouilles. Je veux qu'on aille danser  et lâcher ma part animale sous tes yeux. Emmène-moi, revoir une dernière fois...* Je veux m'élever du sol, soulevée dans la poussière et que tu me retiennes du bout des doigts avant que... Je veux te faire crier en silence. Je veux ouvrir la faille en toi. Je veux être sans peur et sans reproches. Je veux retrouver ton odeur qui feule sous tes vêtements. Je veux . Oui. Je veux. Encore. Je veux que tu me grimpes comme à un arbre et que tu te balances à mon corps. Je veux que tu traces un sillon de salive sur tout mon territoire. Je veux un temps suspendu dans le vide. Je veux que tu m'empoignes la nuque et tes dents dans les épaules. Je veux que tu m'emmènes danser dans le noir, et tes yeux agrippés à mon corps abandonné. Je veux me noyer de ma sueur et boire la tienne. Je veux. Je veux du plaisir et de la joie. Je veux la hargne. Je veux la peine. Je veux l'impact. Je veux un temps interrompu. Je veux qu'on se batte comme des chiens. Je veux qu'on s'aime doucement. Je veux voir nos larmes perler dans nos sourires. Je veux l'abandon.
Je veux que tu m'écartèles et que tu me rassembles.
Je veux un grand soir. Je veux une nuit fauve. Je veux un matin calme. Et que du bout des doigts...

Ce que de toi je veux.

*Tribute to Fauve

lundi 16 octobre 2017


"Le temps de faire les 500 mètres qui me séparent de chez moi et mes cheveux étaient secs. Au milieu d'octobre. Au sortir de lapiscine, le vent était léger et j'étais nue sous mes vêtements. Je me sens nue sous mes vêtements dès que je sors de l'eau. Dès que le vent est léger. Dès que je le vent m'apporte l'odeur de jasmin de mes cheveux en train de sécher. Dès que je pense à toi. " 
Je t'embrasse. 

Le coeur des hommes... La chatte des femmes

Que se passe-t-il? C'est quoi? C'est qui? C'est mes copines? C'est mes amoureux? C'est quoi ce merdier?

Alors être une femme c'est un aller simple pour l'agression? Alors mettre une robe, des talons c'est un aller simple direction Salope station? 
Parlez du cœur des gonzesses autant que vous voudrez, mais de leur chatte qui saigne, qui mouille, qui éjacule... 
Alors là je sèche
Ce n'est peut-être pas très approprié, si?
Que se passe-t-il? 
Et le ping-pong, le hastag balance ton porc versus balance ta truie
Mais ils vous ont fait quoi les porcs les gars? 
Ils sont à l'abattoir et attendent d'être saignés pour finir dans ton assiette gros! Et on les engraisse, on les bourre, tiens donc, ça t'interpelle?
Et  c'est quoi ce pouvoir des hommes sur le corps des femmes? Et c'est quoi cette impuissance sur son propre corps?  Et c'est quoi cette honte d'être une femme? Et ce sera quoi cette honte d'être un homme, d'avoir tatoué à l'invisible "Violeur" sur ton front, alors que si ça se trouve t'es un chic type?
Et c'est quoi cette honte d'avoir tatoué à l'invisible sur ton front "Bouffeuse de bite" alors que si ça se trouve je suis une grande romantique?
Je n'oublie pas qu'on a tondu des femmes sur la place publique. Je n'oublie pas qu'on coupe des chattes sans le consentement de leur propriétaire. Je n'oublie pas qu'on hésite à se saper en Jessica Rabbit parce que la soirée se finira tard et qu'on rentrera peut-être à pied. Je n'oublie pas qu'on enroule le tampon dans trois mille épaisseurs de papier, pour cacher le sang. 
Pauvre humanité.
Je n'oublie pas ce gars qui m'avait accroché la chatte dans le RER A blindé. Et que j'ai gueulé comme un putois en le traitant de tous les noms. Et le silence.
Je n'oublie pas les commentaires de femmes mal baisées qui accusent les autres de l'avoir bien mérité.
Alors je ne vais rien t'apprendre, mais les hommes n'ont pas que des papillons dans la bite et les femmes n'ont pas que des papillons dans le cœur. 
Mais c'est quoi ce merdier?
Ce sera quoi ce pouvoir des femmes sur le désir des hommes? 
Jusqu'où ira se cacher leur cœur? 
Certainement aussi loin que se cache le désir des femmes.
C'est quoi cette Humanité qui méprise le coeur des hommes au point de le leur faire confondre avec leur libido?
C'est quoi cette Humanité qui méprise la chatte des femmes au point de le leur faire confondre avec leur cœur?
C'est quoi cette putain de dissociation? C'est quoi? 
C'est qui? Mes copines? Moi?
C'est qui? Mes amoureux? 
Le désir ne fait pas mal. L'amour ne fait pas mal. 
L'abus. La possession. Le pouvoir. Le contrôle de l'autre. La déshumanisation.
Je n'oublie pas ce gars qui m'avait accroché la chatte dans le RER A blindé. 
Je n'oublie pas non plus celui qui l'a chopé au colbac et qui l'a flanqué hors du train.
Je vais t'apprendre un truc.
Les hommes ont un coeur. 
Les femmes ont une chatte.
Reste juste à apprendre à s'en servir.
T'inquiète mon fils.
T'inquiète ma fille.
Maman fera de son mieux.

