mardi 29 décembre 2009

Ces années à s'emmerder pour rien

Je voudrais que l'on me rende ces années où je me suis emmerdé pour rien.* Et qui sont pas prêtes de finir, note bien qu'on en est encore qu'au début, à ton avis, tu crois qu'on va encore s'embourber comme ça longtemps, parce que c'est pas que je prends un malin plaisir à geindre mais quand même tu avoueras que faut pas trop charrier non plus. Y' a un moment dans la vie où faudrait pouvoir profiter, simplement, tu crois que c'est trop demander? Où faudrait juste rien de plus qu'un brin de soleil, les cheveux un peu fous, un mojito dans une main, une clope dans l'autre, de l'herbe fraîche sous le cul, un brin dans la bouche et sourire bêtement à ce qui nous entoure, je demande pas la lune il me semble, si? Mais bon, faut croire que j'en demande trop. Pourtant j'avais pas l'impression. L'impression que j'avais, je vais te dire mon petit pote c'était d'avoir fait ce qu'il fallait. Faut croire que c'est pas suffisant. faut croire que ce qu'ils veulent c'est que tu t'arraches la peau des genoux et des coudes en te tordant de rire, comme un à qui on en a raconté une bien bonne. Et puis quoi encore? Un doigt dans le cul? Deux? Ben écoute voir un peu, je crois sincèrement que ça va pas être possible leurs histoires à la mords-moi.
Je me plains pas hein, simplement je constate que je vieillis un peu, je suis plus aussi coulante qu'avant, tu crois que c'est hormonal?
Ah mon ami, parle-moi plutôt d'un petit coin peinard où on aurait rien d'autre à faire par moments qu'à se la couler douce en attendant que le soleil se couche. Ouais un petit coin peinard d'où on pourrait voir un bout de verdure et où chanteraient les oiseaux. Maman! Faut croire que le canoë prend l'eau plutôt et qu'il n'y a plus qu'à prier qu'il nous reste une boite de conserve pour écoper bravement.
C'est pas grand-chose mais je vais te dire ce que je voudrais.

*Philippe Djian, Criminels

vendredi 18 décembre 2009

Juste un truc que je dois quand même te dire

Faut quand même que je te dise... J'ai pas la force de jeter ses photos. Déjà pour ces messages, c'était pas supportable alors tu vois. Je sais pourquoi j'ai eu tant et tant de mal à faire de la place dans mon coeur. Parce que, suite après suite, il s'est rempli sans jamais se vider. Parfois il déborde, mais jamais il ne s'est vidé. J'ai gardé pour certains plus que pour d'autres. Et pour lui plus que pour tous les autres. C'est ainsi. J'ignore pourquoi. Jusqu'à présent, ça n'avait pas beaucoup d'importance. Jusqu'à présent.
Et maintenant?
Maintenant?
Maintenant
Oui. Oui ça a plus d'importance. Parce que, je l'aime le grand et qu'ils se ressemblent tant les deux, que par moments ça me file mal au bide, ça
Me le tord.
Et avant ça n'avait pas tant d'importance, parce que je pense tout simplement que je ne croyais pas...
En ton propre amour?
Je ne sais pas.
Faut quand même que j'te dise un truc
Tout ça en recherchant des photos pour un anniversaire surprise
Bien la preuve que je l'ai pas cherché et qu'il continue à me trouver
Malgré tout?
Je ne sais pas, tu sais maintenant je vis ma vie, des choses se passent
Je sais

Quand je me retrouve seule, je
Je sais, tu ne peux pas y échapper après tout
Le grand prend sa place
Tu es contente
Oui.
Mais tu sais
Je sais
Parfois le coeur déborde.

lundi 7 décembre 2009

Sans foncer

J'enfonçais mes pieds dans le sable gris, mes yeux dans le ciel gris. J'enfonçais mes pas dans le sable gris. Puis ses bras comme deux étaux m'ont étendue sur un sol d'escalier dans le noir, tu comprends, je me laisse prendre, au risque de dépierrer mon édifice. Une pierre après l'autre, au risque de...
J'enfonçais mes pas dans le sable gris. Puis ses bras, comme deux racines de baobab m'ont arrachée de la plage grise, ont décillé mes yeux, sans blague. J'enfonçais mes yeux dans le ciel gris, sans sourciller. Je me laisse prendre, sans mentir, par son grand corps aux mains de battoir. Et je m'enfonce de plus en plus de lui. Je me laisse jouir, sans blague, comme un homme, en m'enfonçant partout. Et le ciel est gris encore, et j'y enfonce deux trois boutons de camomille, un brin d'eucalyptus. En m'enfonçant en lui, je l'ai laissé jouir, sans mentir, comme une femme. Il s'était renversé sur le flanc et s'enfonçait dans la terre grise, détrempée de tant de moi.
J'enfonçais mes pas dans le sable gris. Puis ses bras... tu comprends. J'y enfonce mes dents désormais.

mercredi 18 novembre 2009

Coupe, vas-y

Au dehors, il y a tout ce qui se meut, s'émeut en un rien de temps, la joie, le bruit, les marteaux piqueurs, les ravalements de façade. L'autre sait pas comme tout ça est bon, elle vient de tailler dans la masse une mèche de ses cheveux et regarde désemparée la paire de ciseaux dans le lavabo. Elle sait pas comme tout ça est bon. Elle se dit qu'elle va pas pouvoir tout couper, trop la trouille, trop le carcan, un peu trop d'elle-même sans doute, elle n'y arrivera pas. Elle penche dangereusement vers le ratiboisement artisanal, vers la coupe aléatoire, une mèche, on tord, on coupe on recommence, une mèche, tords, coupe, recommence.
Mais putain, pourquoi? Pourquoi rejeter alors que le mouvement est d'attirer? Putain. Elle ne sait pas comme tout cela est bon. Ou plutôt, si. Elle le sait, elle ne le sait que trop bien. Elle a envie mais se sent impuissante, indigne, il y a toujours quelque chose qui cloche putain! Il y a toujours un rouage usé en elle qui grippe une machine qui devrait tourner nickel, dans l'huile ça devrait baigner, impeccable. Et putain, je m'en branle, la paire de ciseaux je la chope et je taille, je taille, pas beaucoup, un peu, juste un tout petit peu, pour me faire du bien, pour me délester du poids. Le fait que je ne sache pas comme tout ça est bon. Parce que je n'ai pas le temps d'y penser, tout simplement. Alors au moment où je m'arrête, je me sens comme une machine en panne, sans aucune utilité, sans aucun but, sans aucun regard. Je me sens comme une moissonneuse-batteuse abandonnée au plein milieu d'une plage... Le genre qu'est-ce que ça fout là? Le genre incongru qui s'en rend compte. Se rend compte que ses ciseaux sont émoussés. Et tout autour, c'est tout qui se meut, qui s'émeut en un rien de temps, la joie, le bruit, les marteaux piqueurs, les ravalements de façade. Et l'autre, la moissonneuse-batteuse, elle sait pas comme tout ça est bon. Ou peut-être bien que si. Finalement.

mardi 17 novembre 2009

Encore, en corps

Les cordes sont encore sensibles et tendues. Gonflées un peu, de tant de culot. Harassées de tout cet assaut qu'elles donnent, encore et encore au grand corps. En corps vibrent-elles à l'unisson. Et pianotant sur les touches comme une experte du répertoire en noir et blanc, je les vois qui résonnent au contact des petits marteaux de métal. Je les sens remonter, comme monte une envie, comme monte une marée, comme monte un désir. Les cordes sont encore plus douces au toucher que d'habitude. Gonflées un peu, de tant de salive déposée. Exténuées de toutes ces vibrations haletantes que le grand corps encore et encore leur joue.
L'évasion est impossible quand le corps est repu. Quand il n'y a plus que la joie, plus que la jouissance, le reste n'est plus qu'un grand blanc où vient résonner le chœur de mes cordes tendues et frémissantes. Il n'y a rien à remplir, rien à combler, rien à prouver, rien à justifier. Il n'y a qu'à s'agenouiller sur le grand corps, le laisser pincer les cordes. Entrer dans le grand blanc. S'enfoncer comme mes dents dans son épaule.
S'extraire du grand blanc n'est pas facile. N'est même pas ce que je souhaite. Mais, par jeu. Encore un peu de corps, encore. Un peu d'autres. Avant de retourner m'étendre sur son grand corps. Avant de replonger dans son cuir chevelu. Avant d'à nouveau enfoncer mes dents dans son épaule. Par jeu. Encore un peu de corps, encore.

samedi 31 octobre 2009

self made tatoo

Self made tatoo

Autoriser...
Le droit...
Un putain de tatouage
A grands coups de dents!
Yeah!
On se voit un peu trop...
Pas le droit
Pas à moi
Pas à lui...
S'appartenir
Non non non
Un self made tatoo.
Là d'accord
Une vague nausée puis
Un désir fracassant
Le mordre,
Le
Bouffer
Imprimer
A grands coups de dents
Je l'ai
Oblitéré
Le grand.
Et moi, je
continue de marcher.


