mardi 17 novembre 2009

Encore, en corps

Les cordes sont encore sensibles et tendues. Gonflées un peu, de tant de culot. Harassées de tout cet assaut qu'elles donnent, encore et encore au grand corps. En corps vibrent-elles à l'unisson. Et pianotant sur les touches comme une experte du répertoire en noir et blanc, je les vois qui résonnent au contact des petits marteaux de métal. Je les sens remonter, comme monte une envie, comme monte une marée, comme monte un désir. Les cordes sont encore plus douces au toucher que d'habitude. Gonflées un peu, de tant de salive déposée. Exténuées de toutes ces vibrations haletantes que le grand corps encore et encore leur joue.
L'évasion est impossible quand le corps est repu. Quand il n'y a plus que la joie, plus que la jouissance, le reste n'est plus qu'un grand blanc où vient résonner le chœur de mes cordes tendues et frémissantes. Il n'y a rien à remplir, rien à combler, rien à prouver, rien à justifier. Il n'y a qu'à s'agenouiller sur le grand corps, le laisser pincer les cordes. Entrer dans le grand blanc. S'enfoncer comme mes dents dans son épaule.
S'extraire du grand blanc n'est pas facile. N'est même pas ce que je souhaite. Mais, par jeu. Encore un peu de corps, encore. Un peu d'autres. Avant de retourner m'étendre sur son grand corps. Avant de replonger dans son cuir chevelu. Avant d'à nouveau enfoncer mes dents dans son épaule. Par jeu. Encore un peu de corps, encore.