mercredi 11 avril 2012

Cinq pauvres minutes

Il y avait comme une vague dans mon âme. Des fourmis dans les jambes. Ça ressemble à la mort l'anesthésie générale tu crois? Tu crois qu'une dame est derrière toi et te dit que la tête va te tourner c'est normal ne nous inquiétez pas, la tête va vous tourner et vous allez vous endormir. J'avais peur, comme si j'allais ne jamais me réveiller. Comme si on allait tout me prendre et que je ne verrai rien, ni n'entendrai. J'ai pleuré avant d'y aller. J'avoue. Je ne suis pas fière de moi. Mais je suis comme ça. Dans les moments importants j'ai peur. Et pourtant, tu sais, je suis contente de m'être réveillée. tu me diras "ben oui évidemment, qu'est-ce que tu croyais, ça ne dure que cinq pauvres minutes aussi."
Ben oui c'est vrai quoi, cinq pauvres minutes. Et les trois semaines qui les ont précédées. Et les trois mois qui les ont précédées. Tout ça contenu dans ces cinq pauvres minutes. Et les fourmis dans mes jambes. Et le petit bleu sur ma main droite. Et le sang encore qui me tâche de moins en moins. Tout ça dans cinq pauvres minutes. mais j'ai pleuré oh oui, si tu savais, sur ces cinq pauvres minutes et tout le temps qu'elles contenaient et tout l'amour qu'elles allaient m'aspirer.
C'est drôle tout ce qui peut se passer dans cinq pauvres minutes. Tout et rien. La vie qui passe. Dans ces cinq pauvres minutes que s'est-il passé dont je n'ai pas le souvenir. Je me suis vue dans le reflet de la grande lampe sur le chariot. Je ne me reconnaissais pas. J'avais peur. Et une voix gentille dans mes oreilles. Vous allez avoir la tête qui tourne. Alors, pour ne pas sentir ma tête tourner, j'ai fermé les yeux très fort. J'ai pensé S. je t'aime de tout mon cœur. Et je suis ridicule mais j'ai peur de ne pas me réveiller. J'ai pensé je t'aime je t'aime je t'aime. J'ai pensé que jamais je n'achèterai un aspirateur Dyson. J'ai pensé que je n'avais jamais aimé passer l'aspirateur. J'ai pensé pardon pardon mais j'en peux plus de toi mon petit amour et de toute façon tu n'es plus là et j'ai pas envie de ne pas avoir ton frère ou ta sœur alors pardon, S. je t'aime, je n'ai pas envie d'avoir la tête qui tourne j'ai peur, ça ne prendra que cinq minutes madame, ne vous inquiétez pas c'est normal, pleurez si vous voulez, ok d'accord je pleure, pas de problème. J'ai pensé à dans cinq minutes ma vie. Je n'ai rien vu ni entendu. Et pourtant je sais. Je suis sûre que je sais. Que dans ces cinq pauvres minutes, il s'est passé. Tout. Rien. Que je n'ai ni vu ni entendu. Dont je n'ai aucun souvenir.
C'est fou. Tout ce que ça contient.
Cinq pauvres minutes.

mardi 27 mars 2012

Limaçon a trouvé son gardien

Putain c'que c'est beau!
Putain c'que c'est haut!
On en a chié...
des ronds de chapeaux...
Des carrés de chapeaux je dirais moi...

Et puis on est arrivé. En haut, tout en haut. Je le tenais dans ma poche. Sans doute pas plus gros qu'une bille. Deux centimètres dans son petit sac. C'est ce qu'ils m'ont dit. Là-bas. Alors on s'est assis, ma poche et ma main dedans. Poisseuse et toute rouge. Ma petite bille.
On a eu de la chance, il faisait beau.

Il n'a pas arrêté de faire beau.
Depuis...
Oui

Je ne savais pas comment. Comment j'allais faire pour le laisser s'échapper de ma poche. Alors les graines oui les graines parfois partent au vent. Poisseuse ma poche. Ma petite bille. Roulant entre mes doigts.

Mon Il...
...
Tu es là?
Oui ma puce
...
Qu'est-ce qui t'arrive?
Je voulais te donner quelque chose.
...
Que tu garderais pour moi...
Tu m'as ramené un souvenir?
C'est ça.
Ben c'est drôlement gentil, t'es mignonne
...
Qu'est-ce que c'est?
Une bille
Ben t'aurais pu me rapporter une cibiche mais bon. Une bille, pourquoi pas?
C'était ma bille tu sais, ma toute petite bille.
Oui ben elle est poisseuse
C'est normal
Ah
Oui
Bon

Alors on est resté assis sans rien dire du tout. J'ai sorti ma petite bille de la poche. On avait de la chance il faisait beau. Et puis j'ai eu mal si mal que ma petite bille m'a échappée. Elle était partie pour rouler rouler rouler. Et puis.

Mon Il s'est baissé en geignant, ses reins. Il a ramassé ma petite bille. Hop! Dans la poche de chemisette.

Tu as raison mon pépé.
Près du cœur c'est mieux.
C'est sa place.

C'est drôle.
Quoi ma puce?
Y a juste une lettre qui change
Hein?
Entre pépé et...
Bébé?
Voilà.


J'espère que....
T'en fais pas ma puce on prendra soin l'un de l'autre
Ah bon?
Oui et puis tu sais pas quoi?
Non.
On jouera aux billes tous les deux.
D'accord. Vous serez...
Oui on est bien là. On t'aime.
Moi aussi.

samedi 25 février 2012

Ton héritage

Il faudra que je t'explique, mon petit amour, ce que tu tiens de ton arrière grand-père. Ce que j'en tiens pour te l'offrir.

Ce que tu tiens de lui. Assis sur son banc, je crois qu'il ne nous regarde pas, je crois qu'il est parti et je crois qu'il est dans moi.
Oui comme toi, tu vois. Toi aussi tu es dans moi mon amour.
Il faudra que je te raconte ses cigarettes, celles que je t'inflige un peu, encore. J'essaie de faire de mon mieux, tu peux me croire. Il faudra, que je te raconte tout ce qu'il était, tout ce qu'il est devenu, une fois disparu, mon "Il", il faudra que je te dise que c'était un merveilleux être humain. De ceux, simples et discrets, qu'on voit passer dans la vie et dont le souvenir est toujours persistant sans être bien clair.
Il faudra que je te raconte.
Mon petit amour.
Afin que tu sentes tes racines dans toi, même si elles sont si profondes que tu n'en auras pas la perception. Il faudra que tu sortes de moi afin qu'eux tous ils rentrent en toi et t'aident à devenir aussi un être humain. De ceux qui, comme lui, ne font de mal à personne et du bien à beaucoup. De ceux qui n'ont pas d'autre envie que celle d'une vie. Fluctuante, mouvante mais pas mouvementée. D'une vie passée à vivre en somme.
Il faudra que je te raconte les potagers et je n'y connais rien, il faudra que je t'apprenne le mot "établi", il faudra que tu sentes les odeurs d'amour de sa maison, les vapeurs dissoutes de ceux qui sont en moi et ne sont plus.

Un peu comme toi. En moi et pas encore là. C'est le temps qui change juste. Et qui fait que tous se réveillent pour me souffler doucement au cœur qu'ils sont déjà à l’œuvre pour ne pas me faire oublier de te raconter d'où tu viens mon petit amour. De te raconter, mais ce n'est qu'une partie bien sûr, de te raconter.
Ton héritage.
Je t'attends. Je me raconte plein d'histoires et je t'attends.