Bien à l'aise dans mes bottes
My boots are made
for walking

vendredi 23 octobre 2009

Comme une envie de grand-père

Il suffit qu'un restaurant indien flambe dans le 20e arrondissement de Paris pour le monde intérieur s'écroule sur lui-même. Comme des coutures qui craquent. Des digues qui rompent. Et qui parlent d'une seule et même chose. L'impuissance. Le vide. Je ne sais pas pourquoi, j'avais l'homme au téléphone, je lui disais "alors pour moi ce sera un palaak paner et un cheese nan s'il vous plait", qu'il m'a coupé et m'a annoncé la destruction de ce restaurant, boulevard de charonne. Je ne sais pas non plus pourquoi, d'un coup, ce n'est plus l'image du restaurant que j'ai eu dans les yeux, mais celle de mon Il, qu'y pouvais-je, rien, alors d'un coup je me suis mise à pleurer. Et j'ai eu besoin de dire "j'aime pas me sentir fragile, j'aime pas". Ou encore "j'ai honte de l'avouer mais je me sens seule et j'ai pas envie". Et qu'il vienne. Qu'il m'emmène marcher. Que je puisse me cacher dans ses bras de grand. j'ai comme un goût amer d'enfance dans le fond de la gorge. Comme un peu mal partout. Comme une odeur de grand-père dans les narines.
Allons marcher oui, allons-y, j'ai besoin de m'asseoir sur un banc.

samedi 17 octobre 2009

Rhapsodie, dodécaphonie, aria, requiem ou toccata

J'avais une boite, une petite boite posée sur mes genoux. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté gauche. Et quand je la tournais, c'était comme si les rideaux se délavaient et partaient en flaque de gouache carmin sur le plancher qui gouttait vers l'étage inférieur, dilué, tout mélangé avec le vert de l'herbe du jardin, le sable du bac, l'eau grise et la vase. Et le ciel, le ciel, qui s'écoulait lentement.
Alors j'ouvrais cette petite boite, et tournant la petite manivelle, je voyais les petites pattes de métal soulevées par le cylindre hérissé de piquants, et ça faisait de la musique. Et ça délavait l'univers. Et les petites mains, devenues grandes, lâchèrent la petite boite, et la petite manivelle continua de tourner, les petites pattes d'être soulevées par le petit cylindre hérissé de piquants.
Et la musique continua de lâcher ses gouttes d'eau sur les couleurs de l'univers, comme une pluie sur un dessin de craie au sol. Les petites mains devenues grandes, se frottèrent l'une contre l'autre, à l'abri sous le manteau, dans les poches, dans les cheveux. Puis sentirent une goutte de couleur entre les doigts. Les petites mains devenues grandes se frottèrent l'une contre l'autre en un rendez-vous joyeusement poisseux de couleurs mélangées, passèrent dans les cheveux, sur le visage, sur le corps, partout et rendirent couleur aux cheveux, visage, corps.
J'avais trouvé une boite, une petite boite dans ma poche. Une petite boite en bois, une petite manivelle sur le côté droit. Et quand je l'ai tournée, du liquide coloré s'en est échappé. Une chatoyance sans nom a coulé sur mes mains et je m'en suis barbouillé les yeux.

vendredi 16 octobre 2009

Vanilla sky

C'était rentré. Dans le début de l'hiver, un peu pénible, un peu poussif comme toujours. Et, tout naturellement, et contre toute attente, la douceur. La douceur s'est faite soir, dans un grand poncho d'indien. Un pont-chaud. Le temps s'est interrompu deux secondes, s'est respiré sur un rythme coulé, comme plus près du sol, avec une belle inclinaison de la tête, comme invitant à lui embrasser la base du cou. A lui remonter les cheveux sur la nuque et laisser une empreinte de salive sur ses épaules. Le temps, allongé dans le poncho, qui s'en fout un peu de la buée qui sort des bouches, qui abaisse son cou vers le sol, En suspension, en apesanteur lente. En langue tirée, tendue vers le sol, pour le lécher, en sucer les brins les plus infimes, pour s'y râper les dents. En cheveux pendants, qu'on ramène derrière l'oreille afin d'y enfouir la bouche. En corps en vague, le buste du temps aplati au sol et le bassin relevé, les bras posés, en pliure, juste assez pour passer en dessous de lui. La langue comme une gousse de vanille qui se détend dans du sucre fondu.
C'était rentré. Un début d'hiver, avec un goût de sucre vanillé fondu sur la langue tendue vers le sol. Mesure de l'inspiration, un temps. Mesure de l'expiration, deux temps. Et un sol humide. Une flaque. Dans laquelle le ciel prendrait une teinte de vanille sucrée. Entre deux incisives, détacher la gousse de vanille. Et laisser fondre. Entrer dans l'hiver.

jeudi 15 octobre 2009

Rencontre

Une vague boule dans la gorge, je sens les coups que l'enfant porte. Sa tête rencontre la fenêtre. Une vague boule dans la gorge, je tamponne l'oeil de l'enfant. La griffure sur et sous sa paupière ne saigne pas.
Une vague boule dans la gorge, je cajole l'enfant, lui tient la main. La petite main qui se crispe de rage non contenue.

Et alors, cette boule, cette boule, elle enfle, elle enfle,
comme un sample infini, qui me fait leur dire, mettez vous en rang!!
Qui me fait me tenir éloignée d'eux, un peu contre eux, je tiens mon rang.
Ne jamais dépasser le rang. Parfois contre.

Une vague boule dans la gorge, je suis les paires de jambes d'enfants, une marche une autre, accrochés à la rampe, en rang, ils rampent parfois, c'est fou ils rampent.
Une vague boule dans la gorge, j'élève ma voix en rond, la baisse, suivre la ligne, le rang de l'histoire. Contre un sommeil qui est si souvent agité.
Une vague boule dans la gorge, je prends l'enfant dans mes bras, qui pleure dans son sommeil. Et ce faisant, je ne tiens pas mon rang. Contre lui je prends l'enfant dans mes bras et le balance une main sur la tête, l'autre dans son dos.

N'acceptez pas qu'on vous fixe, enfants, ni qui vous êtes, ni qui vous serez.
Ne tenez pas le rang.

Une vague boule dans la gorge, je fixe l'enfant et lui susurre des mots inaudibles. Petit, je comprends seulement maintenant que la rencontre c'est aller contre le rang. Contre la ligne. Petit, bifurque de la ligne dès que tu peux, ne te fais pas de mal. Ne te cogne pas, ne griffe ni ne mors l'autre, sauf dans le plaisir, ne subis rien qui puisse te mettre la rage au coeur, petit, jamais, ne t'endors si dans ton sommeil tu croises des monstres, prends la traverse.

Va et rang-contre.
Tu seras libre.
Petit la rencontre.

dimanche 11 octobre 2009

Ô Ciel!

Comment faire comprendre, tu comprends? Une histoire de désir, et tu ne sais même pas si tu dois le mettre au pluriel, probablement. Une envie d'être épinglée, au ciel. Au ciel. Être projetée en l'air dans une long jet mortel de liquide, comme une explosion, un geyser. Le genre de truc qui te fait voler en éclats coupants. Et voir si tu peux t'en sortir. Et savoir que tu peux t'en sortir. Et voir que tu peux t'en sortir et, encore suspendu dans les airs, ressouder les morceaux du verre de ton corps et souffler, et les élargir et leur donner couleurs et vie nouvelles. Des heures, des heures de voltige à plusieurs. Comment raconter l'inracontable? Ô ciel. Tu vois? La goutte qui tombe est suivie d'une autre suivie d'une autre suivie d'une autre suivie de tant et tant d'autres, tu ne vois pas derrière le rideau d'eau, mais tu as envie de te tremper le cuir et même si tu ne sais pas nager, tu veux, tu es attiré par le rideau d'eau, la, les, toutes, seule, goutte(s). Comment décrire l'amoncellement des nuages avant un orage? Le vent qui se lève? Comment dire...
Madame Rêve....
2009

