mardi 31 mars 2009

A quoi donc as-tu la tête?

Il est rare de marcher le nez en l'air, trop de risques de manquer le trottoir, les clous, la merde. Trop de risques. Il est rare de se déboiter le cou pour suivre les trainées blanches imprimées sur fond bleu - "ça veut dire qu'un garçon pense à toi". Il n'est pas rare que ce papa cravaté me laisse ses mômes entre les jambes et, s'éloignant, me lance un jovial "Bon ben, amusez-vous bien alors...". Marcher le nez en l'air et leur apprendre à être dans les clous, voilà qui est bien singulier. Et assez déprimant.

Ils se colleront toujours à toi, ils viennent de quitter la chaleur de maman, d'un coup l'heure matinale, la lumière incertaine et leurs yeux qui piquent se manifestent plus fort. Alors ils se collent à toi. Et pendant ce temps, un avion qui file sur fond bleu. Je ne le lâche pas des yeux jusqu'à ce qu'il ait disparu de mon champ de vision. "C'est pour toi!". Merci ma petite poule, il est joli ton dessin, oh! et puis il y a mon nom dessus en plus? Bravo! Si si je le regarde bien sûr. Je pensais en regardant les trainées blanches de la fumée de l'avion là-bas. Non, ça veut rien dire bien sûr...

samedi 28 mars 2009

Décroche




Il s'éloigna, les mains enfouies dans les poches de son pardessus. Lorsqu'il arriva chez lui, le téléphone sonnait. Il se pétrifia au milieu du salon, sa clé à la main, et il attendit que la sonnerie s'arrête. Ensuite, d'un geste très tendre, il se posa une main sur la poitrine et il sentit son coeur qui palpitait à travers les couches de vêtements. Au bout d'un certain temps, il se remit en mouvement et parvint à regagner la chambre.*

Sans titre

*Raymond Carver, Tais-toi je t'en prie.

dimanche 22 mars 2009

Juste une envie, dialogue in

Autoportrait en flou

Tu le vois bien, c'est flou
Regarde-moi bordel!!
J'ai pas envie d'attendre tout ce temps
Qui se sent galeux se gratte*
Je peux pas te dire si ça me fait plaisir
Parce qu'il n'y a pas que ça
Y a la vraie vie
Tais-toi, je t'en prie*
Je commence un nouveau bouquin, encore
Entends-moi bordel!!
Je tourne toutes les pages, sauf la bonne
Il est allé se ranger sur la bas-côté de la route.*
Je crois que j'ai envie que tu me baises
Tu paries?
Mes circuits sont niqués
Touche-moi bordel!!
Pour quelle raison?*
Je touche plus à mon appareil, tu sais...
Je crois que j'ai envie de te lire ce livre
C'est pas important
Juste une envie, comme ça.



*Tais-toi, je t'en prie, Raymond Carver

samedi 21 mars 2009

Le petit oiseau réussira -t-il à ressortir?

J'aurais cru à un moment que ce serait plus facile. Que les bonnes nouvelles font toujours plaisir. Que le printemps, et la montée de sève inhérente me feraient du bien. Mais j'oublie toujours que tout changement induit en moi une sorte de mélancolie. Qu'heureuse de laisser le soleil me chauffer la peau, je serrerai mes bras autour de mon corps avec l'envie de m'en retourner me blottir sous une couette bien chaude. Aujourd'hui, j'ai ressorti mon appareil photo. Je ne l'ai pas utilisé depuis des mois. Je n'y arrive plus. Du moins pas encore.

Je me suis assise sur un banc au soleil, et j'ai regardé ce monsieur en vert qui paisiblement, désherbait un massif de pensées. Pas pressé, calme et mesuré. Il profitait de la chaleur timide sur son dos et il désherbait le massif. Il avait ôté ses gants et plongeait ses doigts dans la terre.

A cause de toi je récupère une voiture et une petite somme d'argent. Tout ce qu'il me fallait en réalité. Je voulais cette voiture, j'avais besoin d'argent. Mais je n'en veux plus et je sais que j'ai déjà accepté. Parce que c'est ce que tu aurais voulu parait-il. Tu sais que mon premier voyage sera pour te rendre visite.

