lundi 13 mai 2013

Il a pour nom folie

On en est jamais vraiment très éloigné. Comme des bouffées ça fait. D'angoisse. De rage. De joie. De larmes. D'amour. On en est jamais très éloigné. Et parfois, on l'effleure. Du bout des doigts. Du bout de soi. Vertigineux. Effrayant. Ce que l'on cache, tapi tout au fond de soi.
Par exemple.
Quand tu me souris, avec ta tête en arrière, ta toute petite tête, tes lèvres qui s'étirent en un joyeux croissant. Je voudrais le manger tout entier, l'avaler au monde, le cacher, ne l'avoir qu'à moi pour toujours, arrêter la vie qui passe et la figer en cet instant si fugace que ça m'en crève le ventre de joie et de tristesse, que j'en pleure silencieusement car je connais cet éphémère. Je sais. Je sais. Qu'un jour je devrais te laisser. Tu n'auras plus besoin de moi. Je sais. 
Que tu commences à bouger de partout, j'ai déjà pratiquement oublié comme tu étais petit et tout brun. 
On en est jamais vraiment éloigné. Du dragon, de l'ogre et de la sorcière qui vivent tapis au creux de notre être. Aplatis sous les rochers de notre raison, de notre conscience, assoupis sans doute et nous offrant un souffle régulier. Le dragon, l'ogre et la sorcière.Ce que bien sûr je ne suis pas. Bien sûr. Ce que bien sûr je réfrène. Bien sûr. Ces entités. Ces sentiments. Il nous a fallu des centaines de milliers d'années. Il nous en faudra encore des centaines. J'imagine. Contenir les bourrasques de notre cœur. Je pleure de nourrir en moi ce sentiment. Je ris aussi. De te serrer au creux de moi. Que dans mon cœur, je puisse t'avoir tout à moi pour encore quelques secondes. Que je puisse respirer le même air que toi. 
La mer engloutit les navires dans ses tempêtes. La mère engloutit son amour au fond d'elle. Elle ne conserve pour son enfant que ce qui lui est nécessaire. Un infime ressac. Paisible. Une brise de côte méditerranéenne. Douce et chaud. Elle garde pour elle les larmes de fond. Elle gardel'entrée de la caverne de l'ogre. Elle se tait.
On en est jamais vraiment très éloigné. Cet amour. A pour nom folie.
Un jour je vais vieillir. Puis un jour je vais mourir.