Sortir du rideau, emmêlée de partout du haut du bas, bras et jambes poisseux. S'extraire par une torsion de la tête, un mortel torticolis, érosion de l'espace autour de soi, le grand soir est-il advenu en mon absence? Je déteste les marées, j'aime pas l'océan, mais j'aime la mer, j'aime pas les gros coefficients, et pourtant équinoxe c'est un joli mot. Ça laisse des traces dans le sable mouillé de sueur et de pluie. Une valise est vite faite à la nuit tombée. Les bras et les jambes poisseux extraits du rideau en lambeaux de tant d'ébats partis du haut jusqu'en bas, la houle alentie, la marée descendante, le soleil pointe au ciel. Ô ciel! J'aime pas l'océan mais j'aime la mer, j'aime pas les gros coefficients et désormais son nom c'est équinoxe. Un bien joli mot sous le soleil naissant.
2018

lundi 5 octobre 2009

Et se taire, dialogue in

J'avais pensé, en hiver,
laisser dériver
les pensées, reprendre
en douceur la
dérive
Un bonne vieille habitude
Reprendre le fil ou
ne pas, c'est selon
Laisser l'âme
s'ouvrir ou
ne pas,
nous verrons
Reprendre en douceur la
perméabilité.
Une histoire de grenouille française,
Râleuse évidemment.
A inventer avec eux,
les crapauds miniatures.
A les imaginer
déjà fiers de lire
dans mes yeux cette grenouille, ce conte
non encore écrit.
J'avais pensé, en hiver,
vivement tes
chaleurs petite!
Laisser dériver, dérider
mon esprit, en
flottement, en
frottement, alangui.
J'avais pensé, en hiver
Retourner m'asseoir sur
Le banc.
Griller une cibiche
brune
en écoutant de grosses têtes.
Il manquerait
les patates,
le seau bleu,
l'eau qui goutte,
le chploui!
la vie, il manquerait,
tout en somme, il
manquerait, lui.
J'avais pensé en hiver,
laisser s'évider mon
âme.
En feuille morte
orange, la laisser
soupirer, la laisser
se pârer.
Et sur un courant chaud,
la laisser
chavirer.
Au gré des vents
contraires, la laisser
naviguer.
Hésiter et
se taire.

lundi 28 septembre 2009

La pente, la belle black, la pastille, le mythe

Je revois parfaitement cette plaine, où je n'ai jamais mis les pieds pourtant, je lui ai couru sur l'échine, on courait tous, c'était bon tu sais. Je me suis fait des milliers de torticolis à force de regarder le ciel et de chercher l'envol des oiseaux du regard et de le trouver et de le suivre, jusqu'à ce que je ne puisse plus les voir.
Je revois parfaitement cette déclivité, cette pente que je n'ai jamais dévalée, je lui ai glissé dessus tout du long le cul dans la boue chaude, on aurait dit du liquide de femme. Je me suis roulée dedans, à perdre ma couleur de petite blanche, à devenir la belle black de l'autre côté de la flaque, tétons dressés.
Je revois parfaitement cette pastille blanche que je n'ai jamais goûtée, je l'ai laissée fondre ou l'ai avalé, je ne sais pas. Je me suis laissée emporter par le grand serpent coloré, et j'ai louvoyé entre les êtres, les frottant, les frôlant, m'écroulant, survolant l'étendue humaine par la musique rassemblée.
Je revois ces trois jours de paix, de musique et d'amour, ces trois jours d'il y a quarante ans. Je les revois tous ces gens et leurs cheveux collés par la boue, la sueur et la crasse, et leurs sourires de LSD, et leurs corps en mouvement au rythme de la musique qu'on ne pouvait entendre partout tant la masse était importante.
Je revois le mythe.

dimanche 27 septembre 2009

La terre est bleue comme une orange

Nous étions bien là tous les quatre, à nous retrouver, nous qui sommes
en train de nous perdre
Nous ne faisons rien de mal
non
Nous nous disons notre plaisir de nous revoir
Nous
ne faisons rien de mal
Je crois
En train de me perdre
Dans
Deux grands bras puissants
Dans
Un baquet de liquide poisseux et chaud
Moi-même en
Liquide
Alors, entre le fromage, le thé, le miel et les confitures
Des retrouvailles comme un lent tourbillon moelleux
Un peu de chaleur simple
Le sexe en repos, l'âme
L'âme?
En repos?
Jamais!

Je voudrais renaître aveugle pour mieux entendre, le mouvement, les cris de plaisirs si forts qu'on les croit douloureux, apprendre à les reconnaître dans l'immensité des cris d'humains, comprendre, sentir le mouvement sur ma peau, dans mes cheveux, son inclinaison, son but.
a re t b ue co n ra e
Je voudrais perdre mes perceptions habituelles, m'en extraire et me noyer dans mon antre brûlante. Je voudrais me dissoudre, devenir sourde au monde
La erre st bl ue com ne ran e
Je voudrais marcher nue-pieds dans un grand désert avec pour seule compagnie le sable entre mes jambes, le ciel comme une coiffe de reine africaine, et les sons ricochant des éclats de voix perdus au fil de ma vie, ma voix de fille, ma voix de vieille femme et rien d'autre que mon cul se balançant au rythme de mes pas. Je voudrais ouvrir la bouche et aspirer en un souffle, l'immensité du monde.
La terre est bleue comme une orange

lundi 21 septembre 2009

Contre Champs

La peau marque plus vite maintenant. Les éraflures de ce champ sur mes genoux, s'effaceront plus lentement. Le bleu à la naissance du cou s'étirera encore quelques jours. L'âme s'éloigne plus rapidement maintenant. Le champ que l'on prend. Celui que l'on arpente. Le temps de vie en contre champ. Prend une place jusqu'alors inconnue. Une place non encore mesurée et mes lèvres si souvent embrassées par des bouches si différentes en gardent encore la chaleur cuisante, comme un restant de fièvre. Et le corps, si souvent étreint, écrasé, caressé, labouré par d'autres corps si différents en garde encore les souvenirs particuliers. Et la mémoire s'efface pour ne plus laisser que le poids de l'organique. Passe hors champ. Dans les éraflures sur les genoux, dans la trace à la base du cou, dans les membres douloureux, dans les yeux qui piquent. Dans le vide aussi. Au plein d'un champ séparé. Reste inamovible, l'impact. Le poids. Le corps. Le plein. Contre l'évanescent. La légèreté. L'âme. Le vent. Au sein d'un même être parfois se joue une bataille, un contre. Le vent et le champ. Il faut les deux. Le souffle n'a de puissance que grâce à la terre sur laquelle il souffle. Le champ n'est beau que lorsque ses blés en vague danse se balancent doucement ou en bourrasques s'affaissent.
L'âme en contre champ. Le corps en contre vent.

dimanche 6 septembre 2009

H1N1

Joli orange sur ton dos ma fille
Tu t'es roulée dans le jeune automne?
C'est quoi ce vilain mal de tête?
Quelle grippe?

Va chier avec la bonne morale, j'aime pas les gosses, les têtes blondes, les petits binoclards-futurs-connards, qui dès leur troisième anniversaire commencent à régner sur le monde
Ta gueule Kévin!
Quand un adulte parle tu la boucles ta petite bouche dans laquelle je crache mes glaires.
Je ne voudrais pas faire pleurer les enfants, j'aime pas faire pleurer les gens. Mais j'aime pas ces enfants. Déjà foutus avant d'être commencés. Et leur putains de parents!
Nos putains de parents...

Joli dos ma fille
C'est pour quoi faire?
C'est pour me faire défourailler
Vraiment? Alors que tu t'occupes d'enfants..?!

Va chier avec les codes de relation humaine, je crache sur le code, je crache tant que je peux, en poussant de toutes mes forces sur la barrière et j'ai les pieds qui s'enfoncent tu vois pas, les sables mouvants
Faut qu'je moove!!

Joli question ma fille
Si les chiens font pas des chats
Les chattes font-elles des chiennes?

Va chier avec la vision du monde de Oui-Oui-Bonne-nuit-les-petits, mes gosses je les endors en leur racontant un histoire, je suis pas chienne, je passe rapide sur l'ogre, le loup, le grand méchant, je passe que le loup le grand méchant, je le retrouve et je me le tape, avec l'ogre qui filme en super-8.

T'as du rhume? T'as perdu ton doudou?
Ta gueule Kévin!

dimanche 30 août 2009

mercredi 12 août 2009

A la nage

J’ai sauté sur l’occasion. Il n’y a pas d’autre mot, vraiment. Parce que la nuit était douce et la surprise agréable. Fort heureusement, il y avait le chapeau. C’est arrivé de marcher comme un chat, sur le bord des coussinets, en lisière de la liberté. Ce qui est important dans le libertinage, c’est « liberti », plus loin, il y a « nage ». Plus tard.

dimanche 2 août 2009

Une fille zen, dialogue in

N'oublie pas tes mouchoirs ce soir...
Oui en fait, tiens des mouchoirs
Pourquoi faire?
Qu'est-ce que j'en sais moi, t'as un rhume?
J'en sais rien...
Comment ça?
J'ai dit que j'en sais rien
Et tu sens quelque chose?
Plus rien. Je sens plus rien.
Ben merde.
Mais alors les mouchoirs c'était pour...
J'en sais rien...
Le film qui fait pleurer?
Va te faire foutre.
Et t'as pleuré?
Non.
Ben merde.
Je pleure plus tu sais bien
Ben non. Pourquoi?
J'en sais rien.
T'es une fille zen toi hein...
Va te faire foutre.
Bon bon, je te signale au passage que ce serait avec plaisir mais que...
Bon ferme la ta grande gueule!
Mais que t'es pas fichue de faire ta pub andouille...
Voilà.
Du coup, explique-moi comment je vais me faire foutre s'il te plaît!
J'en sais rien
C'est bien ce que je disais...

jeudi 30 juillet 2009

J'ai le complexe

Je ne comprends pas pourquoi mon écriture répond bien souvent à l'appel d'une sourde mélancolie. Comme en réaction.
Je voudrais écrire avec l'humour qui me caractérise à l'oral. Mais je pense que l'humour, en tous cas le mien, n'est possible que parce qu'il agit immédiatement sur mon interlocuteur. Pour moi-même, je ne suis pas drôle. Voilà je crois, la raison pour laquelle ce que j'écris n'aura aucun écho en dehors de l'espace où je le commets.
Ce constat, étonnamment, me désole.

