samedi 30 mai 2009

A bientôt frère

Je le sens!!! Il vient! Il approche en grondant le simoon lancé à grande vitesse!! Je sens mon cheval à bascule qui se balance de plus en plus. Le paysage est dégagé. La ligne de rails, j'en ai plein les yeux. Comment te dire? Tu sens pas toi, que le vent a changé de goût depuis trois secondes, qu'il s'est épaissi et épicé d'un coup d'un seul il s'est chargé d'une graine de souffre jaune et les poussières remontent lentement, non pas lentement, elles s'envolent, un vrai geyser de particules acres qui monte qui monte. D'une main je le tiens mon cheval à bascule, de l'autre je le lâche, je suis partagée. Il arrive ce grondement de moins en moins sourd, ces vibrations qui font remuer tout à l'intérieur, cette haleine brûlante qui me fouette la face, cette beigne en pleine poire, je ne tombe pas du cheval à bascule, je m'agrippe, je suis une hyène à mâchoire d'acier. Je suis pleine de défi, je l'emmerde et j'ai pas peur, je serre les cuisses autour du flanc de bois, je brandis mon poing et secoue la tête. J'ai un coeur de bois et une crinière me pousse dans le cou. Je hennie. Je rue. Je me cabre en crachant ma fumée devant le vent contraire. Je rie. Je ne suis pas un cheval. Je rugis. De mes quatre pattes surgissent des griffes qui s'enfoncent dans les flancs de bois. Je mets à bas le cheval à bascule. A bientôt frère. Je reviendrai une fois la mue achevée. Cheval, serpent, singe, rat, tigre, le dragon est passé, je reviendrai cochon et je te retrouverai.

D'un bond, les rails m'avalent et je disparais.

vendredi 29 mai 2009

mardi 26 mai 2009

Le pli n'est rien

J'ai attendu mes 16 ans avec impatience. Pour avoir enfin le même âge que la princesse Aurore. J'ai essayé la couture, je me suis lassée, très vite. Tant pis, je n'allais pas me piquer le doigt et dormir cent ans. Un an plus tard, l'amour dans les bras d'un garçon gentil si gentil que lorsque je suis rentrée à la maison, je ne pouvais m'empêcher de sourire. J'ai souri, je souris, toujours. Le pli que tu vois à la commissure de mes lèvres n'est rien. Il se nomme expérience. Mon sourire n'est pas effacé, il est plus flou, plus vague. Il flotte au son de "cosmic dancer". Il s'étire sur l'image d'un Depardieu en chanteur de charme. Il devient liquide si jamais mes yeux se portent sur la photo. L'amour dans les bras de celui qui partagea un temps de ma vie. Si merveilleux que mes yeux brillent encore. Le pli que tu vois au coin des yeux n'est rien. Il se nomme apprentissage. Mes yeux brillent toujours. Simplement, ils s'abritent. Les lunettes sont chères mais qu'importe. La myopie. C'est un bon prétexte. Surtout quand elle existe vraiment. Mes yeux passent sur l'ombre dorée du rideau de la cuisine, se ferment contre l'attaque de la fumée de cigarette qui risque à tout moment de les agresser, se remplissent si jamais la photo leur passe devant. L'amour toutes fenêtres ouvertes. Si envoutant que mes mains tremblent encore. Le pli que tu sens au niveau du poignet n'est rien. Il se nomme finitude. Mes mains courent toujours sur des toisons d'homme. Elles effleurent les touches grises. Elles exultent au moment de rouler la cigarette qui viendra brûler mes yeux. Elles pétrissent des pâtes. Elles caressent des cheveux d'enfant. Elles se serrent plutôt que de toucher la photo. L'amour comme un jeu de cache cache dans la montagne. Si puissant que mon corps frémit encore. Le pli que tu découvres au creux de mes reins n'est rien. Il se nomme pari. Mon corps s'abandonne toujours aux rayons du soleil. Mes reins se creusent sous la caresse. Mon corps s'étire au matin. Il geint sous la contrainte. Il jouit sous l'autre corps. Il s'épuise. Il se repose. Il s'affaisse dans l'absence désincarnée de la photo.

J'ai maintenant dix ans de plus que la princesse Aurore. Je ne couds pas. Ni ne repasse.

L'amour. Ne se. Repasse. Pas.
Le pli n'est rien.

Mon cœur tambourine. Toujours.

mercredi 20 mai 2009

Erotisme Saison 1

J’aime bien avoir des mots en bouche.

