dimanche 5 octobre 2014

Les ailes du désir

M’a mordu la lèvre, je n’avais pas compris que ça n’était qu’un rêve et qu’en rêve, je le convoquais, lui et d’autres, pour bouffer mon corps endormi. Chacun son rêve en fait, ça faisait une vie entière que je n’avais pas rêvé. Le ça, tu sais, le ça dont je noircissais mes pages, dont je blanchissais mes écrans, dont peut-être je rougissais tes joues, on en sait rien, dont peut-être je remuais tes tripes, on en sait rien.
Et puis toute cette envie, tu sais, non. Comment pourrais-tu savoir, je ne dis rien. Ce sont les ailes du désir. Qui me portent sous la bourrasque. Ça passe comme la trace d’une morsure. Ça laisse une marque chaude au creux de mon ventre, une trainée brûlante dans mon cou.
La marque d’une infinie tristesse qui me dérive vers le large, comme sur un radeau, seule comme j’ai pu l’être, comme je savais l’être. Alors les rêves morts se ramassent à la pelle, et je me fais bouffer le corps par des fantômes la nuit.
Parce que vois-tu, ce qu’il y a c’est que je vis. Simplement. Et que sous les ailes du désir il existe un monde de tranquillité. Sous les ailes du désir, la bourrasque ne passe jamais. Jamais. Ou presque.
Mais j’ai eu envie de toi, que je ne désire pas. J’ai eu envie de me faire bouffer le corps par mes fantômes. Par des ombres croisées. Je ne prends plus les transports en commun. Pourquoi ça ?
Perdue sous les ailes du désir, parfois de rage, j’en arrache des plumes en les escaladant. Parce que surfer dans la bourrasque tu sais… évidemment tu sais.
Tout le monde devrait savoir. Le souffle du boulet de canon sur le cuir chevelu, rasant au passage une mèche grosse comme une autoroute. J’aime bien quand le baiser claque sur me joue. Je suis mesquine. Je reste sous les ailes. Bien à l’abri. Et la nuit, je me fais bouffer le corps.
Je ne prends plus les transports en commun. C’est con.