Être à l'autre est si compliqué.
Il ne peut y avoir rien de juste dans le retranchement malgré tout.

Et mon regard a tant changé, s'est tant posé sur tout ce qui entoure mon quotidien qu'il n'y a pas trente-six moyens de le faire s'agrandir. Encore! De le faire s'épanouir et de lui donner le désir de revenir vers son pôle.
L'autre. Le toi.
Je suis triste de mon incapacité à bien vivre ce monde. De mon refus d'adaptation.

Et je suis fière aussi. Parce qu'il n'est rien de plus détestable que d'accepter ce que l'on fuit, ce que l'on pressent comme une mauvaise chose.

vendredi 24 juillet 2009

Jus d'orange

Ma petite cuillère me regardait d'un air concave franchement convexe. Je n'ai pas fait attention : j'ai remué mon café et j'ai pensé aux oranges. C'est con de penser aux oranges. C'est con une orange. Faut pas penser aux oranges et je me suis dit oublie les oranges et pense plutôt à ta petite cuillère. Alors j'ai pensé. Beaucoup pensé. J'ai pensé comme personne ne pense à penser. Et j'ai sorti ma cuillère de son bol et je lui ai dit qu'il ne fallait pas mépriser les oranges. Alors j'ai pensé que c'est con une cuillère, c'est encore plus con qu'une orange. Et puis j'ai arrêté de penser. J'ai définitement arrêté de penser pour la journée.

jeudi 16 juillet 2009

Retourner s'asseoir

Il rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total....*

Tu crois que...

Je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c'est que jamais je ne suis restée si longtemps sans prendre de ses nouvelles. Du temps où il était encore envie.
Tu crois que...
Non je ne l'oublie pas. Je me laisse juste rattraper par la vie, tu sais, le travail, l'avenir, l'amour...
Ah l'amour...
oui.

Dans le bruit lascif, autour des récifs, de la vague en chaine.*

Je ne l'oublie pas.
Je pense à lui un peu moins souvent. C'est tout.
Ce n'est pas comme avant. C'est comme un parfum qui s'estompe.
Je le sens seul.

A quoi rêve-t-il, livré à lui même?*

Tu sais, rien n'est plus seul que la mort. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'un grand-père mort depuis maintenant plus de six mois, et dont la petite fille au cœur fendu n'est pas retournée voir?


Assis sur un banc devant l'océan.*

Tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement. Qu'est-ce qui peut être plus seul qu'une petite fille au cœur fendu depuis maintenant plus de six mois, qu'aucune caresse ne peut rasséréner et dont le grand-père est parti.


Bel esclave bleu qui remue ses chaînes.*

Tu sais, je peux dire sans te mentir que j'ai cherché à noyer cette solitude. Je me suis essayée vainement au tatouage, j'ai bien aimé sur ma peau, mais c'est le tatouage qui n'a pas aimé ma peau. J'ai retrouvé un binoclard de mes vieux fonds de culotte usés sur les bancs de maternelle. Je joue avec les ami(e)s très cher(e)s à ralentir le temps, à radoucir le sang qui coule de mes yeux depuis plus de six mois.


Il pense que l'amour, c'est vous mettre en joue.*

Tu crois que...
Je ne sais pas.
J'avais comme un lacet autour du cou et j'apprends aux enfants à faire les leurs.
Drôle de vie.
Quand je crie "Epargne-moi!", je mets de l'argent en banque.


Un homme pensif se masse les tifs.*

Tu crois que...
Oui.
Nous avons bien fait tous les deux de nous trouver nus l'un devant l'autre et de lutter pour nous arrimer l'un à l'autre.
Oui.
Il a bien fait de me demander de tendre la main et de sentir son contact sur son sexe.
Oui.
Elles ont bien fait de m'apprendre à danser la colère.
Oui.
Il a bien fait de me tenir serrée dans ses bras une nuit durant.
Oui.
Il a bien fait de venir un soir saveur jasmin, arnica et cannabis.
Oui.
Elles ont bien fait de me laisser pleurer sous leurs yeux.

Interrogatif, à quoi pense-t-il?*

Tu sais, ce n'est pas de ma faute. Je me suis juste laissée rattraper par la vie. Et je ne suis pas fière de moi, non, mais comment te dire, tu n'es plus là pour me bouder de ne pas t'appeler et je peux pas non plus t'en vouloir de m'avoir privée de toutes ces merveilleuses occasions de prendre de tes nouvelles. Je me suis sentie seule plus d'une fois depuis que tu es parti.

Devant globalement la terre toute entière.*

Tu crois que...
C'est le moment oui.
De...
Me lever du banc.
Et de crier...
Putain!!!!!
Et de murmurer
Non.
"tu sais, rien n'est plus seul que la vie finalement, que ma vie"


Qui jamais n'enterre ses haches de guerre.*

Et bien...
Creuse! vas-y!
Et puis...
Crie!
Putain!!!!!




A quoi rêve-t-il, l'éternel bohème?*

Je rêve à une île dont le littoral a le pur profil de l'amour total.







*LÎle Hélène de Claude Nougaro a résonné dans l'église avant de ricocher sur le cercueil de mon grand-père le 2 janvier 2009.

lundi 13 juillet 2009

Bababoum bababoum, dialogue in

Je...
Bababoum Bababoum...
Mais qu'est-ce que tu as?
Une indicible envie de pleurer et de
éclater de rire?
C'est ça.
Il vient?
Il vient.
Et?
C'est si subtil que ça pourrait...
S'écrouler comme château de cartes en plein courant d'air
Ou bien...
Enfler comme un grand vent, un grand mistral qui chasse les nuages
Et retombe en brise apaisée.
Tu ...
me retrouverai plus nue que jamais
Que jamais
et...
ça me fait peur. Regarde
Tes mains qui tremblent.
Je suis
fébrile?
C'est ça.
Tu as peur?
Ben... oui.
Bordel de merde!!!!
Putain de dieu de nom de dieu de bordel de merde!!!!!
Ah quand même...
Comment te dire, tu vois c'est
Ton écho d'âme
Et comment se pourrait-il que
les corps fassent écho sans que...
l'âme vole en éclats?
C'est ça.
Putain!!
Je crois que...
Arrête de croire mais...
Vis!
Tu crois?
Et comment!
Putain!!!!
C'est le grand huit de la Foire du Trône, celui pour les grands ma biche!
Wououououououououou!!!!!!!

vendredi 10 juillet 2009

Début janvier, il n'y avait pas grand-chose

Il n'y a pas grand-chose qui puisse expliquer mon envie de toi, ami, tout comme rien ne me permet de comprendre la déroute qui parfois me gagne, l'envie qui reflue et, s'évapore. Qui disparait. Il n'existe rien à cet instant dans ma vie que de choses sans importance, sans gravité, du moins le crois-je. Vos désirs à vous n'ont qu'une valeur toute relative et crois-tu que c'est parce qu'avant, ils prenaient toute la place?
Quant à moi je l'ignore. A trop donner de place à l'autre, on finit par perdre la mesure de sa propre réalité, et on s'ennuie.
En ce moment, je passe beaucoup de temps hors de chez moi, pas que je fasse grand-chose, non, non, j'essaie tant bien que mal, de soulager une absence, peine perdue, je ne le remplacerai jamais, tout au plus, ma présence chez ma grand-mère ne fait-elle que souligner que mes mots ne sont pas les siens, que ma voix ne résonne pas comme la sienne, que mon odeur, finalement chasse la sienne. Je suis fatiguée.

