dimanche 21 juin 2009

Arlésienne


Une rue étroite et ce chat noir et blanc que je caresse toujours en me rendant aux Ateliers le matin. Comme j'aime vivre dans cette ville, tout faire à pied, déjeuner au jardin antique, marcher pieds nus dans la poussière des Ateliers en attendant les visiteurs. Mon éternel mégot éteint et mon zippo frotté sur mon jean. Au bout de la rue des douaniers, la maison où je vis pendant ce mois de septembre, un appartement à l'étage, une grande pièce, une mezzanine où je me suis installée et une salle de bains avec deux fenêtres, dont l'une donne sur un cul-de-sac où des ouvriers abandonnent leurs sacs de ciment vers midi.


Il est venu s'installer avec moi, dès le lendemain de notre rencontre. Il m'a rejoint un après-midi, je dormais, nous avions passé la nuit dehors à explorer les recoins sombres des bords du Rhône. Il a déposé sur l'escalier une assiette de fruits, un verre de jus d'orange et mes cigarettes. J'étais rentrée épuisée et n'ai pas eu le courage de prendre une douche, seulement d'ôter mes vêtements et de me coucher.


Je laisse toutes les portes ouvertes. Je me réveille et le regarde, allongée sur le ventre, le drap à mes pieds. Ses yeux me sondent et je suis surprise de le trouver assis sur les marches à me regarder.


"Tu es belle" me dit-il gentiment avant de me rejoindre... Je crois bien qu'on ne me l'avait jamais dit aussi spontanément et cela m'a bouleversée.


Puis, un soir d'orage, je le retrouve et je lui dit ce soir j'ai envie que tu fermes les yeux. Il m'a souvent parlé de sa frustration de ne pas "sentir". Alors, il ferme les yeux, s'aveugle pour moi et se laisse faire. Je l'allonge sur le dos et je le déshabille. C'est émouvant de le voir ainsi, totalement prêt à se laisser faire. Je lui prends les mains et le laisse me dévêtir. Lui si assuré semble désormais hésitant et un peu perdu, les gestes plus lents et plus concentrés. Une fois nus, il me demande ce qu'il doit faire.


"Rien justement... ce moment est pour toi, je t'en fais cadeau, je veux que tu redécouvres ton corps et que tu réalises à quel point il me touche. C'est pour ça que tu ne dois pas me voir, celà me gênerait."


Comment vous dire, cest comme si je souhaitais un partage unilatéral. Moi vers lui, et lui seul avec son corps. J'ai toujours senti chez moi une sorte de prédisposition à éveiller la sensualité, qui semble avoir abandonné ce monde, la mienne et celle des autres. Mais je n'ai pas souvent rencontré ces hommes qui suscitent chez moi cette envie de remplacer par la sensualité le sang dans les veines.


Il a les yeux fermés et la lumière est allumée, je m'assieds près de lui et je rentre dans mes mains, il est sur le ventre et je me promène sur son dos avec le dos de mes mains, ses paumes tournées vers le ciel, je m'y attarde un peu et du bout de mes doigts, je parcours ses jambes, ses fesses, ses pieds, sa nuque, je décide de me balader dans ses cheveux raides. Celà dure longtemps, une des plus belles éternités de ma vie. Il commence à bouger...


"reste immobile, ce n'est pas moi qui importe pour l'instant... C'est toi... je veux simplement te faire sentir ce corps avec lequel tu n'as pas dialogué depuis longtemps... Je ne suis là que pour que tu sentes les parties de toi que je caresse, pas pour que tu me sentes moi..."


Peu à peu, je le sens s'assouplir entre mes doigts. Il a confiance et il a compris que ce dialogue c'est entre lui et lui. Je ne suis que le traducteur. Je passe mes mains sous son ventre et je le fais basculer sur le dos. Je caresse son visage, j'aime cette barbe naissante, je caresse son cou et ses clavicules, je voyage sur son torse et je sens qu'il apprécie... Il sait que je descends... je me promène sur son sexe dressé mais ne le touche pas, je veux qu'il sente que je suis là, tout près... puis je continue la descente jusqu'aux pieds. Il remue la tête, yeux clos et respire fort.


"n'ouvre pas les yeux, je n'ai pas fini... retourne-toi encore..."


Mes mains deviennent alors inactives et je deviens le bout ma langue, je trace mon sillon de salive là où mes mains viennent de le quitter, partout... De retour sur le dos, je peux l'observer... Petite escale entre nombril et pubis, il s'est mordu les lèvres et il pleure en silence. Je le taquine un peu alors, à l'endroit où votre peau est la plus fine et à l'ouverture duquel se dessinent vos lèvres aussi sûrement que si vous vous regardiez dans un miroir. Il tremble à présent...


"J'ai..... je...... tu......."


"je comprends, tu peux ouvrir les yeux maintenant"


Coup de tonnerre sur yeux ouverts. Il éteint la lumière et ne me quitte pas une seule seconde. La foudre éclaire nos tremblements par l'ouverture du velux. Je n'ai pas remarqué que la nuit était tombée.


"La prochaine fois, je recommencerai et tu ouvriras les yeux, tu me verras et je serai belle..."


"Je t'aime" m'a-t-il dit dans un souffle...



Le beau dalisque