samedi 17 octobre 2009

Rhapsodie, dodécaphonie, aria, requiem ou toccata

J'avais une boite, une petite boite posée sur mes genoux. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté gauche. Et quand je la tournais, c'était comme si les rideaux se délavaient et partaient en flaque de gouache carmin sur le plancher qui gouttait vers l'étage inférieur, dilué, tout mélangé avec le vert de l'herbe du jardin, le sable du bac, l'eau grise et la vase. Et le ciel, le ciel, qui s'écoulait lentement.
Alors j'ouvrais cette petite boite, et tournant la petite manivelle, je voyais les petites pattes de métal soulevées par le cylindre hérissé de piquants, et ça faisait de la musique. Et ça délavait l'univers. Et les petites mains, devenues grandes, lâchèrent la petite boite, et la petite manivelle continua de tourner, les petites pattes d'être soulevées par le petit cylindre hérissé de piquants.
Et la musique continua de lâcher ses gouttes d'eau sur les couleurs de l'univers, comme une pluie sur un dessin de craie au sol. Les petites mains devenues grandes, se frottèrent l'une contre l'autre, à l'abri sous le manteau, dans les poches, dans les cheveux. Puis sentirent une goutte de couleur entre les doigts. Les petites mains devenues grandes se frottèrent l'une contre l'autre en un rendez-vous joyeusement poisseux de couleurs mélangées, passèrent dans les cheveux, sur le visage, sur le corps, partout et rendirent couleur aux cheveux, visage, corps.
J'avais trouvé une boite, une petite boite dans ma poche. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté droit. Et quand je l'ai tournée, du liquide coloré s'en est échappé. Une chatoyance sans nom a coulé sur mes mains et je m'en suis barbouillé les yeux.