mardi 1 juillet 2008

Ce beau et grave sourire

Qu’est-ce que la compréhension ? qu’est-ce que l’émotion ? où se situe la frontière ?

« S’il m’aimait comme je l’aime, il aurait compris… » . Oui oui ma fille sans doute. Mais que sais-je du mouvement d’un cœur qui ne bat pas dans ma poitrine. C’est là que réside toute la différence. Tout le mystère. Tout ce goût inconnu sur ma langue.

Peut-on comprendre une émotion ? Quelle signification porte le ressenti en lui ?

Les mots… on peut les tordre dans tous les sens… Alors quoi ?
Rien sinon que peut-être, je ne sais pas. Ce train d’avance, je ne l’ai pas. Un peu de déroute. De dépit. Un sourire aussi au coin de ma bouche. Un beau sourire grave. Je comprends. Ou peut-être pas.
Je suis une femme. Qui s’est penchée sur une odeur. Une chaleur. Et vois comme tu as raison, ces choses n’ont aucune explication, aucune signification. Si je savais dessiner, sans doute comprendrais-je ces mots au-delà de toute parole. Sans doute aurais-je alors moins peur du noir. Ou du blanc.
Et pourtant, ce sourire inexpliqué… « tu vas bien ? » . – Oui . c’est curieux mais oui. Je ne me résous à aucune mélancolie, elle rôde, elle trépigne devant la porte. Je n’ai rien à lui donner à manger. Un beau sourire grave.

C’est un vide apaisant. La confiance est-elle une émotion ?
Voilà bien une situation inédite. Que, pensive derrière mon écran, cette cigarette au coin des lèvres, relevée par un beau sourire, je contemple, ravie. Le oud m’emmène loin dans les confins de mes veines, dans le battement de mes cils, dans la chaleur de mon ventre. Je me suis penchée et j’ai happé tout ce que j’ai pu. Une main sur mon épaule, trois fois rien, une émotion partagée. Un tremblement dans les flancs, une encolure qui frissonne.

Il y a longtemps, C. m’a raconté que les cavaliers du Maroc regardaient leur monture dans les yeux en maintenant leurs têtes bien l’une contre l’autre. Alors, les chevaux prenaient la compréhension et les hommes l’émotion. C’est une belle histoire dont les fantasia résonnent à l’instant où les fusils crachent un jet couleur de bronze.

On peut faire comprendre ce que l’on veut. Peut-on faire ressentir ?

Je réfléchis trop. Et pourtant… il y a autre chose. Je ne sais pas. Du bout des doigts peut-être, depuis la plante des pieds, je suis une jouisseuse. Je vis hors des bulles, la femme qui sent, qui renifle, qui hume, qui regarde, qui se laisse surprendre, qui mange, boit.

Où parfois peut bien se perdre la sensibilité ? pourquoi toujours ce déséquilibre entre le corps et la tête ? que sont les certitudes ? que signifie « je sais » ?


Que contient une âme aimée ? qu’est-ce qui la traverse ?

« Ce que je veux être ? ta compagne. Celle qui marche à tes côtés. », entendu à la criée sur la terrasse d’un bar un vendredi soir. Quel beau et grave sourire… cette phrase c’est moi qui l’ai écrite. Elle raconte qu’un soir, je me suis endormie chez toi et que tu m’as réveillée d’un baiser. Elle raconte que tu m’as appris que, passer ta langue à l’intérieur de mon œil était l’un des gestes les plus émouvants que j’aie jamais vécu.

Elle raconte que la déroute et la question n’épargnent personne et qu’il peut être aussi effrayant que plaisant de s’y plonger. Elle raconte que je marche seule et que je te vois de loin, avec cette démarche un peu tombante. Elle raconte que le vide ne m’effraie pas. Elle raconte que je t’aime. Elle raconte un ici et un maintenant. Que le temps a une valeur toute relative et que j’ai beau l’étirer, il est libre.
Cette phrase, c’est moi qui l’ai écrite. Parce que je suis en chemin.