lundi 8 février 2010

Jeune pousse

"Je n'ai pas envie d'arrêter de te le dire"...
Et moi si tu savais comme je n'ai pas envie qu'il arrête de me le dire. Si tu pouvais savoir comme je sens mon ventre se tordre, mes mains se raidir, mes mâchoires se crisper, dans un douloureux et doux rictus qui barre mes lèvres, je ne connaissais pas la grimace d'amour. C'est étrange. C'est. D'une telle puissance qu'on voudrait s'ouvrir le corps en deux et s'engloutir soi-même. Qu'on voudrait furieusement creuser un trou dans la terre et y enfouir cette graine d'amour et la couver, pour la sentir alors pousser sous son corps, pour la sentir s'épanouir sous la terre et monter chercher la lumière. Cette pousse d'amour. Qui craquelle la croute de terre, la fendille et se faufile, buvant l'air, le soleil et l'eau que l'amour verse sur ses feuilles en gouttelettes. Lui humecter les branches d'un peu de salive, lui indiquer le chemin. La pousse devenue plante timide. Pousse encore et encore. Sous le corps qui la couve. Chuchote de sa jeune ramure à l'oreille de mon sexe de femme. Chuchote et susurre de doux mots d'amour. "Je n'ai pas envie d'arrêter de te le dire"... Alors ne t'arrête pas, t'entends-tu répondre dans un sourire. Il y a tant de douceur. Et une seule lettre à changer pour comprendre parfois la peine de l'arbrisseau à trouver sa voie vers la voûte qui le surplombe. Alors, encore un peu de cette pluie épaisse, encore un peu du vent de ton haleine, encore un peu de lumière. Pousse. Pousse. Tandis que s'ouvrent tes portes, comme les pétales odorants d'un iris. L'arbuste parcourt lentement le chemin. Pousse. Pousse. Et cette invite lancinante. Une psalmodie. Viens. Monte. Pousse. Encore. Viens.
"Je n'ai pas envie d'arrêter de te le dire"... Les branches encore souples de l'arbre élargissent les parois de ma maison de femme. S'y collent. S'y enfouissent. Les feuilles se froissent. Les branchages se plient et se meuvent comme flottant dans un bain d'humus. Un grand vent se lève et la terre tangue. Les racines sont tranquilles. Les branches les plus fragiles se cassent. L'arbre est secoué de tout son long. Les feuilles vrombissent. Les murs de la maison bougent. S'entrouvrent, se referment. Corolle de fleur à la tombée de la nuit. "Je n'ai pas envie d'arrêter de te le dire"...
Aime. Je. T'.