jeudi 11 mars 2010

Frustration

Quel paradoxe... Quelle incohérence... Quelle frustration...
La découverte d'une limite quelle qu'elle soit est toujours une triste expérience. La limite des mots. Sonne pour moi comme un peu la fin du verbe, là où il me sauvait de tout. Et j'ai comme l'impression de perdre un très bon ami, un proche, un parent.

Je me souviens du jour où j'ai découvert. La limite de ma mère. Le moment -parce qu'il en est toujours un, où l'enfant comprend qu'il ne pourra pas toujours compter sur sa mère, sur son père. Sur ce qui le tient debout. Et que le moment est venu -trop tôt, pas au bon moment, ni au bon endroit, peu importe, le moment est venu de voir si on tient debout tout seul. Parfois oui. Parfois non.
Et il y a des instants où tenir debout seul procure grâce, force et fierté. Des instants joyeux, presque rageurs de jouissance de savoir qu'on tient.
Il en est d'autres plus amers. Des instants où l'on regarde s'éloigner doucement, comme un inéluctable, ce qui non pas nous tenait debout, mais ce qui rendait ce debout plus supportable, plus joli, plus vivable.

Je regarde le verbe s'éloigner doucement. Je n'y peux rien. Je découvre (quelle ironie) que les mots sont impuissants à couvrir l'étendue de ce qui gîte en moi. Impuissants à couvrir l'amour, l'étendue, comme trop large, trop vaste du sentiment amoureux. Et je ne peux m'empêcher de me demander s'il va falloir désormais que je tienne debout sans les mots.
Je ne le souhaite pas. Vraiment. Je sens le paradoxe. Le vide causé par la plénitude.

Quelle incohérence... Quelle frustration...

La limite est une drôle de chose. La barrière. Qu'on franchit.
A voir...