mardi 7 juillet 2009

L'autre avait pas encore le vertige, il savait pas comme c'était bon.*

Je m'étais dit: il faudrait que je lise pour me remettre à écrire. Et puis mes yeux sautillaient entre telle phrase de l'auteur
Oh rien de tel que de remporter une petite victoire sur soi-même de temps en temps.*
et la houle d'une Madonna muette sur écran neuf. Parfois, je me dis que remplir ne sert à rien, juste un peu de couleurs qui sèchent dans le noir, à peine éclairé par la lumière blafarde d'un ordinateur.
Mais plus les jours passaient, plus ces instants devenaient rares, aussi les distillais-je d'un sourire béat avec d'infinies précautions pour m'en imprégner de la moindre goutte.
Je me rappelais alors que l'auteur avait écrit dans un de ses bouquins, une histoire de cul avec Madonna. Le roman. Le fameux qui conduit vers chez les blancs. Celui qui scinda son style en deux. Celui qui commence par
Je ne sais pas comment je vais faire*.
Cet incipit. Qui ne l'a jamais ressenti au détour d'un dédale de sa vie? Et combien l'on écrit comme préambule?
Pour moi, c'était une manière de saluer tout ce qui était en lui, je raconte pas des blagues, n'importe qui aurait pu sentir qu'il était habité par une force étrange et j'étais bien placé pour savoir de quoi il retournait.*
Parce qu'à un moment donné, on ne peut plus seulement rester posé sur son cul à ressasser tout le bien qu'on éprouve à lire une souffrance intime dans les mots d'un autre. Non. A un moment donné on écrit
Chacun portait sa croix ici-bas, et j'avais changé d'épaule.*
Ou autre chose. A un moment donné, on mange plus qu'on engloutit et je te parle de bouquins mais je pourrais aussi de parler de cul ou de bouffe ou de potes, pourquoi pas? Parce que sans que ça en ait l'air, tout s'assemble et forme un tout. Parce que mine de rien
ça fait du bien de temps en temps de voir qu'on est pas tout seul sur le chemin, ça élargit la route pendant un petit moment, c'est quand même mieux que rien.*
Et puis après ça passe. C'est que du vent. Parfois brûlant et dur, parfois plus frais, ça dépend. Mais le roman ça...
Reste la question
Est-ce qu'un livre pouvait donner du courage, est-ce que des mots mis bout à bout pouvaient suffire à remplir toute une vie?*




*Extraits de différents romans de Philippe Djian


3 commentaires:

Rackham Le Rouge a dit…

Je connais Djian par le Cinéma ou des interviews, il est intéressant, c'est sûr. Il a son monde et je suis sûr qu'il ne pense qu'à une chose : Ecrire.
du moins par moment...

On ne le sait pas, mais la plupart du temps, on court après soi, après ce qu'on doit être, après ce qu'on doit faire. Un artiste, un écrivain, c'est ça.
Un artiste ne se dit pas : Je fais le ménage et après j'écris. Je fume ma clope et après j'écris. Je baise et après...merde.
Je jette le balai, la clope, la bite et j'écris. D'abord.

Ces bouts de phrases, incipits, corps du récit, répliques, je les écris toute la journée, la nuit, dans ma tête. Quand je me mettrais à taper, j'aurais l'impression de refaire mes games...C'est déjà là, j'ai mes notes...

Ton roman, il est là Quisas, tu verras les priorités de ta vie, si tu veux l'écrire ou pas. C'est toi qui voit...Madonna ou pas.

fox a dit…

Très bonnes lectures...

La grande brune. a dit…

Ne t’occupe pas de ce qu’on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais.
Évite les endroits où l’on parle de livres. N’écoute personne.
Si quelqu’un se penche sur ton épaule, bondis et frappe-le au visage.
Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n’y a rien à en dire.
Ne te demande par pour quoi ni pour qui tu écris
mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière.
(Philippe Djian - Lent Dehors)