lundi 22 décembre 2008

Crois-tu que Christophe aurait trouvé les Indes sans colon?





Tu y comprends quelque chose toi?

Mais c’est dégueulasse !!

Pourquoi nous as-tu dit au revoir, alors que nous ne savions pas que tu nous faisais tes adieux ? Ça fait une semaine tout juste que je t’ai vu. Et, certes je t’avais connu une meilleure mine, un regard moins absent, mais bon merde ! Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Ils sont tous allés à Mondor. Et je n’y étais pas. Comme je regrette, est-ce que tu peux comprendre ça ? Ne t’en vas pas avant que moi, je t’ai dit au revoir ! Avant que je t’ai lu ta lettre, avant que je t’ai présenté un fiancé valable, avant de t’avoir collé dans les bras ton arrière petit truc… Bref, ne pars pas.

J’y vois plus rien, tu comprends ça, j’ai ton odeur dans le nez et elle est salée, si salée, je confonds, ce sont mes larmes, où es-tu ? Je sais qu’on ne décide rien, ni les uns ni les autres, mais que veux-tu, dans deux jours c’est Noël et si tu pouvais me faire un cadeau… Et Dieu sait que j’y crois pas et que ce soir, j’ai plus envie de croire en rien, tant je suis envahie par tes éternuements, tes clopes, tes chemises à carreaux de bûcheron, tes « Hein ?! » de sourdingue, ton tapis de jardin et ton relax, ta façon douteuse de conduire les Peugeot, les « ma puce » que tu lances à mémé.

J’entends plus rien, j’essaie d’imaginer le respirateur et de souffler avec lui tout l’oxygène dont tu pourrais avoir besoin, je n’étais pas là, tu comprends ça ? Attends, laisse-moi te lire la lettre que je t’ai écrite, laisse moi tenir ta main, laisse-moi caresser ton crâne, laisse-moi faire du toboggan sur ton ventre, je ne t’ai pas tout dit. Dans les yeux, en jeune marié, je t’ai regardé tout à l’heure et Toi seul sais ce que je lui ai dit. Tu m’as raconté tant de choses, j’ai oublié, je ne sais pas si ça va me revenir un jour, tu ne voudrais pas enlever tes tuyaux et marcher avec moi, si j’étais un garçon, j’irai pisser avec toi dans le trou à fumier, mon pauvre vieux j’embrasse tes reins qui ne fonctionnent plus, je te donne les miens, les deux, parce que j’en ai pas trois. Je ne suis pas un garçon, je suis ta petite fille, et je ne veux pas que tu partes, je ne suis pas forte, non non non, je suis malheureuse parce que j’ai compris. Et j’y comprends rien. Ma mémé sans toi… Et je suis sûre que tu le sais quelque part. Et que tu n’as plus de forces. Et je ne peux pas te donner les miennes, merde on a que cinquante ans d’écart, c’est pas juste. Viens perdre à la belote contre moi, je te mettrai une déculottée, mais pas très forte, promis, je veux même tricher pour te laisser gagner, viens encore me donner le goût des salades et des endives. Que va devenir ton jardin sans toi ? Je ne veux pas être orpheline de toi, tu ferais la première veuve de la famille, allons pépé, c’est pas sérieux tout ça… Je vais te raconter la fois où vous avez bouffé du serpent en Algérie… c’était fade, tu te souviens, je vais te raconter comment papa criait à la maternité, je vais te raconter Gaby qui est tombée dans les rosiers, je vais te raconter ma chute dans les escaliers, je vais te raconter la boite de Tic-Tac toute neuve, je vais te raconter ma première cigarette. A toi. Et à personne d’autre, j’ai douze ans et tu me rassures en me disant que « Bah on sait jamais, peut-être que ton père, y te laissera en griller une le dimanche… » . Mon vieux, tu m’as appris mon premier geste honnête, je fume et alors !! Et toi et moi on fume trop…

En trois jours j’en ai appris des mots avec toi, anévrysme, dialyse, etc… En trois jours, j’en ai appris des maux sans toi. Parce que je n’étais pas là. Parce que je serais capable de rire avec toi peut-être on sait jamais, parce que je veux que tu plisses encore les yeux pour moi. Parce que je ne crois pas au Paradis et qu’en réalité tu pars, mais ne vas nulle part. Et que tu vas seul. Et que j’ai du mal à te savoir seul. Ça me fait trop de peine de te savoir seul nulle part.

Ne t’en sors pas, je t’en supplie, ne reviens pas plein de fils et de poches, je sais trop bien ce que tu ferais. Ne t’en sors pas. Ne pars pas. Ne me quitte pas, toi qui ne me quitteras jamais. Je te dis de ne pas t’en aller…

Non !!

Bon ben si tu veux…