samedi 13 mars 2010

Aide-moi Quisas, dialogue in

Tu me parlais?
Putain... les yeux
qui piquent
qui brûlent
Tu es fatiguée?
Oui ça doit être ça...
Ou pas.
Ou pas.
J'étais juste en train de réfléchir.
Je pensais que
ça brasse beaucoup hein?
Oui beaucoup, comme
une montée de vase après une grosse tempête
Oui comme ça oui
Comme un grand corps secoué de sanglots
Secoué quoi
ça secoue pas vrai?
...
Comment vous allez les appeler déjà?
Quoi?
Non idiote pas les chiens
Je ne veux pas qu'on parle
Très bien, je t'écoute alors

Il était sous mon corps. Il a dit tu sais, cette tristesse que j'ai. Il s'est arrêté. Cette tristesse que j'ai. Il a repris. S'est arrêté. Plus de souffle. Étouffé. Puis il a éclaté en sanglots. Il tremblait sous mon corps. Je sentais la rigole de larmes dans mon cou. Il a vite coupé le robinet. Il est sorti. J'ai dormi. Il est revenu. Comme si rien n'avait eu lieu.

ça secoue pas vrai?

jeudi 11 mars 2010

Frustration

Quel paradoxe... Quelle incohérence... Quelle frustration...
La découverte d'une limite quelle qu'elle soit est toujours une triste expérience. La limite des mots. Sonne pour moi comme un peu la fin du verbe, là où il me sauvait de tout. Et j'ai comme l'impression de perdre un très bon ami, un proche, un parent.

Je me souviens du jour où j'ai découvert. La limite de ma mère. Le moment -parce qu'il en est toujours un, où l'enfant comprend qu'il ne pourra pas toujours compter sur sa mère, sur son père. Sur ce qui le tient debout. Et que le moment est venu -trop tôt, pas au bon moment, ni au bon endroit, peu importe, le moment est venu de voir si on tient debout tout seul. Parfois oui. Parfois non.
Et il y a des instants où tenir debout seul procure grâce, force et fierté. Des instants joyeux, presque rageurs de jouissance de savoir qu'on tient.
Il en est d'autres plus amers. Des instants où l'on regarde s'éloigner doucement, comme un inéluctable, ce qui non pas nous tenait debout, mais ce qui rendait ce debout plus supportable, plus joli, plus vivable.

Je regarde le verbe s'éloigner doucement. Je n'y peux rien. Je découvre (quelle ironie) que les mots sont impuissants à couvrir l'étendue de ce qui gîte en moi. Impuissants à couvrir l'amour, l'étendue, comme trop large, trop vaste du sentiment amoureux. Et je ne peux m'empêcher de me demander s'il va falloir désormais que je tienne debout sans les mots.
Je ne le souhaite pas. Vraiment. Je sens le paradoxe. Le vide causé par la plénitude.

Quelle incohérence... Quelle frustration...

La limite est une drôle de chose. La barrière. Qu'on franchit.
A voir...

vendredi 5 mars 2010

Hakim et Alegra

Tu veux savoir ce qui a été le plus difficile? Le débusquer à chaque battement de paupières, le sentir dans chaque infime respiration, dans le parfum de la lessive avec laquelle il a lavé mes vêtements, sous mes ongles quand je les passe sur mon sexe dont l'odeur l'étourdit.
Et puis aussi c'est difficile d'avoir envie de rentrer plus vite à Paris, histoire de le retrouver plus vite. C'est difficile de trouver le temps long alors que c'est les vacances et que ces putains de secondes suisses, elle sont sacrément longues, à croire qu'elles le font exprès, d'habitude le temps des vacances est comme resserré, comme concentré, comme pressé, ce con là. Et là, comme une ironie, il s'est étiré, il s'est allongé de tout son long, il s'est vautré sur moi comme un pacha, histoire de m'emmerder. Mais non, c'était les vacances, le soleil, l'eau très froide entre les orteils, le mistral engouffré dans le col relevé, le premier coup de soleil, la première marque de bronzage.
C'était aussi les coups de fil rituels, le vide, le sommeil perturbé parce que solitaire, le manque, infusant comme une tristesse injuste parce qu'injustifiée.
Tu veux savoir? J'ai pensé à toi, comme si tu n'étais pas sorti de moi un seul instant, comme si je marchais les jambes un peu écartées, avec ta queue en moi, en balade avec moi. Comme si tu flottais tout autour de moi, comme si, à la manière d'un brouillard givrant, tu t'étais infiltré dans mes fibres et m'avait enserré le cœur.
Tu veux savoir? J'ai compris que je t'aime désormais. Plus qu'hier et moins que demain.
Ils auront tes cheveux noirs, tes yeux noirs.