mardi 7 juillet 2009

L'autre avait pas encore le vertige, il savait pas comme c'était bon.*

Je m'étais dit: il faudrait que je lise pour me remettre à écrire. Et puis mes yeux sautillaient entre telle phrase de l'auteur
Oh rien de tel que de remporter une petite victoire sur soi-même de temps en temps.*
et la houle d'une Madonna muette sur écran neuf. Parfois, je me dis que remplir ne sert à rien, juste un peu de couleurs qui sèchent dans le noir, à peine éclairé par la lumière blafarde d'un ordinateur.
Mais plus les jours passaient, plus ces instants devenaient rares, aussi les distillais-je d'un sourire béat avec d'infinies précautions pour m'en imprégner de la moindre goutte.
Je me rappelais alors que l'auteur avait écrit dans un de ses bouquins, une histoire de cul avec Madonna. Le roman. Le fameux qui conduit vers chez les blancs. Celui qui scinda son style en deux. Celui qui commence par
Je ne sais pas comment je vais faire*.
Cet incipit. Qui ne l'a jamais ressenti au détour d'un dédale de sa vie? Et combien l'on écrit comme préambule?
Pour moi, c'était une manière de saluer tout ce qui était en lui, je raconte pas des blagues, n'importe qui aurait pu sentir qu'il était habité par une force étrange et j'étais bien placé pour savoir de quoi il retournait.*
Parce qu'à un moment donné, on ne peut plus seulement rester posé sur son cul à ressasser tout le bien qu'on éprouve à lire une souffrance intime dans les mots d'un autre. Non. A un moment donné on écrit
Chacun portait sa croix ici-bas, et j'avais changé d'épaule.*
Ou autre chose. A un moment donné, on mange plus qu'on engloutit et je te parle de bouquins mais je pourrais aussi de parler de cul ou de bouffe ou de potes, pourquoi pas? Parce que sans que ça en ait l'air, tout s'assemble et forme un tout. Parce que mine de rien
ça fait du bien de temps en temps de voir qu'on est pas tout seul sur le chemin, ça élargit la route pendant un petit moment, c'est quand même mieux que rien.*
Et puis après ça passe. C'est que du vent. Parfois brûlant et dur, parfois plus frais, ça dépend. Mais le roman ça...
Reste la question
Est-ce qu'un livre pouvait donner du courage, est-ce que des mots mis bout à bout pouvaient suffire à remplir toute une vie?*




*Extraits de différents romans de Philippe Djian


dimanche 5 juillet 2009

Je suis mon homme et nous discutons

Où étais-tu il y a quelques années?
Je ne sais pas. Entre ici et là je crois, quelque part. Hum... Je crois que j'étais encore moins perdu qu'il y a quelques minutes. Je suis un homme d'errance tu comprends, je ne me sens jamais, sauf en marchant, au volant d'une voiture, un chapeau rabattu sur mes yeux rougis.
Rougis?
Oui la fatigue, je ne dors pas, l'alcool, je bois tant,les cigarettes, je fume...
Moi aussi!
Vrai? Quand est-ce que tu la payes ta clope alors...
Où étais-tu il y a quelques jours?
Perdu dans les seins d'une fille odeur de tabac blond et de citronnelle. Elle aime les gars mal élevés. Donc techniquement, elle m'aime.
Techniquement?
On aime jamais vraiment ce qu'on ne connait pas. Et je ne la connais que de loin. Je ne suis jamais meilleur que dans l'éloignement, je suis un mec mal élevé. Mais tu comprends, je ne peux pas, les filles, les gars, les chiens, les voitures, les clés, les fils et les réseaux. Bref tout. Je ne peux pas, je m'enferme et je me comprime la poitrine. Putain je t'assure que si j'avais été une fille, et bien mes nibards, lourds ou pas lourds, je les aurais jamais enfermés dans un soutien gorge. Lâche les tiens d'ailleurs, tu vas avoir des marques et ça j'aime pas. Oui là c'est mieux, comment tu te sens. Parce que moi je me sens bien ma belle. Je suis un homme de contact tu le vois bien, je n'aime pas tes frontières de fringue, et envoie moi valser tout ça, laisse moi t'approcher mais toi ne bouge pas, je vous connais les filles on tend à peine un doigt, vous nous dévorez notre mâle essence. Merci pas de ça! Je suis un homme libre tu comprends? Et ne sois pas désolée ma belle, parce que c'est comme ça que tu m'aimes et il n'y a que cette manière d'aimer qui me convienne.
Et toi comment tu aimes alors?

mardi 30 juin 2009

Yes I do! dialogue in

1 2 3 ... 1 2 3...
C'est une valse que je chante à ma chatte...
Wow ouh wow ouh wow oh oh!!
Tournée sur elle même
Tournez sur elle même, elle aime c'est sûr..
I'll soon be kissing your sweet little pussycat lips
Dans son oeil de chat se reflètent mille éclats
...boussures!
Pour sûr!!
Et elle rit aux éclats la petite chatte moire
Wow ouh wow ouh wow oh oh!!
J'ai rêvé
D'un chat noir qui avait la rage
Attendant du neuf
What's new Pussycat?
Sur son nez un peu de pluie
You and your pussycat nose...
Et la voilà qui chante une valse entêtante
Pussycat, Pussycat, I love you
Yes I do!!

lundi 29 juin 2009

Drôle de temps

T'es pas drôle tu sais?
Pendant que "Guano" se fout de ma gueule à la radio ce matin, je me sens des humeurs explosives. L'envie de tout foutre en l'air. Parce que "Guano" à la radio ce matin... Putain!! Et toi, là-bas, t'es joli garçon mais j'ai rien à te dire, t'es trop timide. Et toi là-bas, j'irais bien voir là-bas si j'y suis, mais t'as pas été très drôle tu sais? Et pendant ce temps là, tu le crois ça? "Guano" se fout de ma gueule avec sa gueule empruntée. Et moi je suis pas drôle non plus de mon côté. Après l'osthéo, je vais l'aider à porter un lit, parce qu'elle pleurait au téléphone. Drôle de situation. Qui ne me fais pas rire.
Ah! heureusement que tu es là toi la mouette. Tu rigoles? Tu te fous de la gueule de "Guano"? Voilà! ça c'est impec!
Dis voir la mouette, ça t'embêterait d'aller rigoler sous le nez du garçon, lui dire que là-bas si j'y suis c'est bien ou qu'ici il y était c'était chouette, même s'il est pas drôle?
Ce serait impec!!
Pendant que tu fais ça, je montre mon cul à "Guano" et je lui dis merde.

dimanche 28 juin 2009

Action ou vérité? Dialogue in

Marion...
Action ou vérité?
Action
Je voudrais que tu mimes l'animal qui te fait penser à moi.

J'ai d'abord fouillé le sol avec la pulpe de mes doigts,
j'ai avancé à tâtons sur mes quatre pattes,
ma tête oscillait vers le bas dans un mouvement de vague. Je me suis écrasée au sol et j'ai rampé à tâtons vers sa main.
J'ai frotté ma tête de chatte sur la pulpe de ses doigts.
Action ou vérité?
Vérité
Si Fantomas revenait te chercher, tu le reprendrais?
Non.
Action ou vérité?
Action
Je voudrais que tu danses l'état de la colère

D'abord déroutée, j'ai allumé une cigarette,
j'en ai soufflé la fumée par les narines.
La respiration saccadée scindait la fumée en deux parties. Accroupie dans l'herbe, je respirais
de plus en plus fort, de plus en plus vite,
mains au sol et jambes écartées. Je me suis relevée en grondant, la cigarette s'est écrasée au sol, mes mains toujours à terre,
mes jambes toujours aussi écartées et pliées, j'avançais
en tapant la terre. En grondant. Me relevant, j'ai lancé mon pied en direction du sac, les affaires ont été répandues sur le sol. Je me suis à nouveau accroupie et j'ai
roulé mon corps en boule sur le sol.
La colère est terrienne.

Marion...
Action ou vérité?
Actionne-moi...

samedi 27 juin 2009

l'allumeuse et le boulet 1 (texte évolutif)

Tête à tête je m'entette à n'pas dire prise de tête, je te tête et m'endette... embêtant, en bêlant à tue-tête en branlant queue et tête. Brinquebalant, tout pendant entêtant ton parfum j'en ai faim, c'est divin mais si vain c'est vaincue que je tombe étendue sur ta bite tendue. Entendu m'as tu dit, je souris et je nie, que nenni c'est pas moi cet emoi c'est ma tête qui s'entette qui veut son tête à tête, cette envie qui l'habite, tête à queue ma tête ta bite.

vendredi 26 juin 2009

Conversation téléphonique

« J’aime pas tout mélanger, j’ai fait, ponctuant ma phrase d’un claquement de langue qui donnait à la chose un goût un peu trop définitif.
- Ouais moi non plus mais je crois que parfois c’est difficile de faire autrement, j’ai l’impression que la frontière est mince, elle a rétorqué, et parfois c’est même impossible de s’apercevoir que la situation bascule.
- Je crois que ça me gonfle qu’il soit parti, j’ai expliqué, j’arrête pas d’y penser à chaque fois que je te parle, je pense que c’est injuste même si je sais que c’était inévitable…Pas que je sois malheureuse note bien, mais quand même, ça me fait vraiment chier.
- Mmmm… je crois que tu as pris tout ce que tu pouvais prendre de lui.

