jeudi 30 juillet 2009

J'ai le complexe

Je ne comprends pas pourquoi mon écriture répond bien souvent à l'appel d'une sourde mélancolie. Comme en réaction.
Je voudrais écrire avec l'humour qui me caractérise à l'oral. Mais je pense que l'humour, en tous cas le mien, n'est possible que parce qu'il agit immédiatement sur mon interlocuteur. Pour moi-même, je ne suis pas drôle. Voilà je crois, la raison pour laquelle ce que j'écris n'aura aucun écho en dehors de l'espace où je le commets.
Ce constat, étonnamment, me désole.

Être à l'autre est si compliqué.
Il ne peut y avoir rien de juste dans le retranchement malgré tout.

Et mon regard a tant changé, s'est tant posé sur tout ce qui entoure mon quotidien qu'il n'y a pas trente-six moyens de le faire s'agrandir. Encore! De le faire s'épanouir et de lui donner le désir de revenir vers son pôle.
L'autre. Le toi.
Je suis triste de mon incapacité à bien vivre ce monde. De mon refus d'adaptation.

Et je suis fière aussi. Parce qu'il n'est rien de plus détestable que d'accepter ce que l'on fuit, ce que l'on pressent comme une mauvaise chose.

vendredi 24 juillet 2009

Jus d'orange

Ma petite cuillère me regardait d'un air concave franchement convexe. Je n'ai pas fait attention : j'ai remué mon café et j'ai pensé aux oranges. C'est con de penser aux oranges. C'est con une orange. Faut pas penser aux oranges et je me suis dit oublie les oranges et pense plutôt à ta petite cuillère. Alors j'ai pensé. Beaucoup pensé. J'ai pensé comme personne ne pense à penser. Et j'ai sorti ma cuillère de son bol et je lui ai dit qu'il ne fallait pas mépriser les oranges. Alors j'ai pensé que c'est con une cuillère, c'est encore plus con qu'une orange. Et puis j'ai arrêté de penser. J'ai définitement arrêté de penser pour la journée.

jeudi 16 juillet 2009

Retourner s'asseoir

Il rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total....*

Tu crois que...

Je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c'est que jamais je ne suis restée si longtemps sans prendre de ses nouvelles. Du temps où il était encore envie.
Tu crois que...
Non je ne l'oublie pas. Je me laisse juste rattraper par la vie, tu sais, le travail, l'avenir, l'amour...
Ah l'amour...
oui.

Dans le bruit lascif, autour des récifs, de la vague en chaine.*

Je ne l'oublie pas.
Je pense à lui un peu moins souvent. C'est tout.
Ce n'est pas comme avant. C'est comme un parfum qui s'estompe.
Je le sens seul.

A quoi rêve-t-il, livré à lui même?*

Tu sais, rien n'est plus seul que la mort. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'un grand-père mort depuis maintenant plus de six mois, et dont la petite fille au cœur fendu n'est pas retournée voir?


Assis sur un banc devant l'océan.*

Tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'une petite fille au cœur fendu depuis maintenant plus de six mois, qu'aucune caresse ne peut rasséréner et dont le grand-père est parti.


Bel esclave bleu qui remue ses chaînes.*

Tu sais, je peux dire sans te mentir que j'ai cherché à noyer cette solitude. Je me suis essayée vainement au tatouage, j'ai bien aimé sur ma peau, mais c'est le tatouage qui n'a pas aimé ma peau. J'ai retrouvé un binoclard de mes vieux fonds de culotte usés sur les bancs de maternelle. Je joue avec les ami(e)s très cher(e)s à ralentir le temps, à radoucir le sang qui coule de mes yeux depuis plus de six mois.


Il pense que l'amour, c'est vous mettre en joue.*

Tu crois que...
Je ne sais pas.
J'avais comme un lacet autour du cou et j'apprends aux enfants à faire les leurs.
Drôle de vie.
Quand je crie "Epargne-moi!", je mets de l'argent en banque.