jeudi 12 octobre 2017

Dans une semaine. Les murs peints, pleins de traces. Dans une semaine, je fais tourner les tables. Dans une semaine, je creuserai dans une mémoire enfouie, cachée, dont je n'ai aucun souvenir. Dans une semaine. 
Je me demande ce qui donne l'envie d'avancer, quand on est un être humain. Qu'est-ce qui se joue à l'intérieur d'un tout petit enfant et qui le pousse inexorablement à agir, à explorer, à mettre des choses dans sa bouche, à toucher tout du bout des doigts ou à pleines mains. Ça pique ou ça brule, c'est chaud humide rugueux acide doux glacé souriant menaçant... C'est la mort ou la vie? C'est quoi l'issue de ce chemin pour moi? C'est quoi qui me sauve ou me condamne? 
Qu'est-ce qui peu à peu constitue l'identité d'un individu? Et où se cache alors le petit animal qu'on était avant de devenir Henri, Françoise, André, Sébastien, Karine, Aurélien, Barbara, Julie, Tom, Joséphine, Abi? Que devient-il alors le petit animal? Qui se réveille en captant un parfum un jour, qui lui rappelle vaguement quelque chose et qui le transporte. Qui goûte un aliment inconnu et se rend compte qu'il le connaît déjà.
Dans une semaine, je fais tourner les tables. Cette jungle est accueillante et abrite un petit animal.

mercredi 11 octobre 2017

Avec vue sur la tour eiffel

Je me suis dit je suis vraiment bien ici. Ici et maintenant. La lumière était presque parfaite. Tu vois, on ne se refait pas. Quand bien même on le souhaiterait. Et il y a vraiment des musiques adaptées pour toutes les situations. Je marchais dans ce parc et les feuilles tombaient doucement. C'est curieux les écouteurs. Ça m'a mis dans un silence ouaté. Je murmurais les paroles d'American Woman. Et ma tête était comme sous l'eau. Je me disais je rajeunis. Je retrouve ce flottement. Qui me fait regarder la trajectoire d'un sac troué, suspendu entre bitume et azur, comme le linge aux fenêtres d'un ciel provençal. Sur le requiem, j'ai pensé à mes morts. Et j'ai revu le visage d de cire de mon Gabin à moi. Mon vieil oncle éparpillé sous son masque mortuaire. Et j'ai marché la lumière parfaite. Et en banlieue on a de ces vues magnifiques. Les tours il faut bien qu'elles aient au moins un truc pour elles. Et ce gamin sur son vélo. Deveundra Bahnart et il a ouvert les bras alors que le ciel se voilait subitement. Je suis bien ici je me suis dit. Je marche pieds nus sur l'herbe du parc d'où j'aperçois la tour eiffel et le château de Vincennes. Ici et maintenant. Je pense à toi. Je pense que je rajeunis. Et la lumière est plus que parfaite. 

