lundi 10 novembre 2008

J'ai imaginé la fin du conte

J'avais oublié ce passage du conte de Blanche-Neige. A la fin, la sorcière meurt avec aux pieds des souliers rougis au feu. Les pattes folles s'agitent et dansent. Saint Guy est appelé pour la mort de la sorcière. Alors elle danse. Et meurt en frénésie.

Et puis, une fois le noir revenu et le silence. Je laisse flotter en moi le foulard rouge. Blanche-Neige a dansé avec le prince. Le corps entouré de bandelettes blanches, j'ai rêvé cette nuit que les murs de mon appartement s'élargissaient.

Au bout d'une persistance rétinienne, je me suis souvenue que le sexe c'est "toujours ça de pris sur la mort". Et je me demande à quoi je penserai quand mes bras s'agiteront sans ordre en direction du plafond. Je me demande si mes pieds s'agiteront, rougis par le feu de la vie qui ne sera pas encore partie.

Les rêves me font et refont danser au bout des doigts tendus et des verges aussi. Imagine cinq minutes dirai-je alors, la profondeur avec laquelle j'ai dansé, la ferveur de mon corps et l'humidité ambiante. De l'écume s'écoulera des mes oreilles. Battement de l'âme, je transpirerai de la neige. Je pisserai du sperme et les murs seront tapissés d'une mousse brumeuse. La peinture des murs de ma vie élargis sera jaune.

A la fin, je tournoierai dans les bras de Garcia Marques, je fermerai les yeux sur le bison, sur beau brun, sur le fantôme et leurs odeurs seront coincées entre mes dents. Et d'autres. Je sais dans quelle partie du corps je garderai chacun. Certains devront faire de la coloc. A la fin.

Je me retournerai pour ramasser le briquet de mon père et les prunelles bleues de ma mère. J'aurai à la ceinture le long scalp de ma sœur, une immense queue blonde pendue à mon côté. Les murs s'élargiront de plus en plus.

Qu'avons nous pris sur la mort? Le sexe. C'est toujours ça.
Je crois que nous lui prenons bien plus. La vie, c'est pas rien. Quand même. Nos cent ans de solitude. Les lambeaux de chair que nous griffons. Pour pouvoir les garder sous nos ongles. Rien de moins. Les écorchures que nous ne laissons pas cicatriser. Pour les lécher, toujours.

Et que je crie quand sera venu le moment, oh oui, que je bave de tristesse au moment où les vies que j'aime seront effacées.

Et que je crie et que je bave quand le moment sera venu de vivre.
Parce que c'est la même chose. En plus organique. Un rire en plus.



Au centre de l'oeil, une fourmi se noie dans le soleil