lundi 8 juin 2009

Bascule

J'avais senti, il y a longtemps, les contours de la porte devant laquelle je me trouvais.

Qui me restait hermétiquement fermée.

J'avais tourné pendant longtemps, comme un lion en cage, sur cette espèce de paillasson rèche. A tripoter un trousseau de clés dans ma poche. Sachant que la bonne, je ne l'avais pas.

Débordéliser ma vie. Lui trouver de nouveaux bords...

J'ai passé tout ce temps à toucher les contours avec mes doigts, à laisser courir mes mains sur la tranche de mon petit livre, à en compter les pages une à une jusqu'à ce que la sensation s'éteigne là , au bout.
Plus rien n'a de sens et tout est limpide en même temps. Je suis habitée par l'envie. En vie.

J'étais sur un cheval à bascule bloqué en position arrière. Je ne savais pas bien. Bref. Ce n'est pas important.
J'avais peur du comment pourquoi quand où tu es sûr je ne sais pas trop il faut voir...

Et puis je me suis retrouvée de l'autre côté d'une porte grande ouverte sur le Sénégal, le Chili, les rails d'Europe, les pages de mon livre, le négatif de mes photos, les fleurs de montagne, les images vidéos que j'imagine quand j'écoute Marclay, les étagères d'une librairie et l'espace qui sépare mes pieds du sol quand je marche sur mes talons.

Je me suis retrouvée dans un temps nouveau. Un temps auquel j'ai envie de donner une âme. Un temps que je désire habiter comme ça se présente.

Mon cheval à bascule s'est soudain décidé à se mettre en balance.

Il n'y a pas de train sur les rails. Juste une carriole tirée par un cheval à bascule, tout doucement, entre le Chili et le Sénégal, avec dans la bouche quelques fleurs de montagne.