Premier jour de printemps réussi. Je me suis promenée, j'ai constaté que les jardiniers jardinent encore, j'ai lu, j'ai passé la plante de mes pieds sur l'herbe. Bon.

Je constate que tu t'éloignes de plus en plus. Ce n'est que ma tête, mais tu sais, en ce moment, ça fait comme un écho avec la vraie vie. C'est la fuite, de tous les côtés. Et je ne me sens pas très bien, vois-tu?

Cette voiture, cet argent ne me font pas plaisir du tout. En quoi cela va-t-il m'aider à oublier que je préfèrerais mille fois n'avoir rien et t'avoir toi?

Je me sens perdue, comme au fond de mon appareil photo, désormais sans mes yeux ouverts sur le beau monde, tel que je le voyais. La montée de sève monte si doucement.

Je ne veux pas être triste toute ma vie. Mais en même temps, j'ai peur de ne plus être triste de toi un jour. J'ai peur de t'oublier. Alors tous les jours je pense à toi.

Et tous les jours, une chose, un évènement me fait penser à toi. Un jardinier les mains dans un massif de pensées le premier jour du printemps. Par exemple.


jeudi 19 mars 2009

Les enfants ne sont pas des poissons rouges

Allons... Lâche-moi maintenant, je t'avais dit de jouer doucement. Ne t'inquiète pas, je vais t'apprendre, ce n'est pas grave si tu ne sais pas encore. Comment fait-on pour jouer doucement?

Tu t'approcheras doucement et puis, plutôt que de t'imposer, de me piquer ma petite voiture ou ma petite vertu, tu me demanderas si je suis d'accord pour jouer avec toi. Si je te dis non, ne t'en fais pas, c'est juste que je ne suis pas prête à t'inclure dans mon jeu. Tu apprendras la patience. Si je te dis oui, ne me prends pas direct la bécane des mains, approche toi en souriant et tends ton bras, tu verras, le mien dirigé dans ta direction. Et je te donnerai ma voiture, mon sourire.

C'est fou comme tu n'as pas changé. Tu n'es plus un enfant. Mais pourtant, rien ne bouge. C'est une idée toute faite. Que je me suis faite. Du coup. Comment faire autrement? Comme à ton ancienne habitude, tu me fais le coup du tango... j'avance, tu recules... comment veux-tu que je te brûle? Ne crains rien, j'ai l'impression que ta combinaison en titane est garantie tous risques.

Mais j'ai changé. Tu peux reculer tant que tu veux, ce n'est pas à ton soleil que je vais brûler. Mais j'avoue. J'ai été bien tentée. Et ma balançoire oscille. Encore. Sans t'attendre, j'attends. C'est comme ça, j'ai toujours attendu, un peu. Beaucoup. Et en attendant...?

Allons... Lâche-moi. Tu me fais mal, tu ne sais pas jouer doucement. Les enfants. Rien qui n'existe en dehors de leur monde. Et vas-y que je vois passer une petite voiture, toc! elle est à moi. Mais ça ne marche pas comme ça. Alors, on explique, on réfléchit, on les contraint. C'est vrai.

Tu as largement dépassé l'âge. Et pourtant, une fois déjà je t'ai donné ma voiture et tu l'as jetée sans un regard en arrière, perdu à nouveau dans ton univers. Si tu la veux, demande la moi. Mais attention, je te dirai peut-être non.

Les enfants. Ne sont pas. Des poissons rouges.


dimanche 15 mars 2009

La vie me ment


"Mais qu'est-ce qu'il fabrique?" a-t'elle demandé en regardant son frère traverser le jardin. J'avais le regard tourné vers la maison et l'espace d'une seconde, j'ai cru qu'elle parlait de lui, je l'ai vu sortir de la maison, une cigarette à la main...
Et Bashung qui était mort depuis hier, j'entendais en boucle depuis la nuit... Je mens...
J'ai eu un regret, je n'ai pas osé. Je n'ai pas osé dire mon désir d'aller sur sa tombe. Alors on a désherbé un petit bout de plates-bandes et mon coeur s'est brisé quand j'ai vu qu'on avait coupé le sapin. Non non c'est bien comme ça, pardon ça m'a surprise, mais avec un pot de plantes tombantes ce sera joli... Je sais que Pépé ne pouvait plus le tailler de toute façon...