J’ai réfléchi quelques secondes et pour clore la discussion, je lui ai répondu que je n’étais même pas certaine qu’il y avait effectivement quoi que ce soit à prendre chez un homme qui ne veut rien donner.

mardi 23 juin 2009

Pensées enfumées, dialogue in

Pourquoi avoir baissé cette limitation de 70 à 50?
Putain!
A quoi ça sert de faire attention?
Ouais vas-y défonce défonce
Je gobe une queue...
D'acétone
J'emmerde l'autorité
Du coup
Leur bleusaille
Leurs flingues
Je pompe un dard...
D'amertume
Leurs radars
Leurs caméras de surveillance
Je suce une tige...
De bitume
Tant qu'elles ne filment pas sous ma robe
Ah oui j't'ai pas dit?
J'ai rien d'autre
Que ma robe

Je suis une sèche symbol

dimanche 21 juin 2009

Arlésienne


Une rue étroite et ce chat noir et blanc que je caresse toujours en me rendant aux Ateliers le matin. Comme j'aime vivre dans cette ville, tout faire à pied, déjeuner au jardin antique, marcher pieds nus dans la poussière des Ateliers en attendant les visiteurs. Mon éternel mégot éteint et mon zippo frotté sur mon jean. Au bout de la rue des douaniers, la maison où je vis pendant ce mois de septembre, un appartement à l'étage, une grande pièce, une mezzanine où je me suis installée et une salle de bains avec deux fenêtres, dont l'une donne sur un cul-de-sac où des ouvriers abandonnent leurs sacs de ciment vers midi.


Il est venu s'installer avec moi, dès le lendemain de notre rencontre. Il m'a rejoint un après-midi, je dormais, nous avions passé la nuit dehors à explorer les recoins sombres des bords du Rhône. Il a déposé sur l'escalier une assiette de fruits, un verre de jus d'orange et mes cigarettes. J'étais rentrée épuisée et n'ai pas eu le courage de prendre une douche, seulement d'ôter mes vêtements et de me coucher.


Je laisse toutes les portes ouvertes. Je me réveille et le regarde, allongée sur le ventre, le drap à mes pieds. Ses yeux me sondent et je suis surprise de le trouver assis sur les marches à me regarder.


"Tu es belle" me dit-il gentiment avant de me rejoindre... Je crois bien qu'on ne me l'avait jamais dit aussi spontanément et cela m'a bouleversée.


Puis, un soir d'orage, je le retrouve et je lui dit ce soir j'ai envie que tu fermes les yeux. Il m'a souvent parlé de sa frustration de ne pas "sentir". Alors, il ferme les yeux, s'aveugle pour moi et se laisse faire. Je l'allonge sur le dos et je le déshabille. C'est émouvant de le voir ainsi, totalement prêt à se laisser faire. Je lui prends les mains et le laisse me dévêtir. Lui si assuré semble désormais hésitant et un peu perdu, les gestes plus lents et plus concentrés. Une fois nus, il me demande ce qu'il doit faire.


"Rien justement... ce moment est pour toi, je t'en fais cadeau, je veux que tu redécouvres ton corps et que tu réalises à quel point il me touche. C'est pour ça que tu ne dois pas me voir, celà me gênerait."


Comment vous dire, cest comme si je souhaitais un partage unilatéral. Moi vers lui, et lui seul avec son corps. J'ai toujours senti chez moi une sorte de prédisposition à éveiller la sensualité, qui semble avoir abandonné ce monde, la mienne et celle des autres. Mais je n'ai pas souvent rencontré ces hommes qui suscitent chez moi cette envie de remplacer par la sensualité le sang dans les veines.


Il a les yeux fermés et la lumière est allumée, je m'assieds près de lui et je rentre dans mes mains, il est sur le ventre et je me promène sur son dos avec le dos de mes mains, ses paumes tournées vers le ciel, je m'y attarde un peu et du bout de mes doigts, je parcours ses jambes, ses fesses, ses pieds, sa nuque, je décide de me balader dans ses cheveux raides. Celà dure longtemps, une des plus belles éternités de ma vie. Il commence à bouger...


"reste immobile, ce n'est pas moi qui importe pour l'instant... C'est toi... je veux simplement te faire sentir ce corps avec lequel tu n'as pas dialogué depuis longtemps... Je ne suis là que pour que tu sentes les parties de toi que je caresse, pas pour que tu me sentes moi..."


Peu à peu, je le sens s'assouplir entre mes doigts. Il a confiance et il a compris que ce dialogue c'est entre lui et lui. Je ne suis que le traducteur. Je passe mes mains sous son ventre et je le fais basculer sur le dos. Je caresse son visage, j'aime cette barbe naissante, je caresse son cou et ses clavicules, je voyage sur son torse et je sens qu'il apprécie... Il sait que je descends... je me promène sur son sexe dressé mais ne le touche pas, je veux qu'il sente que je suis là, tout près... puis je continue la descente jusqu'aux pieds. Il remue la tête, yeux clos et respire fort.


"n'ouvre pas les yeux, je n'ai pas fini... retourne-toi encore..."


Mes mains deviennent alors inactives et je deviens le bout ma langue, je trace mon sillon de salive là où mes mains viennent de le quitter, partout... De retour sur le dos, je peux l'observer... Petite escale entre nombril et pubis, il s'est mordu les lèvres et il pleure en silence. Je le taquine un peu alors, à l'endroit où votre peau est la plus fine et à l'ouverture duquel se dessinent vos lèvres aussi sûrement que si vous vous regardiez dans un miroir. Il tremble à présent...


"J'ai..... je...... tu......."


"je comprends, tu peux ouvrir les yeux maintenant"


Coup de tonnerre sur yeux ouverts. Il éteint la lumière et ne me quitte pas une seule seconde. La foudre éclaire nos tremblements par l'ouverture du velux. Je n'ai pas remarqué que la nuit était tombée.


"La prochaine fois, je recommencerai et tu ouvriras les yeux, tu me verras et je serai belle..."


"Je t'aime" m'a-t-il dit dans un souffle...



Le beau dalisque

lundi 15 juin 2009

Du corps à l'âme

La poussière, c'est quand le cœur part en lambeaux d'avoir trop aimé. Peut-être. Je me disais que chauffeur routier ce serait bien. Trop seul. Peut-être. Je me suis fait la navigation. Pas assez loin. Sans doute. Il y a toujours eu quelque chose, je ne sais pas, pour me tenir attachée au sol. Un horizon réduit. Comme une chaîne dans la poitrine. Et je ne porte jamais de collier, une conséquence. Peut-être. Il faut vivre ça au moins une fois dans sa vie. La poussière. La chaîne. Pour savoir.
Tu sais ce que c'est que l'attachement à quelqu'un?
C'est ne pas se reconnaître dans ses propres yeux, pour ne plus ensuite faire autre chose que de rechercher cet être qu'on a été, l'espace d'une seconde. Celui qui s'est dit un jour derrière son bureau que ce serait pas mal, chauffeur routier. Que ça ferait voyager. Que la solitude n'effraie pas. Et qui, finalement reste. Au port. D'attache.
C'est accepter que l'autre n'existe que dans cette vie, et qu'elle est courte. Peut-être. C'est savoir taper quand on ne peut plus parler. C'est l'expression. Ce qui sort de... La poussière dans un courant d'air. C'est savoir tenir d'autres corps dans ses bras. C'est pouvoir se donner sans queue ni tête, et regarder dans le rétroviseur. S'éloigner la vie de ceux que tu aimes. Dans la poussière. Chauffeur routier. Peut-être. C'est savoir qu'il y a des choses qu'on ne fera jamais dans sa vie et qu'on pourra regretter toujours.

J'aurais posé ma joue sur sa joue s'il me l'avait donnée. Je ne serais pas partie s'il me l'avait demandé.

J'ai laissé les plantes se disloquer dans le noir du garage. Je ne sais pas si je descendrai les chercher. Je devrais.Peut-être. En attendant, je reste. A quai. Une amarre solide. Me protège et m'étrangle. Les brins sont si serrés qu'une aiguille ne peut les traverser. On pourrait s'y tenir debout en équilibre, tant la chaîne est tendue.

Je laisse traîner une branche pour effacer mes traces dans la neige. Mais j'ai la désagréable sensation qu'ici la neige est de cendres. Et de traces. Qu'on ne peut effacer comme on le souhaite. Le fichier. Est de poussière. Je suis révoltée par l'absence de liberté. Certaines traces, on choisit de ne pas les effacer. Elles restent parce qu'on le veut. Elles nous brûlent parce qu'on sent que l'absence de cette brûlure nous meurtrirait davantage.
Certaines choses n'ont pas de sens.
Je passe ma main sur ma joue. Et le sens est profond. Je redonne un peu de dignité à mon cœur. Et ne m'en veux pas si je pleure un peu. Je pleure parce que je sens que je redonne un peu de corps à mon âme. Peut-être. Et que cela me coûte. Malgré tout. La poussière c'est quand le cœur part en lambeaux, déchiré par une amarre trop tendue ou bien écrasé sous les roues d'un 38 tonnes.
Je passe des heures à la tromper. La poussière. Je ne lui suis pas fidèle du tout. J'ai écrit "fin de la discussion dans 5... 4... 3... 2..."
Laisse moi deux minutes, s'il te plaît.

Traversée

vendredi 12 juin 2009

Some (dis)orders, dialogue in

Si t'approches, j't'accroche!

