mardi 26 mai 2009

Le pli n'est rien

J'ai attendu mes 16 ans avec impatience. Pour avoir enfin le même âge que la princesse Aurore. J'ai essayé la couture, je me suis lassée, très vite. Tant pis, je n'allais pas me piquer le doigt et dormir cent ans. Un an plus tard, l'amour dans les bras d'un garçon gentil si gentil que lorsque je suis rentrée à la maison, je ne pouvais m'empêcher de sourire. J'ai souri, je souris, toujours. Le pli que tu vois à la commissure de mes lèvres n'est rien. Il se nomme expérience. Mon sourire n'est pas effacé, il est plus flou, plus vague. Il flotte au son de "cosmic dancer". Il s'étire sur l'image d'un Depardieu en chanteur de charme. Il devient liquide si jamais mes yeux se portent sur la photo. L'amour dans les bras de celui qui partagea un temps de ma vie. Si merveilleux que mes yeux brillent encore. Le pli que tu vois au coin des yeux n'est rien. Il se nomme apprentissage. Mes yeux brillent toujours. Simplement, ils s'abritent. Les lunettes sont chères mais qu'importe. La myopie. C'est un bon prétexte. Surtout quand elle existe vraiment. Mes yeux passent sur l'ombre dorée du rideau de la cuisine, se ferment contre l'attaque de la fumée de cigarette qui risque à tout moment de les agresser, se remplissent si jamais la photo leur passe devant. L'amour toutes fenêtres ouvertes. Si envoutant que mes mains tremblent encore. Le pli que tu sens au niveau du poignet n'est rien. Il se nomme finitude. Mes mains courent toujours sur des toisons d'homme. Elles effleurent les touches grises. Elles exultent au moment de rouler la cigarette qui viendra brûler mes yeux. Elles pétrissent des pâtes. Elles caressent des cheveux d'enfant. Elles se serrent plutôt que de toucher la photo. L'amour comme un jeu de cache cache dans la montagne. Si puissant que mon corps frémit encore. Le pli que tu découvres au creux de mes reins n'est rien. Il se nomme pari. Mon corps s'abandonne toujours aux rayons du soleil. Mes reins se creusent sous la caresse. Mon corps s'étire au matin. Il geint sous la contrainte. Il jouit sous l'autre corps. Il s'épuise. Il se repose. Il s'affaisse dans l'absence désincarnée de la photo.

J'ai maintenant dix ans de plus que la princesse Aurore. Je ne couds pas. Ni ne repasse.

L'amour. Ne se. Repasse. Pas.
Le pli n'est rien.

Mon cœur tambourine. Toujours.