vendredi 5 mars 2010

Hakim et Alegra

Tu veux savoir ce qui a été le plus difficile? Le débusquer à chaque battement de paupières, le sentir dans chaque infime respiration, dans le parfum de la lessive avec laquelle il a lavé mes vêtements, sous mes ongles quand je les passe sur mon sexe dont l'odeur l'étourdit.
Et puis aussi c'est difficile d'avoir envie de rentrer plus vite à Paris, histoire de le retrouver plus vite. C'est difficile de trouver le temps long alors que c'est les vacances et que ces putains de secondes suisses, elle sont sacrément longues, à croire qu'elles le font exprès, d'habitude le temps des vacances est comme resserré, comme concentré, comme pressé, ce con là. Et là, comme une ironie, il s'est étiré, il s'est allongé de tout son long, il s'est vautré sur moi comme un pacha, histoire de m'emmerder. Mais non, c'était les vacances, le soleil, l'eau très froide entre les orteils, le mistral engouffré dans le col relevé, le premier coup de soleil, la première marque de bronzage.
C'était aussi les coups de fil rituels, le vide, le sommeil perturbé parce que solitaire, le manque, infusant comme une tristesse injuste parce qu'injustifiée.
Tu veux savoir? J'ai pensé à toi, comme si tu n'étais pas sorti de moi un seul instant, comme si je marchais les jambes un peu écartées, avec ta queue en moi, en balade avec moi. Comme si tu flottais tout autour de moi, comme si, à la manière d'un brouillard givrant, tu t'étais infiltré dans mes fibres et m'avait enserré le cœur.
Tu veux savoir? J'ai compris que je t'aime désormais. Plus qu'hier et moins que demain.
Ils auront tes cheveux noirs, tes yeux noirs.