Un homme pensif se masse les tifs.*

Tu crois que...
Oui.
Nous avons bien fait tous les deux de nous trouver nus l'un devant l'autre et de lutter pour nous arrimer l'un à l'autre.
Oui.
Il a bien fait de me demander de tendre la main et de sentir son contact sur son sexe.
Oui.
Elles ont bien fait de m'apprendre à danser la colère.
Oui.
Il a bien fait de me tenir serrée dans ses bras une nuit durant.
Oui.
Il a bien fait de venir un soir saveur jasmin, arnica et cannabis.
Oui.
Elles ont bien fait de me laisser pleurer sous leurs yeux.

Interrogatif, à quoi pense-t-il?*

Tu sais, ce n'est pas de ma faute. Je me suis juste laissée rattraper par la vie. Et je ne suis pas fière de moi, non, mais comment te dire, tu n'es plus là pour me bouder de ne pas t'appeler et je peux pas non plus t'en vouloir de m'avoir privée de toutes ces merveilleuses occasions de prendre de tes nouvelles. Je me suis sentie seule plus d'une fois depuis que tu es parti.

Devant globalement la terre toute entière.*

Tu crois que...
C'est le moment oui.
De...
Me lever du banc.
Et de crier...
Putain!!!!!
Et de murmurer
Non.
"tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement, que ma vie"


Qui jamais n'enterre ses haches de guerre.*

Et bien...
Creuse! vas-y!
Et puis...
Crie!
Putain!!!!!




A quoi rêve-t-il, l'éternel bohème?*

Je rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total.







*LÎle Hélène de Claude Nougaro a résonné dans l'église avant de ricocher sur le cercueil de mon grand-père le 2 janvier 2009.

lundi 13 juillet 2009

Bababoum bababoum, dialogue in

Je...
Bababoum Bababoum...
Mais qu'est-ce que tu as?
Une indicible envie de pleurer et de
éclater de rire?
C'est ça.
Il vient?
Il vient.
Et?
C'est si subtil que ça pourrait...
S'écrouler comme château de cartes en plein courant d'air
Ou bien...
Enfler comme un grand vent, un grand mistral qui chasse les nuages
Et retombe en brise apaisée.
Tu ...
me retrouverai plus nue que jamais
Que jamais
et...
ça me fait peur. Regarde
Tes mains qui tremblent.
Je suis
fébrile?
C'est ça.
Tu as peur?
Ben... oui.
Bordel de merde!!!!
Putain de dieu de nom de dieu de bordel de merde!!!!!
Ah quand même...
Comment te dire, tu vois c'est
Ton écho d'âme
Et comment se pourrait-il que
les corps fassent écho sans que...
l'âme vole en éclats?
C'est ça.
Putain!!
Je crois que...
Arrête de croire mais...
Vis!
Tu crois?
Et comment!
Putain!!!!
C'est le grand huit de la Foire du Trône, celui pour les grands ma biche!
Wououououououououou!!!!!!!

vendredi 10 juillet 2009

Début janvier, il n'y avait pas grand-chose

Il n'y a pas grand-chose qui puisse expliquer mon envie de toi, ami, tout comme rien ne me permet de comprendre la déroute qui parfois me gagne, l'envie qui reflue et, s'évapore. Qui disparait. Il n'existe rien à cet instant dans ma vie que de choses sans importance, sans gravité, du moins le crois-je. Vos désirs à vous n'ont qu'une valeur toute relative et crois-tu que c'est parce qu'avant, ils prenaient toute la place?
Quant à moi je l'ignore. A trop donner de place à l'autre, on finit par perdre la mesure de sa propre réalité, et on s'ennuie.
En ce moment, je passe beaucoup de temps hors de chez moi, pas que je fasse grand-chose, non, non, j'essaie tant bien que mal, de soulager une absence, peine perdue, je ne le remplacerai jamais, tout au plus, ma présence chez ma grand-mère ne fait-elle que souligner que mes mots ne sont pas les siens, que ma voix ne résonne pas comme la sienne, que mon odeur, finalement chasse la sienne. Je suis fatiguée.

