lundi 3 novembre 2008

Fly me to the moon

Les bottes grimpent lentement, lentement. Les effets de la résine et du vin se sont dissipés depuis longtemps. Les conversations de la soirée se sont évaporées dans l'éther. Il est minuit et demie. Les vêtements sont tombés au sol. Ont été ramassés. Rangés dans le vestiaire bleu. Au poignet s'est attaché la pochette contenant la clé et quatre petites capotes. Une serviette jetée sur l'épaule, un paréo s'enroule sur le corps. Les yeux se voilent. Les lunettes se posent au fond du vestiaire. Un regard qui n'est pas étonné. Étonnamment.

Les pieds nus descendent lentement, lentement. Les jambes nues traversent le salon tamisé. Une lumière bleue. Les pieds dans un bassin d'eau fraiche. Le paréo se déroule. La serviette est accrochée. La pointe des seins se durcit. Puis s'amollit au contact de l'eau bouillonnante du jacuzzi. Le cul taquiné pas les bulles. Dans les yeux, un couple s'embrasse. La main repousse doucement un torse aux yeux d'extas(i). Un regard qui n'est pas en danger.

Les cheveux mouillés sont défaits. Ils collent au visage. La chaleur. Il fait 75° et le corps évite tout mouvement inutile. Inutilement. La main se promène sur le plancher de bois, passe la pulpe des doigts sur la surface glissante de l'aine, remonte sur l'arête du nez, se perd dans l'autre main. Les yeux dérivent de nuque en nuque, devinent les gouttes qui coulent le long des épines dorsales et vont mourir entre les fesses. Un regard pudique. Qui jette un voile.

La main d'abord caresse le mur lentement, lentement. Le paréo couvre les yeux. Une lumière rouge. Une ombre de stries. Des persiennes. Le bras se tend en l'air, puis les jambes, à coup sûr les fesses. Quatre mains vont et viennent sur le corps fin et rouge. Il s'agit d'un jeu. Dis-moi comment tu caresses, je te dirai qui tu es. Les sourires. Enfin. Les yeux distinguent des silhouettes striées. Des persiennes. Des personnes derrière. Les yeux les cherchent en brillant. Une allumette craque au fond des prunelles rougies. Un regard allumeur.

La gorge gronde. Un peu de liquide s'écoule entre les jambes. Les yeux brûlent.

Le froid n'est pas si saisissant au-dehors que je l'imagine.
Le matin suivant, mes baskets avançaient lentement, lentement. Ma main frottait les murs à mesure de mon avancée. Ma bouche goutait les morceaux de clémentine et le caviar d'aubergine, tendus par les commerçants de mes dimanches. Mon cœur ressentait la rage qui fait courir. Mes yeux avaient retrouvé leur vue de myope qui se corrige. Un regard sans regret.