lundi 17 novembre 2008

Le serpent





Rampant sur le ventre, le cou contracté, les muscles tendus. Les genoux fléchis comme pour se relever. Le corps cassé, buste écrasé. Parfois l'amour se fait comme une guerre. La tête qui retombe en ballotant, droite-gauche-droite-gauche-droite, les yeux qui s'ouvrent ou se ferment selon l'instant, plongeant le grand corps blanc du lit dans un état stroboscopique. Les étincelles qui se substituent aux formes et aux couleurs. Rien que le halètement. Parfois, escalader un corps, l'horizontal d'un drap, se vit comme grimper à un arbre, bras et jambes entourant le tronc, les flancs griffés, brûlés de tant frotter. Respirant par la bouche, par le nez quand la bouche est prise, l'air passe mal. Ce manque d'air qu'on cherche à combler. Respirer de plus en plus fort. Mais pas de plus en plus profondément. Comme un fait exprès. Parfois, l'asphyxie se vit plutôt bien. Comme un manque d'air que seule la bouche de l'autre peut combler. Comme un bâillon de plaisir. La figure suspendue dans le vide, le plancher semble si loin. Le va-et-vient du sol dans les yeux. Une vague nausée qui passe. Parfois l'amour tangue comme un voilier par gros temps. De ceux où l'on reste tranquillement à quai. A l'abri. Un tambour dans la poitrine, l'envie de l'expulser, les abdominaux comme une ceinture, les veines du cou saillantes sous l'effort. Parfois l'amour est une compétition.

Rampant sur le ventre, le dos agité de soubresauts, les bras coulant comme deux serpents. S'enroulent autour du corps derrière soi. Le buste pivote. Les yeux se plantent dans le regard, le cou tordu, les cheveux dans la bouche, la colonne assouplie de l'effort. Échauffée. Un son rauque. Qui ne s'entend que rarement. S'échappe. Comme un délit réparateur. Les yeux s'ouvrent. Se ferment. Plus doucement. Le corps retombe dans son lit et retrouve le cours de sa respiration normale. Un écoulement.

Un bras sous le ventre.

Un bras sur l'autre. Corps.