mardi 7 juillet 2009

L'autre avait pas encore le vertige, il savait pas comme c'était bon.*

Je m'étais dit: il faudrait que je lise pour me remettre à écrire. Et puis mes yeux sautillaient entre telle phrase de l'auteur
Oh rien de tel que de remporter une petite victoire sur soi-même de temps en temps.*
et la houle d'une Madonna muette sur écran neuf. Parfois, je me dis que remplir ne sert à rien, juste un peu de couleurs qui sèchent dans le noir, à peine éclairé par la lumière blafarde d'un ordinateur.
Mais plus les jours passaient, plus ces instants devenaient rares, aussi les distillais-je d'un sourire béat avec d'infinies précautions pour m'en imprégner de la moindre goutte.
Je me rappelais alors que l'auteur avait écrit dans un de ses bouquins, une histoire de cul avec Madonna. Le roman. Le fameux qui conduit vers chez les blancs. Celui qui scinda son style en deux. Celui qui commence par
Je ne sais pas comment je vais faire*.
Cet incipit. Qui ne l'a jamais ressenti au détour d'un dédale de sa vie? Et combien l'on écrit comme préambule?
Pour moi, c'était une manière de saluer tout ce qui était en lui, je raconte pas des blagues, n'importe qui aurait pu sentir qu'il était habité par une force étrange et j'étais bien placé pour savoir de quoi il retournait.*
Parce qu'à un moment donné, on ne peut plus seulement rester posé sur son cul à ressasser tout le bien qu'on éprouve à lire une souffrance intime dans les mots d'un autre. Non. A un moment donné on écrit
Chacun portait sa croix ici-bas, et j'avais changé d'épaule.*
Ou autre chose. A un moment donné, on mange plus qu'on engloutit et je te parle de bouquins mais je pourrais aussi de parler de cul ou de bouffe ou de potes, pourquoi pas? Parce que sans que ça en ait l'air, tout s'assemble et forme un tout. Parce que mine de rien
ça fait du bien de temps en temps de voir qu'on est pas tout seul sur le chemin, ça élargit la route pendant un petit moment, c'est quand même mieux que rien.*
Et puis après ça passe. C'est que du vent. Parfois brûlant et dur, parfois plus frais, ça dépend. Mais le roman ça...
Reste la question
Est-ce qu'un livre pouvait donner du courage, est-ce que des mots mis bout à bout pouvaient suffire à remplir toute une vie?*




*Extraits de différents romans de Philippe Djian


dimanche 5 juillet 2009

Je suis mon homme et nous discutons

Où étais-tu il y a quelques années?
Je ne sais pas. Entre ici et là je crois, quelque part. Hum... Je crois que j'étais encore moins perdu qu'il y a quelques minutes. Je suis un homme d'errance tu comprends, je ne me sens jamais, sauf en marchant, au volant d'une voiture, un chapeau rabattu sur mes yeux rougis.
Rougis?
Oui la fatigue, je ne dors pas, l'alcool, je bois tant,les cigarettes, je fume...
Moi aussi!
Vrai? Quand est-ce que tu la payes ta clope alors...
Où étais-tu il y a quelques jours?
Perdu dans les seins d'une fille odeur de tabac blond et de citronnelle. Elle aime les gars mal élevés. Donc techniquement, elle m'aime.
Techniquement?
On aime jamais vraiment ce qu'on ne connait pas. Et je ne la connais que de loin. Je ne suis jamais meilleur que dans l'éloignement, je suis un mec mal élevé. Mais tu comprends, je ne peux pas, les filles, les gars, les chiens, les voitures, les clés, les fils et les réseaux. Bref tout. Je ne peux pas, je m'enferme et je me comprime la poitrine. Putain je t'assure que si j'avais été une fille, et bien mes nibards, lourds ou pas lourds, je les aurais jamais enfermés dans un soutien gorge. Lâche les tiens d'ailleurs, tu vas avoir des marques et ça j'aime pas. Oui là c'est mieux, comment tu te sens. Parce que moi je me sens bien ma belle. Je suis un homme de contact tu le vois bien, je n'aime pas tes frontières de fringue, et envoie moi valser tout ça, laisse moi t'approcher mais toi ne bouge pas, je vous connais les filles on tend à peine un doigt, vous nous dévorez notre mâle essence. Merci pas de ça! Je suis un homme libre tu comprends? Et ne sois pas désolée ma belle, parce que c'est comme ça que tu m'aimes et il n'y a que cette manière d'aimer qui me convienne.
Et toi comment tu aimes alors?