Si tu t'approches j't'accroche!!!
Me touche pas!
Mais viens!
A reculons! Tourne-toi!!
Pose ta main sous la table!
N'essaie pas de me regarder!
Putain ferme-la!!
Ta grande gueule!
Ouvre!!
Ta main!
N'essaie pas de me parler!
Force-moi!!
Ferme-les!
Tes yeux!!
Ouvre!
Ton coeur!!
Quoi moi?
T'occupe!
Si occupe t'en!!
Quoi moi?
Non...
Je pleure pas...
Il ne se passe pas de jours que nous menions à l'abattoir les plus purs de nos élans. C'est pourquoi nous éprouvons une telle souffrance au cœur quand, lisant telle phrase jaillies de la main d'un maître, nous les reconnaissons pour nôtres, nous y reconnaissons les tendres pousses dont nous avons étouffé la croissance par manque de foi dans notre propre force, dans nos propres critères de vérité et de beauté. Tout homme qui laisse la paix descendre en lui, qui s'abandonne face à lui-même au désespoir de l'honnêteté, trouve la force d'émettre de profondes vérités. Nous coulons tous de même source. Aucun mystère ne dérobe l'origine des choses. Nous participons tous de la création, nous sommes tous rois, poètes, musiciens: il n'est que de nous ouvrir comme le lotus, pour découvrir ce qui était en nous.

Henry Miller, Sexus

jeudi 11 juin 2009

j'en rêve toujours (rediffusion)

Il se balance, tranquille sur les rails avais-je écrit. Sans doute, sans doute...



C'est une histoire de portes qui s'ouvrent et que l'on ne franchit pas.


C'est une histoire de clés qu'on recherche dans ses poches
trouées.
C'est un moment bien précis qui se situe sur la ligne qui sépare la mélancolie et la joie
qui fait pleurer.


C'est un temps
de grâce

où le paysage change soudain dans les yeux qui alors ne peuvent
que se remplir.



C'est une manière de courage. Regarder en face ce à quoi l'on a longtemps tourné le dos.
Les rêves devenus raisonnables.


C'est un espace terrible, celui où je courrais en chaussettes sur le carrelage, je me suis ouvert le crâne,
maman a crié,

je me souviens qu'il faisait très beau ce jour là et que j'étais contente parce que
je savais marcher.



Retrouvé dans un grenier aux vitres
brisées,
j'avais fumé une cigarette sur ses flancs de bois,
la peinture n'avait même pas disparu,
toujours ce noir aux arabesques vertes jaunes et rouges, aux points bleus,
mon esprit était parti

au ras du sol poussiéreux et je m'étais retrouvée
à califourchon,

me balançant gentiment sur une voie ferrée déserte, je rêve que j'en rêve!!!



C'est une voie ferrée sur laquelle il se balance tranquille, d'un côté
une montagne,
de l'autre
une lande.


On dirait la mongolie faisant face au chili. Il ressemble à quoi votre désert intérieur?



mardi 9 juin 2009

Ederlezi

Dans le noir, l'humidité est plus fortement ressentie.

Couchée sur un rail, tendue comme un fil de funanbule, le métal est froid et trempé. On dirait une cave. Ou alors le dessous d'un pont. On attend le lever du jour . Un marteau résonne au loin et en passant les mains sous la jupe on en fait tomber de la suie.

Comme le Petit Ramoneur. Une échelle suspendue. Un rail vertical qui monte vers le ciel ébène piqué à la machine.
Comme il descendait sec cet escalier. Comme ils descendaient vite.

Pour se cacher dans les caves d'une Venise nocturne et hantée.

Encore la musique. C'est le Roi et l'Oiseau. Qui étire les volutes de violon autour du socle piano.
La bergère et le petit ramoneur s'enroulent dans un tissu couleur de mur et disparaissent. Avalés par les berges humides et sombres.

Du haut de mon échelle, je vois le monde à l'envers. Le monde a la tête en bas. Et tout n'est que lenteur étirée. La suie tombe de sous ma jupe vers le ciel et le remplit. C'est la nuit. Frotter un morceau de craie entre les mains, sortir une machine à coudre, fil blanc et coudre les étoiles et les constellations.

Tête en l'air. Un souffle, une pluie fraîche qui vient laver tout ça.
On recommencera demain.
C'est le matin. Les rails sont froids et humides. L'esprit détendu.

L'herbe ondule doucement. Le ciel est encore gris de sommeil. Toujours le balancement léger du cheval de bois immobile. Le voyage est proche.

lundi 8 juin 2009

Bascule

J'avais senti, il y a longtemps, les contours de la porte devant laquelle je me trouvais.

Qui me restait hermétiquement fermée.

J'avais tourné pendant longtemps, comme un lion en cage, sur cette espèce de paillasson rèche. A tripoter un trousseau de clés dans ma poche. Sachant que la bonne, je ne l'avais pas.

Débordéliser ma vie. Lui trouver de nouveaux bords...

J'ai passé tout ce temps à toucher les contours avec mes doigts, à laisser courir mes mains sur la tranche de mon petit livre, à en compter les pages une à une jusqu'à ce que la sensation s'éteigne là , au bout.
Plus rien n'a de sens et tout est limpide en même temps. Je suis habitée par l'envie. En vie.

J'étais sur un cheval à bascule bloqué en position arrière. Je ne savais pas bien. Bref. Ce n'est pas important.
J'avais peur du comment pourquoi quand où tu es sûr je ne sais pas trop il faut voir...

Et puis je me suis retrouvée de l'autre côté d'une porte grande ouverte sur le Sénégal, le Chili, les rails d'Europe, les pages de mon livre, le négatif de mes photos, les fleurs de montagne, les images vidéos que j'imagine quand j'écoute Marclay, les étagères d'une librairie et l'espace qui sépare mes pieds du sol quand je marche sur mes talons.

Je me suis retrouvée dans un temps nouveau. Un temps auquel j'ai envie de donner une âme. Un temps que je désire habiter comme ça se présente.

Mon cheval à bascule s'est soudain décidé à se mettre en balance.

Il n'y a pas de train sur les rails. Juste une carriole tirée par un cheval à bascule, tout doucement, entre le Chili et le Sénégal, avec dans la bouche quelques fleurs de montagne.

vendredi 5 juin 2009

samedi 30 mai 2009

A bientôt frère

Je le sens!!! Il vient! Il approche en grondant le simoon lancé à grande vitesse!! Je sens mon cheval à bascule qui se balance de plus en plus. Le paysage est dégagé. La ligne de rails, j'en ai plein les yeux. Comment te dire? Tu sens pas toi, que le vent a changé de goût depuis trois secondes, qu'il s'est épaissi et épicé d'un coup d'un seul il s'est chargé d'une graine de souffre jaune et les poussières remontent lentement, non pas lentement, elles s'envolent, un vrai geyser de particules acres qui monte qui monte. D'une main je le tiens mon cheval à bascule, de l'autre je le lâche, je suis partagée. Il arrive ce grondement de moins en moins sourd, ces vibrations qui font remuer tout à l'intérieur, cette haleine brûlante qui me fouette la face, cette beigne en pleine poire, je ne tombe pas du cheval à bascule, je m'agrippe, je suis une hyène à mâchoire d'acier. Je suis pleine de défi, je l'emmerde et j'ai pas peur, je serre les cuisses autour du flanc de bois, je brandis mon poing et secoue la tête. J'ai un coeur de bois et une crinière me pousse dans le cou. Je hennie. Je rue. Je me cabre en crachant ma fumée devant le vent contraire. Je rie. Je ne suis pas un cheval. Je rugis. De mes quatre pattes surgissent des griffes qui s'enfoncent dans les flancs de bois. Je mets à bas le cheval à bascule. A bientôt frère. Je reviendrai une fois la mue achevée. Cheval, serpent, singe, rat, tigre, le dragon est passé, je reviendrai cochon et je te retrouverai.

D'un bond, les rails m'avalent et je disparais.

vendredi 29 mai 2009

mardi 26 mai 2009

Le pli n'est rien

J'ai attendu mes 16 ans avec impatience. Pour avoir enfin le même âge que la princesse Aurore. J'ai essayé la couture, je me suis lassée, très vite. Tant pis, je n'allais pas me piquer le doigt et dormir cent ans. Un an plus tard, l'amour dans les bras d'un garçon gentil si gentil que lorsque je suis rentrée à la maison, je ne pouvais m'empêcher de sourire. J'ai souri, je souris, toujours. Le pli que tu vois à la commissure de mes lèvres n'est rien. Il se nomme expérience. Mon sourire n'est pas effacé, il est plus flou, plus vague. Il flotte au son de "cosmic dancer". Il s'étire sur l'image d'un Depardieu en chanteur de charme. Il devient liquide si jamais mes yeux se portent sur la photo. L'amour dans les bras de celui qui partagea un temps de ma vie. Si merveilleux que mes yeux brillent encore. Le pli que tu vois au coin des yeux n'est rien. Il se nomme apprentissage. Mes yeux brillent toujours. Simplement, ils s'abritent. Les lunettes sont chères mais qu'importe. La myopie. C'est un bon prétexte. Surtout quand elle existe vraiment. Mes yeux passent sur l'ombre dorée du rideau de la cuisine, se ferment contre l'attaque de la fumée de cigarette qui risque à tout moment de les agresser, se remplissent si jamais la photo leur passe devant. L'amour toutes fenêtres ouvertes. Si envoutant que mes mains tremblent encore. Le pli que tu sens au niveau du poignet n'est rien. Il se nomme finitude. Mes mains courent toujours sur des toisons d'homme. Elles effleurent les touches grises. Elles exultent au moment de rouler la cigarette qui viendra brûler mes yeux. Elles pétrissent des pâtes. Elles caressent des cheveux d'enfant. Elles se serrent plutôt que de toucher la photo. L'amour comme un jeu de cache cache dans la montagne. Si puissant que mon corps frémit encore. Le pli que tu découvres au creux de mes reins n'est rien. Il se nomme pari. Mon corps s'abandonne toujours aux rayons du soleil. Mes reins se creusent sous la caresse. Mon corps s'étire au matin. Il geint sous la contrainte. Il jouit sous l'autre corps. Il s'épuise. Il se repose. Il s'affaisse dans l'absence désincarnée de la photo.

