mardi 25 novembre 2008

Dis...





Elle avait amorcé un virage dangereux, elle découpait sa petite forme frêle et dansante sur le ciel gris. Elle remontait lentement puis retombait avec légèreté. On ne voyait qu'elle, sa petite forme blanche aux bords incertains, comme le voile d'une jeune robe qui tourne et se soulève. Sur le ciel gris. D'un coup, sortant subitement de votre champ de vision, votre cœur se serre un peu, et vous restez perdu, le nez en l'air, autant chercher un flocon dans une avalanche. Puis, vous la retrouvez et votre danse avec elle peut reprendre, votre respiration est plus profonde. Vous espérez que sa douceur vous caresse. Vous tendez vos mains et les fermez sur le ciel gris. Elle virevolte sans cesse, passant d'un courant à un autre, échappant à votre main, vous mettant au supplice de jamais la toucher. Un mouvement de votre part, et elle s'élève au dessus de votre tête, tourne autour de vos épaules et vous rend fou.

D'un haussement de sourcils, vous avisez le feu passé au vert. Vos pensées reprennent leur cours et vous traversez la chaussée d'un pas léger. Après tout cette parenthèse dans votre journée, n'était bien qu'une parenthèse, un peu de temps entre le temps.
Ce soir quand vous poserez votre manteau, il se pourrait que dans une de vos poches, vous extrayiez cette petite plume blanche, à peine un duvet. Et que d'un souffle, vous recréiez du temps entre le temps.

Rien de bien méchant...

Il envoie parfois des jeux par-ci, par là... Me demande de jouer. Parfois. Des devinettes, nénette, c'est pas bien compliqué. Et ça permet parfois de mettre des images de vie sur des pages noires. De se rendre plus tangible. Aussi.


Quelle est la première image qui se présente à vous quand on vous parle de votre enfance ?

Il y a tout d'abord ces longues promenades enfantines sur les joues de ma mère, duveteuses et chaudes... Quand elle était plus jeune, poudre Chanel et le parfum Canoë. Le savon à raser de mon père et l'after-shave Tabac. Les premières odeurs de ma vie.

Le couloir qui me menait en vacances à La Ciotat, et la brise qui distillait ses fragrances d'eau salée, de sable et de lauriers roses. Le pli de mon coude odeur de soleil et d'Hawaian Tropic...

La mort frappe à la porte. Que choisissez-vous d’emporter dans l’autre monde ?

Je l'ignore. Peut-être penserai-je "déjà?, je ne suis pas prête. On n'est jamais prêt pour ce genre de rencontre, ne peux-tu pas revenir un autre jour, vois, j'allais faire du thé, il fume encore, tant qu'il fume, ne viens pas, ou alors laisse-moi achever avant de m'embrasser, on n'en a jamais vraiment fini c'est vrai, mais..."
Je penserai ...

Livres que vous avez toujours désiré lire, sans avoir jamais trouvé le temps de le faire ?

J'ai toujours le temps pour lire. Je ferai tout pour l'avoir toujours. Les livres en revanche que j'ai essayé de lire comme un qui n'a jamais grimpé et qui s'attaque à la face nord du Mont-Blanc. Qui renonce. Hélas. Sont trop nombreux.

Vous croisez George Clooney dans l’ascenseur. “Quel genre de femme êtes-vous”, vous demande-t-il.

Une qui va bien. Merci. Et vous?

Si vous en aviez eu le choix, auriez-vous préféré être un roi ou une reine ?

Un reine qui ne serait pas intimidée, n'aurait pas la crainte du vide, se remplissant elle-même de sa propre substance. Elle serait un mélange des deux Marylin, aussi attachante que le Docteur Jerry mais aussi creuse que Mister Love. Une sorte de Jessica Rabbit marchant, haut perchée et ne comprenant pas tout du monde qui l'entoure, et j'allais dire tant pis, elle n'est pas faite pour ça.

Préférez-vous nager dans une rivière ou dans la mer ?

Les deux mon capitaine! Les rivières sont froides et pleines de bulles. C'est un délicieux frisson. Il faut nager pour se dégager de l'étreinte du froid. La mer, c'est... Autre chose. Un balancement. Une berceuse. Je ne nage pas dans la mer. Je plonge chercher des oursins. Je vais au fond, pour voir si je peux ramener du sable dans ma main.

Que devrions-nous faire en priorité pour la planète ?

La réponse de mon prédécesseur me glace.

Et qu’aimeriez-vous que l’humanité fasse pour vous ?

Que peut-on? En réalité, savons-nous faire quoi que ce soit?

Votre petit-déjeuner habituel ?

Très long. Je lis le temps que la cafetière fasse bloup-bloup. Je reste près de la plaque, souvent je suis pieds nus, enroulée dans une couverture, un livre à la main, pendant que grillent les tartines, une cigarette dans la bouche.

Aimez-vous écrire la nuit ?

Oui. La nuit offre à l'écriture une sorte de suspension du temps et de l'espace. Plus rien n'existe que l'instant d'écrire. La lumière n'est pas la même. J'écris dehors les nuits de printemps et d'été. L'hiver me plonge dans le sommeil.

La dernière fois que vous étiez ivre ?

...

Pensez-vous que de grandes œuvres comme “Hamlet” ou “Don Quichotte” sont encore à venir ?

Il y en a plein. De grandes œuvres et d'autres plus modestes qui font écho.

Le plus gros mensonge de votre vie ?

Que je ne mens jamais.

Que transportez-vous dans vos poches ?

Du tabac, des feuilles et mon briquet.

Un désir en particulier ?

Immédiat? Faire l'amour dans l'après-midi, reclus. Ailleurs.

Que diriez-vous d’un barbecue sympa avec Gustave Flaubert un de ces jours ?

C'est une plaisanterie?

Paysage préféré ?

Différent d'un instant à l'autre. La montagne. Le grand large. C'est différent.

Période de la journée que nous n’aimez pas ?
Quand je pars et quand je reviens.

Dernier mot que vous aimeriez prononcer avant de mourir (mieux vaut prévoir la chose pour le cas où rien de bon ne viendrait à l’esprit le moment venu) ?

Attends! Encore un peu...

Un boulot que vous n’auriez jamais pu faire ?

Hôtesse de l'air. Même si "toute ma vie, j'ai rêvé, d'avoir, d'avoir..."

Citation préférée que vous pourriez vous faire tatouer sur le bras ?

"Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

Quand il se met à pleuvoir, vous continuez de marcher au risque d’être trempé, ou vous vous abritez au risque de manquer votre rendez-vous ?

Sous mon parapluie jaune, je ne crains pas la pluie.

Si vous aviez la possibilité de voyager dans le passé, quel siècle aimeriez-vous visiter ?
Le vingtième siècle.

Vous arrive-t-il de manger du pop-corn au cinéma ?

Jamais de la vie ! (je plagie mais je n'ai pas mieux...)

Décrivez l’endroit où vous écrivez.

Si tu savais comme il fait froid dans mon bureau sous les toits...