samedi 16 mai 2009

Baignade interdite

C'était encore une vacherie de cet enculé de printemps, voilà. Un joli rayon de soleil, quelques genêts en fleur... les premiers, éclos du matin... Il en fallait pas plus. La pauvre elle a embrassé tout ça d'un oeil, au saut du lit, et elle s'est sentie bizarre. Un coup au coeur, ça lui a filé, un coup de jeunesse. Soudain, elle pensait plus qu'à un truc: s'élancer, courir, foncer à poil dans ce soleil, sur ce sable, vers cette mer qui lui tendait les bras. Une romantique sans doute, une amoureuse de la nature, une gonze quoi. A moins qu'elle ait senti venir le vent (...) qui sait avec l'instinct féminin? (...)
Alors la bonne femme sur le seuil de la maison, elle avait baissé les yeux pour examiner ses nichons encore pas trop moches, son bide un peu gras sur lequel les trois hommes avaient posé leur tête, ses cuisses de baiseuse, et elle s'était dit en se caressant le cul : "voilà, c'est fini, un jour ou l'autre tout ça va se faire la valise, le sable, la mer, le soleil, mes fesses et mes nichons, (...) moi."
(...)
Ses pieds nus, aussitôt avaient trouvé le sable tiède. Elle s'était mise à marcher, lentement, à poil dans le soleil, vers les vaguelettes de marée basse lointaines, très lointaines. Et ça durait, et ça durait. Elle était arrivé sur le sable mouillé et elle avançait toujours, attirée par un aimant, les nichons braqués vers le large, comme pour aller communier dans sa propre odeur de varech.
Et aucun des trois hommes, qui la suivaient depuis leurs pageots, n'avait tenté de la retenir. Fascinés, ils regardaient, incapable de bouger, incapables de parler. Ils comprenaient, c'était plus fort qu'eux. Et quand elle était revenue, ruisselante et tremblante de froid, aucun n'avait osé la toucher. Il avait fallu qu'elle leur demande: "alors, personne me baise?"*


*Bertrand Blier, Les valseuses