J'ai maintenant dix ans de plus que la princesse Aurore. Je ne couds pas. Ni ne repasse.

L'amour. Ne se. Repasse. Pas.
Le pli n'est rien.

Mon cœur tambourine. Toujours.

mercredi 20 mai 2009

Erotisme Saison 1

J’aime bien avoir des mots en bouche.

Je la vois quand vous parlez cette langue dans votre bouche.
Elle se colle à mon palais lors de la déglutition.
Chaude elle claque.
Langue qui glisse, mouillée de salive.
Aller chercher la langue dans la bouche de l'autre. Laisser sa bouche s'ouvrir. Pas trop. Lisser les lèvres d'une caresse humide, passer la langue sur ses dents, entre les rangées coupantes, rendues inoffensives.

La langue est comme une tête chercheuse. Elle explore la bouche de l'autre. Savoure. Joue à cache-cache.
L'autre se cache, la coquine.
Dégagement. Comme une retraite.
Tant pis, je vais voir ailleurs si tu y es...
L'autre.
Décide de se montrer.

J'aspire avec les lèvres humectées une langue découverte, je l'englobe, je l'enroule, je la flatte.
Sur un claquement de ma langue, je vais voir ailleurs si tu y es.

dimanche 17 mai 2009

si(-)tuez moi, dialogue in

Qu'est-ce que ça te fait à part piquer les yeux?
Je ne comprends pas trop...
Ce sont des choses qui arrivent et qui arriveront.
Je me demande
Si on peut dormir à moins de trois mètres de distance
Si on peut être pute et timide en même temps
Si j'ai le droit de dire non, même si j'ai envie
Si l'absolu désir est plus fort
Si j'écris et que tu lises
Si j'aime pas les choses que j'aime
Si je me passerai un jour de sa queue
Si on m'avait un jour surnommé Miel par hasard
Si on m'a surnommée Pussycat
Si on m'a surnommée Betty Boop
Si je peux pleurer alors que j'ai envie de rire
Si j'aime les choses que j'aime pas
Si un jour j'arrêtais d'être comme je suis
J'en serai malade

Comment t'expliquer? N'avoir jamais été si proche de toi, alors que tu ne comprends même plus ton propre langage. Sentir une peau différente sous tes propres doigts, un battement différent, comme altéré. Un souffle intérieur, tellement subtil, presque un cheveu qui risque de se casser... Qui a du mal à résister au flux.
Et qu'est-ce que ça fait à part faire piquer les yeux? Tu le sais toi?

samedi 16 mai 2009

Baignade interdite

C'était encore une vacherie de cet enculé de printemps, voilà. Un joli rayon de soleil, quelques genêts en fleur... les premiers, éclos du matin... Il en fallait pas plus. La pauvre elle a embrassé tout ça d'un oeil, au saut du lit, et elle s'est sentie bizarre. Un coup au coeur, ça lui a filé, un coup de jeunesse. Soudain, elle pensait plus qu'à un truc: s'élancer, courir, foncer à poil dans ce soleil, sur ce sable, vers cette mer qui lui tendait les bras. Une romantique sans doute, une amoureuse de la nature, une gonze quoi. A moins qu'elle ait senti venir le vent (...) qui sait avec l'instinct féminin? (...)
Alors la bonne femme sur le seuil de la maison, elle avait baissé les yeux pour examiner ses nichons encore pas trop moches, son bide un peu gras sur lequel les trois hommes avaient posé leur tête, ses cuisses de baiseuse, et elle s'était dit en se caressant le cul : "voilà, c'est fini, un jour ou l'autre tout ça va se faire la valise, le sable, la mer, le soleil, mes fesses et mes nichons, (...) moi."
(...)
Ses pieds nus, aussitôt avaient trouvé le sable tiède. Elle s'était mise à marcher, lentement, à poil dans le soleil, vers les vaguelettes de marée basse lointaines, très lointaines. Et ça durait, et ça durait. Elle était arrivé sur le sable mouillé et elle avançait toujours, attirée par un aimant, les nichons braqués vers le large, comme pour aller communier dans sa propre odeur de varech.
Et aucun des trois hommes, qui la suivaient depuis leurs pageots, n'avait tenté de la retenir. Fascinés, ils regardaient, incapable de bouger, incapables de parler. Ils comprenaient, c'était plus fort qu'eux. Et quand elle était revenue, ruisselante et tremblante de froid, aucun n'avait osé la toucher. Il avait fallu qu'elle leur demande: "alors, personne me baise?"*


*Bertrand Blier, Les valseuses

mardi 12 mai 2009

Un petit clou noir, Dialogue in

J'ai définitivement perdu ma boucle d'oreille, ce petit clou noir qui m'a accompagnée depuis que je l'ai ramené d'Allemagne. Je l'avais payé en Deutsch Mark. J'étais en quatrième. Cela me semble si loin. Sa jumelle orpheline est posée devant le grand miroir. Je me suis déshabillée il y a quatre soirs. En ôtant mon pull, mes cheveux se sont relevés. Une sur deux. A ce moment, j'ai pris la décision. Ce garçon, je l'ai laissé m'embrasser, me caresser, se caresser, me raccompagner -non, je n'ai pas envie, je ne sais pas- me laisser filer vers la découverte de mon oreille nue. Je ne sais pas s'il a retrouvé sur ce lit le petit clou noir. Je sais simplement que, moi, je ne le retrouverai pas.

Parfois, le hasard fait bien les choses
Et ça se finit au petit matin
Parfois non tu sais
Parfois c'est avant... fini...
Avant d'avoir commencé
Pour la voiture on fait un week-end sur deux
J'ai senti sa queue avec le bout de mes doigts
Il aurait bien voulu
Une indicible mélancolie
Mais qu'elle a la tête ailleurs.
Pomme Q.
Je cherche partout,
Le clou noir?
Non, je sais qu'il est perdu
Bonjour jeune homme, tu m'as éjaculé sur le ventre...
... puis-je récupérer mon petit clou noir?
Pomme S.
J'en ai marre des ours
Pomme Z.
Pomme Z?
Oui.
Où est-il?
Je te demande pas de quoi tu parles, si?
Le petit clou noir...
Je parle du...
Mais tu le vois bien que j'ai les yeux qui débordent
Je saigne d'une oreille
Et de mon nombril suinte
Un sperme inconnu
Si t'y vois pas d'inconvénient je garde le chien
Tu te souviens des Deutch Mark toi?



jeudi 7 mai 2009

Trois quarts manqués de peu

Je les vois tous les deux, marchant côte à côte, remontant la rue, passant le portail, les bruits de la rue sont peut-être atténués par les quelques arbres, peut-être résonnent-ils plus sur les graviers ou le granit, je n'en sais rien. Je les vois tous les deux, il lui tient le bras par le dessous, elle boite depuis quelques années, la faute à un genou plein d'eau. Elle a accroché au col de son pull-over, une broche en forme de feuille verte. Pour le printemps. Elle a noué un foulard sur sa tête et elle avance bravement, la patte folle et le cœur serré. Je les vois tous les deux, remontant les allées dans le soleil. Peut-être ralentissent-ils, c'est imperceptible mais je les vois tous les deux, ralentir un peu l'allure, la lumière en plein dans la figure. Ils savent où ils vont. Je le vois la laisser le précéder d'un pas, c'est imperceptible, mais maintenant, il ne la soutient plus par le bras. Elle regarde ses pieds à mesure qu'elle avance, le cœur serré un peu plus à chaque pas, ça gagne la gorge, avaler est difficile. Elle sort un mouchoir de sa poche mais ne voit pas qu'une larme est tombée en plein sur son nom.
Je les vois tous les deux, une mère et son fils venus souhaiter son anniversaire à mon "Il" disparu.
Il paraît que les premières fois sont toujours les plus difficiles...


Bon anniversaire pépé