lundi 9 octobre 2017

Les choses de la vie

La journée n'est pas finie. Je vais devoir expliquer à mon fils que Jean Rochefort est mort. Et puis non, je ne lui expliquerai rien. Si, c'est le cycle de la vie mon fils. Et ça rend triste, parfois la mort d'une personne qu'on ne connaît pas. Ce sentiment ne s'explique pas. C'est comme casser un verre auquel on tient. Perdre une chose qui a toujours été là, un meuble de famille dont on est obligé de se séparer. Il a toujours été là. Et puis un jour il n'est plus là. C'est comme la marque d'un tableau sur un mur. Il reste une trace.
Je vais devoir expliquer à mon fils que les tableaux accrochés au mur laissent toujours des traces. C'est bien ces traces. On ne devrait jamais repeindre par-dessus. On devrait en repeindre les bords en couleurs vives, afin qu'ils conservent leurs contours dans cette absence. Les sentiments sont comme ces traces plus colorées aux murs, ces empreintes laissées par les tableaux une fois qu'ils ont été décrochés.
La journée n'est pas finie. Je ne vais rien lui expliquer. On ira au parc. On goûtera, je regarderai son petit corps grimper, courir, sauter, se cogner, sa bouche au chocolat et ses genoux pleins de terre, ses yeux noirs, je regarderai la vie à l’œuvre dans son corps et je penserai que tous les vieux naissent enfants et se pètent la gueule sur la terre et grimpent aux arbres et dévalent les pentes en se tordant de rire et de peur. Puis ils grandissent, parfois ils portent la moustache, les voix se font graves, les sourires plus doux et plus tendres. Puis ils vieillissent, la peau change, les poils se font durs, les rides se forment, les joies sont plus profondes et intimes. On intériorise. Et puis un jour on a 87 ans. 
Je ne vais rien lui expliquer maintenant.
La journée n'est pas finie.

Courage, Fuyons!

Ah non putain, c'est pas possible!!!
Ben si. La moustache fanée et le rire en éclats parfois reniflants, et la voix, et le chuintement d'arrière gorge et les yeux tombants. Et la mèche romantique.
J'ai repensé à mon grand-père, celui qui vit encore et dont je cause très peu. Il a la même moustache chatouillante. Le même âge.
J'aime votre fantaisie, votre corps raide et libre cependant. Votre érudition. Votre regard aussi tendre qu'inquiétant. Jeune, vous n'étiez pas le plus beau. Comme vos deux compères. Et pourtant. Comme quoi, une moustache, une voix grave et tout s'arrange. J'aime vos films de copains, pas de doute, vous allez tous au paradis auquel, pour vous j'ai envie de croire.
Vous pèseriez combien dans une fumée de cigarettes?
Vous êtes mort cette nuit.
Je pense à mon grand-père. Celui dont je cause très peu. Parce qu'il me dérange un peu, ce grand-père. Trop de silences enfouis, rentrés. Il a beaucoup maigri. Il se fait du souci. Il a votre âge. Enfin, vous me comprenez. L'âge qu'hier encore vous aviez. Avant de vous éteindre.
Je me fais du souci.

samedi 7 octobre 2017

De l'intérêt du silencieux

Il paraît que le silencieux est un outil pratique. Va savoir.
Il sert à étouffer tout bruit à même de perturber l'atmosphère. Il sert à adoucir les sons des instruments. Il sert à éliminer le claquement des balles.
En gros.
Il sert à la discrétion, l'apaisement.
Un bébé qui braille ?
Silencieux
Un règlement de compte ?
Silencieux
Une sonate à 23h?
Silencieux
Je crois qu'il existe un silencieux des émotions, des sentiments, des sensations. Comme une sourdine.
Parce que le bruit, le cri, le claquement heurtent, blessent, agressent.
Et les sensations ? Et les sentiments ? Et les émotions ?
Aussi
Qui devrait avoir à soutenir tant de déferlantes assourdissantes ?
Accoeurissantes
De quoi est fait ton silencieux ?
Mon silencieux ?
Je crois qu'il existe des silencieux qui protègent, qui contiennent la violence intérieure. Des filtres.
Comme pour les cigarettes.
La fumée ne fait pas de bruit. Si peu.
Elle a, paraît-il, un poids. Et pourtant elle ne pèse rien. Et pourtant elle est dangereuse.
Elle ne pèse rien. Elle ne fait pas de bruit. Si peu. Et nous en avons partagé certaines. En silence.
Cette vie silencieuse n'a pas cessé de faire du bruit dans la mienne.
Les gouttes de silence ont résonné au fond du puits.
Et s'envolaient, bleues volutes. Sans bruit. Si peu.
Le silencieux est, semble-t-il, un outil pratique.
Silencieusement, j'entends mes bruits intérieurs.
Tout parle à qui veut entendre. Même le silence.
Tu m'écoutes ?
Je n'ai pas de silencieux. 

