samedi 21 juin 2008

1304

Le retour de l'écriture nocturne me fait du bien. Les pieds calés sur la chaise, pas une seule lumière. L'écran blanc. L'esprit blanc.

Passée la légère hésitation, décider de suivre le flot cotonneux des nuages gris sur ce ciel qui n'est pas pressé de s'assombrir et reprendre le cours de mon cœur au rythme inconstant. C'est le temps enfin du repos et je pense ne pas être prête encore.

Elle a attendu que 1304 fois sa peau soit mise en avant. Elle a rêvé trois fois 1304 moments comme celui-ci. Elle a serré les dents en regardant les autres droit dans les yeux. Elle a déserré les poings à chaque fois qu'elle s'est couchée.

J'ai baissé la lumière de l'écran. Il me brûle les yeux. Ou peut-être est-ce...
La fatigue qui suit le moment où la lutte semble se terminer.
L'écran assombri. L'esprit assombri.


Avoir senti toute la journée un vent brûlant, suivi du coin de l'œil les jeunes filles en (robes à) fleur. Ce soir, on rit dans les rues, c'est l'été fêté en musique. Du creux de l'oreille, j'essaie d'attraper en notes le temps du repos. Et le coucher. Et me coucher. Et je ne pense pas être prête encore.


Elle a caressé l'espoir de 1304 branches où elle pourrait se poser. Elle a compté 1304 fois 1304 pas avant de revenir à son point de départ. En légèrement modifié. Elle a consulté son horoscope en inspirant profondément avant de plonger au cœur de ses bouées imaginaires. Elle a rêvé de moments comme celui-ci en se demandant comment elle pourrait résister au plaisir de tout envoyer valser dans la maison en se mordant l'intérieur des joues. Le coup de la joie insoutenable. Comme les 1304 chagrins insoutenables. Elle peut.


Je découvre qu'à l'aube de la première nuit de l'été, le ciel se charge de vert.
Et que mon moteur chaud depuis plusieurs années est à plat.
Je brûle depuis des jours, j'irradie paraît-il... J'ai chaud. Et je déborde.
L'écran incandescent. L'esprit incandescent.


Les yeux encore plein de sommeil, j'ai tendu ma tête en avant vers l'autre écran. Puis je suis partie. Sur un autre écran, j'ai vu ce chiffre. 1304. Comme un film asiatique incompréhensible. Je veux donner un sens à toute chose. Je ne veux pas tout mélanger. Je veux (lui) faire l'amour. Je veux passer à autre chose. Je veux la main dans mes cheveux. Je veux la célébration de cet instant que j'ai tant souhaité. Et peut-être ne suis-je pas prête encore.


Comme à chaque fois que l'on imagine un instant de sa vie. Non pas une, non pas deux mais 1304 fois. Il y a toujours un décalage. Elle s'est sentie perdue maintenant qu'elle sait où elle doit aller. Elle revoit les 1304 doigts qui ont lancé ce qu'elle est au vent afin qu'elle trouve sa place. Elle ressent les 1304 bourrasques. Et désormais, plus de soucis. Plus d'inquiétude. La paix pour les six prochains mois. Minimum. Elle a eu 1304 secondes d'hésitation.


Une fois le noir établi, il n'a pas été difficile de me souvenir de ce dont j'avais pu parler avec lui. Autre sujet. Même problématique dont j'avais du mal à saisir le sens.
Ecran flou. Esprit flou.


Je ressens cette phrase (*) pour la première fois. L'impression que ce n'est pas logique, que ça ne cadre pas avec le réel. Tout comme ces nuages roses, étirés au maximum comme un sac en plastique trop lourd. Ce oui, c'est dire, "je te donne une place". Une confiance. Enfin. Et peut-être n'y suis-je plus prête.


Elle a essuyé rageusement ses 1304 larmes. Et d'autres lui sont apparues. Elle pense que peut-être elle mélange tout. Elle a mal aux pieds de ces 1304 fois 1304 marches gravies. Elle ressent peur, lassitude, chagrin et colère. Tout ce temps. Du coup les colères larvées explosent sans prévenir, tout mélangé.


*"Ça m'a vraiment fait plaisir, j'ai eu l'impression que le ciel me récompensait.
Quand ce genre de choses m'arrive, je me demande toujours
ce que j'ai pu faire pour mériter ça. "**

**P. Djian, Zone érogène