mardi 12 janvier 2010

La raison a du coeur

Oui c'est vrai, tu as raison. Je ne mène pas la vie dont j'avais rêvé. Mais si je te disais qu'elle me convient telle qu'elle est, qu'elle est à mon image, un peu lente, un rien contemplative, un peu triste mais juste ce qu'il faut, carrément débordante, comme une bassine de plastique remplie d'eau entre les mains d'un gosse. J'aurais jamais rêvé d'aller m'asseoir à une table de nains, sur des chaises trop petites et bouffer de la purée devant le petit poucet et ses frangins. J'aurais jamais pensé qu'une robe d'ogresse pouvait s'accorder avec mes jarretelles, et que d'une main je tienne, pendant que de l'autre je caresse.
Oui c'est vrai tu as raison, rien n'est comme je l'avais rêvé. Pas même mon amour. Si j'avais pu choisir, je n'aurais pas choisi celui là. Mais si je te disais qu'il me convient tel qu'il est, et plus encore, qu'il est à mon image, doux et mesuré, patient et laborieux, opiniâtre et tranquille, qu'il est confiant. Quand j'avais rêvé d'embardées délirantes, de brûlures et de fièvre. J'aurais jamais rêvé me retrouver encore dans un lit déserté depuis tant d'années, jamais pensé que tant de douceur puisse s'accorder avec le feu qui parfois me dévore.
Mais tu as eu tort. Comme quoi tu vois, on ne devrait jamais présager de rien. On ne devrait jamais anticiper sur sa propre vie. On devrait, on doit rester perméable. Parce que sinon, comment aurais-je pu trouver du sens à cette vie, me surprendre à presser les sept nains contre mon coeur et rester près d'eux pour leur insuffler un peu de confiance, un peu d'énergie, un peu de tempérance, un peu d'amour de l'autre, sans trouver cela vain?
Tu as eu tort. Parce que sinon, comment aurais-je pu prendre une braise d'amour dans mes mains et laisser la flamme de côté? Comment aurais-je pu sentir mon coeur déborder un peu plus chaque jour alors que ses bras m'entourent, me réclamant toujours.
Tu as raison. Je ne mène pas la vie dont j'avais rêvé.
Tu as tort. Parce que cette vie, je la choisis. Je choisis le petit poucet et ses frangins. Je choisis la braise que le grand a posé dans mon âme et je souffle dessus.
Je rêve que je décide.
Je décide que je rêve.

vendredi 1 janvier 2010

Sans mon "Il", an I

J'ai honte tu sais. Je n'ai pas encore honoré ma promesse.
Hein?
Ben oui tu sais
J'vois pas
Mais si, fumer une de tes affreuses brunes
Ha! Ben c'est pas grave tu sais ça ma puce
Oui mais quand même, je pensais que je saurais faire preuve d'un peu plus de...
Mais enfin, on s'en fout ça!
Comment ça va mon petit pépé?
Bof, tu sais...
Oui
Et vous avez bien mangé à Noël?
On s'est régalé.
Vous avez pas trop fait les pleureuses?
Non, tu sais, j'ai amené quelqu'un
Oui je l'ai vu, ta mémé m'en a beaucoup parlé aussi
Je suis heureuse tu sais, il m'aime
Ben manquerait plus que ça!
Tu sais, je pense à toi, tous les jours, c'est long
Un an
Et en même temps
Oui ça file comme une flèche
Tu es toujours là tu sais
Hein?
Fais pas semblant tête de mule
Oh moi tu sais hein, je vois juste ce grand con qui me fait mes plates-bandes,
Je vois ta grand-mère qui se penche sur les mots fléchés,
Je lui souffle les réponses, mais elle m'entend pas
Je mouille un peu de larmes quand je vous vois mes filles si jolies
Je couine quand je m retourne dans ma tombe
Tu te retournes dans ta tombe?!
Ben oui t'es marrante toi...
Elle est plus longue la vie sans toi