mercredi 4 octobre 2017

Le saut

C'est bon comme un pinot noir, ça passe crème de la butternut jusqu'aux figues, avec un survol de la sauce gribiche et des pommes dauphines.
Une soirée passée à comprendre, ou tenter le grand saut et ce qui se trame derrière comme histoire. Ou devant, c'est pas bien clair l'espace temps vois-tu. Et les fantômes vivants sont denses et volatils. Comme des fantômes vivants quoi. C'est pas compliqué. C'est comme du pinot noir. C'est simple comme écrire dans le noir à l'ombre de l'amoureux endormi. De revoir, les yeux du Number Two s'étrécir lorsque les miens se sont voilés, embués. Il nous faut une dose de tristesse à moi et à Number Two pour écrire et c'est pour ça qu'il n'écrit plus. Il est heureux. De la butternut juqu'aux figues. Et moi, je glisse comme un pinot noir, tout terrain dit-il. 
Alors oui, je passe la passe difficile. Je saute par-dessus la sauce gribiche, tant pis. Et puis merde si je suis trop balèze question échelle émotionnelle. Je me sens seule, je lui ai dit. Et tellement puissamment que ça dévaste tout. Et c'est pas passé crème. Du tout. Mais j'y peux rien. Pour moi c'est si évident cette houle, j'aurais dû manger le lieu sauce beurre orangé. Pour la houle tu vois?
Mais non c'était bien aussi. C'était bon. Ces fous rires. Ce wax à lunettes quelle marade. Parmi tous ces creux à franchir, tous ces vides tout pleins de mon âme. Un saut d'un souvenir l'autre. 
Et oui je te l'apprends, il faut un abandon hors du commun pour vivre cette expérience de la langue passée sur l'oeil. Cet abandon, chez moi, ça passe crème. Et d'accord j'ai pas fait exprès de vous faire pleurer, chacun d'entre vous, pardon, j'ai envie de te faire pleurer encore, histoire de me dire que je suis une sorcière dont la magie réside dans son côté pinot noir, ça passe avec tout. Les montagnards, les poètes, les rêveurs, les brutes au grand cœur, les intellos.Je suis une amoureuse tout terrain. Je suis une maîtresse de la butternut jusqu'aux figues. Une cascadeuse du cœur. Ce soir, je saute.
T'inquiète pas, j'ai du filet, et il reste quelques gouttes au fond de la bouteille de pinot.
Juste assez pour se (re)prendre courage. Avant ou après le saut. C'est selon.

lundi 2 octobre 2017

Si ça passait par toi

Et si recommencer à écrire, ça passait par t'écrire à toi? Pourquoi pas me répondrais-tu, avec cette manie exaspérante de laisser toujours la question ouverte. Comme si quelque chose de définitif était impossible, quel qu'en soit le sens.

