lundi 8 décembre 2008

A moitié plein de têtards... Dialogue In



Comment expliquer que parfois l'on écrit, parfois non. Parfois on est plein, et aucun son ne sort. Aucun mot. On se sent également vidé de toute substance et alors, on parle, on remplit et vide ses poumons d'air qui éclate en bulles sonores, en variations, en graves. Bref.

Pourquoi toujours tout expliquer?
Et pourquoi pas?

Te revoilà? Tu m'as manquée.
J'étais en voyage.
Ah...
J'avais besoin de sortir et de rentrer en même temps.
J'ai bu beaucoup de rhum arrangé.
Les grains de fruit de la passion.
Et puis d'un coup, il faisait froid.
Six semaines.
A se geler.
A ne plus se sentir.
Les grains donc. Dans la bouteille, on aurait dit des têtards.
Tu as dit ce que tu vaux.
Comment ça se dit un lapsus d'écriture?
J'ai voulu écrire "ce que tu veux"...
Oui
Donc, des têtards...
J'ai froid j'ai mal j'ai faim je veux plonger dans le rhum arrangé
?!
Si je pouvais tu sais, je m'arroserais avec
Les têtards
C'est ça
Et un garçon danserait sur moi, ferait du patin à glace sur mon ventre orangé
Sur ton ventre arrangé.
C'est ça
Oui
Tout ça ne me dit pas du coup
Quoi?
Ce que viennent faire les têtards dans l'affaire
T'inquiète. Moi...
Tu sais.
C'est ça.

En plein vent

J'avais commencé à repenser à cette note perdue. Puis d'autres sont remontées à la surface de ma mémoire.

Je me suis souvenue que si je devais un jour écrire un livre, j'utiliserais certaines phrases plutôt que d'autres.

Avant que je parte, il était ici question de mauvaise blague, de cheval à bascule, de voyages. Entre autres.

De quoi est-il vraiment question ici?

De quoi sont donc faits nos espaces respectifs? Qu'est-ce qui les rend si importants à nos yeux?

Les vôtres, peut-être...

Voire.

Ce qui les rend précieux. Uniques.

C'est la capacité à s'humaniser. A se réhumaniser, plutôt. Trouver un temps, se le choisir. Une position. Un environnement. Etre seul face à un écran, le sien dans la pénombre d'une pièce privée. Noyé au milieux de dizaines de machines squattées par les joueurs du cyber café du coin. En wifi. En musique. En solo.

Peu importe.

A part bien sûr, cette capacité à s'extraire du temps et de l'espace quotidiens, d'ouvrir cette minuscule parenthèse, aussi fine que du papier à cigarettes et d'écrire. Et décrire.

L'amour, le coït, le travail, les enfants, les errances de l'âme, les souffrances du corps, les inquiétudes, les futilités, les bassesses et la grandeur.

Toutes ces choses, infimes, intimes. Qu'il est impossible de partager avec quiconque. Qu'on a même plus le temps de regarder, de reconnaître.

Ici. L'espace de l'intime. Le radeau.

Maintenant. Comme naufragé en plein vent.

J'hésite encore pour l'instant.