Je la vois quand vous parlez cette langue dans votre bouche.
Elle se colle à mon palais lors de la déglutition.
Chaude elle claque.
Langue qui glisse, mouillée de salive.
Aller chercher la langue dans la bouche de l'autre. Laisser sa bouche s'ouvrir. Pas trop. Lisser les lèvres d'une caresse humide, passer la langue sur ses dents, entre les rangées coupantes, rendues inoffensives.

La langue est comme une tête chercheuse. Elle explore la bouche de l'autre. Savoure. Joue à cache-cache.
L'autre se cache, la coquine.
Dégagement. Comme une retraite.
Tant pis, je vais voir ailleurs si tu y es...
L'autre.
Décide de se montrer.

J'aspire avec les lèvres humectées une langue découverte, je l'englobe, je l'enroule, je la flatte.
Sur un claquement de ma langue, je vais voir ailleurs si tu y es.

dimanche 17 mai 2009

si(-)tuez moi, dialogue in

Qu'est-ce que ça te fait à part piquer les yeux?
Je ne comprends pas trop...
Ce sont des choses qui arrivent et qui arriveront.
Je me demande
Si on peut dormir à moins de trois mètres de distance
Si on peut être pute et timide en même temps
Si j'ai le droit de dire non, même si j'ai envie
Si l'absolu désir est plus fort
Si j'écris et que tu lises
Si j'aime pas les choses que j'aime
Si je me passerai un jour de sa queue
Si on m'avait un jour surnommé Miel par hasard
Si on m'a surnommée Pussycat
Si on m'a surnommée Betty Boop
Si je peux pleurer alors que j'ai envie de rire
Si j'aime les choses que j'aime pas
Si un jour j'arrêtais d'être comme je suis
J'en serai malade

Comment t'expliquer? N'avoir jamais été si proche de toi, alors que tu ne comprends même plus ton propre langage. Sentir une peau différente sous tes propres doigts, un battement différent, comme altéré. Un souffle intérieur, tellement subtil, presque un cheveu qui risque de se casser... Qui a du mal à résister au flux.
Et qu'est-ce que ça fait à part faire piquer les yeux? Tu le sais toi?

samedi 16 mai 2009

Baignade interdite

C'était encore une vacherie de cet enculé de printemps, voilà. Un joli rayon de soleil, quelques genêts en fleur... les premiers, éclos du matin... Il en fallait pas plus. La pauvre elle a embrassé tout ça d'un oeil, au saut du lit, et elle s'est sentie bizarre. Un coup au coeur, ça lui a filé, un coup de jeunesse. Soudain, elle pensait plus qu'à un truc: s'élancer, courir, foncer à poil dans ce soleil, sur ce sable, vers cette mer qui lui tendait les bras. Une romantique sans doute, une amoureuse de la nature, une gonze quoi. A moins qu'elle ait senti venir le vent (...) qui sait avec l'instinct féminin? (...)
Alors la bonne femme sur le seuil de la maison, elle avait baissé les yeux pour examiner ses nichons encore pas trop moches, son bide un peu gras sur lequel les trois hommes avaient posé leur tête, ses cuisses de baiseuse, et elle s'était dit en se caressant le cul : "voilà, c'est fini, un jour ou l'autre tout ça va se faire la valise, le sable, la mer, le soleil, mes fesses et mes nichons, (...) moi."
(...)
Ses pieds nus, aussitôt avaient trouvé le sable tiède. Elle s'était mise à marcher, lentement, à poil dans le soleil, vers les vaguelettes de marée basse lointaines, très lointaines. Et ça durait, et ça durait. Elle était arrivé sur le sable mouillé et elle avançait toujours, attirée par un aimant, les nichons braqués vers le large, comme pour aller communier dans sa propre odeur de varech.
Et aucun des trois hommes, qui la suivaient depuis leurs pageots, n'avait tenté de la retenir. Fascinés, ils regardaient, incapable de bouger, incapables de parler. Ils comprenaient, c'était plus fort qu'eux. Et quand elle était revenue, ruisselante et tremblante de froid, aucun n'avait osé la toucher. Il avait fallu qu'elle leur demande: "alors, personne me baise?"*


*Bertrand Blier, Les valseuses

mardi 12 mai 2009

Un petit clou noir, Dialogue in

J'ai définitivement perdu ma boucle d'oreille, ce petit clou noir qui m'a accompagnée depuis que je l'ai ramené d'Allemagne. Je l'avais payé en Deutsch Mark. J'étais en quatrième. Cela me semble si loin. Sa jumelle orpheline est posée devant le grand miroir. Je me suis déshabillée il y a quatre soirs. En ôtant mon pull, mes cheveux se sont relevés. Une sur deux. A ce moment, j'ai pris la décision. Ce garçon, je l'ai laissé m'embrasser, me caresser, se caresser, me raccompagner -non, je n'ai pas envie, je ne sais pas- me laisser filer vers la découverte de mon oreille nue. Je ne sais pas s'il a retrouvé sur ce lit le petit clou noir. Je sais simplement que, moi, je ne le retrouverai pas.