Alors oui tu aurais raison, pourquoi pas? Après tout.
Après quoi?
Il n'y a pas à avoir honte. Si?
Je ne sais, me répondrais-tu.
Mon cher amour suspendu en vol. Comme par la frappe d'un drone malveillant. Pendant ces quelques semaines, tu as été au cœur de mes pensées.
Le cœur de mes pensées
Je t'ai cherché, je t'ai retrouvé, je t'ai suivi
De loin
Je ne t'ai jamais quitté, vu que tu ne m'as jamais quittée. J'ai parfois oublié ta présence, ton existence. J'ai vécu moi-même, pleinement cette vie jusque là. J'ai failli avoir trois enfants. J'en ai deux. 
Et si tu connaissais
Mon amoureux
J'ai revu hier "Sur la route de Madison". Et j'ai pleuré, j'ai pleuré si tu savais, toute cette peine d'aimer tout ça à la fois. Ce que je suis devenue, en partie à cause
Grâce?
De toi. Je me suis (re)faite sans toi, contre toute cette masse de silences dans lesquels j'ai été obligée de me fabriquer des réponses qui me rendaient pas trop malade. Et pourtant ce désarroi face à moi-même.
Tu me trouves auto-centrée?
Voilà. Exactement comme ça. A ne pas savoir avoir une opinion honnête de moi-même. A avoir peur de déranger. A me tirer par les bras les cheveux, à m'arracher la peau pour garder une forme d'amour propre.
J'ai baisé si tu savais j'ai baisé
Tu m'as manqué. Tu me manques. Je ne veux pas changer ma vie.
C'est pas comme si tu n'en faisais pas partie.
Tu es caché dans ma vie. Dans mes souvenirs. Dans mon cœur. Dans mon corps. Je ne t'aime plus toi que j'aime encore.
Je suis désolée de te parler encore. 
Je ne peux pas faire autrement. 
La douleur de te cacher à moi-même est plus forte que celle de continuer à rester tissée à ton vivant souvenir.
Je ne veux rien t'expliquer.
Ressens-moi bordel!!!! 
Parce que tu m'as tuée d'absence de mots, d'absence de baisers, d'absence d'odeur, d'absence de toi. Parce que mon but dans la vie, c'est de toucher quelqu'un, juste une fois. Toi, pourquoi pas?
Bien sûr je fantasme, qu'est-ce que tu crois? Bien sûr je veux te voir à la terrasse d'un café et ne rien dire avant de t'avoir embrassé. Bien sûr je veux un jour être sans mec ni enfants et te retrouver et faire l'amour avec toi. Bien sûr.
Que ressens-tu putain ?!!!!
Bien sûr je suis déchirée en deux, qu'est-ce que tu crois? Bien sûr que j'interprète tout. Même le rien. 
Bien sûr je n'ai pas envie de déséquilibrer ma vie, bien sûr je suis une mère attentive et aimante qui depuis plusieurs soirs expédie ses gosses au lit pour savoir si tu seras connecté. Bien sûr je fais l'amour avec l'amoureux et je suis ailleurs. Bien sûr depuis deux jours, c'est étrange, il me couvre d'attentions douces et sensibles. Bien sûr, je te préfère l'amoureux et pourtant je veux te voir. Vivant devant moi.
Qu'est-ce que tu crois?
Quand nous nous verrons, il y a de fortes chances que je pleure. Comme Marina Abramovic quand Ulay s'est posté devant elle au MoMa. Parce que ton souvenir est plus que vivant. 
Parce que nous sommes vivants. 
Et qu'un jour viendra où nous ne serons plus un souvenir l'un pour l'autre. 
Après tout.


mercredi 27 septembre 2017

Toi même

Un peu de vie, redonne-moi.
Parce que je me suis vidée. Complètement. Parce que deux têtes sont sorties de ma chatte. Et deux petits corps de chatons aussi, derrière, tout sanguinolants et tout chauds. Vulnérables.
Parce que pour grandir, il faut vieillir.

Depuis un mois, j'erre en silence. Je te cherche, moi-même. Combien de milles nautiques t'éloignent, moi-même? Dans quelle dimension? Dans quel espace-temps?
Où es-tu passée, moi-même?
En ce moment, tu te caches tout au fond de ma chatte, et tu tambourines, tu cherches à redonner vie à mes souvenirs intimes, à la fois gais et tristes.
Je revoies ton visage d'il y a 10 ans, moi-même. Ai-je changé? Combien de morts m'ont marqué la face? Beaucoup de disparus ça oui. Mais aucun oublié. Voilà ce qui me fait vieillir, toi-même.
J'ai besoin d'une cure de jouvence. J'ai besoin de plonger dans la mer de tes souvenirs, de ce temps où je dansais, alors que je me suis toujours sentie mal à l'aise sur une piste.
C'est dur l'oubli quand on n'oublie jamais.
J'aurais adoré m'oublier dans ma chatte, et en sortir à chaque fois, ta tête et mon corps sanguinolants et tout chauds. Et tu me tambourines. comme si j'étais enceinte de toi-même, moi-même.
J'ai envie de naître de moi-même. Et de refaire encore ce trajet à l'intérieur de ta chatte, moi-même.
Comme une furieuse envie d'un baiser.
Je cherche à savoir qui tu étais moi-même qui peine à me reconnaître.
Avec le temps on s'oublie.
L'adulte erre.