Dans cette boite crânienne, des montagnes de questions. Et juste la réponse de ton absence, mon "Il". Subsiste encore ton écho. J'ai parlé de moi, de mes nouvelles lunettes, de ce nouveau travail, de ton sale caractère, grand-père disparu depuis déjà trois mois. Et trois mois c'est long sans se voir me suis-je dit. J'ai pas osé dire que je voulais aller m'asseoir au soleil sur ta tombe. Te rejoindre sur ton banc. Des kilomètres de vie en rose. Me séparent à jamais de toi. Et je ne suis même pas allée te voir. Ça plus Bashung...





Je te le dis, cette journée m'a fait chier.

Je prends des trains à travers la plaine...

dimanche 8 mars 2009

L'odeur des cookies, dialogue in




Main en miroir




Si j'arrêtais de réfléchir...
C'est pas moi qui l'ai dit
Plusieurs années
Et une odeur dans la maison
Tourné en rond, dormi
J'ai...
Relu une vieille lettre
Je ne...
Jette rien
Le soir tombe et je...
N'allume pas la lumière



J'ignore où cela va ma conduire.


J'ai appris qu'au moment où nous nous sommes rencontrés,
il allait se marier.

Alors, aujourd'hui j'ai
Fait des cookies.

Une odeur
Ne pas penser
S'extraire de soi
On aurait dit Amélie Poulain
J'aime pas les cookies
J'aime l'odeur
Je serais près de toi depuis longtemps
C'est pas moi qui l'ai dit
Moteur...
L'action se déroule dans ta ville
Être ou ne pas être
Marié
Du coup y a des choses
Que je
Comprends mieux


Reste l'odeur des cookies

Dans la maison
Son odeur dans mon
Souvenir


J'ignore où cela va ma conduire.



Aurais-tu des disponibilités cette semaine?
C'est pas moi qui l'ai dit
Moi, j'ai dit
Oui
Et pour clore le sujet
J'ai pas mangé les cookies, je les ai
Jetés.

dimanche 1 mars 2009

J'ai parlé avec toi pendant le film

Je crois que c'est d'abord passé par les chaussures. Pas attachées et le jean qui retombe mollement sur les chevilles. Lâche. Une allure générale. Je crois qu'ensuite j'ai cru reconnaître quelque chose dans le regard. Quelque chose d'à la fois mort et en sursis. Comme chez ceux qui savent que demi-tour, ça va plus être possible. Pas quelque chose de grave, non non, c'est pas un meurtre, ni un braquage, rien de tel. Wow du calme les gars. C'est bien plus banal. Une vie qui file et qu'on ne rattrape pas. L'âge. Les rides. Le visage qui se creuse et se marque, les poches sous les yeux, les épaules un peu plus faibles. Et l'allure, plus légère par contraste. Ensuite, j'ai pleuré, parce qu'il faut bien une scène de larmes. Et que je pleure facilement, faut reconnaître. J'ai beaucoup pensé à toi à ce moment. Je voyais ce visage plein de sillons regonflés, ce paradoxe et je me suis retrouvée dans ma baignoire entre tes jambes qui me balançaient de gauche à droite et le clapotis de l'eau qui refroidissait. J'ai revu l'expression de tes yeux quand je me suis tournée vers toi. J'ai vu ce désespoir dans tes yeux, ce quelque chose qui indique qu'il existe des moments qui ont un goût d'irréversible. Dans ses larmes en cinémascope, j'ai revu les tiennes, cette mise à nu dont parfois les hommes sont capables. Cette beauté déchirante d'un homme qui se sent vieillir, bien avant que le reste du monde ne s'en aperçoive. Je ne suis pas capable d'expliquer ce que j'ai compris à travers cette scène. Plus je regardais l'écran et plus je marchais derrière toi, j'ai toujours adoré te regarder marcher, j'ai toujours adoré ton allure, ta démarche à la fois pesante et aérienne, ce paradoxe. La légèreté du corps et la densité de la conscience. Ou l'inverse. C'est variable. Tu remontais l'allée raide alors que le ring s'approchait de mes yeux. Le même regard. A terre. Mais pas battu. J'ai compris l'homme seul. J'ai aimé ce film.