Parfois, le hasard fait bien les choses
Et ça se finit au petit matin
Parfois non tu sais
Parfois c'est avant... fini...
Avant d'avoir commencé
Pour la voiture on fait un week-end sur deux
J'ai senti sa queue avec le bout de mes doigts
Il aurait bien voulu
Une indicible mélancolie
Mais qu'elle a la tête ailleurs.
Pomme Q.
Je cherche partout,
Le clou noir?
Non, je sais qu'il est perdu
Bonjour jeune homme, tu m'as éjaculé sur le ventre...
... puis-je récupérer mon petit clou noir?
Pomme S.
J'en ai marre des ours
Pomme Z.
Pomme Z?
Oui.
Où est-il?
Je te demande pas de quoi tu parles, si?
Le petit clou noir...
Je parle du...
Mais tu le vois bien que j'ai les yeux qui débordent
Je saigne d'une oreille
Et de mon nombril suinte
Un sperme inconnu
Si t'y vois pas d'inconvénient je garde le chien
Tu te souviens des Deutch Mark toi?



jeudi 7 mai 2009

Trois quarts manqués de peu

Je les vois tous les deux, marchant côte à côte, remontant la rue, passant le portail, les bruits de la rue sont peut-être atténués par les quelques arbres, peut-être résonnent-ils plus sur les graviers ou le granit, je n'en sais rien. Je les vois tous les deux, il lui tient le bras par le dessous, elle boite depuis quelques années, la faute à un genou plein d'eau. Elle a accroché au col de son pull-over, une broche en forme de feuille verte. Pour le printemps. Elle a noué un foulard sur sa tête et elle avance bravement, la patte folle et le cœur serré. Je les vois tous les deux, remontant les allées dans le soleil. Peut-être ralentissent-ils, c'est imperceptible mais je les vois tous les deux, ralentir un peu l'allure, la lumière en plein dans la figure. Ils savent où ils vont. Je le vois la laisser le précéder d'un pas, c'est imperceptible, mais maintenant, il ne la soutient plus par le bras. Elle regarde ses pieds à mesure qu'elle avance, le cœur serré un peu plus à chaque pas, ça gagne la gorge, avaler est difficile. Elle sort un mouchoir de sa poche mais ne voit pas qu'une larme est tombée en plein sur son nom.
Je les vois tous les deux, une mère et son fils venus souhaiter son anniversaire à mon "Il" disparu.
Il paraît que les premières fois sont toujours les plus difficiles...


Bon anniversaire pépé

lundi 4 mai 2009

La grande beauté

Lors d'un repas de midi, alors qu'attablée avec une dizaine de maternelles, je leur explique ce qu'est un grain de beauté...

Marie (3 ans et demi) à Valentin (4 ans): Et ben moi j'ai aussi une grande, mais alors une très très grande beauté...
- Et ça te fait pas trop mal?
- Non ça va...

samedi 2 mai 2009

Toute vérité n'est pas bonne à dire

Femme. C'est pire que paysan -semis, arrosage, arrachage, récolte... on n'en finit jamais. Jambes à épiler, aisselles à raser, sourcils à épiler, pieds à poncer, peau à gommer et hydrater, points noirs à enlever, racines à décolorer, cils à teindre, ongles à limer, cellulite à masser, abdominaux à exercer. Un programme si rigoureusement exigeant qu'il suffit de se laisser aller quelques jours pour se retrouver en jachère. Il m'arrive de me demander ce que ça donnerait si je retournais à l'état de nature -barbe et moustaches en forme guidon de bicyclette sur chaque tibia, sourcils à la Groucho Marx, cimetière peaux mortes sur visage, boutons en éruption, longs ongles recourbés de Pierre l'Ebouriffé, aveugle comme une chauve-souris, triste specimen d'humanité sans lentilles, flaccidité absolue des chairs molles et étalées. Beurk! Beurk!!
Comment s'étonner après ça que les filles manquent de confiance en elles? *

*H. Fielding, Le journal de Bridget Jones