jeudi 16 juillet 2009

Retourner s'asseoir

Il rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total....*

Tu crois que...

Je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c'est que jamais je ne suis restée si longtemps sans prendre de ses nouvelles. Du temps où il était encore envie.
Tu crois que...
Non je ne l'oublie pas. Je me laisse juste rattraper par la vie, tu sais, le travail, l'avenir, l'amour...
Ah l'amour...
oui.

Dans le bruit lascif, autour des récifs, de la vague en chaine.*

Je ne l'oublie pas.
Je pense à lui un peu moins souvent. C'est tout.
Ce n'est pas comme avant. C'est comme un parfum qui s'estompe.
Je le sens seul.

A quoi rêve-t-il, livré à lui même?*

Tu sais, rien n'est plus seul que la mort. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'un grand-père mort depuis maintenant plus de six mois, et dont la petite fille au cœur fendu n'est pas retournée voir?


Assis sur un banc devant l'océan.*

Tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'une petite fille au cœur fendu depuis maintenant plus de six mois, qu'aucune caresse ne peut rasséréner et dont le grand-père est parti.


Bel esclave bleu qui remue ses chaînes.*

Tu sais, je peux dire sans te mentir que j'ai cherché à noyer cette solitude. Je me suis essayée vainement au tatouage, j'ai bien aimé sur ma peau, mais c'est le tatouage qui n'a pas aimé ma peau. J'ai retrouvé un binoclard de mes vieux fonds de culotte usés sur les bancs de maternelle. Je joue avec les ami(e)s très cher(e)s à ralentir le temps, à radoucir le sang qui coule de mes yeux depuis plus de six mois.


Il pense que l'amour, c'est vous mettre en joue.*

Tu crois que...
Je ne sais pas.
J'avais comme un lacet autour du cou et j'apprends aux enfants à faire les leurs.
Drôle de vie.
Quand je crie "Epargne-moi!", je mets de l'argent en banque.


Un homme pensif se masse les tifs.*

Tu crois que...
Oui.
Nous avons bien fait tous les deux de nous trouver nus l'un devant l'autre et de lutter pour nous arrimer l'un à l'autre.
Oui.
Il a bien fait de me demander de tendre la main et de sentir son contact sur son sexe.
Oui.
Elles ont bien fait de m'apprendre à danser la colère.
Oui.
Il a bien fait de me tenir serrée dans ses bras une nuit durant.
Oui.
Il a bien fait de venir un soir saveur jasmin, arnica et cannabis.
Oui.
Elles ont bien fait de me laisser pleurer sous leurs yeux.

Interrogatif, à quoi pense-t-il?*

Tu sais, ce n'est pas de ma faute. Je me suis juste laissée rattraper par la vie. Et je ne suis pas fière de moi, non, mais comment te dire, tu n'es plus là pour me bouder de ne pas t'appeler et je peux pas non plus t'en vouloir de m'avoir privée de toutes ces merveilleuses occasions de prendre de tes nouvelles. Je me suis sentie seule plus d'une fois depuis que tu es parti.

Devant globalement la terre toute entière.*

Tu crois que...
C'est le moment oui.
De...
Me lever du banc.
Et de crier...
Putain!!!!!
Et de murmurer
Non.
"tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement, que ma vie"


Qui jamais n'enterre ses haches de guerre.*

Et bien...
Creuse! vas-y!
Et puis...
Crie!
Putain!!!!!




A quoi rêve-t-il, l'éternel bohème?*

Je rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total.







*LÎle Hélène de Claude Nougaro a résonné dans l'église avant de ricocher sur le cercueil de mon grand-père le 2 janvier 2009.