lundi 12 mai 2008

L'aile du silence

Tu veux que je te dise quoi?

On parlait désir du monde extérieur. On parlait de se perdre dans le monde intérieur. On parlait envie. Des choses du monde. Du monde des choses.

On parlait à 7 heures du matin de la longueur de la file d'attente pour le concert des Stones. On parlait de la vitesse à laquelle s'étaient vendues les places pour The Police. On parlait de solitudes en groupe. Sortir pour s'oublier au milieu d'autres tous motivés par le même désir. On parlait de se retrouver. Chercher d'abord.

On parlait en long. En large. En travers. On parlait à tort ou à raison. On parlait inconscient. On parlait de la peur de mourir. On parlait de la fureur de vivre. Géant. On parlait accidents de voiture. On parlait tôle froissée et gyrophares. On parlait de la mort des autres.

On parlait de bacs à sable. On parlait la tête sous l'eau. On parlait en pleine nuit. On parlait enfance. On parlait murmure. On parlait à gorge déployée. On parlait à l'intérieur. De l'extérieur.

On parlait de sexe à plusieurs. On parlait hésitation. On parlait passé présent futur. On parlait pas désir d'avenir. On parlait avenir tout court. On parlait dans la cour d'école. Dernière kermesse.

On parlait "s'il te plaît dessine moi un mouton". On parlait à mille miles de toute terre habitée. On parlait ensemble dans le désert. On parlait immobile dans la foule.

On parlait des cicatrices de nos corps. On parlait de piraterie. On parlait des coups reçus et portés. KO. On parlait de la longueur des autoroutes. On parlait de la langueur des sièges arrière. On parlait route de vacances.

On parlait de ce qui résonne. On parlait de frontières intérieures. On parlait en ricochant. Ronds dans l'eau. On parlait de l'onde. On parlait Loch Ness. On parlait des profondeurs de nos coeurs. On parlait "décroche moi la lune". On parlait pas des perles de pluie. On parlait en marchant.

On parlait amour. On parlait ensemble. Connexion. On parlait mal. On parlait du sas qui sépare une vie d'une autre. Correspondance.

Parfois même, on parlait pas du tout.
Tu veux que je te dise quoi?

Et que je t'envoie valser tout ça

Et pourquoi que vous y auriez pas droit au vrai cuir, vous aussi? et au compte-tours, et à tout le reste? Qu'est-ce que vous attendez tas de feignants, pour franchir la bande jaune et rouler à gauche? C'est le manque de visibilité qui vous panique? Vous préférez attendre peinards la fin de votre crédit pour caner bêtement, essoufflés en haut d'une côte, avant même d'avoir eu le temps de le faire ce fameux rodage de soupapes que vous recommande votre garagiste, un voleur en qui vous avez toute confiance, un souriant, le copain d'un de vos amis?
Non, croyez-moi, piquez une brique à votre patron, il s'en apercevra pas, signez un grand paquet de traites, mais ce coup-ci voyez grand, achetez une Porsche, puis barrez-vous à l'étranger, en règle, avec la carte verte et tout, comme un brave touriste.
Et revenez pas.
Au Portugal vous serez les rois, en Algérie ou n'importe où. Par contre, si vous craignez le mal du pays, si vous pouvez pas vous passer de la France - et Dieu sait si on comprend ça tellement que c'est un bled inoubliable - alors n'hésitez pas, prenez le maquis, venez nous rejoindre: d'abord vous risquer de sauver deux vies humaines, les nôtres, parce qu'à plusieurs on sera les plus forts, et puis sans blague, on fera une sympathique petite armée, unie comme un seul homme, vu qu'on partagera tout: la bouffe, le blé, les culs.

Les Valseuses, B. Blier