mercredi 24 septembre 2014

En-Boitée

Les touts petits graviers s’étaient logés dans les endroits les plus improbables, là où la lumière ne permettait pas de les repérer et ils échappaient sans problème aux poils du balai qui n’était passé qu’une fois, au petit matin, après que les lieux eussent été vidés de leur fièvre, ne survivait qu’une odeur pleine et chaude, lourde de la moiteur des corps désormais refroidie. Sur ce sol en dalles éculées, les semelles avaient frotté au rythme entêtant de la musique. Un peu passé, mais pleine si pleine de ses jeans serrés, de ces petits seins d’adolescentes, de ces odeurs de gel, de parfums bon marché, de gourmettes gravées aux prénoms. Cet air saturé. Bon Dieu ! Nous avions le droit de fumer à l’époque. On ne distinguait rien, des ombres éclairées de temps en temps, les mouvements saccadés, hachés menu. Mon corps en images détachées.
Le balai n’en a rien à foutre, une fois les lieux vidés de toute présence, comme si ce lieu mort n’avait pas englouti dans ces entrailles plusieurs centaines de paires de jambes, de paires de fesses, de pieds chauffés à blanc, de sexes en chasse. La sortie entre copains. Les expertises du fond de la salle, la pesée estimative. Parfois, sous les semelles, pendant la queue, un caillou se loge dans les crans de caoutchouc. Il va rouler plus loin, une fois que les chaussures et leur propriétaire ont pénétré dans l’enceinte et s’éclatent tête en arrière, le corps haché menu de lumière, à la recherche de l’autre qui léchera la goutte de sueur qui dégouline le long du cou. L’ivresse, l’alcool qui fait chauffer le moteur du corps. Ce petit maigrichon là-bas devient un audacieux, un marrant, un sexy, pourquoi pas ? Rien n’est impossible dans le noir quand nous ne sommes que des ombres ondoyantes et qui débordent du trop-plein de notre jeunesse.
C’est toujours les vieux qui passent le balai, pensais-je alors que je saisissais le mien.