samedi 30 mai 2009

A bientôt frère

Je le sens!!! Il vient! Il approche en grondant le simoon lancé à grande vitesse!! Je sens mon cheval à bascule qui se balance de plus en plus. Le paysage est dégagé. La ligne de rails, j'en ai plein les yeux. Comment te dire? Tu sens pas toi, que le vent a changé de goût depuis trois secondes, qu'il s'est épaissi et épicé d'un coup d'un seul il s'est chargé d'une graine de souffre jaune et les poussières remontent lentement, non pas lentement, elles s'envolent, un vrai geyser de particules acres qui monte qui monte. D'une main je le tiens mon cheval à bascule, de l'autre je le lâche, je suis partagée. Il arrive ce grondement de moins en moins sourd, ces vibrations qui font remuer tout à l'intérieur, cette haleine brûlante qui me fouette la face, cette beigne en pleine poire, je ne tombe pas du cheval à bascule, je m'agrippe, je suis une hyène à mâchoire d'acier. Je suis pleine de défi, je l'emmerde et j'ai pas peur, je serre les cuisses autour du flanc de bois, je brandis mon poing et secoue la tête. J'ai un coeur de bois et une crinière me pousse dans le cou. Je hennie. Je rue. Je me cabre en crachant ma fumée devant le vent contraire. Je rie. Je ne suis pas un cheval. Je rugis. De mes quatre pattes surgissent des griffes qui s'enfoncent dans les flancs de bois. Je mets à bas le cheval à bascule. A bientôt frère. Je reviendrai une fois la mue achevée. Cheval, serpent, singe, rat, tigre, le dragon est passé, je reviendrai cochon et je te retrouverai.

D'un bond, les rails m'avalent et je disparais.