lundi 28 septembre 2009

La pente, la belle black, la pastille, le mythe

Je revois parfaitement cette plaine, où je n'ai jamais mis les pieds pourtant, je lui ai couru sur l'échine, on courait tous, c'était bon tu sais. Je me suis fait des milliers de torticolis à force de regarder le ciel et de chercher l'envol des oiseaux du regard et de le trouver et de le suivre, jusqu'à ce que je ne puisse plus les voir.
Je revois parfaitement cette déclivité, cette pente que je n'ai jamais dévalée, je lui ai glissé dessus tout du long le cul dans la boue chaude, on aurait dit du liquide de femme. Je me suis roulée dedans, à perdre ma couleur de petite blanche, à devenir la belle black de l'autre côté de la flaque, tétons dressés.
Je revois parfaitement cette pastille blanche que je n'ai jamais goûtée, je l'ai laissée fondre ou l'ai avalé, je ne sais pas. Je me suis laissée emporter par le grand serpent coloré, et j'ai louvoyé entre les êtres, les frottant, les frôlant, m'écroulant, survolant l'étendue humaine par la musique rassemblée.
Je revois ces trois jours de paix, de musique et d'amour, ces trois jours d'il y a quarante ans. Je les revois tous ces gens et leurs cheveux collés par la boue, la sueur et la crasse, et leurs sourires de LSD, et leurs corps en mouvement au rythme de la musique qu'on ne pouvait entendre partout tant la masse était importante.
Je revois le mythe.

dimanche 27 septembre 2009

La terre est bleue comme une orange

Nous étions bien là tous les quatre, à nous retrouver, nous qui sommes
en train de nous perdre
Nous ne faisons rien de mal
non
Nous nous disons notre plaisir de nous revoir
Nous
ne faisons rien de mal
Je crois
En train de me perdre
Dans
Deux grands bras puissants
Dans
Un baquet de liquide poisseux et chaud
Moi-même en
Liquide
Alors, entre le fromage, le thé, le miel et les confitures
Des retrouvailles comme un lent tourbillon moelleux
Un peu de chaleur simple
Le sexe en repos, l'âme
L'âme?
En repos?
Jamais!

Je voudrais renaître aveugle pour mieux entendre, le mouvement, les cris de plaisirs si forts qu'on les croit douloureux, apprendre à les reconnaître dans l'immensité des cris d'humains, comprendre, sentir le mouvement sur ma peau, dans mes cheveux, son inclinaison, son but.
a re t b ue co n ra e
Je voudrais perdre mes perceptions habituelles, m'en extraire et me noyer dans mon antre brûlante. Je voudrais me dissoudre, devenir sourde au monde
La erre st bl ue com ne ran e
Je voudrais marcher nue-pieds dans un grand désert avec pour seule compagnie le sable entre mes jambes, le ciel comme une coiffe de reine africaine, et les sons ricochant des éclats de voix perdus au fil de ma vie, ma voix de fille, ma voix de vieille femme et rien d'autre que mon cul se balançant au rythme de mes pas. Je voudrais ouvrir la bouche et aspirer en un souffle, l'immensité du monde.
La terre est bleue comme une orange

lundi 21 septembre 2009

Contre Champs

La peau marque plus vite maintenant. Les éraflures de ce champ sur mes genoux, s'effaceront plus lentement. Le bleu à la naissance du cou s'étirera encore quelques jours. L'âme s'éloigne plus rapidement maintenant. Le champ que l'on prend. Celui que l'on arpente. Le temps de vie en contre champ. Prend une place jusqu'alors inconnue. Une place non encore mesurée et mes lèvres si souvent embrassées par des bouches si différentes en gardent encore la chaleur cuisante, comme un restant de fièvre. Et le corps, si souvent étreint, écrasé, caressé, labouré par d'autres corps si différents en garde encore les souvenirs particuliers. Et la mémoire s'efface pour ne plus laisser que le poids de l'organique. Passe hors champ. Dans les éraflures sur les genoux, dans la trace à la base du cou, dans les membres douloureux, dans les yeux qui piquent. Dans le vide aussi. Au plein d'un champ séparé. Reste inamovible, l'impact. Le poids. Le corps. Le plein. Contre l'évanescent. La légèreté. L'âme. Le vent. Au sein d'un même être parfois se joue une bataille, un contre. Le vent et le champ. Il faut les deux. Le souffle n'a de puissance que grâce à la terre sur laquelle il souffle. Le champ n'est beau que lorsque ses blés en vague danse se balancent doucement ou en bourrasques s'affaissent.
L'âme en contre champ. Le corps en contre vent.

dimanche 6 septembre 2009

H1N1

Joli orange sur ton dos ma fille
Tu t'es roulée dans le jeune automne?
C'est quoi ce vilain mal de tête?
Quelle grippe?

Va chier avec la bonne morale, j'aime pas les gosses, les têtes blondes, les petits binoclards-futurs-connards, qui dès leur troisième anniversaire commencent à régner sur le monde
Ta gueule Kévin!
Quand un adulte parle tu la boucles ta petite bouche dans laquelle je crache mes glaires.
Je ne voudrais pas faire pleurer les enfants, j'aime pas faire pleurer les gens. Mais j'aime pas ces enfants. Déjà foutus avant d'être commencés. Et leur putains de parents!
Nos putains de parents...

Joli dos ma fille
C'est pour quoi faire?
C'est pour me faire défourailler
Vraiment? Alors que tu t'occupes d'enfants..?!

Va chier avec les codes de relation humaine, je crache sur le code, je crache tant que je peux, en poussant de toutes mes forces sur la barrière et j'ai les pieds qui s'enfoncent tu vois pas, les sables mouvants
Faut qu'je moove!!

Joli question ma fille
Si les chiens font pas des chats
Les chattes font-elles des chiennes?

Va chier avec la vision du monde de Oui-Oui-Bonne-nuit-les-petits, mes gosses je les endors en leur racontant un histoire, je suis pas chienne, je passe rapide sur l'ogre, le loup, le grand méchant, je passe que le loup le grand méchant, je le retrouve et je me le tape, avec l'ogre qui filme en super-8.

T'as du rhume? T'as perdu ton doudou?
Ta gueule Kévin!